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  1. #1
    Al-khiyal is offline Super Moderator
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    Les taliban sont parmi nous !


    Mardi 7 octobre 2008 -- Au pays du mollah Omar, on n’aurait pas vu pire. Six personnes ont été condamnées à Biskra, la veille de l’Aïd, à quatre ans de prison ferme et 100 000 DA d’amende chacun pour « non-respect du Ramadhan ». L’information est passée inaperçue tant l’attention était focalisée sur les inondations tragiques de la vallée du M’zab. Les personnes ont été arrêtées en possession de produits alimentaires pratiquement le quinzième jour du mois de Ramadhan, puis relâchées. Devant le juge, elles ont reconnu les faits, sans doute parce qu’elles étaient loin de supposer un aussi lourd verdict. Une sentence, c’est le moins que l’on puisse dire, qui a surpris tout le monde. La Ligue de droits de l’homme (LADH), les correspondants locaux de la presse nationale... Non seulement parce que c’est la première fois que le fait de ne pas jeûner durant le Ramadhan est considéré comme un délit passible de prison, mais aussi par l’artifice recherché pour arriver à une telle condamnation. Jamais au grand jamais, depuis que l’Algérie est l’Algérie, la non-observation du jeûne, même si celui-ci est un des cinq piliers de l’Islam, n’a jamais été réprimée par la loi. Pourquoi le serait-il chez nous ou dans d’autres pays musulmans où la tolérance religieuse est officiellement affirmée ?

    D’ailleurs, toutes les Constitutions qui ont été adoptées depuis 1962 en Algérie ont reconnu le principe de la liberté du culte, même si l’Islam est proclamé religion d’Etat. Alors, comment un juge du tribunal de Biskra a-t-il condamné des personnes qui étaient « en possession d’aliments » avant l’heure du f’tour, de la rupture du jeûne, puisque le fait de posséder un casse-croûte dans la journée n’est pas un délit au regard de la loi, contrairement à la drogue ou aux autres substances prohibées ? Une situation qui n’est pas sans rappeler de l’affaire Habiba K. de Tiaret condamnée, elle aussi en première instance, pour « prosélytisme religieux » parce qu’elle était en possession d’une Bible ou de plusieurs ; qu’importe. Elle aussi a été arrêtée en « flagrant délit » dans un bus, quelque part entre Tiaret et Oran. Etrange endroit pour faire du prosélytisme, il faut l’avouer, et qui donne à cette affaire un caractère plus que rocambolesque qui n’a rien à envier en matière de ridicule au plus triste canular. N’empêche que rien n’a fait reculer nos zélés « redresseurs de torts » qui se sont efforcés de nous faire croire que le pays tout entier serait menacé par une campagne d’évangélisation menée à partir de l’étranger et dont les objectifs seraient de semer le doute dans les consciences des Algériens et le trouble dans leur foi musulmane. Sans la vigilance de ces fieffés redresseurs, on a du mal à imaginer quelle aurait été la surprise des dirigeants de ce pays, s’apercevant un beau matin que la majorité ou la totalité des citoyens a été évangélisée à partir de l’étranger ! Le pays serait tout simplement, de la manière la plus absurde, « ingouvernable ». Ouf ! On est passé à deux doigts d’un tsunami d’un nouveau genre.

    Quant aux six malheureux citoyens surpris en possession de denrées alimentaires, en train de jouer aux cartes dans un jardin public à Biskra, leur sort a été scellé aussi facilement que l’a été celui de Habiba K., il y a quelques mois. Car il est encore plus difficile d’imaginer un flagrant délit de jeux de hasard prohibés par le Code pénal non pas un tripot clandestin, mais bel et bien dans un jardin public au centre-ville de Biskra. Mais le plus absurde, dans cette affaire, c’est que ces malheureux joueurs affamés ont été condamnés en vertu d’une disposition du code pénal qui régit ce que l’on appelle le délit de presse, la hantise des journalistes algériens depuis 2001, année où Ahmed Ouyahia, alors ministre de la Justice, a décidé de durcir davantage le code de l’information dans son caractère coercitif en matière de diffamation en introduisant de nouvelles dispositions dans le code pénal. Et plus exactement en y ajoutant le fameux article 144 bis qui porte comme intitulé : « Outrage et violence contre les fonctionnaires et les institutions de l’Etat. » L’alinéa 2 dudit article stipule ainsi : « Est puni d’un emprisonnement de 3 à 5 ans et d’une amende de 50 000 à 100 000 DA quiconque offensera le Prophète ou l’un des envoyés de Dieu ou dénigre les dogmes ou préceptes de l’Islam, que ce soit par voie d’écrit ou de dessin, de déclaration ou tout autre moyen. Les poursuites sont engagées par le ministère public. »

    En l’occurrence, le juge de Biskra, loin de considérer ces six joueurs de belote qui avaient choisi de ne pas jeûner ce jour-là, comme des journalistes, a semble-t-il estimé que ces malheureux citoyens ont offensé un des principes de l’Islam. Encore faut-il prouver que l’inobservation de ce précepte est considéré comme une offense aux principes de l’Islam... Un tel précédent a un caractère dangereux. C’est la porte ouverte à d’autres dérives. On peut imaginer demain un autre juge condamnant d’autres personnes arrêtées au moment de la prière du vendredi dans la rue, au lieu d’être à la mosquée ! Rien ne pourra, après la condamnation de Biskra, empêcher le juge de considérer que l’inobservation de ce précepte religieux est en soi une offense réprimée lourdement par la loi. La société souffre de bien d’autres phénomènes que sont la délinquance au quotidien, le grand banditisme, qui sollicitent l’attention des juges de la République, des législateurs et des pouvoirs publics, y compris à Biskra ou Tiaret, plutôt que de s’arrêter sur ce genre d’affaires qui ne font que jeter le discrédit sur les institutions du pays.

  2. #2
    Al-khiyal is offline Super Moderator
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    Dimanche 19 octobre 2008 -- La réaction indignée d’internautes, après la condamnation en première instance de six citoyens de Biskra à quatre années de prison ferme pour « non-respect du Ramadhan », accompagnée d’une pathétique question : « Comment en est-on arrivés là, quarante-six ans après l’indépendance », est malheureusement encore plus d’actualité après les propos du ministre des Affaires religieuses, rapportés dernièrement par le quotidien Liberté.

    Evoquant les dangers du courant salafiste sur la société, Bouabdallah Ghlamallah a supposé que la véritable intention de cet intégrisme islamiste qui a, durant longtemps, inspiré, justifié et légitimé le terrorisme, serait, selon lui, de « mettre un pied dans l’Etat ». On est tenté de répondre de prime abord à ce ministre de la République que cela s’est sans doute déjà fait et que l’aspiration de la « salafia » est d’avoir plutôt les deux pieds dans l’Etat, encouragée par l’attitude timorée, sinon complice du pouvoir, ou de certains représentants de clans qui en font partie. Bien sûr, les propos « réconciliants » d’un chef de l’Etat mettant sur un pied d’égalité les courants laïc et fondamentaliste au sein de la société algérienne et de les renvoyer dos à dos parce que ni l’un ni l’autre ne conviendrait, selon Abdelaziz Bouteflika, aux Algériens. Cette attitude présidentielle d’absoudre un courant qui n’a pas hésité à user de la violence armée pour tenter de « domestiquer » la société, de la « talibaniser ».

    Quant au pouvoir, il y a longtemps que les intégristes y ont mis un pied. Déjà sous l’ère de Chadli Bendjedid, un des prédécesseurs de M. Ghlamallah s’était « fendu » d’une chronique publiée la veille d’un mois de Ramadhan dans l’officieux quotidien El Moudjahid dans laquelle il appelait au crime contre les « apostats que sont tous ceux qui ne respectent pas le mois sacré ». Et à notre éclairé ministre de rappeler que l’apostat est puni de mort, pas moins, pas plus. Fort heureusement, les propos pousse-au-crime du ministre du culte n’ont pas été accompagnés d’effet. Quelques années, un autre ministre des Affaires religieuses, un « repêché » de l’ex-FIS dissous, mais non moins intégriste, n’a rien trouvé de mieux qu’à exhorter les terroristes à ne pas prendre les policiers pour cibles de leurs attentats d’autant plus que ce ne sont pas des communistes...

    Aucune réaction officielle, tandis que du côté de l’opposition, on fait le dos rond. La suite, on la connaît malheureusement. De surenchère en surenchère, de compromis en compromissions vis-à-vis de l’intégrisme islamiste – salafiste ou autre – les régimes qui se sont succédé depuis 20 ans ont par leur attitude, leur pratique quotidienne, en quelque sorte laissé libre cours à la talibanisation du pouvoir qui a progressé de manière inexorable, au point de prendre le caractère inquiétant qu’on lui connaît aujourd’hui.

    Tout ou presque participe à renforcer ce climat de suspicion, de chasse aux sorcières dignes des âges farouches. On ne recule devant rien, jusqu’à agiter l’épouvantail d’une soi-disant évangélisation massive, fomentée de l’étranger. Un épouvantail qui semble pour l’instant n’effrayer que ceux qui l’agitent, tant les Algériens dans leur majorité n’y croient pas beaucoup, préoccupés davantage par la persistance des attentats, la dégradation des conditions de vie, des fins de mois difficiles, alors qu’il y a « beaucoup d’argent dans les caisses et dans les coffres du Trésor américain » !

    Le plus inquiétant c’est sans doute ce manque d’« ijtihad », de suite dans les idées de la part des milieux religieux officiels quant à apporter une réponse à de telles préoccupations, jusqu’à la violence intégriste rejetée du bout des lèvres par un ministre qui estime que le « djihad entre musulmans n’est pas permis ».

    Sans plus, une attitude qui tranche nettement avec la véhémence des propos lorsqu’il s’agit de la soi-disant évangélisation à laquelle on lui prête un caractère de complot, d’entreprise de déstabilisation, menée à partir de l’étranger. En cela et en bien d’autres choses, le ministre est resté fidèle à son Président.

  3. #3
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    Pauvre cher pays.

  4. #4
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    November 1, 2008 -- "The Taliban are among us!"

    The recent headline in one of Algeria's leading newspapers was designed to shock. It also spoke volumes about fears that an austere, conservative strain of Islam is gaining ground in this North African nation, prized by the West for its oil and gas wealth and its help in fighting al-Qaida-linked terror.

    Algeria is worried about Salafism, an extreme branch of Islam that is a concern for authorities across North Africa. Imported from Saudi Arabia and backed by Saudi oil money, Salafism has gained a significant following not only in Algeria but in neighbouring Morocco, and has grown dramatically across the Middle East in recent years.

    The latest alarm came when authorities in a Sahara Desert town, Biskra, rounded up people who failed to fast during the holy month of Ramadan and sentenced six of them to four years each in prison.

    The arrests caused an outcry - and El Watan's headline - because Algeria has traditionally taken a more relaxed attitude to religious observance than places like Saudi Arabia. No law in Algeria explicitly bars people from drinking, smoking or otherwise breaking the daytime fast during the holy month, which this year fell in September.

    The Biskra arrests were carried out in the name of a 2001 law that punishes anybody who "offends" the Prophet Muhammad "or denigrates the dogmas or precepts of Islam." It was also recently used to prosecute Muslims who converted to Christianity, sparking international criticism.

    Sentencing people for not practising an aspect of the Muslim religion is "completely illegal in Algeria," said lawyer Sofiane Chouiter, who specializes in religious freedoms at the Algerian Human Rights League. He worries that the Biskra incident shows spreading intolerance and said the government must revoke the 2001 law if it's serious about countering Salafism.

    Many signs show the Islamists' growing inroads. Salafist preachers have taken to proselytizing on the streets of Algiers.

    Though the capital is usually deemed a more tolerant part of the country, several nightclubs and bars serving alcohol have also closed here under pressure from local authorities. And Algerian youth are increasingly relying on Muslim clerics for guidance on everyday matters.

    "It's nibbling at society," said Chouiter.

    Algeria is particularly sensitive to religious fervour because its army-backed government has spent the past 15 years fighting Islamic insurgents, with mixed success. At its height in the 1990s, the violence claimed an estimated 200,000 lives. A 2005 peace plan and military sweeps have beaten the insurgents back into pockets in mountains and woods. But the insurgents have countered by allying with al-Qaida and by adopting the terror group's tactics of suicide attacks and bombings.

    Against that bloody backdrop, the government does not want Salafism to gain more ground and grow into another potential threat to its power. While Salafism is not always violent, in Algeria some Salafist groups have indeed turned to jihad - or holy war. The Algerian Salafi Group for Call and Combat has allied itself with al-Qaida and is blamed for bombings and other attacks.

    Algeria's government, supposedly committed to secularism, is fighting back. The Biskra verdicts were so exceptional that they embarrassed authorities in the capital and resulted in a government rebuke. The men were quickly released on appeal.

    The religious affairs minister, Bouabdellah Ghlamallah, told the Liberté newspaper that police were right to admonish the men but not to prosecute. "It's a problem between these men and God," he said. He also promised to create a national council to ensure that religious rulings, or fatwas, from clerics conform with Algerian law.

    The Interior Ministry, meanwhile, said in September it would reinforce controls on mosques so that "foreign rites are not inappropriately imported." Liberté reported that 53 imams were banned from preaching in government-controlled mosques and 42 mosques were closed last year for following such rites. Local imams were also required to highlight the danger of being recruited into terrorist groups.

    Morocco faces a similar problem. There, the Ministry for Religious Affairs last month banned a Salafist cleric from teaching or issuing fatwas after he argued it was lawful to marry a nine-year-old girl.

  5. #5
    Al-khiyal is offline Super Moderator
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    Dimanche 2 Novembre 2008 -- Le nombre de procès de type religieux ne cesse d’augmenter dans plusieurs wilayas du pays. La dernière affaire remonte au 29 septembre dernier, date à laquelle six personnes ont été inculpées pour non-respect d’un fondement de l’islam, par le tribunal de première instance près de Biskra. Le cas de ces dernières a soulevé un tollé qui vient de remettre au goût du jour le sort des libertés individuelles et celui du culte. Alors que les politiques ne cessent de répéter que la pratique religieuse est préservée par la Constitution, la réalité est tout autre. Rien que pour cette année, on assiste au sixième procès du genre.

    On parle également d’acte isolé des hommes de loi, qui agissent selon leurs propres convictions. Comment peut-on expliquer ce type de contradiction ? Serait-ce un retour à l’islamisme politique à la faveur d’une justice où le magistrat se donne la liberté d’une lecture extensive de la loi ? “J’ai honte pour mon pays, lorsque j’entends dire que des personnes ont été jugées pour exercice de religion. Il est tout à fait incompréhensible et politiquement inadmissible que l’Algérie fasse parler d’elle dans des rapports internationaux comme un pays qui persécute les tenants d’un culte. Bien entendu, le mot persécution est exagéré”, s’indigne Miloud Brahimi, juriste et avocat au barreau d’Alger. La question de la pratique d’un autre culte en terre d’islam ne se pose pas qu’en termes confessionnels, mais se distingue par la politique établie par les gouvernements pour défendre les minorités religieuses face à la montée de l’extrémisme islamiste. Pourtant, l’islam de l’époque du Prophète (QSSL) et des califes s’est intéressé à la question de la tolérance et de la protection des minorités religieuses, notamment le christianisme. En effet, dans le Coran, les chrétiens et les juifs sont considérés comme détenteurs des saintes écritures ou des gens du Livre Saint, donc destinés à un sort privilégié par rapport aux païens. Ce statut particulier réside dans le fait qu’il établit, d’une part, un régime préférentiel pour les gens du Livre, ce qui va dans le sens de l’idée de liberté religieuse. Cependant, la réalité des relations interconfessionnelles est loin d’être aussi cordiale que le discours officiel veut le laisser entendre. Ces dernières années, notamment l’année en cours, nous assistons à un véritable conflit religieux au niveau de la justice où des magistrats appliquent la loi selon leur propre lecture des textes et leurs propres convictions religieuses. Depuis la promulgation de la loi 2006 contre le prosélytisme sauvage, les procès de type religieux ne cessent d’augmenter.

    À tire de rappel, il y a deux ans de cela, deux personnes ont été arrêtées à Béjaïa dans un restaurant durant Ramadhan pour non-observation du jeûne ; en 2007 deux autres personnes ont été jugées à Tissemsilt pour pratique d’un culte autre que l’islam et pour prosélytisme. L’année 2008 a été la pire pour la liberté de culte. Elle a été marquée par plusieurs affaires en justice, à savoir l’affaire Habiba Kouider, inculpée par le tribunal de Tiaret en mai dernier pour pratique d’un culte non musulman sans autorisation. Quatre autres Algériens ont été également condamnés à la prison avec sursis pour conversion au christianisme par le même tribunal en juin dernier. L’affaire la plus récente reste celle du 29 septembre, à Biskra, où les six individus dont l’âge varie entre 32 et 53 ans ont été surpris, au cercle du club de football local de l’USB, par une brigade de la Sûreté nationale en train de jouer aux cartes, une bouteille d’eau près d’eux en plein mois sacré. Auparavant, le même magistrat a également condamné une jeune femme, Samia S., à 10 ans de prison ferme pour atteinte au Coran. Durant le même mois de septembre, 27 autres personnes ont été arrêtées dans la même wilaya, pour avoir mangé publiquement durant le mois de Ramadhan. Même si les six inculpés de Biskra et les quatre individus de Tiaret ont été acquittés en appel, l’affaire Habiba ainsi que celle de Samia S. restent toujours pendantes. Il faut savoir que la plupart de ces affaires judiciaires ont été marquées, selon leur avocat, par un manque flagrant de preuves contre les inculpés. “Ces inculpations pour pratique de christianisme ou non-respect d’un fondement de l’islam, démontrent simplement une intolérance envers toute religion que ça soit l’islam ou autre”, explique Me Miloud Brahimi.

  6. #6
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    Dimanche 2 Novembre 2008 -- Jamais dans l’histoire de l’Algérie l’inobservation du jeûne ou la pratique d’un culte autre que l’Islam n’a fait l’objet d’un procès en justice ou de condamnation. Même si le mois de Ramadhan est le quatrième pilier de l’Islam et ce dernier est considéré comme religion d’État, la Constitution préserve la liberté de conscience et la liberté d’opinion. “Il n’existe aucun texte de loi qui permet de condamner quelqu’un pour pratique d’un culte autre que l’Islam ou qui punit les non-jeûneurs”, déclare Nadia Aït-Zaï, juriste et coordinatrice du Centre d’information de défense des droits de l’enfant et de la femme (CIDDEF). Elle précise que le seul document qui existe est une circulaire interwilayas, datant des années soixante, interdisant l’ouverture des restaurants durant le mois de Ramadhan. “C’était le début de l’interdiction de manger publiquement durant le mois sacré”, explique-t-elle.

    Cependant, tous les juristes rencontrés ont confirmé que l’acte pour lequel ont été condamnées les six personnes de Biskra ou celui de Habiba ne tombent sous la force d’aucune qualification pénale. Il s’agit d’une première dans les annales judiciaires. Sachant que la Constitution, dans son article 36, garantit la liberté de conscience et la liberté d’opinion. Le seul cas où des actes pareils sont incriminés a été introduit dans le code pénal à travers les amendements d’Ahmed Ouyahia, en 2001, et concerne exclusivement l’acte journalistique. Il s’agit de l’article 144 bis 2 qui, sous l’intitulé “Outrage et violence contre les fonctionnaires et les institutions de l’Etat”, stipule : “Est puni d’un emprisonnement de 3 à 5 ans et d’une amende de 50 000 DA à 100 000 DA quiconque offensera le Prophète ou l’un des envoyés de Dieu ou dénigre les dogmes ou les préceptes de l’Islam, que ce soit par voie d’écrit ou de dessin, de déclaration ou tout autre moyen.”

    Même si cette affaire est conclue par un acquittement, elle nous renvoie au procès de Habiba et les autres. Beaucoup trop d’affaires en justice dans un pays où la tolérance religieuse est officiellement affirmée par les politiques ! En revanche, compte tenu de la Constitution algérienne et de la loi qui en découle, il n’est mentionné nulle part que les citoyens “confondus” dans pareille situation doivent subir des peines de prison. Comment peut-on expliquer ce type de procès ? Selon les personnes rencontrées, notamment les juristes et sociologues, elles constatent que notre pays assiste à un retour à une islamisation forcenée de la société algérienne qui s’installe peu à peu et dans le temps.

    “Il faut se remettre dans l’ambiance et l’environnement social de l’Algérie qui a tendance à s’islamiser de plus en plus. Bien entendu, les auteurs de ces décisions judiciaires considèrent l’inobservation du jeûne comme une atteinte à l’ordre public et social. Même s’il n’existe pas de texte de loi, la morale devient importante dans ce type d’affaires”, indique Nadia Aït-Zaï. La juriste précise que les magistrats qui ont traité ces procès à Tiaret, Biskra ou ailleurs, n’ont pas appliqué les textes de loi, mais ils ont réagi selon leur propre morale. “Le magistrat est tenu par l’application des lois, on ne lui demande pas de juger selon des convictions religieuses. L’Islam est clair, c’est la seule religion où l’être humain est laissé au jugement de sa conscience concernant la pratique du culte”, ajoute-t-elle.

    Me Miloud Brahimi précise, pour sa part, que le secteur de la justice assiste à un vrai détournement des textes de loi. “Il n’y a aucune menace sur la liberté de culte, mais ce qui fait peur c’est de trouver des magistrats qui détournent les textes de loi de leur sens. C’est une violation du code pénal, on assiste à une montée de l’islamisme par opposition à l’Islam, véhiculé par certaines personnes qui ont une conception militante et déviante de la religion musulmane”, précise-t-il. Par ailleurs, Me Brahimi lance un appel aux pouvoirs publics à faire preuve de vigilance concernant ce type de “dérapage” qui n’est, selon lui, qu’une pratique abusive du droit légitime. “Heureusement qu’il existe d’autres voies de recours, notamment l’appel et la cassation qui permettent à la justice de rectifier ses erreurs. C’est ce qui s’est passé dans la majorité des procès.”

    Interrogé sur les sanctions des magistrats qui ont contourné la loi, le juriste précise que la justice est le seul secteur qui est basé sur l’erreur d’où la cour d’appel et de cassation. “Il me plaît d’espérer que le ministère de la Justice fasse quelque chose à l’égard de ces magistrats qui contournent la loi afin de les rappeler à l’ordre et à une application saine du droit. Il existe également des sanctions administratives venant de leur hiérarchie”, précise-t-il. Me Nadia Aït-Zaï indique, pour sa part, que ces décisions juridiques ne sont pas l’œuvre des institutions, mais ce sont des actes isolés des magistrats “zélés”. Elle suggère l’intervention des structures concernées si ce type d’affaire est appelé à se répéter afin de protéger l’individu. “La justice doit rester une institution crédible”, conclut-elle.

  7. #7
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    Dimanche 2 Novembre 2008 -- Cheikh Abou Abdessalam, imam et retraité du ministère des Affaires religieuses où il a présidé durant des années l’assemblée des fatawi, a accepté de répondre à nos questions. Dans cet entretien, il estime que “les personnes d’autres confessions doivent être libres de pratiquer leur culte” car, explique-t-il, “la religion musulmane est tolérante”.

    Liberté : L’observation du jeûne durant le mois de Ramadhan est le quatrième pilier de l’islam. Selon la religion musulmane, faut-il punir ceux qui refusent de jeûner ?

    Abou Abdessalam : Le mois de Ramadhan est sacré par la religion, et chaque pratiquant doit jeûner durant ce mois. L’islam a spécifié des cas précis qui autorisent le croyant à ne pas observer le jeûne. Il s’agit de la maladie et du voyage. La non-observation du jeûne est, cependant, soumise à des conditions pour le musulman. Celui-ci doit compenser les jours consommés une fois rétablis ou lorsqu’il est de retour du voyage. En ce qui concerne ceux qui refusent de le faire, ils doivent respecter l’ambiance sociale et ne pas s’afficher en public. Cela est une question de civisme et de respect à toutes ces personnes qui se privent depuis l’aube au couché du soleil.
    Pour ce qui est de la punition, c’est à Dieu de les juger. La charia est claire pour ceux qui regrettent leur geste, l’islam propose de se racheter en jeûnant 60 jours ou en nourrissant 60 personnes démunies pour chaque jour de Ramadhan non respecté.

    Comment la société doit-elle se comporter avec les non-pratiquants ?

    En notre qualité de bon musulman, nous devons nous comporter avec eux d’une manière tout à fait correcte et normale car cela fait partie de leur vie privée. S’ils sont ouverts à la discussion, nous pouvons leur expliquer que le mois de Ramadhan est sacré chez les musulmans et qu’ils doivent respecter les jeûneurs et les conseiller dans ce sens et d’une manière très sereine.

    En ce moment, il existe une forme d’intolérance envers les personnes d’autres confessions. Que dit l’islam à ce propos ?

    La religion musulmane est tolérante. Elle nous conseille de nous comporter avec respect avec toute personne, qu’elle soit musulmane ou pas. Pour les non-musulmans vivant en terre d’islam, nous devons leur assurer tous leurs droits, à savoir la protection, la sécurité et la liberté de pratiquer leur culte, mais sans appeler au prosélytisme. L’islam est une religion d’humanisme, de tolérance et de respect d’autrui. Le Prophète lui-même a recommandé de protéger les personnes d’autres confessions, notamment les juifs et les chrétiens qui vivent en terre d’islam.

    Ces derniers temps, on parle beaucoup de prosélytisme et de mouvement d’évangélisation en Algérie. Estimez-vous qu’il existe réellement une menace ?

    Il faut savoir que ce mouvement existe dans le monde entier, pas seulement en Algérie. À mon avis, il n’y a rien à craindre, car notre religion est ancrée au plus profond de notre société. Il faut signaler que ce phénomène se développe seulement dans les milieux pauvres et nécessiteux. Des gens troquent leur religion contre de l’argent, des médicaments ou un visa. La conversion pour certaines personnes n’est qu’un moyen de se sortir de leur misère. Même si elle n’est que par intérêt et momentanée, nous devons prendre en charge ces démunies et leur apporter de l’aide afin de ne pas laisser le champ libre à n’importe qui. C’est le seul moyen d’empêcher toute forme de prosélytisme.

    Nous assistons également à une montée de mouvements islamistes dans notre pays, à l’exemple du salafisme. Que pensez-vous de cette tendance ?

    Il existe réellement des courants extrémistes, notamment les salafistes, mais ces mouvements ne doivent pas se livrer à une confrontation. Nous sommes tous des musulmans et chacun a le droit de pratiquer l’islam selon la tendance qu’il veut, car cela entre dans le cadre des libertés individuelles.

    Les prêches dans certaines mosquées contrôlées par les salafistes ont créé un fossé entre les pratiquants. Que recommandez-vous ?

    Tous ces mouvements découlent de la même religion, sauf qu’il existe certains courants plus rigoureux que d’autres. Nul n’a le droit de dicter à un autre musulman une pratique de l’islam. C’est ce type de confrontations qui crée des fossés parmi les musulmans car chacun veut imposer sa pratique. Il faut savoir que toute chose qui risque de perturber la sérénité de la société est interdite par notre religion. L’islam préserve la communauté qui est considérée comme un joyau dans laquelle les individus doivent évoluer en toute tranquillité.

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