“Chez nous, le viol n’est défini par aucun texte de loi alors qu’ailleurs ce crime est associé à toute forme d’agression sexuelle, que la victime soit de sexe féminin ou de sexe masculin”, a précisé, jeudi dernier, le Pr. Bessaha, président de la Société algérienne de médecine légale, à l’occasion de la 8ème journée médico-judiciaire tenue à l’INSP pour débattre des violences sexuelles. L’inceste et la violence conjugale restent des tabous qu’il faut briser selon les médecins légistes qui affirment que 71.2 % des victimes, en 2006, étaient des femmes:

Samedi 21 Avril 2007 -- “Le rôle dans la société algérienne de la médecine légale est d’attirer l’attention des pouvoirs publics pour la prise en charge de ce fléau de manière rationnelle et objective sans démagogie”, précisait le président de la SAML qui reconnaît l’ampleur du phénomène bien qu’il soit difficile à chiffrer du fait de l’absence de signalement et de la pudeur des victimes à révéler cette violence.

La 8ème journée médico-judiciaire a été une tribune pour les médecins pour s’exprimer sur le phénomène car, incontestablement, ils ont un rôle important à jouer dans la reconnaissance des agressions sexuelles dont sont victimes les enfants et les femmes. C'est-à-dire les intrusions au niveau physique : inspection des orifices génitaux et anaux ainsi que les intrusions au niveau de l’intimité par le regard ou le toucher. Les communiqués ont porté sur l’expérience des différents services de médecine légale du territoire national ainsi que l’expérience de la police scientifique en matière d’analyse d’empreintes génétiques ADN en pratique judiciaire dans le domaine des violences sexuelles.

Il y avait également le point de vue des psychiatres dans le harcèlement sexuel et ses implications juridiques et psychiatriques. Le Dr Naït Rabah, de l’équipe épidémiologique du CHU Mustapha, a présenté l’étude effectuée au niveau du service de la médecine légale pour la période 2005/2006 sur 104 victimes. Les résultats ont montré une prédominance féminine avec 71.2% des cas. Cette prédominance féminine s’illustre bien dans la tranche d’âge de 16 à 20 ans. Par contre, pour la tranche d’âge 6-10 ans, la prédominance est pour les garçons avec 21.2% de cas. Les médecins ont remarqué que 38.8 % des consultations se font tardivement au-delà de 7 jours, 33.7% des agresseurs sont des membres extra famille contre 47,1% pour des inconnus.

Quant au lieu de l’agression, dans 36.5% des cas, elle se fait dans un lieu public et 31.7% au niveau du domicile de l’agresseur. Par ailleurs, il y a lieu de rappeler les résultats de l’enquête nationale sur les violences à l’encontre des femmes effectuée à l’INSP qui a établi une première approche mais limitée aux victimes de sexe féminin et qui a révélé que 5.4% des violences subies par les femmes sont de nature sexuelle. Sur un autre volet, la violence conjugale entre tabous, religion et loi a constitué un sujet vivement débattu car cette violence très répandue reste un sujet tabou dans notre société. Bien des femmes connaissent dans leur entourage des victimes de ce type de violence qui peut prendre des formes multiples. Certaines femmes sont atteintes directement dans leur intégrité physique, sexuelle et psychique. Elles sont humiliées, battues et violées. Bien souvent, l'agresseur n'est pas un inconnu. C'est leur mari.

Le Dr Souag Mokhtaria, du CHU d’Oran, a relevé le fait que le code pénal ne réprime pas les violences sexuelles contre nature entre conjoints. En cas de violence, le médecin légiste peut conseiller à la victime de porter plainte mais ceci est limité par la mission médicale demandée par le juge. Les différents intervenants qui ont traité les sujets dans tous ses aspects, notamment le harcèlement sexuel, l’inceste et les enfants victimes d’agression ont plaidé pour le recours à la justice qui permettra à la personne de se reconstruire en précisant que seuls les prélèvements effectués sur réquisition sont mis sous scellés et revêtent alors une force probante certaine.