Lundi 16 Novembre 2009 -- L’exposition «Focus 5/5», réunissant cinq artistes peintres de grande renommée, a été inaugurée jeudi dernier à la galerie Racim. Il s’agit d’Arezki Larbi, d’Amar Bouras, de Mustapha Nedjai, de Sadek Rahim et de Salah Malek qui, chacun avec son style et son esthétique propres, offrent aux visiteurs un agréable moment d’art contemporain. Le principe de l’exposition collective ne consiste pas tant à réunir des artistes d’horizons semblables que de mettre à profit une diversité et un sens du dialogue entre différentes démarches. C’est la première impression que donne «Focus 5/5», exposition d’un grand intérêt, qui a séduit par sa sobriété, la subtilité de ses lumières et l’ingéniosité de la disposition des œuvres.
Condition humaine et mémoire collective
Les cinq artistes exposants ne sont plus à présenter. Arezki Larbi, plasticien reconnu aux niveaux national et international, nous propose deux œuvres «éphémères», intitulées les Dormants. Ephémères, parce que peintes directement sur le mur de la galerie et vont donc disparaître dès que l’exposition prendra fin. Les Dormants font partie d’une trilogie plastique dont il a exposé le premier volet intitulé les Tournants, en 2007, à la défunte galerie Etincelle. Arezki consacre ce travail à cette large catégorie de personnes, victimes consentantes de leur environnement. Contrairement aux Tournants, qui représentent un homme, semblable à l’Homme de Vitruve, de De Vinci, enfermé dans un carré entouré d’un cercle et qui tente d’échapper à sa captivité, les prisonniers des Dormants sont, eux, nettement moins enclins à se libérer. Minuscules silhouettes désenchantées, ils sont «bouffés par leur environnement», nous dit l’artiste. Cette illustration tranchante, mais non dépourvue d’affection, est accompagnée d’un texte, écrit, lui aussi, sur le mur et intitulé J’ai vu la mer et j’ai pleuré. La souplesse du trait, la franchise de la couleur et le subtil jeu d’ombres et de lumières, alliés à la beauté du texte (inspiré en partie de Mouloud Feraoun) allouent à cette œuvre une indéniable valeur esthétique qui, au-delà de la philosophie qu’elle véhicule, est un pur plaisir visuel.
Amar Bouras a choisi, pour sa part, une expression artistique dans laquelle il excelle. Il s’agit d’une installation vidéo intitulée Serment. Des images-chocs de la colonisation française, montrant tantôt une jeune fille algérienne dénudée et exposée tel un trophée par les soldats français devant la caméra, tantôt un homme assassiné froidement, et autres séquences de la sauvagerie coloniale, tournant en boucle et accompagnées, en fond sonore, d’un poème de Bachir Hadj Ali. «Serment raconte les souffrances du peuple algérien, dépossédé de ses terres, de son identité, humilié et sauvagement torturé par les hordes coloniales. Mais il prône aussi le pardon, la tolérance et l’amour qui lie, aujourd’hui, beaucoup de jeunes Algériens et Français. Je veux dire qu’il n’y a pas que l’historique sanglant de la colonisation qui doit définir les relations entre Algériens et Français», nous dit Amar Bouras. Serment séduit et intrigue le visiteur. Elle séduit parce que les images originelles ont été retravaillées par l’artiste qui a utilisé la technique Gama (couleurs aiguisées et corps estompés), comme pour faire ressortir l’atrocité des outrages subis, et intrigue par l’intensité de cette voix onirique, qui nous récite le pardon et la tolérance de Bachir Hadj Ali : «Je jure sur la sagesse des moudjahidine maîtres de la nuit./Je jure sur la certitude du jour happée par la nuit transfigurée/Je jure sur les vagues déchaînées de mes tourments/Je jure sur la colère qui embellit nos femmes/Je jure sur l’amitié vécue, les amours différées/Je jure sur la haine et la foi qui entretiennent la flamme/ Que nous n’avons pas de haine contre le peuple français ». Amar Bouras signe là une œuvre poignante, dont la beauté visuelle rivalise avec l’engagement intellectuel et moral.
L’art contemporain dans toute sa fraîcheur
Dans un tout autre domaine, on découvre et on sourit à la vue de l’installation de Salah Malek, intitulée Voiles en voie d’extinction. Il s’agit d’une trentaine de «Adjar» (voile algérois couvrant une partie du visage), accrochée au mur, accompagnée d’une sculpture, représentant un visage encastré dans un support en plâtre. Mustapha Nedjai nous propose, pour sa part, un photomontage intitulé : Homobarres. Il représente une silhouette humaine qui se transforme, petit à petit, en code-barres. Enfin, le talentueux et novateur Sadek Rahim expose un Sans titre assez déroutant : des dizaines de couffins noirs jetés, en vrac, sur le sol, accompagnées d’un chariot de supermarché. Le regard critique que porte l’artiste sur la société de consommation est toujours de mise. Il exploite, décidément, tous les supports possibles pour traduire cette idée de fausseté et de matérialisme qui caractérise la société moderne. L’exposition «Focus 5/5» durera jusqu’au 30 novembre. Un moment privilégié avec un groupe d’artistes singuliers et ambitieux, qui ont encore beaucoup à donner à l’art contemporain, en Algérie. À découvrir absolument.
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16th November 2009 00:14 #1
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