Jeudi 24 Décembre 2009 -- Après Chaouane, Debladji ou Ahmed Stambouli, la galerie Gaïa récidive par une exposition du plasticien algérien Abdelkader Chaou, à voir jusqu’à la fin du mois en cours. C’est une rencontre assez originale et riche en surprises. Mais l’une de ces surprises sera, pour les visiteurs, de confirmer qu’Abdelkader Chaou est est meilleur en peinture qu’en musique, quand on sait que ce Abdelkader Chaou pratique la peinture depuis une vingtaine d’années et qu’il n’est que l’homonyme du Abdelkader Chaou, cheikh de chaâbi. Voilà pour les sceptiques et amateurs de rumeurs lancinantes qui font des deux artistes une seule et même personne. En tout cas, l’artiste qui nous a accueillis dans cette jeune galerie, un peu sur les hauteurs du quartier Saïd-Hamdine, est d’une bonhomie sans pareille. Tout en humilité et en disponibilité, c’est une très bonne visite qui est en perspective puisque le plasticien amateur du couteau et des empattements généreux nous invite dans un univers foisonnant de couleurs sur quelque vingt-trois tableaux surprenants. Pourquoi surprenants ! Parce que Chaou nous a plutôt habitués à des scènes représentatives de tableaux impressionnistes aux allants bien documentaires qui, au-delà de la maîtrise technique éloquente, avaient tendance à nous laisser plutôt sur notre faim. Mais il va sans dire que cette égérie dynamique qu’est la demoiselle Hania Bougherbal n’a pas manqué de booster l’énergie créatrice du peintre, qui a bien voulu entrer dans le jeu de cet arc-en-ciel volcanique, en exposition jusqu’à la fin du mois prochain. La visite est sobre, la galerie très bien aménagée en cimaises parallèles, avec un «mur» mobile au milieu, un parquet sombre et quelques éléments artisanaux style poterie ou coffre ancien. Une ambiance bon enfant et un accueil, avec cette volonté de faire de cette galerie une destination pour l’art moderne. Dans la légende, Gaïa est la terre nourricière. À Saïd Hamdine, c’est le réceptacle des talents les plus inattendus, et l’un d’eux reste notre ami Abdelkader Chaou, qui nous propose un ensemble en quatre grandes étapes picturales, lequel s’inscrit dans des formats très peu grands, mais qui restent d’une force incalculables. La technique est diversement exprimée sur des formats variant entre 20 et 40 centimètres, pas plus. Abdelkader les met dans un encadrement large, noir et boisé. Il nous compose de nombreuses scènes qui nous mènent de Sidi M’hamed Chérif avec une porte rouge qui prend le regard et nous vole notre concentration par son étrange traitement au couteau de peintre. La Casbah est le nom de ce tableau qui, avec le Retour des femmes, composé sur six personnages au traitement lumineux d’une peinture à l’huile, dont le plasticien se fait un guide efficace dans le passé, avec ces Musiciens qui semblent jouer un morceau judéo-arabe figé dans un temps lointain de l’ancienne souika de Constantine. La suite de l’exposition nous révèle une palette surprenante d’Abdelkader Chaou, qui se livre à un exercice moderne de haut vol par sa composition Nature morte, qui de déstructure longuement un guéridon et une bouteille qui sont aussi ponctués d’un citron ou d’une orange, complètement insolite mais simplement sublime par la richesse de composition et la liberté qu’il adopte pour traiter de bien belle manière les effets graphiques et la peinture à l’huile de Chaou, qui semble s’épanouir grandement sur cette nouvelle approche de sa peinture, laquelle offre au regard de bien belles œuvres. Le plasticien nous promet une prochaine exposition avec de nouvelles pistes sondées dans le genre. Entre le Retour des femmes, le vendeur de journaux, les Musiciens, les Voiliers, les Bédouins, Ghardaïa, l’Amirauté, Oasis, Maison mauresque, la Casbah, Villa Abdeltif, la Rencontre, El-Kantara, la Femme au haik, le Cavalier, les Porteuses d’eau, la Femme au balcon, Nature morte, la tunisienne…, une curieuse aventure plastique nous est offerte par un peintre brillant et original. La visite est fortement ancrée dans la bonne humeur d’un impressionniste devenu fauviste dans certaines de ses œuvres. Juste pour le plaisir acidulé de cette découverte, la visite est gratuite à la galerie Gaïa.

Un tour d’horizon, d’Abdelkader Chaou
Exposition galerie Gaïa, 16-Lotissement Saïd Hamdine, Alger, jusqu’à la fin du mois.
Entrée libre.
Renseignements : 021 60 62 84