Mercredi 19 Mai 2010 -- La violence physique à l’égard des enfants est une méthode d’éducation très répandue au sein de la famille algérienne. Pour éduquer leurs enfants et maîtriser et contrôler lesur comportement, les parents n’hésitent pas à avoir recours à cette pratique qu’on croyait révolue. Selon une enquête réalisée, en 2008, par le ministère délégué chargé de la Famille et de la Condition féminine, 80 % des parents algériens sont violents dans l’éducation de leurs enfants. Cette violence considérée comme étant la notion qui fonde l’autorité parentale dans la cellule familiale, entraîne chez l’enfant des blessures ou cause des lésions corporelles et, pire, elle entraîne des séquelles psychologiques qui peuvent les marquer à vie. «La plupart des parents considèrent cette méthode d’éducation comme étant le meilleur moyen de discipliner les enfants dans l’optique de leur inculquer une éducation correcte», indique une mère de famille. Et de poursuivre : «Ces parents ignorent, malheureusement, que les enfants sont des êtres très fragiles et ont besoin beaucoup plus d’amour, d’affection et de respect que de violence».

Cette enseignante dans le primaire tient à nous raconter l’histoire de sa voisine qui, prise de colère, a tabassé son enfant âgé à peine de dix ans. «Aveuglée par un excès de colère, cette jeune maman n’a même pas mesuré la gravité de son comportement et ne s’est rendue compte de son geste qu’après avoir remarqué que son enfant respirait difficilement, sous le poids de ses gifles et coups», raconte notre interlocutrice. «Cette histoire a marqué tout le quartier. À présent cette maman regrette d’avoir été si agressive avec sa progéniture», indique-t-elle, avant d’ajouter : «Personnellement, je suis contre la violence dans l’éducation des enfants, car cela ne fait qu’aggraver la situation et rend l’enfant plus agressif».

Pour les psychologues et les sociologues, les conditions socioéconomiques difficiles et la cherté de la vie font que de nombreux parents s’investissent beaucoup plus dans leur quête de revenus pour subvenir aux besoins de leur progéniture. Cette situation fait qu’ils deviennent agressifs vis-à-vis de leurs enfants. Mais cela ne pourrait justifier en aucun cas le recours à la violence pour éduquer ses enfants. Ce constat amer nous pousse même à nous interroger si la famille algérienne n’est pas plutôt un foyer de violence au lieu d’être un espace d’affection.

De centaines d’affaires d’agressions traitées au niveau des tribunaux

Par ailleurs, des affaires relatives aux agressions physiques par les parents sur leurs enfants sont traitées quotidiennement au niveau des différents tribunaux. Les plaintes sont dans la plupart des cas déposées par les mamans. Ces dernières accusent leurs conjoints pour coups et blessures volontaires ayant occasionné des sévices et séquelles que leurs enfants garderont à vie. Dans ce cas, les juges des mineurs ne trouvent de solutions que de placer les enfants violentés et en danger moral dans des centres spécialisés dans la protection des mineurs, et ce, dans le but de les protéger contre les agressions corporelles et morales dont ils font objet. Il convient de signaler que dans ce cas, les plaignantes (les mamans) préfèrent demander une réparation symbolique (un dinar symbolique) pour qu’en cas de récidive de la part de l’époux, ce dernier, sera jugé pour le même motif à deux reprises.