Mardi 9 Septembre 2008 -- Pour faire vibrer les soirées ramadhanesques des Algérois, des programmes divers ont été concoctés. L’Office national pour la culture et l’information (ONCI), a par exemple prévu des soirées artistiques, notamment théâtrales et musicales à la salle El Mouggar. Au menu : des concerts avec Aït Menguelet, El Hadj Badjdoub, Ferda (Diwane Béchar), Hassiba Amrouche, Naïma Dziria, Samir Toumi, Nacerdine Chaouli, Malham Berkat, Ibrahim Tayeb et bien d’autres. L’Etablissement Arts et Culture de la wilaya d’Alger a de son côté établi un programme très éclectique qui se déroulera dans les six espaces du théâtre de Verdure. Au programme, de la diversité pour tenter de contenter le plus de monde possible. Avec de la musique (chaabi, flamenco, gnawi, pop rock), des défilés de mode, des soirées littéraires… et un concert événement qui n’est pas des moindres : l’explosif Cheikh Sidi Bémol sur scène pour le grand plaisir de centaines de mélomanes. Le groupe avait enthousiasmé les jeunes Algérois en juin dernier avec du gourbi rock à volonté, il revient donc jeudi prochain à partir de 21h 30 au théâtre de Verdure qui sera certainement archicomble encore une fois. Il sera également demain à la salle El Mouggar. C’est autour de son dernier album sorti cet été, Chants marins, que s’articulera le récital. Les Algérois pourront donc encore une fois apprécier ces tendances musicales baptisées gourbi rock qui «se constitue de récupérations du folklore de la musique algérienne et d’influences de cheikh Hamouda et autres». Entre blues, rock, salsa, celtique et chaabi, le public algérois pourra vibrer au rythme de ces vaticinations musicales et découvrir son dernier album. Sur scène, Hocine Boukella sera accompagné de ses musiciens : Khliff Miziallaoua à la guitare, Hervé Le Bouché à la batterie et Hicham Takaoute à la basse. Avec son humour incisif, ses notes savoureuses et ses rythmes décapants, il a appris à captiver ceux qui l’écoutent. L’artiste algérien installé à Paris retrouvera donc le seul public avec lequel il peut faire, selon ses mots, «un concert exceptionnel».
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9th September 2008 18:27 #1
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Cheikh Sidi Bémol en concert à Alger, 10-11 septembre 2008
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11th September 2008 23:59 #2
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Jeudi 11 Septembre 2008 -- Artiste aux multiples facettes, auteur-compositeur-interprète, mais aussi dessinateur, Hocine Boukella est el Bandi du Gourbi rock. Dans cet entretien, il revient sur son amour de la langue algérienne, sur sa façon de travailler, mais aussi ses engagements. Pour lui, Alger n’est assurément pas une halte comme les autres.
Liberté : Vous vous apprêtez à retrouver le public algérois pour une soirée ramadhanesque. C’est un moment particulier pour vous, en tant que musicien ?
Hocine Boukella : En fait, non, pas vraiment. L’ambiance des concerts ne diffère pas de celle que l’on peut ressentir durant les autres périodes de l’année. La vraie différence, c’est la couleur des publics. En Europe, il y a beaucoup d’Algériens qui viennent à nos concerts, des étudiants, mais il y a aussi beaucoup de Français. Ici, en Algérie, c’est vraiment le public pour la musique qu’on fait. Là-bas, les gens ne comprennent pas vraiment ce que l‘on raconte dans nos chansons.
Si tu ne prends pas la peine d’expliquer les textes…
(Rires) Plus sérieusement, c’est très émouvant à chaque fois. Le public qui vient nous voir est très mélangé, mais majoritairement, ce sont des jeunes. Qu’autant de jeunes viennent voir un type qui a entamé la cinquantaine, alors qu’on pourrait imaginer qu’ils soient branchés sur autre chose ! Ça m’a d’ailleurs un peu étonné au début… (Rires). En tout cas, j’en suis très content.
Vous évoquiez la différence de perception des publics, entre ici et l’Europe. Si votre musique est très métissée, les textes, eux, sont dans une très grande majorité ecrits en arabe algérien, en “derja”. C’est un choix ?
Oui, c’est un choix. Parce que je pense que c’est une très belle langue. Elle est très inventive, elle a beaucoup de poésie aussi. Il y a des proverbes, des tournures de phrases très belles, très musicales. Cela m’étonne d’ailleurs beaucoup que les grands textes ne soient pas suffisamment enseignés dans les écoles, comme les “qacaidh” du chaâbi ou d’autres. Pour que les enfants se les approprient comme quelque chose de naturel. Je chante, j’écris en algérois et en kabyle, parce que c’est la dedans que j’ai grandi, c’est là mon univers. L’Algérie, sa culture, c’est aussi les mots, la vie de la langue pratiquée par les gens. Nier cela revient à nier l’existence des gens. Beaucoup de personnes dans le monde artistique ont encore ce complexe dans leur tête, ils ne considèrent pas l’algérien comme une langue. Ce n’est pas normal. C’est vrai que j’ai un côté assez militant sur cette question.
Dans Gourbi rock, sorti en 2007, il y a quelques textes assez corrosifs, très drôles comme par exemple “Rxis”. On y retrouve d’ailleurs cet amour de langue, des “bons mots” ?
Bien sûr. Qui ne connaît pas un “rxis” autour de lui ? En plus, c’est une expression de défoulement pour beaucoup de monde. Ça fait bien de le dire, comme ça, avec l’accent ! Sinon, c’est juste une petite chanson marrante avec un gros son, genre Rolling Stones.
Il y a aussi des textes plus politiques comme Matloumniche ou Yakhi hala…
Matloumniche a été écrite en pensant aux “mères du mercredi” qui se rassemblaient, il y a quelques années, chaque semaine, devant le siège de l’ex-observatoire des droits de l’Homme, avec leurs pancartes et leurs photos. Je me souviens que chaque fois que je passais devant, j’étais mal à l’aise. C’est une petite chanson pour elles, par ce qu’elles ont traversé, le drame qu’a été celui des disparus, est un véritable scandale. Aujourd’hui, tout le monde pousse à l’oubli, l’amnésie, dans tous les camps, de tous les côtés. Yakhi halla, c’est un peu différent. Quand j’étais enfant, je me rappelle que déjà mon grand-père me parlait de la Palestine. C’est quelque chose avec laquelle on a grandi, et qui n’est toujours pas réglée. C’est incroyable ! Comment se fait-il qu’on ne reconnaît pas un droit aussi élémentaire à un peuple depuis si longtemps ? Qu’on refuse d’utiliser en Europe le terme de décolonisation, alors que les Israéliens revendiquent le terme de colonies ? Comment se fait-il que ce qui se passe au Proche-Orient tourne au spectacle ? Comment se fait-il que les USA puissent terroriser la planète et qu’on trouve ça “normal”. Koulèche normal. En plus depuis qu’il y a Bush, on a des islamistes partout. Vraiment, ils peuvent lui dire merci…
Pour cet album, vous avez collaboré avec Mourad Rahali (ex-T34) pour la musique et Sid Ahmed Semiane pour les textes. Comment vous travaillez, en général ? Vous écrivez le texte d’abord et la musique ensuite ?
En général, c’est les deux en même temps. Ça part par exemple d’une expression “rani bdit netqeleq”. Et puis tu la fais tourner, ça donne : “rani bdit, rani bdit, rani bdit netqelq”, tu te rends compte que ça fait un rythme à 5 temps. Tu t’imagines que ça va bien avec une guesba et un mandole. Bon, après, pourquoi “rak tetqeleq”, il faut trouver (rires). Il faut développer. En général, voilà, ça se passe à peu près comme ça. Quand je collabore avec quelqu’un, comme cette fois avec Sid Ahmed ou Mourad, ça fonctionne pareil, sauf qu’on est deux dès le début de l’histoire. On part d’une idée, comme pour Matloumniche, on se dit que ce serait bien d’en faire une chanson, on en discute longuement et puis les idées viennent. C’est comme un puzzle qui se construit doucement. Pour la musique, c’est comme ça aussi : Mourad vient me voir avec un petit gimmick de guitare et c’est parti. Ça se construit brique par brique…
Vous devez sortir prochainement un album de chants marins en berbère…
C’est un travail que j’ai fait avec un poète kabyle, Ameziane Kezzar. Ameziane a retrouvé dans sa famille des textes qui venaient d’un gars qui avait travaillé à l’époque dans la marine marchande française. Ce type avait commencé à traduire des chansons qu’il entendait lors de ses voyages, des chansons bretonnes, anglaises qui font partie d’une longue tradition en Europe. Ameziane est parti de ces bribes et des indications laissées par ce marin, et a entrepris de les compléter, en essayant d’entrer dans la peau du personnage. Par un hasard heureux, j’aime beaucoup moi-même les chants de marins. C’est quelque chose que j’ai appris à Belcourt. Tout jeune, je suis tombé sur un disque de Chants du monde, de Stan Hugill, un marin anglais, célèbre, chose que j’ai apprise bien plus tard. En plus, ces ambiances de chansons à boire, enregistrées dans des cafés ou des bars, c’est assez jubilatoire à chanter…
À l’occasion, vous avez fait revenir Elho, votre alter-ego dessinateur…
ll C’est surtout parce que je voulais faire un travail complet, accompagner le disque d’un livret contenant les traductions, les partitions et pourquoi pas des illustrations. Ça donne un côté un peu joyeux, léger. Pour un titre Taksit Uberri, j’ai même fait une sorte de film animé (le clip est visible sur Youtube). De toute les façons, on devrait jouer un extrait de cet album ce soir, les gens pourront se faire une meilleure idée.
À ce propos, ce soir, au Théâtre de verdure vous serez bien entouré…
Oui, très bien : il y aura Kheliff Miziallaoua à la guitare, Eric Rakotoarivoni, un Malgache, à la basse, Amar Chaoui aux percussions, Hervé le Boucher à la batterie et votre serviteur. On va également inviter un violoniste d’Alger très doué, Kheiro, qui devrait collaborer avec nous dans un prochain album berbéro-celtique. Mais ça c’est une autre histoire. Ce soir, ce sera Cheikh Sidi Bemol, avec un petit peu de Thalweg en plus…
Cheikh Sidi Bemol, en concert, ce soir au théâtre de verdure Laâdi-Flici, à partir de 21h30, 200 DA la place
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13th September 2008 19:46 #3
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Fella Bouredji :
Samedi 13 Septembre 2008 -- Le cheikh magistral du Gourbi Rock a encore mis le feu au théâtre de Verdure. Après le concert événement du mois de juillet dernier qui a marqué le retour de l’artiste après 2 années d’absence, la magie a opéré encore une fois le soir de jeudi soir. Le musicien était en fusion totale avec son public. Un monde fou venu l’acclamer pour oublier, découvrir, se lâcher et plutôt simplement s’éclater sur les sons de sa voix rauque et si particulière. Une jeunesse déchaînée et avide de ses sonorités qui amalgament si bien plusieurs styles divergents dans lesquelles ils se reconnaissent parce que représentatifs tout d’abord de leur identité. Des sonorités mais aussi des textes qui allient questions graves et humour incisif sur des cadences parfois endiablées et d’autres fois si douces, toujours avec un arabe bien algérien. Des textes puisés dans les réalités quotidiennes traitées avec légèreté mais dans lesquelles tout Algérien peut facilement se retrouver.
Le concert prévu pour 21h30 ne débutera qu’à 22h30 et, alors que les premiers sons fusaient déjà sur scène, attirant des centaines de jeunes en délire près de la scène, une centaine d’autres jeunes attendaient encore dehors pour acheter leur billet. L’enthousiasme n’a pas fait qu’être au rendez-vous, il a carrément atteint son apogée. Le public venu découvrir le dernier album du cheikh n’a, semble-t-il, pas été déçu. Consacré aux chants marins kabyles des années 40 réalisé en collaboration avec le poète Ameziane Kezzar, ce nouvel opus est plus tempéré et lourd que les précédents mais les jeunes, aussi bien filles que garçons, ont trouvé le moyen de tanguer, de danser, et même de sauter frénétiquement. Et pour cause, les rythmes étaient toujours aussi entraînants et les sonorités bien éclectiques. Du rock, de la salsa, du celtique, du chaabi… en bref, du gourbi rock bémolien !
Le public a eu droit à de nouveaux titres chanté en arabe dialectal et en kabyle mais aussi à ses incontournables succès que les jeunes, plongés dans une frénésie impressionnante, ont scandé avec lui, presque de bout en bout : Saadia, wachen hada, bled etchina, et surtout El Bandi… le plus grand tube du musicien, mais aussi des extraits de Thalweg, son album berbéro-celtique. L’artiste atypique a donc fait basculer d’un genre à un autre son auditoire deux heures durant. Et la météo n’a fait des siennes qu’au dernier moment lors de la dernière chanson, Goumari, que Cheikh Sidi Bémol a chantée en chœur avec son public et sous la pluie ! Sur scène, Cheikh Sidi Bémol était accompagné de Kheliff Miziallaoua à la guitare, d’Eric Rakotoarivoni à la basse, de Amar Chaoui aux percussions, d’Hervé Boucher à la batterie et d’un invité de la soirée : le violoniste Kheiredine. En attendant le prochain grand récital du maître, il est à noter qu’il travaille sur un autre album berbéro-celtique…







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