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  1. #1
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    Lundi 28 Septembre 2009 -- Figure emblématique de la résistance palestinienne, les œuvres de Mahmoud Darwich lui ont valu plusieurs distinctions. Il a été publié dans au moins vingt-deux langues. Ainsi, durant un mois, les initiateurs, en l’occurrence l’Agence nationale pour la rayonnement culturel en partenariat avec les éditions Barzakh entendent bien organiser une manifestation culturelle et artistique à la hauteur du talent de l’homme. « L’idée d’organiser à Alger un moment, une halte autour de Mahmoud Darwich s’est imposée à nous comme une évidence, un impératif. Mais quel vertige, quelle responsabilité ! Comment être à la hauteur, comment maintenir le fil tendu de l’exigence, entre allégresse et gravité », lit-on dans le livret de présentation. Il est souligné qu’Alger renoue avec un moment fort, celui qui l’a vu accueillir, en 1988, la déclaration de la création de l’Etat palestinien, texte auquel Mahmoud Darwich avait apporté le concours de sa plume. « Les Algériennes et les Algériens se souviennent encore avec émotion de la retransmission, à partir du Palais des nations, des poèmes clamés par leur auteur, avec une verve et une éloquence qui imposèrent le silence dans tous les foyers, emportant même ceux qui n’avaient jamais eu le moindre penchant pour la poésie ». Le programme en question est scindé en plusieurs axes dont une exposition de gravures intitulée « Une nation en exil », de Rachid Koraïchi, du calligraphe Hassan Massoudy et de Kamel Ibrahim sur des textes de Mahmoud Darwich.

    Une performance de danse contemporaine de Nacéra Belaza sera à l’honneur le 1er octobre à 20h au musée Mama. Le 2 octobre, à partir de 16h, la poétesse et écrivaine Inaâm Bayoud, enivrera l’assistance à Dar Abdellatif d’une lecture de poèmes de Mahmoud Darwich avec un accompagnement au oûd. Toujours à la même date sera lancée la résidence d’écriture au profit du poète et journaliste palestinien Najwan Darwich et de l’Algérien Abdellah El Hamed. La salle Ibn Zeydoun accueillera dans la soirée du 2 octobre, à partir de 19h, un concert de Moneim Adwan, joueur de oûd, originaire de la bande de Ghaza, dont le chant et les compositions se nourrissent du patrimoine palestinien. Trois rencontres portant sur les thèmes suivants : « Traduire Darwich », « Son œuvre, sa vie » et « La poésie de Darwich », auront lieu le 3 octobre, de 15h et 19h, au musée Mama où, entre autres des écrivains, des penseurs, des poètes et des traducteurs seront présents. Citons parmi cette panoplie d’intellectuels, Francesca Corrao (Italie), Luz Gomez Garcia (Espagne), Adel Karachoul (Allemagne), Mohamed Bennis (Maroc), Abbas Beydoun (Liban), Breyten Breytenbach (Afrique du Sud), Rachid Boudjedra, Rachid Koraichi. ll est à noter, qu’à l’occasion de cet hommage rendu à Mahmoud Darwich un beau livre Une nation en exil sera co-édité par les éditions algériennes Barzakh et Actes Sud, France.

  2. #2
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    Sarah Haïdar :


    Samedi 3 Octobre 2009 -- Le vernissage de l’exposition signée par l’artiste peintre Rachid Koraïchi, intitulée «Une nation en exil», a eu lieu ce jeudi au Musée d’art moderne d’Alger, inaugurant ainsi la série d’événements culturels dédiés à la mémoire du poète palestinien Mahmoud Darwich, mort il y a un an. Organisée par l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC), avec le concours des éditions Barzakh, cette exposition réunit neuf séries, chacune composée de deux tableaux : un poème de Mahmoud Darwich calligraphié par l’Irakien Hassan Massoudy et une gravure de Rachid Koraïchi s’inspirant dudit poème. L’idée a germé il y a presque trente ans quand le peintre rencontra le poète en 1981 à Tunis. Les deux hommes se lient alors d’amitié et élaborent le projet d’associer leurs travaux respectifs dans une manifestation artistique dédiée au peuple palestinien. Cette exposition est donc passée par plusieurs étapes au fil desquelles plusieurs artistes arabes ont été associés : le calligraphe irakien Hassan Massoudy, le penseur marocain Abdelkebir Khatibi ou encore le calligraphe égyptien Kamel Ibrahim. L’œuvre, fragmentée à l’époque, a été exposée en 1995 en Jordanie, à la galerie «Darat el-founoun».

    Le Musée d’art moderne d’Alger accueille donc l’ensemble de «Une nation en exil» exposé pour la première fois dans son intégralité. Un événement qui a drainé une foule considérable : artistes peintres, journalistes, intellectuels, écrivains et émigrés palestiniens sans oublier l’inévitable délégation officielle de la ministre de la Culture, Mme Khalida Toumi. Pas moins de 200 personnes étaient présentes ce soir-là au MAMA, dont la plupart, faut-il le souligner, donnait la triste impression que ce prétendu hommage au plus grand poète arabe du siècle s’était transformé en soirée mondaine, où il était difficile, voire impossible, d’apprécier les œuvres exposées tranquillement. On regrettera, entre autres, l’absence de catalogue susceptible d’aider le visiteur à découvrir les tableaux, sans lequel il ne pouvait y accéder concrètement. Car, effectivement, la disposition et la mise en place et en lumière des œuvres n’étaient ni pratiques ni esthétiques. Pis encore, le dense attroupement qui s’est formé autour des tableaux et qui fermait littéralement le passage était tout simplement plongé dans des discussions, accolades et interminables salamalecs, sans s’intéresser, le moins du monde, à l’objet de l’exposition.

    Pour les deux projections vidéos, l’une montrant Darwich dans une interview télévisée de France 2 et l’autre des extraits de ses récitals, on avait beau faire les plus grands efforts, il était impossible d’en saisir le moindre mot tant le brouhaha cher aux rencontres mondaines avait volé la vedette à la poésie ! Tous ces détails, en apparence anodins puisque fréquents lors de nos vernissages «super jet-set» algérois, ont tout simplement gâché tout intérêt qu’aurait pu avoir cette exposition. Quant au contenu de l’événement, le style de Koraïchi n’est plus à présenter et tout le monde s’accorde à dire que la valeur artistique de l’œuvre de ce peintre reconnu et côté partout dans le monde des arts n’est que rarement discutable. Ce n’est donc pas l’exposition en elle-même qu’on mettrait dans le box des accusés quant à l’échec artistique et, surtout, moral de cet événement. Il s’agit plutôt de cet amer sentiment de trahison et de fausseté qu’on relève chez tous les «Darwichistes» révoltés par cette récupération politique et intéressée du précieux Mahmoud Darwich. L’un d’entre eux, un libraire connu sur la place d’Alger, nous a fait cet aveu : «Ces gens-là sont venus manger des petits-fours sur le linceul de Darwich. Ils ne sortiront certainement pas dans une manifestation pour Ghaza. Laquelle est d’ailleurs interdite par leur gouvernement !».

  3. #3
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    Sarah Haïdar :


    Mardi 6 Octobre 2009 -- Emouvante fut la rencontre de dimanche dernier au Musée des arts modernes d’Alger. Contrairement au vernissage de l’exposition «Une nation en exil», dédiée à la mémoire de Mahmoud Darwich, ce minicolloque d’une journée a charmé par sa sobriété et, par-dessus tout, par son authenticité. Ecrivains, traducteurs et amis du défunt poète se sont réunis pour conter Darwich dans tous ses états. «Approcher l’œuvre de Mahmoud Darwich, ne pas l’expliquer ou la commenter, mais l’approcher seulement» ; c’est sous ce slogan que s’est ouvert dimanche dernier le colloque sur la vie et l’œuvre de Darwich. Face à un public venu nombreux, Rachid Koraichi ouvrit le bal en nous racontant le parcours et l’évolution de son exposition «Une nation en exil», arrimée au MAMA jusqu’au 7 novembre 2009. Un travail de longue haleine, né d’une amitié, d’une complicité entre lui et le poète palestinien. Le plasticien dit «ne jamais avoir voulu illustrer les poèmes de Darwich mais simplement traduire leur naissance en images». Mission accomplie puisque Koraichi, avec la calligraphie remarquable de l’Irakien Hassan Massoudy, a réussi à transcender les mots et à en faire une expression picturale où règne la poésie. Farouk Mardam Bey, traducteur et éditeur des poèmes de Darwich en français chez Actes-Sud, a choisi, pour sa part, de nous offrir une anthologie détaillée de l’œuvre du grand poète. À travers une démonstration précise et objective, l’intervenant offrit à l’auditoire l’occasion d’apprécier l’évolution, parfois vertigineuse, de toute une vie de poésie. En effet, Mahmoud Darwich explorait les mots, les thèmes et les techniques poétiques et en avait une approche à la fois libre et exigeante. Il s’agit surtout, pour lui, de se débarrasser d’une étiquette que la plupart de ses adeptes tenaient absolument à lui attribuer, celle d’un poète de la cause. Pour ce faire, il ose un recueil entièrement dédié à l’amour en 1999 intitulé « Le lit de l’étrangère », que beaucoup ont considéré comme indécent vu le contexte de guerre et de tueries que vivait la Palestine à cette époque. Farouk Mardam Bey estime que Darwich s’inscrivait dans une ligne où l’esthétique exigeait forcément une certaine rupture avec le lecteur à un moment ou à un autre de sa carrière. Le poète et essayiste syrien installé en Allemagne, Adel Karachouli, est le traducteur attitré de l’œuvre darwichienne en allemand. Son intervention fut pour le moins émouvante puisqu’il a choisi de nous lire l’oraison funèbre qu’il a prononcée à Berlin au lendemain du décès. L’émotion mêlée à une douce mélancolie d’une perte si douloureuse était au rendez-vous ce dimanche au MAMA. Bel hommage à celui qui demeurera pour toujours le poète universel de la blessure palestinienne mais aussi le plus grand poète contemporain arabe. Paix à son âme.

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