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  1. #1
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    La prison d’El-Harrach


    Dimanche 11 mars 2007 -- L’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a fait savoir, avant-hier, à travers un communiqué urgent, que 93 détenus de la prison d’El-Harrach à Alger ont entamé, le 3 mars, une grève de la faim pour protester contre leurs mauvaises conditions de détention.

    Le communiqué du secrétariat international de l’OMCT basé à Genève, qui souligne qu’il a été informé par une source fiable, précise que «les 93 détenus auraient étaient enfermés depuis des mois dans une cellule prévue initialement pour 45 personnes.

    Suite à leur demande d’être placés dans des cellules plus appropriées, ils auraient été transférés vers d’autres cellules encore plus exiguës avec pour seule ouverture d’aération une petite lucarne au plafond. Le directeur de la prison aurait réagi à leur grève en disant que «ces prisonniers ne sont que des criminels qui peuvent mourir».

    Le secrétariat international de l’OMCT exprime «sa plus vive inquiétude quant aux conditions de détention de ces détenus et prie les autorités algériennes de garantir en toutes circonstances leur intégrité physique et psychologique, en se conformant à l’article 10.1 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l’Algérie a adhéré».

    L’article en question stipule que «toute personne privée de sa liberté est traitée avec humanité et avec le respect de la dignité inhérente à la personne humaine». En outre, l’OMCT rappelle que l’Algérie a adhéré à la Convention des Nations unis contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, qui prohibe la torture et les mauvais traitements.

    Une source proche du parquet d’Alger a confirmé la grève des détenus tout en rejetant l’accusation de mauvais traitement ou de mauvaises conditions de détention. Pour notre source, «les conditions dans lesquelles se trouvent ces détenus sont normales et ne relèvent aucun aspect particulier donnant lieu à un mauvais traitement.

    Le changement de cellule pour les prisonniers entre dans le cadre des activités normales des centres pénitentiaires et n’a aucune relation avec les souhaits des détenus». Cependant, d’autres sources proches des robes noires croient savoir qu’une ONG aurait effectué durant ces dernières 48 heures une visite ordinaire à la prison d’El-Harrach pour s’enquérir des conditions de détention des prisonniers.

    Contacté hier, Me Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l’homme (CNCPPDH), a déclaré au Jeune Indépendant ne pas être au courant de cas de détenus ayant déclenché une grève de la faim.

    «C’est inquiétant si cela se confirme. Il faut que cela change et tout le monde doit s’impliquer», a-t-il indiqué. Me Ksentini a en outre fait part d’un seul cas de gréviste de la faim dont il a été informé, à savoir celui d’un certain Alilou, détenu à El-Harrach.

    Sa famille l’a saisi à propos d’une grève de la faim qu’il a déclenchée pour protester contre son isolement.


  2. #2
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    Mardi 13 mars 2007 -- Mokhtar Felioune a bien voulu répondre à nos questions après l’alerte rendue publique en début de semaine par l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et qui a fait état d’une grève de la faim de 93 détenus à la prison d’El-Harrach.

    Le Jeune Indépendant : nous n’avons pas enregistré de réaction du ministère sur ce que l’OMCT a rapporté, à savoir le déclenchement d’une grève de la faim à la prison d’El-Harrach ?

    M. Felioune : il n’y a jamais eu de grève de la faim d’une centaine de détenus à la prison d’El-Harrach et je démens catégoriquement l’information rapportée par l’OMCT.

    Ensuite, je tiens à exprimer notre disponibilité à autoriser tous ceux qui souhaiteraient visiter nos établissements pénitentiaires pour s’enquérir des conditions de détention des détenus dans n’importe quelle prison. Je tiens également à préciser qu’il est inconcevable de parler d’une mauvaise prise en charge des détenus, pendant que l’Algérie engage un programme ambitieux dans le cadre du développement des centres pénitentiaires et de l’amélioration des conditions de détention.

    Ce programme vise plusieurs objectifs : l’éducation des détenus, la prise en charge pour leur réinsertion, la formation à certains métiers, la formation à distance, la prise en charge médicale et les activités sportives et éducatives.

    Cela reste un programme… Je vous signale que ce programme a été entamé depuis 3 ans et commence déjà à donner beaucoup de résultats. En outre, tous les projets lancés dans le cadre de l’amélioration de nos établissements pénitentiaires sont salués par la communauté internationale.

    Aujourd’hui, nous comptons plusieurs organisations internationales, notamment européennes, qui effectuent des visites régulières dans les prisons algériennes. Je peux même vous dire qu’à l’heure actuelle nous avons une délégation britannique en Algérie.

    Elle s’est rendue bien entendu à la prison d’El-Harrach. Mais l’OMCT dénonce aussi bien la grève que les conditions de détention… Pour moi, c’est juste un tract, car dans un communiqué, il est apposé un caché officiel de l’organisation, une signature et le nom du responsable et du signataire.

    Alors que dans ce tract dont j’ai pris connaissance, il n’y a rien de tout cela. Je rappelle à toutes fins utiles que cette grève n’existe pas, encore moins les mauvaises conditions de traitement ou de détention. Je précise aussi que les prisons algériennes évoluent de façon appréciable et que l’Algérie et les familles algériennes doivent en être fières.

    Qu’en est-il des exactions attribuées au directeur de l’établissement ? Ce sont des mensonges. La démocratie dont jouissent aujourd’hui les détenus ne permettra à aucun responsable d’injurier des détenus. Le code pénitencier (article 64) donne d’ailleurs une entière liberté aux détenus pour réagir.

    Je reviens à la question en précisant que les détenus ont toujours réagi quant il s’agit de mauvaises conditions de détention. Certains détenus formulent même des doléances qui sont aussitôt prises en considération. D’autres réagissent également quand leurs doléances n’aboutissent pas.

    C’est vous dire en finalité que nos services sont à l’écoute permanente des préoccupations des détenus et de leurs familles.


  3. #3
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    Mardi 20 mars 2007 -- Le département de Tayeb Belaïz organise à partir de demain une visite à l’établissement pénitentiaire d’El-Harrach en présence de plusieurs délégations et représentants de ministères, la Croix-Rouge et la presse nationale. Cette visite entre dans le cadre du renforcement du programme de prise en charge des détenus et de l’amélioration de leurs conditions de détention.

    Les participants à cette visite sont appelés à donner leur avis sur la prise en charge des détenus dans le milieu carcéral, surtout au plan de l’enseignement et de la formation professionnelle dispensé dans les établissements. Selon les déclarations du directeur général de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion des détenus, M. Félioune, pas moins de 105 centres de réinsertion et la formation professionnelle seront mis à profit pour renforcer l’enseignement pédagogique de l’année 2007/08 destinés aux détenus.

    Ces centres de formation sont implantés dans plusieurs régions du pays et devraient recevoir plus de 7 000 détenus dans le cadre de formations diversifiées ayant un lien direct avec les petits métiers, notamment la maçonnerie, la menuiserie et autres.

    Durant ces deux dernières années, un peu plus de 500 ex-détenus ont bénéficié d’un programme de réinsertion dans le cadre de l’emploi de jeune notamment. Dans le cadre de la prise en charge des détenus incarcérés dans l’ensemble des établissements pénitentiaires du pays, et ce sur le plan de la formation professionnelle, une enveloppe financière de 15 millions de dinars a été débloquée par le département de Tayeb Belaïz, ministre de la Justice garde des Sceaux, pour le réaménagement des infrastructures destinées à la formation professionnelle.

    Cette mesure a été prise dans le but de renforcer justement les possibilités d’accueil des futures inscriptions pour la formation. Une autre enveloppe financière d’environ 90 millions de dinars a été accordée pour venir à bout des inscriptions des détenus dans les filières de l’enseignement supérieur et universitaire.

    L’administration pénitentiaire chargé de la réinsertion des détenus a recensé durant l’année 2006 un nombre de 263 détenus inscrits dans le cadre de la formation du régime de semi-liberté. Un nombre de 7 387 détenus sont inscrits dans le programme d’enseignement par correspondance et 2 540 autres dans le programme d’alphabétisation.

    Il s’agit aussi de 151 détenus qui suivent, cette année, l’enseignement supérieur. Dans le cadre de l’enseignement secondaire et fondamental, 1 007 détenus sont inscrits pour le bac 2006/07 et 1 639 pour le BEF.


  4. #4
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    Dimanche 25 Mars 2007 -- Une visite d’inspection a été organisée à la prison d’El-Harrach. Ceci entre dans le cadre de l’application de la politique de transparence dans le cadre de la gestion des établissements pénitentiaires, mais aussi une forme de mise en conformité des directives de la commission interministérielle pour la coordination des activités de réinsertion des pensionnaires. Avant le début de la visite guidée, le directeur de l’établissement pénitentiaire a commencé par faire la présentation des lieux. La prison construite en 1910 est d’une capacité d’accueil d’environ 2 500 à 3 000 personnes.

    Actuellement, elle compte près de 4 000 pensionnaires, dont 822 sont des femmes et 57 des mineurs. La prison d’El-Harrach est scindée en trois compartiments séparés. Un pour les adultes de sexe masculin, un autre pour les femmes et un dernier réservé aux mineurs. L’établissement dispose aussi d’un service de couverture sanitaire. Ce service est composé de 25 médecins généralistes, une équipe de praticiens spécialisés, d’un centre de radiologie et d’analyse de sang ainsi que des unités pour les soins dentaires. Au cours de son exposé, le premier responsable de la prison a expliqué que l’établissement dispose d’une annexe au niveau de l’hôpital Mustapha de même qu’il est prévu d’ouvrir des structures similaires à l’hôpital de Beni-Messous et Maillot. La première halte de la visite a été observée dans une toute nouvelle structure.

    Il s’agit du service d’évaluation et d’orientation. Géré par des médecins, des psychologues et des sociologues qui ont suivi des formations au Canada pour la réception et le traitement des prisonniers dangereux, ce service se charge d’établir le degré de dangerosité du pensionnaire afin de pouvoir définir son profil psychologique et l’orienter vers les programmes de formation qui lui conviennent. D’après les personnes qui s’occupent de cette unité, une période comprise entre 2 et 3 mois est nécessaire pour l’achèvement total de l’analyse du profil. Le premier bloc visité est celui des femmes. Complètement isolé des autres structures, ce compartiment dispose d’un centre de soins propre à lui. Plusieurs ateliers de formation disposent des cours dans différentes disciplines pour ne citer que la broderie, l’informatique, le tissage, la coiffure... A notre arrivée, quelques, prisonnières sortaient de l’espace des douches alors que d’autres attendaient patiemment leur tour chez le dentiste. Les plus oisives et surtout les plus âgées d’entre elles sont restées sous le soleil qui remplissait la cour en cette matinée de printemps. Moment d’émotion générale au compartiment maternité. Un endroit d’une propreté impeccable où les vagissements des bébés étaient encore plus attendrissants que le regard des ces mères pensionnaires. Agée d’une vingtaine d’années, une jeune maman racontait qu’elle s’est retrouvée dans ces lieux suite une sombre affaire de meurtre. Le compartiment des mineurs est haut en couleur.

    Les gamins étaient en train de jouer au ballon alors que d’autres semblaient bien absorbés par une partie de baby-foot. Le brouhaha habituel est subitement déchiré par un «uuulyé», un adolescent venait de marquer un but d’anthologie. Des gardiens le rappellent à l’ordre par des «chuuuuttt», ce qui a fait réagir M. Fellouane, directeur de l’administration pénitentiaire «laissez-le jouer, il est heureux d’avoir marqué un but», a-t-il dit sur un ton de gaieté.

    Plus loin, c’est le compartiment des hommes. La salle de sport est archi-comble. La culture physique semble faire des émules. «Le sport me permet de garder une bonne condition physique, c’est bon pour le moral. Le jour où je reviendrai à la vie sociale je voudrais faire du sport une hygiène de vie. J’espère que les diplômes que j’ai pu obtenir en prison pourront m’aider à réussir mon insertion». Ce sont les propos lancés du Schwarzenegger d’El-Harrach. Un autre pensionnaire qui bénéficie d’un régime de demi-pension ne cache pas sa détermination à terminer sa peine avec en poche un diplôme d’ingénieur d’Etat en sciences de la nature. Le matin, il se rend à l’université de Bab-Ezzouaz et le soir il rejoint ses camarades de cellule. Les responsables de la prison qui reconnaissent que la structure en question n’est plus à même de répondre convenablement aux besoins des pensionnaires, assurent que les prisons qui sont en construction offriront de meilleures conditions d’accueil. La finalité est de prendre en charge les pensionnaires pour une réinsertion sociale réussie.


  5. #5
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    Visite guidée à la prison d’El-Harrach :

    Dimanche 25 mars 2007 -- Le ministère de la Justice, initiateur de cette démarche, veut changer l’image et les idées reçues de la société sur le traitement des détenus et leurs conditions d’incarcération. Dix heures. Prison d’El-Harrach. A cette heure-ci, les détenus sont, soit dans la cour de l’établissement, soit dans les ateliers de formation.

    Pour les plus vulnérables d’entre eux, l’infirmerie leur ouvre ses portes. Ici, pour cette journée, tout est propre et en ordre. Seule l’odeur d’humidité et d’enfermement trahit ceux voulant changer l’image de la prison. Notre visite n’est évidement pas inopinée.

    Elle est même guidée. De ce fait, il nous a été impossible d’établir des contacts avec les détenus. Lors des quelques entrevues que nous avons pu avoir, les détenus ne semblaient pas à leur aise. Nous nous sommes alors contenté d’observer.

    Le ministère de la Justice, initiateur de cette démarche, veut changer l’image et les idées reçues de la société sur le traitement des détenus et leurs conditions d’incarcération. Il a choisi la prison d’El-Harrach comme premier établissement pénitentiaire parmi d’autres, tout comme pour démentir une fois de plus la rumeur selon laquelle des détenus avaient observé une grève de la faim.

    M. Felioul, directeur des prisons et de la réforme pénitentiaire, président de la commission interministérielle pour la coordination des activités, de la rééducation et de la réinsertion, accompagne la presse dans cette prison où les photographes n’ont eu aucun mal à prendre des photos.

    Hier, la délégation de la Croix-Rouge n’était pas pourtant annoncée dans le programme. M. Felioul et le directeur de la prison, M. Azouz, brossent un tableau positif de la prise en charge médicale et psychologique des détenus et de leurs conditions d’incarcération.

    Mieux, il y a même des stages de formation et de petits métiers pour eux. L’Office national des travaux éducatifs fait appel à la main-d’œuvre pénitentiaire, sélectionnée par la direction de l’établissement selon des critères bien précis pour la réalisation de plusieurs projets au profit de l’Etat.

    Avec un salaire allant de 3 000 à 5 000 dinars. Dans la prison, des salles d’informatique, de sport, une bibliothèque et même des salles de lecture pour ceux ayant choisi de continuer leurs études par correspondance pour préparer le BEM ou le bac.

    Pour les femmes, des ateliers de couture, de broderie et de peinture sur soie sont également ouverts. Pour qu’elles ne perdent pas la main dans la préparation des gâteaux, certaines détenues les préparent à base de savon à la place des amandes.

    Ce sont d’ailleurs de véritables merveilles que ces détenues ont pu exposer dans leur salle d’études. Les détenus ne devraient pas se plaindre de la prise en charge médicale. Dentiste, médecin, psychologue et assistante sociale, tous sont quotidiennement disponibles.

    Ces derniers ne se plaignent surtout pas du manque de moyens. Tout est disponible ici, dit une infirmière. A ses côtés, nous avons profité de la présence d’une détenue qui nous a affiché son angoisse pour les deux prochains jours où elle va être jugée et condamnée pour le crime qu’elle avait commis.

    Elle est sous mandat de dépôt depuis 5 ans ! Injustice, c’est ainsi qu’un autre détenu, depuis 10 jours seulement, ne cesse de le répéter. De nationalité étrangère, âgé de 17 ans, il est arrêté pour immigration clandestine. Les autres, personne ne s’en plaint visiblement.

    Ils jouent au baby-foot, au tennis de table, ils peignent même… Toutes les activités sportives et même culturelles sont disponibles. Le directeur des prisons dit que les prisonniers ont le droit à la douche deux fois par semaines.

    Les quelque 5 000 prisonniers ont également leur canal de TV interne qui diffuse des documentaires et des émissions dans le but de les réinsérer dans la société. Pas de films et pas d’autres programmes. Rien de ce que peut pousser le détenu à la «protestation», à l’exemple de films d’action.

    Pour la chaîne nationale, seule les journaux télévisés sont permis. Pour six détenus, un journal est mis à leur disposition quotidiennement. En attendant la généralisation de l’initiative, la prison d’El-Harrach est l’unique actuellement à l’échelle nationale à avoir lancé l’atelier de réception et d’évaluation.

    Il a pour mission de recevoir les détenus condamnés définitivement pour une évaluation médicale, scolaire et sécuritaire, notamment. Il s’agit, selon les responsables, de voir le profil criminel pour bien préparer sa réinsertion sociale.

    Lors de cette évaluation qui durera entre 2 et 3 mois, le médecin définira les aptitudes de détenus pour une formation professionnelle ou un cursus d’enseignement. Nous sommes enfin entrés dans les cellules des détenus condamnés définitivement.

    Avec des peines de 5 ans ou plus, les détenus occupent des cellules de… moins de 2 m2.


  7. #7
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