Mercredi 21 Mars 2007 -- Une douleur en appelle une autre. Conséquences fâcheuses d’une aventure désagréable. «Je n’aurais pas dû…» se répètent des filles mères prises au piège d’un destin cruel. Les filles éprouvent du chagrin, du désespoir. Elles ne peuvent oublier la misère du temps où elles étaient seules avec leur bébé, dans le ventre ou dans les bras, à parcourir les rues en quête d’un refuge.
La nuit fatale
«J’ai frappé à toutes les portes mais toutes étaient fermées. Un jour, une équipe du SAMU social de Dely Ibrahim est venue me chercher dans un commissariat de police aux environs de minuit. Elle m’a embarquée dans une ambulance et m’a ramenée ici», raconte l’une d’elles, 29 ans, les yeux larmoyants. «Je ne suis pas seule responsable de cette situation et je n’incrimine pas le père de mon enfant plus que ma famille. Ce sont mes parents et mes frères qui sont la source de mes ennuis. S’ils ne m’avaient pas mené la vie dure, je ne serais jamais ici. Ils m’empêchaient de profiter du peu d’argent que je gagnais difficilement dans une usine de chaussures. Ils voulaient tout me prendre et, chaque fois que je ripostais, ils me frappaient, m’insultaient, me crachaient dessus. Même ma grande sœur et ma mère étaient de la partie…
S’ils ne m’avaient pas frappée et insultée ce jour-là, je n’aurais jamais quitté la maison et appelé le père de la petite pour nous trouver un endroit où passer la nuit. Et c’était la nuit fatale. Il m’a amené dans un hôtel et m’a fait perdre ma virginité… Ma vie a été brisée à jamais», poursuit la jeune femme, tenant tendrement sa petite de deux mois dans les bras. «Il m’a promis le mariage… Le lendemain, je suis retournée à la maison, réunissant toutes mes forces pour subir les flagellations et les insultes. A ma grande surprise, personne ne m’a demandé où j’avais passé la nuit. Seul mon père m’a posé la question mais lorsque je lui ai répondu que j’étais chez une amie, il n’a pas insisté pour savoir qui était cette amie», raconte encore la fille-mère. Après cette nuit fatale, elle est allée retrouver son copain deux ou trois fois : «Nous étions toujours en contact et il me promettait le mariage. Au lieu de réparer notre bêtise, nous avons aggravé notre situation. Je suis tombée enceinte et je ne m’en suis rendue compte que deux mois après. J’ai été chez un médecin et ce dernier m’a annoncé la nouvelle en me félicitant d’être mère. C’était un choc pour moi.
Que faire pour empêcher le scandale ? Je me suis confiée à une amie qui m’a conseillé l’avortement, mais j’ai refusé. J’ai appelé le père de la petite et je lui ai dit ce qu’il y avait à dire. Il m’a dit que ce n’était pas possible mais qu’il allait m’aider à me débarrasser du bébé. Lui aussi m’a demandé d’avorter, mais j’ai refusé.
Quelques jours après, ma mère a remarqué des changements dans mon comportement et dans mon corps. Elle m’a ordonné de l’accompagner chez un médecin… Et c’était des scandales, les uns après les autres. Mes parents m’ont mise dehors et le père de mon enfant m’a déclaré qu’il ne pouvait pas assumer son erreur. C’était un agent de sécurité sans ressources ni logement.»
L’infortunée affirme qu’elle est bien prise en charge par les équipes du SAMU social de Dely Ibrahim, tout en regrettant de vivre comme une fugitive : «Le plus jeune de mes frères menace de me tuer s’il me retrouve. Je vis l’angoisse au quotidien. Je m’inquiète surtout pour ma fille. Je ne veux pas qu’elle souffre pour une faute qu’elle n’a pas commise.»
Ca n’arrive pas qu’aux autres
Une autre fille a quitté sa famille à l’âge de 16 ans pour des problèmes avec sa belle-mère. Elle a, aujourd’hui, 28 ans et son enfant, 9 ans. «Je n’avais que 16 ans. J’ai quitté la maison parce que je n’en pouvais plus. Mon père me battait parce que ma belle-mère le lui demandait sans cesse. Elle me cherchait la petite bête… Un jour, j’ai pris mes affaires et quitté précipitamment la maison. Des policiers m’ont trouvée dans la rue et m’ont ramenée chez mon père mais ce dernier a refusé de me reprendre. Les policiers m’ont alors envoyée au centre de Birkhadem», raconte la jeune femme, d’une voix entrecoupée de sanglots. «J’y suis restée été pendant quelque temps mais je n’y étais pas à l’aise. J’ai décidé alors de quitter le centre et de vivre chez une femme que je connaissais à peine. Quelques jours après, j’ai fait la connaissance du père de mon enfant. Un commerçant a proposé de m’héberger le temps nécessaire pour trouver un endroit décent», poursuit-elle. La fille mère s’arrête. Elle ne veut pas se rappeler cet épisode noir de sa vie. «Je ne veux pas en parler», dit-elle. C’est justement pendant cette période que l’irréparable s’est produit. Elle tombe enceinte sans le savoir. Le père du bébé ne réapparaît plus.
«Je ne lui ai pas dit que j’étais enceinte et je ne l’ai pas revu depuis», confie-t-elle. La jeune femme ne recherche pas le père de son enfant : «?a ne m’intéresse pas. Ma fille porte mon nom et, grâce à l’aide du SAMU social, elle est inscrite à l’école. Moi aussi, je commence à me remettre sur pied. Je n’ai aucune formation –je n’ai jamais été à l’école- mais j’ai pu trouver un emploi stable comme femme de charge dans un petit magasin. C’est aussi grâce au SAMU social.»
La jeune femme tient toutefois à mettre en garde contre les dangers de la rue : «Il ne faut pas se presser de quitter sa propre famille. Il n’y a rien de bon dans la rue. Que les autres filles ne commettent pas mon erreur !» Justement, personne n’est à l’abri de ce mal. M. Mustapha Alilat, directeur du SAMU social à Dely Ibrahim, le confirme : «Il y a de tous les âges et de tous les profils. De 18 ans à plus de 30 ans et même des mineures. Des filles analphabètes et des femmes cadres. Des filles venant des régions enclavées du pays et d’autres vivant dans les grandes villes. Personne n’est à l’abri.» Les psychologues du SAMU abondent dans ce sens, en évoquant l’exemple d’une femme assez intelligente et assez instruite : «Malgré toute son instruction et toute son intelligence, elle a été induite en erreur. Elle-même ne comprend pas de quelle façon elle est tombée dans le piège. Elle se le reproche sans cesse. Cette femme travaille dans une entreprise assez importante et occupe un bon poste.»
Pas d’indemnité de 10 000 DA
Selon M. Mustapha Alilat, le phénomène des mères célibataires prend de l’ampleur : «Nous avons jusqu’à 30 naissances hors mariage par an, rien que dans notre établissement. Sans citer les cas anonymes, les bébés jetés dans des poubelles, etc.» M. Alilat assure que les filles accueillies dans son établissement, au même titre que tous les autres pensionnaires, sont bien prises en charge : «Nous leur assurons le suivi médical avant et après la grossesse, nous les accompagnons psychologiquement et nous les aidons même à apprendre un métier pour pouvoir se prendre en charge à l’avenir. Mais ce n’est pas notre vocation. Nous avons une vocation d’urgence. Nous sommes un établissement de transit. Nous ne devons pas garder ces femmes et leur bébé longtemps.» «Pendant leur séjour dans l’établissement, nous cherchons par tous les moyens à réintégrer la jeune femme dans sa famille et souvent nous cherchons le père de l’enfant pour qu'il lui donne son nom et pourquoi pas épouser la mère.
Malheureusement pour nous, cela n’aboutit pas toujours. Rares sont les familles qui récupèrent leur fille et rares sont les pères qui assument leur erreur. Je vous cite deux cas où nous avons réussi. Le premier est celui d’un père qui, trois ans après le départ de sa fille de la maison, est venu la récupérer, elle et son bébé. C’était impressionnant. L’autre est le cas d’une mineure, une fille trahie par son copain qui est aussi son voisin. Nous avons contacté les parents de la fille et ces derniers ont réussi à obliger le garçon à reconnaître son erreur et épouser la fille. Ce sont, toutefois, des cas rares.»
M. Alilat lance un appel aux parents pour qu’ils fassent preuve d’amour et d’affection envers leurs enfants : «Il ne faut pas les pousser à l’irréparable.» Un autre appel est lancé à la société civile pour qu’elle joue un vrai rôle de sensibilisation auprès des jeunes garçons et des jeunes filles : «Il faut dire les choses telles qu’elles sont pour éviter de telles situations. A qui profitera la détresse d’une mère célibataire ou d’un enfant né sous X ?» demande-t-il. Interrogé sur le phénomène, un représentant du ministère de l’Emploi et de la Solidarité nationale, le chargé de communication, M. Benachenhou, ne renie pas cet état de fait. Il estime toutefois que le phénomène est en régression : «Nous avons enregistré 2 959 naissances hors mariage en 2005. Elles étaient au nombre de 3 222 en 1999 et de 3 200 en 2002.» Ces chiffres sont-ils toutefois fiables ?
Pas évident. Combien de fois la presse nationale a-t-elle rapporté des cas de mort par asphyxie de bébés jetés dans des sachets noirs ? Le représentant du ministère affirme qu’aucune étude n’est encore faite sur le sujet pour connaître son ampleur ? a reste un tabou ! Par ailleurs, insiste-t-il, «il n’a jamais été question d’indemniser les mères célibataires. Indemniser quoi ? Notre mission consiste à apporter une assistance psychologique, parfois matérielle mais jamais d’indemnité mensuelle de 10 000 DA».
L’information serait donc mal interprétée par les journalistes ou mal exprimée par le ministre mais aucun démenti n’a été transmis aux rédactions.
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23rd March 2007 02:30 #1
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La rue de tous les dangers : Les filles mères, un phénomène qui prend de l’ampleur
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23rd March 2007 15:40 #2
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Mercredi 21 Mars 2007 -- Lamia affirme avoir quitté l’école de son village de Kabylie à l’âge de 12 ans parce qu’elle n’était pas «intelligente».
Une année plus tard, sa modeste famille composée du père retraité, de la mère sans ressources et de trois sœurs et cinq frères, tous plus ou moins illettrés, l’«autorise» à suivre un stage de couture dans une annexe d’un CFPA de sa commune pour enfin ne rien trouver à faire avec son diplôme, sinon travailler dans le cadre du filet social au service état civil de l’APC d’à côté, contrainte de tenir le coup pour aider sa famille dont plus de la moitié des membres sont au chômage et les autres partis vivre avec leur conjoint. «A la fin des trois mois de contrat, on m’a refusé son renouvellement et ma sœur n’a rien pu faire cette fois pour m’aider», nous dit Lamia, aujourd’hui âgée de 32 ans. C’est dans cet environnement familial précaire et conservateur que Lamia rencontre en 1996 Hakim, 38 ans, du village limitrophe, gérant d’une petite entreprise familiale de détergents. La passion s’empare d’eux. Celle qui ne sait pas compter. Celle qui crée son «propre soleil».
Un soleil qui brille toujours dans le noir de sa souffrance. C’est évidemment grâce au travail d’intermédiaire effectué par Ferroudja Moussaoui, responsable de la cellule d’écoute pour enfants et femmes victimes de violence, que Lamia a accepté de parler d’elle en toute confiance. Ils se rencontraient au départ dans un coin d’un commerce appartenant à l’ami de Hakim avant de se permettre d’aller se promener en voiture loin des regards scrutateurs et des habitants-espions du chef-lieu de la commune. Malgré des précautions reconnues solides, des yeux kabyles traversent un brin de la fusion interdite. «Certains de mes voisins au village étaient au courant», s’inquiète-t-elle encore. Comment ? Aucune idée.
Ce que Lamia appelle le «choc» viendra d’ailleurs. Après huit mois d’un infini amour, une jeune fille du village de Hakim l’informe que «le propriétaire de telle voiture» est marié et père de deux enfants. Ils se voient, il lui dit la vérité.
«Mes parents m’ont forcé à me marier», s’est-il excusé. La réaction immédiate de Lamia ? «J’ai décidé de le quitter pour environ une semaine !» regrette-t-elle, ce qui est apparemment pour elle une longue séparation. Une semaine, c’est tout, s’étonne-t-on. «Oui, une semaine environ, et chacun cherchait à voir l’autre.» Des larmes pour dire les sept insupportables jours ; puis des rires mouillés pour y avoir peut-être survécu. Ils se convainquent que tout se passera comme dans le meilleur des mondes, Hakim lui promet le mariage et Lamia continue de l’aimer «comme d’habitude» jusqu’en 2003 où le couple connaîtra le premier malentendu.
Lamia est enceinte et veut garder son «cher» fœtus alors que son amour n’a pas envie de lui ; elle cède et accepte le principe d’avorter. La gynécologue consultée refuse leur demande. «Il [Hakim] a beaucoup insisté pour que j’avorte mais moi je commençais à sentir mon enfant et j’ai décidé de le garder quel qu’en soit le prix», se souvient-elle, comme elle n’a pas encore digéré la phrase «puisque tu as envie de cet enfant, puisque tu es têtue, alors tu te débrouilles toute seule» lancée à sa figure par Hakim dans un instant de désespoir. Pour ne pas éveiller les soupçons au sein de sa famille sur ce qui s’est passé, elle mettait des habits larges et s’isolait de ses frères et de ses sœurs pendant les six premiers mois de la grossesse avant de trouver refuge chez Fatma, une parente d’un ami à Hakim habitant une ville à l’est de Tizi Ouzou, une dame d’un certain âge, mère de deux jeunes enfants, en instance de divorce. «Pour être loin du domicile familial après les six premiers mois, j’ai expliqué à mes frères que je devais, coûte que coûte, travailler à Alger dans une usine et que je ne pouvais pas rentrer souvent. Mes frères ont catégoriquement refusé mais, pour des raisons de soutien à ma famille sans ressources, on m’a ensuite autorisé à partir ; je téléphonais pour étouffer les doutes», raconte-t-elle.
Trois mois après, elle accouche «sans problèmes avec le soutien d’un personnel hospitalier exemplaire» d’un garçon prénommé Mohamed dans un hôpital à Alger où elle a été admise vingt jours auparavant, étant «un cas social». Hakim lui rend visite et lui demande de laisser le bébé à l’hôpital. «C’est vrai que, sur le plan financier, il ne m’a pas abandonné mais il insistait tout le temps pour que j’abandonne mon enfant à l’hôpital, j’ai alors donné mon nom de famille à l’enfant puisqu’il a refusé de lui donner le sien», ajoute-t-elle. Le plus dur commence pour Lamia. Sous une forte pression, angoissée, elle abandonne quinze jours son enfant à l’hôpital pour revenir chez Fatma. «Je l’ai vu, je ne pouvais pas l’abandonner, je voulais louer une maison pour le ramener, je pensais toujours à lui…» Une dame, sans enfant, lui propose d’adopter Mohamed. Refus. Alors elle lui propose de les héberger, elle et son bébé, chez sa belle-mère qui vit seule dans un village mais elle n’a pas pu supporter les conditions d’hygiène et quitte la maison au bout de deux semaines. «Pendant cette période, Hakim ne voulait pas m’aider, puis je l’ai appelé pour qu’il nous emmène en voiture à la pouponnière de Boumerdès où j’ai laissé mon enfant et je suis retournée dans ma famille. Je lui rendais visite deux fois par semaine et, après trois mois de placement, le responsable me demande de reprendre définitivement mon enfant ou de le laisser à la disposition de l’établissement.»
C’est l’attachement incommensurable de la maman pour son bébé. Elle refuse. Direction Dar Errahma à Alger, sans aucun soutien et loin des parents, pour y vivre quelques jours qui ont suffi à la mettre dans un «état de dépression». Et, malgré tout, «entre moi et Dieu, c’est [Hakim] mon mari, je n’ai pas cherché ailleurs, il n’est pas bien, lui non plus, il boit tout le temps». Elle rentre d’Alger et repart chez la «gentille Fatma» pour une semaine avant de solliciter une autre pouponnière de Tizi Ouzou où la direction lui demande de reprendre son enfant trois mois plus tard. Deux de ses sœurs qu’elle mettra au courant dans un moment de crise lui conseillent de l’abandonner pour «l’honneur et le bien de la famille».
Hakim lui trouve un studio à 3 000 DA par mois pour une année à Tizi Ouzou. Vers la fin de l’année 2006, Hakim fait un accident de voiture et n’a plus les moyens d’honorer la location du studio que Lamia devra donc quitter pour un court séjour. «Je lui ai demandé de me trouver une nourrice pour que je puisse chercher un boulot mais il a refusé, et il est revenu à la charge pour me demander d’abandonner mon enfant.» Après un branle-bas de combat entre le juge des mineurs, la police et la direction de la pouponnière, Lamia obtient gain de cause et Mohamed est réadmis à l’établissement où elle le voit deux fois par semaine. Hakim, pour sa part, lui demande de trouver un travail pour reconnaître ensuite sa paternité et donner son nom à Mohamed. Entre-temps, sa «première femme» accouche d’un quatrième enfant.
A-t-il changé envers elle ? «Il me dit tout le temps [laisse-moi tranquille] ; je ne le crois pas trop, s’il avait l’intention de donner son nom à l’enfant il aurait dû le faire dès le départ ; je sais qu’il n’est pas bien, mais pour moi, il a changé.»
Et Lamia ? «Moi aussi j’ai changé, je ne vois que mon fils.» L’avenir ? Trouver un gagne-pain pour élever Mohamed et convaincre Hakim de reconnaître leur enfant.
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23rd March 2007 15:44 #3
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Mercredi 21 Mars 2007 -- Violentées par leur époux. Chassées par la belle-famille en l’absence du mari retenu par le travail loin de sa ville ou du pays. Portant le fruit d’une relation «illégitime». Elles sont nombreuses les femmes qui empruntent le chemin du centre SOS femmes en détresse. Beaucoup viennent, en effet, y cacher leur grossesse aux yeux de leur famille quand celle-ci ignore leur état –certaines s’y réfugient avec l’accord de leurs parents en attendant l’accouchement et le retour au bercail après l’abandon de l’enfant–, et au regard de leur voisinage qui ne manquerait pas de les étiqueter pour toujours. Elles y trouvent une écoute et une prise en charge sur différents plans, notamment médical, psychologique, juridique et administratif, comme le mentionne Mlle Sabrina Ouared, directrice du centre d’écoute juridique et psychologique de SOS femmes en détresse (021 92 60 76). Bien que ce refuge pour les femmes en difficulté ne soit plus à présenter tant il est connu, il est important de souligner que son rôle ne s’arrête pas à la sortie de ses pensionnaires, puisqu’il se poursuit au-delà de leur délivrance pour leur assurer une situation plus ou moins acceptable. Si certaines d’entre elles peuvent rejoindre leur famille avant de reprendre leurs études ou leur travail une fois l’enfant abandonné, d’autres sont vulnérables et sans aucun repère, après leur rejet par les leurs. La médiation s’impose à ce stade de la vie de ces filles qui ont tout perdu. Aussi bien auprès des parents que du partenaire qui ne se considère pas concerné par une situation qu’il a pourtant contribué à créer. «Nous faisons de la médiation avec la famille quand il s’agit de réintégrer la fille dans son environnement, quand l’enfant est abandonné. Nous intervenons également auprès du père biologique, après l’admission de la fille au centre et avec son accord, lorsque ce n’est pas elle qui le contacte. Nous essayons de le convaincre de venir pour discuter et trouver une solution, ou alors nous nous déplaçons vers son lieu de travail.»
Le test d’ADN pour mettre le père devant ses responsabilités
Notre interlocutrice fait remarquer que ces interventions portent quelquefois leurs fruits, lorsque les intéressés se retrouvent face à la future mère ou face à leur enfant. «Quelque chose se déclenche lorsqu’ils voient leur partenaire enceinte, d’autres craquent à la vue de leur enfant.» Elle se souvient avec émotion d’une médiation qui a abouti au mariage des deux partenaires, avant que le bébé placé chez une nourrice rejoigne ses deux parents enfin réunis. «Il nous a demandé de le confier à une nourrice, le temps de préparer sa famille à la venue de cet enfant, après la célébration du mariage. Puis, il est venu une fois et nous avons fait venir le bébé afin qu’il le voie. Il a éclaté en sanglots, il nous a tous fait pleurer. Je suis émue à l’évocation de ce moment. Nous lui avons parlé et l’avons convaincu que l’enfant risquait de garder des séquelles s’il restait longtemps chez la nourrice. Je ne vous cache pas que nous avions peur qu’il y ait abandon.
Il l’a récupéré un mois plus tard.» Mais il reste que cette chance est rare, et que le principal concerné s’en lave les mains dès le constat de la grossesse. Seul le test d’ADN est en mesure de le mettre devant ses responsabilités, relève Mlle Ouared, qui affirme ne pas comprendre comment à ce jour il n’est pas exigé dans notre pays. «Les juges ne demandent pas le test, alors que c’est la seule façon de donner à l’enfant issu d’une relation illégitime une protection sociale et juridique et d’amener le père à assumer ses responsabilités. Qu’il y ait au moins une reconnaissance de paternité, même si on ne peut pas obliger cet homme à épouser la mère de son enfant. C’est le point focal pour nous.» Il s’agit, selon ses propos, d’un problème central parce que c’est seulement avec cette méthode qu’on peut mettre le père biologique devant ses responsabilités. «Il devrait y avoir une injonction de la part du tribunal, sachant que beaucoup d’aspects positifs pourraient découler de cette procédure, elle pourrait aboutir à un mariage récognitif. D’autant plus qu’il n’y a plus ce problème de faisabilité du test d’ADN. On peut le faire dans un laboratoire ou chez la police. On peut, sur ordre du juge, faire ce test. Ce n’est pas dans un but répressif, mais cela réglerait un nombre important de problèmes pour l’enfant, comme la scolarité, les soins, la sortie du territoire, etc.»
L’aide devait être accordée pour décourager l’abandon
Une reconnaissance de paternité favoriserait l’enfant aussi bien sur le plan juridique, puisqu’il aurait un statut, que social, le père devant assurer sa prise en charge, tel que l’explique Mlle Ouared, qui relève l’insignifiance de l’aide accordée par les Directions de l’action sociale (DAS) aux mères célibataires. Alors qu’il était question d’une indemnité de 10 000 DA que le ministre de l'Emploi et de la Solidarité nationale, M. Djamel Ould Abbes, avait l’intention d’accorder à celles-ci, une circulaire de ce département est venue donner aux DAS la prérogative d’estimer à leur niveau cette indemnité, revue du coup à la baisse pour être plafonnée à 3 000 DA. «Ce n’est pas suffisant, cette aide ne peut pas régler tous les problèmes auxquels elles font face. Elles doivent travailler pour élever leur enfant.
Elle reste vraiment en deçà des frais occasionnés par la réalité de la situation, alors qu’à l’origine, c’était pour encourager la mère à garder son enfant.»
La directrice du centre d’écoute estime que «si on veut aider les mères célibataires, il faut que la mère et l’enfant aient un statut et qu’il y ait des lois qui les protègent, qu’elles puissent bénéficier des mêmes avantages qu’une famille sur le plan social, et qu’elles doivent être considérées de la même manière que les familles vulnérables et bénéficier des mêmes avantages sociaux». Elle appuie ses dires par le fait que beaucoup de filles abandonnent leur enfant sous la pression et face aux difficultés qu’elles doivent affronter.
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23rd March 2007 15:58 #4
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Mercredi 21 Mars 2007 -- L. était une pensionnaire du centre SOS femmes en détresse où elle s’est réfugiée alors qu’elle était enceinte, après avoir fui sa ville et sa famille.
Nous l’avons rencontrée il y a une année et demie, après son accouchement, avec son bébé âgé alors de 4 mois. Elle était déterminée à le garder quoi qu’il lui en coûte, et en dépit de sa hantise de se retrouver à l’extérieur, sachant qu’elle devait quitter ce refuge provisoire et construire une vie avec son fils.
La jeune femme avait fait part alors de l’impossibilité de renouer avec les siens. «Ils me tueraient s’ils apprenaient ma présence dans ma région natale», avait-elle confié.
A notre grande surprise, nous apprenons qu’elle y est retournée et qu’elle y vit avec son bébé.
Cela a été rendu possible grâce à la médiation effectuée par les responsables du centre SOS femmes en détresse qui sont intervenu auprès de ses parents.
Le père biologique avait, lui aussi, été approché. Les résultats ont failli être à la mesure des espérances, cet homme s’étant engagé à faire un mariage religieux pour régler la situation de sa partenaire et du bébé, avant de changer d’avis.
La directrice du centre d’écoute juridique et psychologique de SOS femmes en détresse, Mlle Sabrina Ouared, raconte le déroulement de l’intervention : «La présidente du centre s’est déplacée dans cette wilaya et, après la médiation, il avait accepté de faire un test d’ADN et s’était dit prêt à reconnaître l’enfant s’il s’avérait être le sien.
On a fait jurer la mère dans une mosquée et sur un Coran que l’enfant est bien de cet homme. Un membre de la famille de la jeune femme devait servir de tuteur à cette dernière pour le mariage religieux, mais à la dernière minute, le père biologique s’est rétracté. Je ne sais pas s’il a subi des pressions de sa famille, mais cela ne s’est pas fait malheureusement.»
L. n’a pas eu la chance de voir les efforts de la responsable aboutir à un mariage, même religieux, qui lui aurait donné le statut de femme mariée et à son bébé celui de fils légitime.
Mais cette médiation l’a en quelque sorte aidée puisqu’elle ne se sent plus menacée par sa famille après son installation dans son environnement.
«Pendant un certain temps, elle a été aidée par sa tante avant de trouver un travail comme femme d’entretien et une location. Actuellement, elle élève son enfant qui a grandi depuis que vous l’avez vu. Il est adorable.»
Les yeux de notre interlocutrice pétillent lorsqu’elle parle de ce petit bout d’homme qu’elle cite par son prénom. C’est à se demander comment le père a pu résister à «l’appel» de cette partie de lui-même, préférant céder aux pressions et à la lâcheté, quitte à laisser son enfant assumer devant la société une faute qu’il n’a jamais commise.
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23rd March 2007 16:02 #5
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Mercredi 21 Mars 2007 -- Ratiba attend un enfant pour le mois prochain. Elle en est à son huitième mois de grossesse qu’elle est censée vivre comme toute femme en voie de donner la vie. Sauf que l’événement ne peut pas être qualifié d’heureux puisque Ratiba a été victime d’un viol.
C’est au centre SOS femmes en détresse qu’elle a trouvé refuge en janvier dans l’attente de la délivrance. Sa naïveté a mené cette étudiante de 23 ans tout droit vers son violeur, alors qu’elle croyait y retrouver ses bijoux qu’il lui avait subtilisés la veille sous la menace. «C’était en juillet de l’année écoulée. J’étais dans un taxiphone aux Asphodèles où j’attendais une amie que je venais d’appeler, quand un jeune homme ivre s’est approché de moi, m’a prise à bras- le- corps et m’a mise sur son épaule. Personne n’est intervenu, le propriétaire lui a demandé de me sortir du taxiphone. Ce qui l’intéressait, c’était de ne pas avoir de problème dans son local. Une fois dehors, l’homme m’a posée par terre et sous la menace d’un couteau, il a exigé que je lui remette les bijoux que je portais. Ce que j’ai fait». Les choses auraient pu en rester là. Mais, la jeune fille a supplié son agresseur de lui rendre ce qu’il lui a pris. C’était vraisemblablement l’objectif recherché puisqu’il lui a indiqué une adresse à laquelle elle devait se rendre le lendemain si elle voulait récupérer son bien. «C’était un immeuble situé aux Asphodèles [Ben Aknoun] derrière le commissariat. Mais j’étais loin de savoir qu’il s’agissait d’un bâtiment en construction et qu’il était donc désert même en plein jour. Comme je suis naïve, je me suis rendue à ce rendez-vous et là, je l’ai trouvé dans la cage d’escalier en compagnie d’un autre homme. Il m’a d’abord dit qu’il n’avait rien à me rendre avant de m’empoigner et de me plaquer contre le mur. Pendant que son ami surveillait l’entrée, il a fait ce qu’il avait à faire. J’ai crié, hurlé, il m’a battue, c’était atroce.» La vie de Ratiba venait de basculer. Une fois chez elle, dans son village –durant l’année universitaire, elle était hébergée chez son oncle maternel- elle tente de taire ce qui lui est arrivé. Sans succès, sachant que cet homme venait de démolir sa vie. «Pendant un mois, je n’ai rien dit. Puis mon père m’a forcée à parler car il voyait que j’allais très mal. Au début, il croyait que c’était à cause du module que je n’ai pas eu. Mais il constatait au fil des jours à travers mon état que c’était plus grave. Je lui ai alors tout raconté, ensuite nous sommes venus à Alger où j’ai déposé une plainte. L’affaire a traîné 6 mois avant d’arriver chez le procureur.
Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai aucune nouvelle alors qu’il y a un mois, on m’a promis de me contacter». Puis arrive la rentrée universitaire alors que la physionomie de l’étudiante a changé. «J’étais déjà enceinte et j’ai raconté autour de moi que je m’étais mariée pendant les vacances. Ma grossesse devenant trop visible, j’ai dû cesser de me rendre à l’université.» Mais il restait à la famille à cacher leur fille pour éviter l’opprobre aussi bien au village que dans le voisinage de son oncle qui l’avait hébergée. C’est son cousin maternel, sur orientation d’un de ses amis, qui l’a installée au centre SOS femmes en détresse, où elle a pu poursuivre des séances de psychothérapie, entamées à l’extérieur, alors qu’elle était chez elle, sur insistance de son père comme elle l’affirme. Aujourd’hui, elle semble plus sereine, et a déjà trouvé une famille d’adoption pour son bébé. «J’ai exigé un droit de visite, car je tiens à lui.
Je veux qu’on lui dise que je suis sa mère et je garderai des liens avec lui pour toujours.» Son violeur, qu’elle a pu localiser dans le quartier où elle a été violée et au sujet duquel elle a pu avoir des renseignements a tout nié au cours de l’instruction.
«Il m’a même dénigrée en me traitant de dévergondée.» Le cas de la jeune fille a beaucoup touché la directrice du centre d’écoute qui souligne que «non seulement son agresseur a nié, mais il a tenté de la salir alors qu’elle était étudiante, et n’était même pas dans une cité universitaire mais chez son oncle». Elle estime qu’il a fallu beaucoup de courage à cette jeune fille pour surmonter cette épreuve, d’autant plus que «c’est une victime et qu’elle agit en mère» en pensant à l’avenir de son enfant. Et au sien, puisqu’elle compte poursuivre ses études. «La licence d’abord, ensuite ce sera le magistère.»
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23rd March 2007 16:08 #6
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Mercredi 21 Mars 2007 -- Ce n’est plus l’exception qui confirme la règle mais tout bonnement la règle sans exception… sans partage.
A Constantine, même les différences, les maux et autres tares sociales s’inscrivent dans ce qui fait la caractéristique même d’une wilaya où les habitants se satisfont amplement d’une hypocrisie qu’ils se plaisent à qualifier de respect des valeurs, de pudeur ou d’un conservatisme qui serait la marque de fabrique de la cité.
En ce début de troisième millénaire et dans un contexte où la crise morale dans le pays relève de la banalité, au moment où elle se traduit par la délinquance, la corruption, la violence, la prostitution, le chômage… la question des mères célibataires ne semble pas se poser ou, du moins, si elle se pose, celle-ci semble être évacuée d’une manière consensuelle par les concernées et les institutions desquelles elles relèvent.
A l’évidence, il ne sert à rien de voter des lois, de promulguer leurs décrets d’application et de ne pas en analyser l’effet sur le terrain. Au problème épineux et tout autant dramatique des mères célibataires, l’Etat donne l’impression d’accorder la plus grande considération, comme peut en témoigner cette mesure qui consiste à protéger la mère célibataire et son enfant en pourvoyant à leur existence. Cette assistance évaluée à 10 000 DA, si elle n’est pas en réalité suffisante, compte tenu du coût de la vie et deux fois plus qu’une pour une jeune mère en général mise au ban de la société n’en reste pas moins une manne compte tenu de la situation.
Pourtant, à Constantine, les mères célibataires, notamment pour certaines d’entre elles, ne courent pas après même si elles décident de garder leur enfant.
Paradoxalement, elles se volatilisent dans la nature. «C’est en général pour préserver leur anonymat. Elles coupent d’ailleurs tout contact avec les institutions qui pourraient leur venir en aide», soulignera pour nous M. Boumenkar A., directeur de wilaya de l’action sociale. Une réaction somme toute logique au vu des réactions anachroniques possibles d’une société au fonctionnement encore médiéval sur ce plan. En moyenne, annuellement, ce sont entre cent cinquante et deux cents jeunes femmes qui sont recensées par la DAS compte tenu de leur accouchement en milieu officiel, autrement dit la maternité. «En général, elles appartiennent rarement, pour ne pas dire pas du tout, à la wilaya de Constantine. Elles viennent par conséquent d’autres wilayas et appartiennent à des milieux défavorisés.» Cette réalité n’en dédouane pas moins la wilaya de Constantine, sachant, et cela coule de source, que ces mères célibataires vont à leur tour accoucher dans une autre wilaya, souvent Mila. Comme il est évident que les femmes qui seraient d’un milieu aisé ont plus de possibilité de se faire avorter. Cela étant, «les mères célibataires quittent la maternité après trois jours et pour celles qui laissent leur enfant, nous essayons, car tous les espoirs sont permis, de leur laisser un temps de réflexion de deux mois qui peut être prolongé d’un autre mois au cas où elles surmonteraient leurs difficultés du moment et décideraient de récupérer leur bébé. Nous gardons toujours, si ténu soit-il, l’espoir que les concepteurs se résolvent à assumer leur lien de parenté avec l’enfant», soulignera à notre intention le DAS, qui enchaînera : «Il existe des cas plus complexes. A titre d’exemple, ceux des jeunes femmes sous la menace de représailles familiales.
Celles-ci sont accueillies souvent dès le 4ème mois de leur grossesse au sein des Diar Errahma où elles séjournent jusqu’à l’accouchement et parfois plus d’un mois après. Autrement dit, quand les conditions minimales de réinsertion sembleraient existantes.» Ces conditions relèvent en général du choix de la mère qui désire ou non garder son enfant.
L’enfant, dont la mère refuserait la relation, est placé dans une famille d’accueil. Sur ce sujet précis, il n’existerait aucun problème, la DAS possédant largement les moyens d’une politique en ce sens quoiqu’elle privilégie le giron maternel pour l’équilibre des deux parties.
«L’Etat accorde effectivement une aide de 10 000 DA/mois sur laquelle l’institution verse à la mère célibataire 3 000 DA dans le cadre du filet social, compensant la différence en nature…, c’est-à-dire par la fourniture de lait, habillement, nourriture. Une somme d’aide qui dépasse plus que souvent le million de centimes officiellement alloué. Il y a lieu toutefois de préciser que cette aide n’est pas accordée à qui la demande.
La DAS, par l’intermédiaire de ses assistantes sociales, fait procéder à une enquête sociale qui devrait être à même de déterminer si les conditions dans lesquelles va être élevé l’enfant et dans lesquelles vit la mère sont telles que l’allocation et l’aide en nature ne viendraient qu' améliorer leur existence. D’ailleurs, c’est quelque part pour surmonter ces impondérables que nous envisageons la réalisation d’une structure d’accueil à l’image de celle qui existe à Alger [Draria] afin de prendre en charge dans son intégralité et la mère et l’enfant.
Dans tout ce cheminement procédural, il relève de notre obligation d’intégrer la mère dans la société, notamment par son insertion dans un milieu professionnel selon ses aptitudes», conclura notre interlocuteur.
Il y a lieu de souligner que les temps ont effectivement changé. Au jour d’aujourd’hui, toute jeune femme enceinte est en droit de se faire admettre dans une maternité sans être dans l’obligation de présenter un livret de famille. Cela reste du domaine des libertés individuelles… du moins pour les personnes ayant atteint leur majorité.
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23rd March 2007 16:21 #7
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Mercredi 21 Mars 2007 -- Victime de rejet de la société ou incapable d’obéir à ses nouvelles mutations, la catégorie des enfants marginalisés, dont l’âge varie selon certains spécialistes entre 14 et 15 ans, trouve son épanouissement et ses équilibres dans la rue, à l’abri des règles sociales ostentatoires.
Le cas des filles mères ou mères célibataires, selon l’appellation, reste un sujet tabou dans une société dominée par les schémas figés du conservatisme traditionnel. Leur cas répond certes à la prise en charge des pouvoirs publics concernés, mais sans pour autant atteindre le stade de la vulgarisation à l’échelle sociale malgré son ampleur. A titre d’exemple, pour les témoignages recueillis, l’affirmation est unanime face à la genèse du «phénomène social», cependant, l’on feint ouvertement de débattre du sujet ou tenter de verser dans quelque approche réaliste. La réflexion reste donc au stade du fait accusatoire et du forfait de l’acte prémonitoire.
Pour le directeur de l’action sociale (DAS), la situation n’est guère alarmante à Sétif, où les cas enregistrés sont pris en charge «effectivement» par l’institution qu’il gère. La politique des pouvoirs publics concernés, précise-t-il, vise à cerner le problème par le biais des foyers pour l’enfance abandonnée.
L’action de coordination établie avec l’hôpital mère et enfant, appelé communément maternité, est orientée vers l’accueil des enfants abandonnés au niveau de la structure de la DAS.
Dans la majorité des cas, nous précise-t-on, la prise en charge définitive intervient trois mois après l’expiration du délai accordé par la loi, période de réflexion donnée à la mère, pour la récupération du nouveau-né. Si par le passé, le nombre des bébés à charge pouvait atteindre les quelque 100 par an, actuellement, la pouponnière de Sétif ne compte qu’une moyenne de douze nouveau-nés, d’après le directeur de la DAS qui précise que, malgré la prise en charge proposée par la direction de l’action sociale envers la mère, entre autres son insertion dans un foyer d’accueil et les facilités d’emploi dans le cadre du filet social, celle-ci s’évanouit dans la nature, ne donnant aucun signe de vie.
D’après les renseignements recueillis, dans leur totalité, les filles porteuses atterrissent à Sétif en provenance de villes éloignées et avoisinantes dans le souci de bénéficier du statut d’anonymat accordé par la structure d’accueil.
Outre cela, une enquête au niveau de l’hôpital mère et enfant de Sétif fait apparaître un net recul des admissions des filles porteuses cette année particulièrement, qui, selon certains témoignages, sont devenues insignifiantes, avec à peine un cas par semaine, tandis qu’elles pouvaient atteindre les deux à trois cas quotidiennement, il y a deux à trois années, ce qui coïncide avec l’ouverture des cliniques privées. De ce côté-là, des chiffres, on n’en aura jamais.
Enfin, d’après le directeur de l’action sociale, l’étude de ces cas fait ressortir que les filles mères, victimes de raisons socio-économiques diverses, traduit le manque de ressources financières pour celles notamment issues de milieu défavorable, une réflexion sur l’octroi d’indemnités conséquentes allouées par l’Etat permettrait dans un premier temps de transcender la pauvreté et, par là même, réaliser un acquis de taille, celui de la reconnaissance de l’enfant par sa mère.
Du reste, d’aucuns s’accordent sur les voies et moyens devant accréditer toute initiative d’insertion sociale de cette frange de la société longtemps reléguée au chapitre du tabou.







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