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  1. #1
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    Enfants maltraités : La prise en charge prise en défaut

    Samedi 31 Mars 2007 -- La prise en charge des enfants maltraités fait défaut. C’est ce qui ressort de la journée d’étude sur “la maltraitance” tenue jeudi dernier à la salle de conférence du Cerist. Organisée par la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem), cette conférence a permis aux acteurs de tous bords, notamment les services de sécurité du pays, de mettre en relief ce point.

    Kheira Messaoudène, commandant à la Direction générale de la Sûreté nationale, l’a souligné : “Si un enfant, notamment une fille, a le courage de dire ce qu’elle endure et ce qu’elle subit, elle est orientée dans le même centre des délinquants. A quoi faut-il s’attendre ?” Plus loin, elle a noté qu’il ne faut pas s’étonner qu’elle verse dans la délinquance et la débauche.

    Notant que la police de proximité pourra y pallier un tant soit peu, le commandant Messaoudène a affirmé que des formations sont en train de se faire. “Il faut que les Algériens aient le sens civique et qu’ils dénoncent les agissements, que ce soit pour la maltraitance ou autres”, a-t-elle ajouté, en soulignant l'existence d'une brigade de protection des mineurs relevant de la Sûreté nationale qui active sur tout le territoire national. Elle a, en outre, précisé qu'Alger compte à elle seule trois équipes de protection des mineurs, au centre, à l'est et à l'ouest en raison de la densité de la population.

    Selon les chiffres avancés par ce commandant, plus de 5 000 enfants ont été victimes de violence physique (coups et blessures volontaires), d'abus sexuels, de maltraitance et d'enlèvement dont 3 281 garçons et 1 786 filles en 2006. Le bilan fait état de 2 992 enfants victimes de coups et blessures dont 2 289 garçons alors que les enfants victimes d'agressions sexuelles sont estimés à 1 474 799 filles. Les mêmes services ont recensé 475 enfants victimes de maltraitance dont 271 garçons et 18 enfants victimes d'homicide volontaire. La tranche d’âges de ces enfants se situe entre 10 et 18 ans dont 1 857 sont âgés de 16 à 18 ans. Pour sa part, Mustapha Khiati, président de la Forem, a estimé que le signalement de la souffrance des enfants et de leur détresse permet une prise en charge "urgente et adéquate" de cette catégorie d'enfants. Néanmoins, il a noté qu’il n’y a pas de coordination entre les différents services pour leur prise en charge. “La maltraitance des enfants est une réalité plus fréquente qu'on ne pourrait l'imaginer. Il convient donc de mieux protéger les enfants en danger qui doivent pouvoir être signalés partout où ils sont et des mécanismes de surveillance, d'aide et de suivi sont à mettre en place”, ont indiqué les participants à cette journée qui a regroupé des spécialistes et des représentants de plusieurs secteurs chargés de la prise en charge de l'enfant.

    M. Khiati a révélé que “plus de 10 000 cas d'enfants souffrant de différentes formes de maltraitance dans le milieu familial sont enregistrés annuellement en Algérie”. Pour rappel, depuis 2005, un numéro vert national (15 55) a été mis en place par l’Observatoire des droits de l’enfant. Mis à la disposition des enfants, parents ou autre, le 15 55 permet de communiquer avec une cellule de psychologues et juristes afin de bénéficier d’une prise en charge spécifique au besoin de la personne qui appelle. Le service est opérationnel tous les jours de 8h30 à 16h30.


  2. #2
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    Mercredi 25 Avril 2007 -- Une fillette de 6 ans a reçu une correction d’une rare violence : elle a eu les cheveux coupés et les ongles et les sourcils brûlés. Son “méfait” est d’avoir subtilisé quelques cahiers de la librairie appartenant à son père et de les avoir distribués à quelques-unes de ses camarades de classe. L’auteur de cette “correction” n’est autre que son… père. Ce dernier, fou de rage, n’a pas trouvé mieux que de lui infliger cette humiliation. Cette histoire s’est passée dans la wilaya de Skikda, au niveau du chef-lieu de commune, il y a quelques jours.

    Selon des sources, au moment où nous mettons sous presse, aucune plainte n’a été déposée et aucune action digne de ce nom pour dénoncer cet acte inhumain n’a été entamée. En attendant que les instances compétentes réagissent, la fille, qui suit ses cours dans un groupement scolaire au niveau de la ville de Skikda, a été sommée de porter un… voile pour cacher l’humiliation subie.


  3. #3
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    Mercredi 24 Avril 2007 -- Une enfance violentée. Une violence que lui font subir des adultes, y compris les parents, à commencer par eux, en fait ! Des enfants qui demeurent vulnérables à un âge avancé en rapport aux différents sévices corporels ou moraux qui leur ont été infligés au quotidien.

    Il reste souvent la rue pour recueillir les brisures de jeunes vies parties en éclats. Qui y atterrissent à tout âge. A un âge où l’on joue, où on va à l’école. Un âge où l’insouciance, le rire font partie du développement de la personne.

    Ils sont donc nombreux ces filles et garçons qui errent dans les rues à la recherche d’une pitance, d’un logis. Ou encore une victime à voler. D’une autre à solliciter pour une pièce, une pâtisserie ou autre chose à se mettre sous la dent pour calmer une faim omniprésente.

    Ceux qui sont «chanceux» sont ramassés par le panier à salade itinérant dans les villes, pour être «déposés» pour une nuitée dans des commissariats avant d’être pris en charge par des juges pour mineurs et finir dans des centres de rééducation. Qui en sont pleins tant à Birkhadem I et II qu’à Châteauneuf ! Des espaces spécialisés aménagés pour y recueillir une déchéance forcée, celle imposée à des enfants qui n’ont pas demandé à naître ou qui naissent pour être heureux comme se plaît à le dire et à le répéter le mouvement associatif sensibilisé à ces cas sociaux.

    Des enfants martyrisés par des adultes qui s’entredéchirent, faisant payer leurs erreurs non assumées à une progéniture qui, souvent, préfère d’elle-même quitter le cocon familial pour se réfugier dans le néant, vers l’inconnu, l’incertitude… Filles et garçons, de parents séparés, victimes de divorces qui finissent généralement mal, sont inscrits parfois par leur propre père ou mère dans ces centres d’accueil multiformes. Car, il arrive souvent qu’ils soient pensionnaires de centres de transit où toutes les couches de la population sont placées, comme au SAMU social qui a vu augmenter ses effectifs avec l’arrivée inopportune de ces jeunes gens et jeunes filles en mal de toit. Parce que battus, malmenés, sujets à agressions sexuelles par le père, filles comme garçons… presque un tabou que ces atteintes frappées par le sceau du tabou à ne jamais enfreindre. De peur de la morale sociale, des qu’en-dira-t-on, d’être pointé du doigt dans le voisinage, l’entourage… Mieux vaut cacher alors la tare et subir en silence.

    Pourtant des cas d’inceste, de suicide, de violence sexuelle, corporelle et psychique ne se comptent plus sur les doigts de la main.

    Un détour par ces centres spécialisés, par les services de police qui «coincent» souvent dans leurs filets des fugueurs et des récidivistes, ou ailleurs, dans la rue où les jeunes et les enfants tournent fatalement mal, en tombant dans la prostitution, dans la drogue, la criminalité, les agressions… démontre que la situation est plus qu’alarmante.

    Une prise en charge adéquate des institutions concernées par ce phénomène qui prend de l’ampleur chaque jour que Dieu fait est rare et ne suffit plus. Dépassées par le cours du fléau lourd à porter et pour colmater des brèches ouvertes dans une société frappée de toute part par une violence sous toutes les formes. Une assistance psychologique est rare et n’intervient qu’en milieu officiel.

    Des organismes versés dans cette prise en charge manquent cruellement et le mouvement associatif se fait absent sur la scène des interventions effectives en raison des moyens humains et matériels qui ne suivent pas. Des cas d’enfants et d’adolescents violents pour moult causes ou violentés passent presque inaperçus.

    Pourtant, ils choquent au plus haut point lorsque la presse se fait le relais de cette réalité. L’exemple, tout récent, nous vient de ce village à Boghni dans la wilaya de Tizi Ouzou où de jeunes élèves à l’école coranique ont vécu le martyre après avoir fait les frais d’appétits tendancieux de l’imam presque aussi jeune. Et ce cas de figure est légion. A méditer, car il n’est jamais trop tard !


  4. #4
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    Mercredi 24 Avril 2007 -- Bienheureux encore qu’il existe la médecine légale, sinon il relèverait de la gageure d’établir la réalité de phénomène des violences faites aux enfants dans le pays ou du moins à Constantine. Pis, quand l’un des plus importants spécialistes de médecine pédiatrique, avant de condescendre à nous rencontrer, affirme au téléphone que c’est un sujet tabou, donc difficile à aborder, il n’y a plus qu’à emprunter le chemin le plus court pour constater qu’il y a quelque chose de pourri au royaume d’Algérie.

    Passe encore que parler de pédophilie serait, selon les bouches et oreilles chastes de nos compatriotes, de la pure hérésie, il n’en demeure malheureusement pas moins que la maltraitance des enfants est là, est bien là.Cette omerta consensuelle rend obligatoirement, en raison de l’hypocrisie ambiante, aléatoire toute velléité d’investigation autour du sujet, lequel horripile, comble du paradoxe, auteurs, victimes et tous intermédiaires confondus. La politique de l’autruche dans ce cas de figure est une aubaine pour tout le monde.

    C’est dans cet ordre d’idées que, si le directeur de l’action sociale ne pousse pas un «ouf !» de soulagement officiel parce que son «administration ne serait en rien concernée par la maltraitance des enfants», il n’en donne pas moins l’impression d’un sentiment de satisfaction mal dissimulé d’être «débarrassé» d’un dossier de plus qui pourrait être encombrant. A. B., le DAS, extrêmement obligeant, toutefois tiendra à souligner qu’«en général, cela se passe du côté de la médecine légale et des services de police. En ce qui concerne notre institution, il s’agit plutôt de parler de sauvegarde de l’intégrité d’un mineur…

    exposé à un danger moral». Nous avons compris, par conséquent, que faire subir des violences à un enfant n’entame en rien l’aspect moral…de la société chargée de le prémunir contre toute tentative de délit, sinon en raison de son appartenance à une famille en difficulté.Espérer obtenir des informations…
    des vraies, chiffres et statistiques, à titre d’exemple, équivaudrait à parler du sexe des anges. Quoique M. Kabouche Azziz, président de l’association des psychologues, rencontré à l’occasion d’une journée sur les risques professionnels, nous dise que «6 à 7 cas sont recensés mensuellement par notre association. Heureusement que les enfants commencent à parler de leurs problèmes ou des problèmes qui laminent la famille à laquelle ils appartiennent». Sur cet aspect du problème, en l’occurrence l’influence du milieu social sur la situation d’un enfant donné, les avis divergent entre deux spécialistes que nous avons rencontrés.

    Pour notre premier interlocuteur, «il n’est pas forcément établi qu’un enfant, issu d’un milieu social défavorisé, soit plus exposé à des violences parentales qu’un autre venu d’un milieu aisé». A contrario, pour Mme F. Bencheikh Lefgoun, Dr d’Etat en sociologie «un enfant brutalisé, victime de violences physiques ou sexuelles, appartient à un milieu familial vulnérable. En fait, je dirai même que cela coule de source, sachant que tous les problèmes et toutes les difficultés auxquels font face les parents se traduisent, sans pour autant qu’il y ait généralisation, par un défoulement parfois moral [insultes], parfois physique [coups et blessures] et là, également, ne sont épargnés ni les filles ni les garçons, malgré l’absence de données précises dues à une amnésie voulue et entretenue par les éléments d’une société recluse sur elle-même.

    C’est ce qui constitue pour les sociologues une véritable problématique et le fait d’essayer d’aborder le phénomène relève tout simplement de la véritable appréhension et ce, malgré la disponibilité de textes universels de protection de l’enfant […l’enfant a le droit à une protection spéciale qui lui garantit le droit d’être protégé contre les mauvais traitements subis au sein de sa famille, l’exploitation et violences sexuelles, les pratiques traditionnelles préjudiciables à sa santé] auxquels notre pays a adhéré… sans toutefois les appliquer parce qu’otage de lois nationales non adaptées. La seule loi qui prévaut est ce droit régalien qu’a le père sur son enfant et qui l’autorise d’autorité à user et abuser de cette ascendance même pour justifier des comportements extrêmes».

    Pourquoi les enfants sont-ils victimes de violence ? «Un enfant violenté par ses parents l’est généralement en raison d’une enfance difficile de ces mêmes parents», soulignera la sociologue. Ainsi, tout enfant qui n’est pas sérieusement pris en charge, une fois sa détresse connue, risque de refouler la terreur vécue pour la reproduire a posteriori. Nos deux interlocuteurs ont une appréciation unanime : «l’enfant battu l’est par des parents dont la propre enfance a été confisquée par leurs parents». Evacuant du revers de la main tout pessimisme, Azziz Kabouche dira que «par expérience, nous sommes arrivés à travers une thérapie précise et spécifique à reconstruire l’enfant, lui redonner des espérances et la joie de vivre une vie dans la sérénité et en même temps récupérer le ou les parents auteurs des violences. La tâche est dure mais il est nécessaire de l’accomplir en ce sens que c’est de la cellule familiale, première organisation sociale que dépend toute la société».


  5. #5
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    Mercredi 24 Avril 2007 -- Selon un spécialiste de la psychologie de l’enfant, à l’instar des pays développés, on devrait dépasser la notion de «droit à l’enfant» pour s’élever au principe du «droit de l’enfant», une dimension qui réduirait les écarts de l’injustice à laquelle est soumis l’enfant et, par-delà, mettre au grand jour les agissements du monde des adultes en dévoilant le phénomène social de l’«enfance maltraitée». Il s’agit d’enfants battus, sujets d’abus sexuels ou victimes du rejet générés par les conflits familiaux, notamment ceux des couples séparés.

    Si encore pour le psychologue en charge du phénomène social, l’enfant victime de sévices corporels ou mentaux devrait bénéficier d’une prise en charge particulière par l’institution pénale, et par-delà les forces publiques tout comme le juge d’instruction devraient accéder aux principes de la science du comportement mental afin de participer à la concrétisation du projet du «droit de l’enfant».

    Dans une société en perpétuelle mutation, n’entendons-nous pas souvent les cas les plus frappants de l’enfance maltraitée ? Un enfant déposé carrément sur le fourneau en guise de punition parentale, ou un père à l’origine de la rupture de la scolarité de ses enfants sous l’effet de conflits familiaux, ou encore celui victime de sévices sexuels exercés par l’adulte. Cependant, il s’agit là de cas rares, très rares qu’enregistre l’institution judiciaire, selon les témoignages des magistrats. 1% des affaires traitées au niveau du tribunal de Sétif relève de l’«enfance maltraitée», qui représente un chiffre infime dénotant le degré de culture de la société, relève le procureur général de la cour de Sétif.

    Si certains cas sont cités par le médecin légiste ou par le corps de la magistrature, il s’agit, en fait, d’actes isolés relevés essentiellement dans le milieu urbain alors que les zones rurales obéissent aux règles du tabou les plus restrictives. «C’est l’honneur de la famille qui est affecté», telle est la règle en vigueur afin de jeter le voile sur les phénomènes qui affectent la société, en transformation sous l’effet de la modernité. Même si le premier représentant de la magistrature de la wilaya de Sétif affirme que le crime organisé n’est guère une réalité dans notre société, concernant la pédophilie, à titre d’exemple, aussi dans le domaine de la drogue, l’enfance demeure épargnée par ce fléau, notamment en milieu scolaire.

    Ce sont les valeurs traditionnelles de la famille et des mœurs sociales héritées qui continuent à organiser le schéma social dominé par le sens des règles de la famille et ses repères, telle est l’image des villes et villages de l’intérieur du pays contrairement aux grands centres urbains. C’est ainsi que Sétif, en tant qu’agglomération principale de la wilaya, ne représente guère un centre urbain d’envergure mais ce sont les 59 communes rurales qui tissent le statut de la deuxième région du pays du point de vue démographique.Outre cela, on argumente que c’est tout l’arsenal juridique qui est mis au profit de la préservation de l’enfance contre les abus et l’exploitation.

    Le code de procédure pénale, le code pénal, le code de la famille ainsi que les ratifications de l’Algérie au programme de l’Unicef pour la protection de l’enfance et à l’OIT pour la préservation de l’enfance contre le travail précoce plaident en faveur de la prise en charge de la catégorie juvénile de la société. Même si l’enfant de Sétif s’adonne à quelques travaux à caractère commercial et promotionnel dans certains quartiers commerciaux, ce n'est rien comparé à la gravité de la situation enregistrée dans certains pays asiatiques où l’exploitation de cette catégorie a atteint des niveaux alarmants.

    Pour l’heure, dans le cas de Sétif, au même titre que d’autres régions de l’intérieur du pays où l’enracinement des valeurs ancestrales sont valables, elle demeure une réalité palpable, les cas de l’enfance maltraitée enregistrés au niveau de l’institution judiciaire, évalués à près de 1%, dénotent la pression du tabou social même si ce phénomène n’a guère atteint les proportions alarmantes redoutées dans les grands centres urbains.


  6. #6
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    Mercredi 24 Avril 2007 -- Les causes qui condamnent l’enfant à vivre dans un «handicap» sont nombreuses. Il y a ceux qui naissent et grandissent dans les rues. Ceux, orphelins, abandonnés et laissés-pour-compte, et ces pauvres, qui évoluent dans un environnement néfaste… mais il existe aussi des enfants qui vivent sous l’effet de la violence pour devenir des adultes féroces. Selon un universitaire, les effets négatifs sur les enfants sont aggravés si les parents sont en situation de conflit prolongé à la suite de la séparation. Certes, les responsables ne peuvent éliminer de tels conflits, mais la réforme du système de justice familiale est l’un des moyens à utiliser pour aider les enfants et leurs parents à s’adapter à une nouvelle situation familiale.

    Aussi, certains de nos interlocuteurs ont souligné les phénomènes de violence à l’école qui poussent l’enfant à vivre dans la crainte et trouve des difficultés à apprendre ses leçons. Ces cas de châtiment corporel sont largement constatés à Tlemcen où des enseignants tabassent l’élève. «Là, il s’agit d’une victime d’adulte», dira-t-on, ajoutant qu’avec ces actes, on parviendra un jour à transformer la vie à l’école en véritable enfer. D’ailleurs, à ce sujet, plusieurs enseignants ont été poursuivis en justice pour avoir châtié leurs élèves.«La protection des enfants contre la violence, l’exploitation et la maltraitance fait partie intégrante de la protection de leur droit à la survie, à la croissance et au développement.» Par ailleurs, même la violence familiale peut avoir des conséquences négatives durables sur les enfants. Résultat : des enfants qui fument, qui se droguent, qui volent, etc. Ces agissements finiront par faire de l’enfant un délinquant de la société. Certes, un enfant, adolescent, puis adulte, si on n’y prend pas garde, peut devenir le prototype de l’individualiste intégriste de demain.

    Les enfants ont besoin d’une protection et d’une attention particulières en raison de leur vulnérabilité. Leurs familles sont responsables de leur protection et de leurs soins, de leur conduite, etc. Mais comme plusieurs sont la proie de la violence, les responsables doivent réagir pour protéger cette relève de demain contre toutes les formes de mauvais traitements venant des parents ou de toute autre personne. L’enfant a cependant besoin d’être élevé, mais surtout bien élevé, car il ne s’agit pas de fortifier son corps, mais de former sa conscience et de forger son caractère.


  7. #7
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    Mercredi 24 Avril 2007 -- «Pourquoi m’ont-ils mis au monde pour me jeter dans un centre ?» s’interroge tristement un enfant de douze ans, placé par le juge des mineurs dans le Centre de rééducation spécialisé (CRS) d’El Biar, à Alger, à la demande de ses propres parents divorcés.

    Les enfants en danger moral

    L’enfant est malheureux. Une souffrance profonde, mêlée à un grand sentiment de vengeance, emplit ses beaux yeux qui refusent de laisser couler une seule larme. Son langage est dur. Menaçant. Jamais il ne pardonnera à son père le fait de l’avoir jeté dans le centre. «Si je rencontre mon père, je le tuerai», ne cesse-t-il de répéter pour dire toute sa colère contre ce père «irresponsable» qui «roule avec une voiture de dernière génération», oubliant l’existence de son fils. «Les gens rient de moi. Mon père est riche et moi je suis dans un centre ! Si, au moins, je n’avais pas de parents», dit-il. Le jeune garçon a été placé dans le centre pour vol. Chose qu’il confirme lui-même. Pourquoi ? «Comme ça». «Et tu voles toujours ?» Pas de réponse. اa devient un vice. «Je n’ai jamais vécu un moment de bonheur depuis que j’ai ouvert les yeux sur le monde. Mes parents se sont séparés après ma naissance. Depuis, c’est l’éternel déchirement. Mon père qui réclamait la garde juste pour ne pas payer la pension alimentaire -il m’a mené la vie dure chez lui. Il me battait et m’insultait-, ma mère ne savait pas à quel saint se vouer, partagée entre le devoir d’être à nos côtés, moi et mon frère, et les soucis d’argent» raconte-t-il. Le jeune garçon a dû quitter la maison plusieurs fois, fuyant la violence du père et le regard méprisant de ses oncles, en se réfugiant dans la rue. Et c’est là qu’il a appris à voler. «Là où je vais, on me regarde de travers. Je n’avais que la rue pour refuge… Je volais parce que je n’avais pas quoi manger.» Le cas de cet enfant n’est pas le seul. Des centaines d’autres souffrent à travers le pays. En silence. La situation est critique, aggravée par la multiplication des problèmes sociaux (chômage, crise de logement, etc.) Ainsi, la maltraitance des enfants est un phénomène national qui prend de l’ampleur. Les services de police tirent la sonnette d’alarme.

    Signaler les actes suspects

    Selon Mme Messaoudene, commissaire principale, chef de bureau de la protection de l’enfance et de la délinquance juvénile, à la direction de la police judiciaire sise à Ben Aknoun, à Alger, 5 067 enfants ont été victimes de violences physiques et sexuelles durant l’année 2006. Un chiffre qui ne reflète pas encore la réalité, sachant que les familles ne dénoncent pas toujours les actes de violence subis par leurs enfants. Encore moins les riverains témoins d’actes suspects mais qui se montrent passifs. Par indifférence ou par lâcheté. Pourvu que cela n’arrive pas chez eux ! Les enfants aussi cachent leur mal lorsqu’il s’agit notamment de violences sexuelles. «C’est difficile de faire parler un enfant sur une agression sexuelle. Les enfants n’en parlent pas. Ce sont des choses intimes. Voilà pourquoi nous avons encore du mal à traiter ce genre d’affaires… Nous sommes en train de former des équipes spécialisées dans ce domaine» indique Mme Messaoudene. La représentante de la police judiciaire de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) précise que les violences physiques viennent en première position, avec 2 992 cas. Les agressions sexuelles viennent en deuxième position, avec 1 474 cas. Les mauvais traitements en troisième position avec 475 cas. Les enfants victimes d’homicide volontaire étaient au nombre de 18 au niveau national.

    Selon Mme Messaoudene, ce sont généralement les filles qui sont plus exposées aux violences sexuelles que les garçons et c’est souvent le contraire dans le cas de violences physiques. Les tranches d’âge vont de 16 à 18 ans pour les violences physiques, de 13 à 16 ans pour les violences sexuelles, et de 10 à 13 ans pour les mauvais traitements. Les wilayas les plus touchées par ce phénomène sont, évidemment, les grandes villes : Alger avec 389 victimes, Annaba avec 235 victimes et Oran avec 212 victimes.

    Dans le sud du pays, la wilaya de Biskra vient en tête de liste avec 106 victimes. Cela n’empêche pas le fait que la violence existe partout ailleurs dans le pays, à Skikda, à Mila, etc. «Il faut prendre très au sérieux les chiffres. Non pas pour alarmer les citoyens, mais pour leur rappeler leur devoir qui consiste à dénoncer les criminels. Arrêtons d’être passifs !» lance encore Mme Messaoudene. Et d’insister : «Un enfant est un enfant. C’est un être vulnérable.» Pour Mme Messaoudene, la société civile doit s’impliquer dans la protection de l’enfance à tous les niveaux : la famille, l’école, les associations… et tout l’environnement. Il faut sensibiliser à tous les niveaux et à différentes occasions. De manière continue. Surtout en ce qui concerne les violences sexuelles qui tendent à être banalisées sous l’invasion des chaînes de télévision occidentales et l’utilisation incontrôlée des téléphones portables.

    «Il faut signaler les actes suspects. Il faut que cette notion de signalisation soit une culture» insiste encore la représentante de la police judiciaire.

    Eloigner les enfants des querelles des adultes

    Pour M. Titem Ali, éducateur principal au Centre de rééducation spécialisé d’El Biar - 41 ans d’expérience dans le domaine - «la responsabilité première incombe aux parents. Il ne faut pas mêler les enfants aux problèmes de famille. Bien au contraire, il faut les éloigner au maximum des cris et querelles qui éclatent entre les adultes. L’enfant a besoin de s’amuser, de jouer… et de rire. Pas de s’angoisser». Les enfants accueillis dans le centre semblent être bien pris en charge. «Nous ne manquons de rien ici. C’est la paix», disent-ils. «Ils disent qu’ils ne manquent de rien parce qu’ils retrouvent ici ce dont ils étaient privés ailleurs. Le calme, la bonne nourriture, etc. Mais, ce n’est pas tout. Rien ne pourra remplacer la chaleur familiale. C’est une grande frustration pour eux.»

    En effet, avons-nous constaté, les enfants aspirent réellement retrouver leurs familles. «Ma mère m’a promis d’acheter un logement où on vivra tous les deux ensemble» affirme un autre enfant, douze ans également, né d’une relation illégitime. Le pauvre enfant ignore que sa mère n’a ni emploi ni diplôme. Elle-même SDF. «Ma mère s’est remariée dans une autre wilaya. Son mari m’aime beaucoup et vient me rendre visite. Ils ont promis de me ramener bientôt chez eux» dit un autre. «Je vais retourner vivre avec mon père. Ma mère n’est plus à la maison, elle a été placée dans un centre pour personnes âgées, dans une autre wilaya» déclare son camarade, en se plaignant des coups et blessures de sa mère qui souffrait d’une maladie mentale. Là aussi, le jeune garçon ignore que les responsables du centre ont tout fait pour trouver la nouvelle adresse du père, mais sans résultat. «Nous avons envoyé une lettre à l’adresse qu’il nous a indiquée, mais elle nous a été renvoyée par la poste. Ce n’était pas la bonne adresse» explique M. Titem.

    Des situations complexes et compliquées. «Heureusement qu’il y a l’Etat pour me prendre en charge» dit un autre, dans un geste de désespoir. L’enfant appelle les parents à plus de considération pour leurs enfants : «Je demande à tous les parents de ne pas laisser leurs enfants dans la rue. Il n’y a rien de bon dans la rue. Je leur demande aussi d’avoir autant d’affection que d’autorité à leur égard. Si j’avais reçu un minimum d’affection de la part de mon père, je ne fuguerais jamais de la maison. Si ma mère m’avait frappé la première fois qu’elle a découvert que je volais, je ne referais jamais ce geste.» M. Titem Ali conforte ces propos : «Les enfants ont besoin d’autorité autant que d’affection. Ce sont deux éléments élémentaires pour leur équilibre physique et mental.» Interrogés sur les violences subis dans la rue, les enfants ne font pas la moindre allusion à une agression sexuelle. «Ils n’en parlent pas» commente M. Titem.


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