Lundi 19 Octobre 2009 -- Une exposition du groupe d’arts plastiques Présence, intitulée «Lieux et liens» a été inaugurée vendredi dernier à la galerie Racim. La notion du groupe en arts plastiques est l’une des plus marquantes de l’histoire contemporaine de la peinture algérienne. Présence a été fondé en 1986 ; il fait partie des rares groupes qui réussissent à se renouveler et à drainer de nouvelles générations d’artistes. L’exposition «Lieux et liens» réunit, en effet, quatorze artistes, jeunes et moins jeunes, dont l’un des fondateurs du groupe, Abderrahmane Aidoud. Ce dernier estime que de telles manifestations sont favorables à l’épanouissement de l’art en général, et de la peinture en particulier. Préoccupé par l’aspect éducationnel de cette dernière exposition, l’artiste traduit l’esprit du groupe en ces termes : «Créer un processus éducatif culturel, c’est provoquer la construction culturelle pour la découverte des valeurs esthétiques, une manière de sensibiliser la société à la compréhension et à la pratique de l’art.» Malgré cette vision globalement commune, les artistes exposants ont offert, chacun avec son style et son esthétique propre, une œuvre bien personnelle. Abderrahmane Aidoud nous propose deux tableaux en technique mixte sur papier, où son affection pour l’épurement de la couleur et du trait demeure inébranlable. Son fils, Yacine, qui fait ses premiers pas dans l’univers des galeries, plonge au cœur du Vieux Continent à travers deux tableaux issus d’une exposition antérieure intitulée «Conjugaisons africaines», qui a eu lieu en juillet dernier à l’hôtel Aurassi. Toujours attaché aux signes ancestraux, l’artiste nous propose également une installation de sculptures en bois, sous forme de totems désincarnés disposés autour d’un masque en plâtre. Malgré l’esthétique évidente se dégageant de l’œuvre, on regrettera que le style du fils soit trop proche de celui du père, notamment en ce qui concerne le choix des couleurs et même le thème abordé. Sadek Rahim, qui s’est illustré au 2e Festival panafricain d’Alger, à l’occasion de l’exposition «La modernité dans l’art africain d’aujourd’hui», nous apporte du nouveau. Artiste défendant la notion de beauté dans l’art contemporain, il exploite divers matériaux et techniques pour accoucher d’une œuvre assez originale. Sadek est surtout connu pour ses silhouettes fatiguées, désabusées et un tantinet fatalistes. Il nous propose un tableau où l’on peut voir un homme assis, replié sur lui-même, dans un semblant de méditation érémitique face à un couffin vide. Le deuxième tableau représente un camion d’où des jerricans bleus, que l’on peut voir comme des barils de pétrole, s’envolent dans tous les sens.

Rafik Khacheba, dont le matériau fétiche est le fer, propose, pour sa part, une installation intitulée «Qui suis-je ?» composée d’une statuette semi-allongée, fabriquée en fils métalliques et d’un ballon blanc où la fameuse question est inscrite en feutre noir. Rafik estime que «pour un plasticien, le fer est l’un des matériaux les plus proches des concepts que nous voulons imager, permettant de mettre en exergue la finesse, la sinuosité et la force, captant l’essentiel, tel un croquis puisant dans la spontanéité du geste la tridimensionnalité spatiale essentielle à l’œuvre». En effet, on ne voit que trop bien cette ambition d’épurer le sujet à l’extrême, de le présenter au spectateur telle une idée nue, personnifiée certes, mais toujours proche de son aspect intemporel. Une autre présence, féminine celle-là – féminine jusqu’à l’os dirait-on – dénommée Souad Douibi. Clairement inspirée par le pop’art américain, et notamment par l’immense Andy Warhol, elle participe à cette exposition avec un seul tableau, imposant et purement esthétique, où l’on peut voir le visage d’une femme rêvant au milieu d’une mosaïque urbaine hautement colorée. Ce visage paisible et semblant rêver à des mondes fantastiques est partagé entre deux couleurs (chères à Warhol) : le bleu, symbolisant la nuit, et le jaune représentant la lumière du soleil. Cette femme est tellement belle, sereine et heureuse les yeux fermés, que le spectateur a la nette impression qu’elle s’efforce de ne pas les ouvrir. Citons enfin l’étrange Smaïl Siaghi, qui nous propose tout simplement deux tableaux, presque identiques, intitulés Vert et Noir horizontal et Vert et Noir vertical. Le titre en dit long sur l’œuvre puisqu’il s’agit tout bonnement de lignes vertes et noires verticales et horizontales ! C’est à se demander si l’art contemporain est confondu par certains artistes avec des exercices de style frôlant l’absurde ! L’artiste s’explique en empruntant une maxime de Jean Tardieu : «La peinture quand elle est vraie, elle est insupportable». L’exposition «Lieux et liens», qui durera jusqu’au 25 octobre, a été accompagnée vendredi dernier d’une lecture poétique de Smaïl Siaghi ainsi que d’une vente-dédicace de son dernier recueil le Testament des pigeons. Par ailleurs, la galerie Racim a organisé samedi dernier un récital poétique animé par l’artiste peintre et poétesse Halima Lamine et par Nadia Sebkhi, ainsi que trois conférences portant sur les thèmes : «L’art et son enseignement, quelles perspectives ?», «L’enseignement artistique dans le champ contemporain» et «Les matériaux de récupération dans la sculpture contemporaine». Ces dernières ont eu lieu hier dans l’après-midi.