Lundi 2 Mars 2009 -- Depuis jeudi dernier, l’invitation est lancée dans la très belle galerie-librairie de l’Espace Noun. Après une bien belle exposition dédiée à Gaza, organisée par des dessinateurs de presse et des caricaturistes, cet espace situé en plein centre d’Alger, près du seul arbre de la rue Chabani, revient ainsi à chaque nouvelle exposition avec de nouvelles formes très expressives. La dernière en date est inscrite dans la rythmique et les tempos colorés africains. D’emblée, le ton est donné. Une note musicale rententit quand on ouvre la porte de l’espace. Deux tableaux prônent sur le mur de l’antichambre de cette salle aux trésors. Ils représentent deux personnages longilignes, étranges, filiformes. Ils ont des couleurs sur la surface, une sorte d’arc-en-ciel aux tonalités fraîches, toniques. Pourtant, la composition est quelque peu rigide, les traits un peu rudes et anguleux. Mais l’Afrique est là, bien présente. Et la visite continue. Les escaliers, en bois, nous emmènent vers un univers plus large. Juste là, au coin, elles vous font face, un peu en retrait, sur la droite, silencieuses, dans le brouhaha provoqué par le public nombreux, venu découvrir les travaux de l’affable Faïza. Elles ont toutes les yeux baissés, le regard vague, assises sagement, affublées de vêtements insolites, aux couleurs sombres. Elles, ce sont d’anciennes reliques d’une inspiration féconde de la gentille Faïza, une fille de Constantine et de l’ancienne Temacine, héritière du talent des ancêtres, entre broderies, teintures et autres sucs d’animaux et de végétaux. On retrouve le tout dans ce curieux assortiment de couleurs végétales.
Une première exposition de Faïza Chaoui, femme du Sud, femme du Nord, à la dualité colorée, aux traditions infuses, montre un art puisé du secret des choses. Spiritualité en bandoulière, sourire jamais en jachère. Elle commence par confectionner des poupées, en tissus et chiffons, personnages étranges, gardiennes de quelques secrets de l’enfance. L’artiste ne nous dit pas tout, par timidité, par pudeur. Finalement, qu’y a-t-il à dire ? Mais il y a tant à regarder… Une fois les escaliers montés, le public est envahissant, nombreux, grouillant. Les œuvres sont surélevées sur les murs. Elles écrasent un peu les chalands. Et pourtant, elles sont chaudes, toutes identiques dans le format. Il y en a environ une vingtaine, sur un mode vertical, encadrées simplement. Quelques moulures pour quelques unes, des baguettes simples pour les autres. L’artiste reçoit les remerciements et félicitations sempiternelles des visiteurs avec sérénité. De la sérénité, parlons-en. L’artiste «contamine» tout ceux qui l’approchent par sa zen attitude, l’œil brillant de cette joie toute enfantine de voir ses œuvres, aux couleurs réalisées avec des encres végétales, appréciées. Faïza est authentique jusqu’au bout de la palette : personnages uniques, personnages chorales, décorations libres, indices graphiques posés çà et là sur des supports préparés avec du smaq, cette encre qui prend le Coran à bras-le-corps pour l’écrire sur la louha. Ici, la louha est peinte, apprêtée de bien belle manière, donnant du velouté au fond, une tonalité qui se veut être une sorte de sensation sablonneuse.
Les personnages sont un peu africains, un peu des îles du Pacifique : cheveux bizarres, personnages asexués, notes multicolores, compositions rigides de personnages pourtant souriants. Les mains sont figées, un peu statiques. L’œil est rond, blanc, curieusement dessiné pour accompagner des bouches mystérieuses, dont le message et le langage sont fortement ésotériques. Sincérité absolue d’une grande enfant digne héritière des nombreuses Baya qui peuplent nos villes et villages. Instruments de musique, décorations folles et pourtant, aucun orientalisme et aucune note exotique. L’univers de la plasticienne est vrai. Le photographe Yacine Merabtine prend des photos. Il capture dans son boîtier quelques notes d’éternité. Nous sortons de cette galerie mystérieuse, avec plein d’images dans la tête et le cœur, atteints par la zen attitude qui a fini par nous contaminer, compte tenu de la beauté étrange de cette exposition, gagnés par ces délicats tempos africains.
«Tempo africain», de Faïza Chaoui,
à l’Espace Noun, galerie-librairie,
9, rue du colonel Chaâbani, ex-Rabah-Noël
Entrée libre
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2nd March 2009 09:13 #1
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