Mardi 22 Décembre 2009 -- Lors de la 2e édition du Festival de la musique amazighe de Tamanrasset, une conférence a eu lieu hier matin sous le thème «L’étude académique sur le concept du patrimoine immatériel» avec le professeur de tamazight à l’université de Tamanrasset, Noureddine Benabdellah. La culture populaire est l’une des richesses inépuisables, mais malheureusement délaissée, de notre patrimoine national. La force du propos, l’enracinement profond dans l’histoire amazighe, le charme inégalable des légendes et contes anciens font de cette culture un trésor à préserver contre vents et marées. L’étude académique du patrimoine immatériel est l’un des outils favorables à la pérennité de ce symbole, car il permet non seulement d’entretenir cette culture et de la sauver de l’oubli, mais aussi de l’inculquer aux jeunes générations qui, faut-il le dire, sont beaucoup plus attirées par les accessoires de la vie moderne que par les récits de nos aïeux. Dans son intervention, le Pr Benabdellah est revenu sur les différentes caractéristiques de la culture orale amazighe en général et targuie en particulier. Soucieux de présenter son sujet sous la forme la plus simplifiée qui soit, il n’a pas manqué d’offrir à l’auditoire quelques définitions utiles de l’art, de la culture, de la poésie, du chant, etc. À propos de l’étude, il s’agit, selon le conférencier, de reconstituer le cadre géographique, ethnique et social des différents éléments de la culture populaire. Un travail de longue haleine dont l’initiateur se doit d’être à la fois un fin psychologue, un sociologue averti, un anthropologue et un historien avisé. À propos de l’imzad, le Pr Benabdellah souligne la forte symbolique de cet instrument monocorde qui tient une place royale dans la culture targuie. Jouée exclusivement par la femme, la musique de l’imzad, accompagnée d’une poésie tantôt tragique tantôt sociale, et d’une danse masculine, est une musique se voulant purificatrice. Elle incite aussi à la méditation et à l’ascension spirituelle. Mystique et revêtue d’un caractère sacré, elle parle au cœur et non à la raison et suscite ainsi des réactions corporelles qui témoignent de la nachwa (extase spirituelle), résultante d’al insat (l’écoute). Cette richesse et ce foisonnement esthétique font de la culture populaire amazighe une immense réserve inestimable à préserver. L’étude qui lui est consacrée n’est malheureusement pas suffisante pour la sauver de l’oubli. L’amazighité est l’un des éléments identitaires de l’Algérie, il faudrait beaucoup plus que cela pour lui rendre la place qui lui est due.
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22nd December 2009 00:06 #1
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Sarah Haidar :
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22nd December 2009 00:07 #2
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Sarah Haidar :
Mardi 22 Décembre 2009 -- La deuxième édition du Festival de la musique amazighe, qui se déroule du 19 au 24 décembre à Tamanrasset, a débuté samedi dernier avec une soirée explosive animée par le groupe mythique Les Abranis. La musique n’est pas le seul attrait de la manifestation de Tamanrasset. Plusieurs conférences sont en effet programmées pendant l’après-midi sous le thème générique : «Musique amazighe, réalité et perspective». Dimanche dernier, le sociologue Zendri Abdennabi a animé un débat autour du thème «Le rôle de la femme dans la conservation du patrimoine» à la maison de la Culture de Tamanrasset. Plusieurs sujets ont été abordés lors de cette conférence : la musique traditionnelle targuie, la place royale que tient la femme dans la société, ainsi que la fonction sociologique des arts en général et de la musique en particulier. Sur ce dernier point, le Pr Zendri a précisé que la femme, éducatrice et pilier de la société targuie, est aussi un élément indispensable à l’accomplissement d’une gaâda. C’est d’ailleurs elle qui est la seule qualifiée à jouer du fameux instrument traditionnel targui, l’imzad. La musique est alors accompagnée de l’ensorceleuse danse des Touareg qui, elle, est réservée aux hommes. L’intervenant est également revenu sur les deux genres musicaux répandus chez les Touareg, à savoir : l’aliwen et l’italwyen. Le premier est un ensemble de poèmes chantés par un groupe de femmes et accompagnés d’une danse masculine à dos de chameau. Aliwen est une ode panégyrique chantant les louanges de la cavalerie et la noblesse du mâle targui. L’italwyen est, pour sa part, un genre musical réservé aux noces, un événement festif qui, lui aussi, est témoin de l’immense rôle que tient la femme dans la pérennité des traditions targuies. La musique sert, par ailleurs, d’exutoire ainsi que de moment de repos et de méditation dans lequel la femme joue, là encore, un rôle primordial. Répondant à une question sur la pérennité de ces traditions ancestrales, le Pr Zendri admet que les Touareg vivant en ville sont moins soucieux de sauvegarder cette culture que les bédouins. «Le Targui était un nomade qui vivait au milieu de nulle part, dans une tente ouverte à tout le monde. Aujourd’hui, il s’encastre entre quatre murs, dans un milieu urbain dont l’insécurité favorise la peur, et donc le manque de dialogue avec l’autre», déplore-t-il. Par ailleurs, en raison des nombreuses interventions en tamasheq, le problème de langue a été soulevé. Une des nombreuses personnes présentes à cette conférence a en effet réclamé que les interventions et les questions soient formulées en langue arabe : la seule que partage le peuple algérien à l’unanimité ! Répondant avec force arguments, le modérateur n’a pas manqué de souligner l’importance de la sauvegarde de la langue amazighe en général et du tamasheq en particulier : «Il faut sans cesse raviver la langue tamasheq en la parlant et en la traduisant.» Cependant, il ne faut jamais se laisser piéger par des querelles linguistiques indignes de la richesse de notre patrimoine national. Riche a donc été cette conférence qui s’est achevée sur une note de douceur avec un récital poétique de Hadjira Oubachir. Cette rencontre, en plus de son intérêt intellectuel, a permis de mieux cerner et d’apprécier la culture amazighe ; cet inépuisable gisement de connaissances, de tolérance et d’esthétique.
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26th December 2009 00:07 #3
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Sarah Haidar :
Samedi 26 Décembre 2009 -- En marge du Festival de la musique et de la chanson amazighes de Tamanrasset, une exposition de photos en hommage aux grands artistes de la musique et de la chanson amazighes a lieu dans le hall de la maison de la Culture. Au fil des quelque cinquante photos exposées, l’émotion, l’admiration et le respect sont toujours de mise. Mais comme dans toute bonne initiative mal organisée, il y a tout de même un hic, et non des moindres : l’absence scandaleuse du portrait d’Othmane Bali ! Cette carence jette, en effet, un faisceau d’ombre sur la beauté et l’intérêt de l’exposition. En regardant les portraits, en noir et blanc ou en couleur, de ces géants de la musique algérienne, le visiteur est vite conquis par l’émoi de ne pouvoir les voir sur scène, une dernière fois. Chikh Mohand Ouyezgaren, El-Hasnaoui, Slimane Azem, Hnifa, Matoub Lounès et d’autres scintillent dans le hall, telles des étoiles dont l’absence ne saura ternir l’éclat. Ce Festival de la musique amazighe doit bien une fière chandelle à ces immenses musiciens, paroliers et interprètes, qui ont immortalisé dans leurs œuvres l’amour, la patrie, l’exil, l’amazighité et la liberté. Mais là n’est pas leur seul mérite. Aujourd’hui, avec un peu recul, et loin des années de plomb où le berbère était la bête noire de l’arabisme officiel, le visiteur trouve dans chaque visage le souvenir d’un combat identitaire sans merci. Un combat que la jeune génération se doit de poursuivre pour que l’amazighité ne sombre pas dans l’oubli.
Hnifa, femme insoumise et anticonformiste, évoque indéniablement le combat de la femme kabyle, en particulier, et algérienne, en général, pour la liberté et l’autonomie. Sa vie, œuvre tragique en soi, est on ne peut plus significative quant à cet acharnement viscéral à se libérer des chaînes et des dogmes que lui impose l’autre. Morte à Paris, oubliée par tous et presque bannie par ses compatriotes, Hnifa a néanmoins laissé son empreinte dans la conscience populaire féminine. Elle demeurera désormais l’un des symboles de la fierté et de la témérité de la femme algérienne dans son éternel combat pour la liberté. Parmi les visages qui illuminent cette exposition, on ne doit pas oublier celui de Slimane Azem, le poète de l’exil. Ce dernier, notion très présente dans la culture populaire kabyle, revêt dans ses chansons un caractère mystique qui lui confère tout son sens et son esthétique. «Quand nous venons, nous désirons partir. Une fois là-bas, nous désirons revenir», ce couplet inoubliable de Slimane Azem traduit merveilleusement la relation passionnelle et conflictuelle qu’entretient l’émigré algérien avec son pays. Concis, parfois cruel mais toujours juste dans son propos, Slimane Azem est un fin psychologue qui semble connaître le moindre détail de la tragédie de l’exil. Les thèmes sociaux, politiques et sentimentaux abordés dans ses textes ne sont jamais dépouillés de cet engagement inébranlable à réveiller les dormeurs et à leur montrer du doigt la vie dans toute sa splendeur. La photo de Matoub Lounès, tenant son mandole et scandant l’un de ses pamphlets pendant un gala, traduit à elle seule la «rage» du poète qu’il est ! Tombé au «champ d’horreur», l’arme à la main, Matoub est incontestablement l’une des figures emblématiques de ce combat identitaire pour la reconnaissance de l’amazighité, mais aussi pour le rétablissement de l’algérianité, redevenue pure et libérée de toute manipulation politique. Comme Brel chantant sa «belgitude», Lounès n’a eu de cesse de clamer haut et fort ce que ses compatriotes opprimés pensaient tout bas. Chantant l’amour tout aussi admirablement que la patrie, il est également un excellent musicien, dont la jeune génération de la chanson kabyle ne cesse de s’inspirer et d’apprendre.
Au festival de Tam, il y a des spectacles, un concours, des conférences, mais aussi de l’évocation et du recueillement. Inexplicable et intolérable demeure l’absence du portrait d’Othmane Bali. Car il est incontestablement le plus grand artiste contemporain de la musique targuie. Ses sons éthérés, sa voix parfaite et son génie poétique font de lui une figure inoubliable du patrimoine musical algérien. Inoubliable ? Les organisateurs du festival ne semblent pourtant pas d’accord ! À ce propos, la question se pose d’elle-même : est-ce vraiment un oubli ? Et si ce n’est pas le cas, pourquoi inhiber l’immense Bali de cette exposition ? Aucune des deux réponses n’est satisfaisante !
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26th December 2009 00:09 #4
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Sarah Haidar :
Samedi 26 Décembre 2009 -- Lundi dernier, un concert de musique mozabite, kabyle et touareg a eu lieu à l’esplanade de la maison de la Culture de Tamanrasset avec au programme : la troupe locale de tindi Amal, le groupe ghardaoui Timedrit, la chanteuse kabyle Ferroudja Saïdani et le Mozabite Djamel Ezli. Les soirées du festival de la chanson et de la musique amazighes se poursuivent à Tamanrasset dans une ambiance pour le moins festive avec une forte affluence du public. Dès 20 h, une foule dense s’est formée autour de la scène en plein air de l’esplanade. Un groupe de cinq femmes, toutes de noir vêtues, a fait son entrée sous les applaudissements enfiévrés du public. La troupe de tindi Amal et l’association au titre éponyme dont elle est issue sont assez connues dans la région. Les chants de ces femmes, accompagnés par leur tambourinement harmonieux sur les rythmes du tindi, ont littéralement envoûté l’auditoire, notamment ceux venus du Nord. Ces voix semblant naître d’un nirvana dûment conquis transportent le spectateur jusqu’à lui faire sentir l’incroyable «légèreté de l’être». À cela s’ajoute, évidemment, le bien-être mystique et l’état de torpeur dans lesquels nous plonge cet instrument ancestral. Le ton a donc été donné pour faire de cette soirée une réussite. Le groupe Timedrit de Ghardaïa a, lui aussi, enchanté le public avec la touche moderne qu’ils ont apporté à leur prestation. Il s’agit de célèbres chansons du patrimoine touareg superbement agencées avec les rythmes diablotins de la guitare électrique. En résulte alors une musique n’ayant rien perdu de son cachet traditionnel, mais adaptée avec brio à l’air du temps. L’élue du concours local de la musique amazighe de Tizi Ouzou, Ferroudja Saïdani, n’a pas fait exception quant à la séduction exercée sur le public. Mais il est à noter que la performance vocale de l’artiste fut souvent altérée par des «fuites» ! Ferroudja a certes une belle voix, mais c’est une voix à l’état brute qui a besoin d’un long travail de raffinement et, surtout, d’épurement. La jeune chanteuse, favorisant la qualité du texte, pourra certainement accéder à une meilleure qualité musicale et vocale, au terme d’une recherche mieux élaborée et d’une conjugaison d’efforts sur les plans esthétique et technique. La soirée s’est poursuivie jusqu’à tard dans la nuit et s’est clôturée avec le très populaire Djamel Eddine Debbache, venu de Ghardaïa. Tous ces artistes chantant à l’unisson l’amour, la beauté et l’amazighité ont fait des nuits froides de Tamanrasset un rendez-vous musical des plus appréciés par une population qui, hélas !, ne fait pas la fête à longueur d’année à cause de l’ignorance totale, frisant parfois le mépris, que lui voue les autorités du Nord !
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28th December 2009 00:10 #5
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Sarah Haidar :
Lundi 28 Décembre 2009 -- La clôture du Festival de Tamanrasset a débuté en soirée, jeudi dernier, par la remise des prix aux lauréats du concours de la chanson et de la musique amazighes, en présence du wali, du directeur de la culture, M. Begbagui, et d’un public nombreux. Le groupe Thaziri, venu de Khenchela, a raflé le premier prix dans la catégorie chant et musique. La formation béjaouie Mazal a remporté le premier prix pour la performance musicale. De son côté, le groupe Ifrane de Tamanrasset a fait l’unanimité du jury présidé par Kouider Bouziane dans la catégorie chant. Un gala musical a suivi, animé par le très populaire chanteur kabyle de variétés Rabah Asma. La population locale et la forte communauté kabyle présente à Tamanrasset ont manifesté leur joie dès l’annonce du nom de la star. Rabah Asma a pris le temps pour une soirée de feu, dont la piste de danse a été envahie par le public présent : femmes, hommes et enfants, donnant à ce gala l’allure d’une fête villageoise emplie de youyous, de joie et de distraction. L’artiste, ayant fait rage dans les années 1990 avec son style nouveau et révolutionnaire à l’époque, n’a rien perdu de sa pêche et de son énergie débordante sur scène. Lors de cette soirée de clôture, Rabah n’a ménagé aucun effort pour enflammer son public et lui offrir un moment de pur plaisir. Puisant dans son propre répertoire et dans celui de Slimane Azem, il a interprété plusieurs de ses anciennes chansons, notamment la très applaudie Issoumer ou encore El-Dzair sbah El-khir (ndlr, Bonjour l’Algérie), sans oublier la mythique Carte de résidence, de Slimane Azem. Accompagné par des musiciens très talentueux, notamment le virtuose de la guitare électrique issu du groupe Abranis Youva Sid, Rabah Asma a offert au public de Tamanrasset une clôture en apothéose. Un festival qui, malgré ses nombreuses imperfections, a drainé une foule considérable. Lors de ce concert de clôture, la plupart des femmes et hommes présents sur l’esplanade n’en ont dit que du bien. Nadia, originaire de Béjaïa et installée depuis quatre ans à Tam, n’était pas avare en compliments : «Rabah Asma est une bête de scène et un excellent chanteur. Je n’oublierai jamais les belles chansons qu’il nous offrait à un moment où toute l’Algérie était plongée dans la peur et le sang». Il est vrai que cet artiste a cette particularité d’avoir commencé dans la chanson presque simultanément avec la naissance du terrorisme en Algérie. Ses textes chantant l’amour et la paix et taquinant parfois le fanatisme religieux, accompagnés d’une musique festive et pleine de vie, étaient comme une bouffée d’air frais pour cette jeune génération qui ne voulait pas sombrer dans l’obscurantisme et la terreur.
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2nd January 2010 00:13 #6
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Samedi 2 Janvier 2010 -- Dans le cadre du 2e Festival de la chanson et de la musique amazighes, qui s’est tenu du 19 au 24 décembre dernier à Tamanrasset, le chercheur en tamazight. Abdennour Abdesslam a donné une conférence autour du thème «Evolution de la thématique dans la chanson amazighe de Kabylie». Procédant par ordre chronologique, le conférencier a souligné les caractéristiques de la chanson kabyle au fil des trois périodes qui ont marqué l’histoire contemporaine de l’Algérie : période coloniale, période de la guerre d’Algérie et période postindépendance. Ne souhaitant pas s’attarder sur les aspects techniques liés à l’orchestration et à la rythmique, le Pr Abdesslam a focalisé son intervention sur la thématique textuelle de la chanson kabyle et les contextes politique et social dans lesquels elle a évolué. Ainsi a-t-il commencé par l’avènement de la radio kabyle dans les années 1930 qui, selon lui, a permis à la chanson kabyle de se développer et de «devenir un véritable éphéméride qui rend compte des événements vécus, vaincus mais aussi souvent subis». Sa thématique répondait, en effet, à une exigence sociale, se voulant le témoin d’une époque et le porte-parole d’un peuple. Le monde ouvrier, l’immigration, l’enrôlement de milliers d’hommes kabyles dans l’Armée française lors de la Première et Seconde Guerres mondiales… autant de sujets qui ont caractérisé la chanson amazighe de Kabylie tout au long de la période coloniale.
Quant aux sept années qu’a durées la guerre de libération nationale, l’intervenant a précisé que la chanson kabyle, «usant de détours métaphoriques, rhétoriques et de l’insinuation, se frayera un chemin à travers les rets du contrôle, de la surveillance et de l’interdit pour glorifier la lutte armée». Plusieurs chansons écrites par d’illustres artistes kabyles sont en effet de véritables pamphlets indépendantistes, à l’image de Ffegh ay ajradh tamurt-iw (l’Invasion des criquets, allusion faite au colonialisme) et Ideher-ed waggur (Apparition de l’emblème national) de Slimane Azem et Ayemma âzizen ur ttru (Mère, ne pleure pas) du célèbre parolier Farid Ali, etc. C’est dire combien la chanson amazighe de Kabylie a été consciente de l’enjeu historique que représentait la guerre de libération nationale et combien les artistes ont pris part à ce combat acharné, usant d’un outil qui, de l’avis de tous, pouvait être aussi efficace que les armes : la musique.
À la période postindépendance, M. Abdennour Abdesslam a consacré la plus grande partie de son intervention vu l’évolution considérable de la thématique et l’avénement de nombreux artistes émerites de 1962 à nos jours. «Après l’indépendance, la question berbère, longtemps refoulée dans le mouvement national durant les années 1930 et 1940, puis renvoyée durant la guerre de libération, refait alors surface après constat de l’exclusion du fait amazigh sous son tryptique : identité, langue et culture», a souligné le conférencier. Et d’ajouter que la radio kabyle, étant le seul canal de diffusion d’expression amazighe, sera victime d’une régionalisation dégradante et de limitation horaire sans cesse croissante, particulièrement à partir de 1970. À cela s’ajoute le poids de l’interdit, du contrôle étatique et de la censure systématique, qui n’ont néanmoins pas empêché la chanson amazighe de Kabylie des années 1970, 1980 et 1990 de devenir «le canal privilégié par lequel la contestation politique s’est exprimée, grâce à son efficacité mais, surtout, parce qu’elle dénonce le sentiment d’exclusion». La radio kabyle a contribué à cette mission militante grâce au laborieux travail de base effectué par Chikh El-Hasnaoui, Chikh Noureddine, Cherif Kheddam, Hnifa, Ahcène Mézani, Mohammed Hilmi et tant d’autres encore.
La chanson amazighe de Kabylie devient alors un moyen de contestation politique, qui traduit le sentiment d’exclusion éprouvé par la population au fil des dénigrements et multiples outrages perpétrés à son encontre par les régimes politiques successifs. À ce propos, l’intervenant a cité Slimane Azem, considéré comme le père de la chanson à texte politique, qui ne s’est toutefois pas désintéressé de la vie sociale et du contexte international, marqué alors par la guerre froide. Parmi les jeunes artistes qui ont poursuivi ce combat identitaire à travers la chanson, M. Abdennour Abdesslam a estimé qu’Idir a révolutionné l’approche politique et sociale de l’identité kabyle par le biais de chansons pamphlétaires et de forte symbolique telle que l’inoubliable Vava Inu va. Comparé à Brassens, Aït Menguellet n’a pas été en reste dans cette revendication culturelle qu’est la cause berbère. Toutes ces caractéristiques sociales et politiques de la chanson amazighe de Kabylie ont fait d’elle un véritable témoin historique, mais aussi un gisement inépuisable de poésie et de musique savantes. Son intérêt esthétique et social font d’elle l’un des sujets les plus étudiés et les plus commentés par les universitaires et anthropologues algériens et étrangers.







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