Dimanche 8 Novembre 2009 -- Encore installé pour quelques jours à la galerie Gaïa, située dans les méandres de Kouba, Ahmed Stambouli, amoureux du signe et des compositions hétéroclites, nous laisse au regard une œuvre colorée et fougueuse. Entre fauvisme picaresque et art ancré dans la tradition de ses ancêtres, Ahmed Stambouli, vieux briscard de la scène artistique algérienne, nous fait l’invite de découvrir une vingtaine de peintures fortement épicées dans le lait nourricier de la tradition picturale de l’Ecole du signe. Né le 28 janvier 1957, l’enfant de Khemis Miliana fait ses classes à l’Ecole des beaux-arts de Paris et fait un passage à Mostaganem et à Sidi Bel Abbès. Entre expositions personnelles et collectives, son parcours s’enrichit sans cesse en force et en images évocatrices, quand il use de matières diverses et d’effets surprenants. Pour cette exposition, le fougueux Stambouli nous propose des travaux contemporains d’une force rare, issus des anciennes grottes du Tassili, et des figures symboliques tatouées sur les âmes de nos grand-mères et qui portent toute la charge symbolique immémoriale qui caractérise notre grande histoire. Ahmed Stambouli, fervent algérien, la prend et extirpe son âme torturée pour la ruminer et en faire une expression plastique du plus bel effet. Quelque vingt peintures de formats divers, de petits et moyens formats, sont exposées. La technique emprunte à l’art contemporain ses codes ; c’est-à-dire l’usage de l’acrylique, du collage, de la synthèse de formes et de sujets, traités indifféremment pour donner un effet iconoclaste. Voir les œuvres de Stambouli, c’est aller à la rencontre de notre passé en noir et blanc, mais vu par la palette chromatique en arc-en ciel d’un plasticien de talent, qui use, sans abuser, du signe et de la bienséance picturale, composant et décomposant la forme et la couleur, géométrisant le signe pour nous le rendre plus digeste. Pourtant, les secrets de son art affleurent sur les supports. Entre quelques référents à Picasso Martinez, le plasticien s’en sort intact avec une stylistique très propre à lui. Les yeux de ses personnages ne trompent pas, ses compositions géométriques, souvent déclinées en plusieurs parties, se lisent comme des actes, comme des tomes divisés en plusieurs émotions. Il charge, sature, s’acharne à mettre du rouge, du vert et du jaune comme une signature forcenée d’une énergie créatrice sans pareil. Ahmed Stambouli est l’un de ces artistes rares qui nous font plaisir à regarder. Mohamed Massen, autre trublion héroïque d’un art qui, enfin, nous «dérange dans notre confort», dit de lui qu’il est chamanistique et qu’il éclabousse par sa pertinente impertinence. Cette impertinence est pourtant appréciable chez ce peintre talentueux, que l’on aime redécouvrir pour le plaisir de cette insolation lyrique qu’il ne cesse de produire pour notre plus grand plaisir. On regardera donc avec plaisir ce foisonnement d’un rare lyrisme et rafraîchissant à souhait par la force de son évocation. La rencontre dans la galerie Gaïa est bonne et productrice de bon sens. Cette galerie, en effet, donne aux regard bien des choses, et nous fait redécouvrir des artistes qui existent depuis longtemps sur la scène artistique algérienne, mais qui passent souvent inaperçus vu l’incurie de certains responsables et, donc, vu les carences dans les passerelles que sont les galeristes, les musées, les revues et critiques ancrés dans le professionnalisme, qui nous manquent tant. Il est encore heureux que des initiateurs privés ne se lassent point de nous ouvrir des espaces comme celui de la galerie Gaïa pour nous revoir dans ce miroir insolent qu’est la peinture. Pendant quelques jours encore, Stambouli, le «chaman», se fera un plaisir de nous brouiller le regard par sa lumière.

Galerie Gaïa, 16 Lotissement Saïd-Hamdine, Hydra, Alger
email : gaia.galerie@gmail.com
Tél : (213) (21) 60.62.84