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  1. #1
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    Mardi 29 Décembre 2009 -- Lors d’une conférence donnée, ce samedi 26 décembre à Alger, dans le cadre du 4e Festival international de musique andalouse et des musiques anciennes, organisé du 21 au 30 de ce mois, le musicologue marocain M. Ahmed Aydoun a mis en évidence le rapport entre l’écriture musicale et la tradition orale. Pour le conférencier, «la problématique est encore productive quand on veut comparer son résultat sur le plan pratique, ajoutant que l’histoire a toujours concilié cet instant éphémère de la musique par des signes». M. Aydoun a affirmé que «la transcription n’est pas seulement cet objectif didactique de désigner des échelles, mais aussi de conserver des mélodies et des rythmes», tout en relevant que toutes les civilisations «ont fait appel à la transcription pour conserver leurs musiques». Dans son exposé sur cette étroite relation et le rapport «mitigé» entre l’écriture musicale et la tradition orale, le conférencier a indiqué que «la musique du Maghreb était baignée dans la tradition orale et se suffisait à celle-ci». Cependant, la transcription a été engagée «pour sauvegarder et perpétuer le patrimoine». Pour le conférencier, «le jazz constitue le plus grand exemple de la tradition orale au XXIe siècle. On ne reproduit jamais la répartition de jazz comme on doit la jouer». Ce musicologue a également expliqué qu’avant le XXIe siècle, les notations musicales étaient des notations didactiques et que la musique écrite était une «exception». Il a précisé que «les notations donnent des repères que l’on doit compléter par la tradition orale», non sans relever que l’écriture «ne remplace jamais la tradition orale même dans les cas extrêmes». Il cita alors comme exemple, le cas de la musique classique européenne qui a adopté la transcription suite à l’introduction de la polyphonie. «Cette écriture qui était nécessaire pour la polyphonie est devenue une culture», a-t-il affirmé, en concluant que l’écriture a été «intégrée comme logique de rationalité».

  2. #2
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    Mercredi 30 Décembre 2009 -- Lundi soir, le public nombreux à la salle Ibn Zeydoun a eu droit un plat varié de mélodies et de paroles brésiliennes, japonaises, espagnoles et marocaines à la faveur des concerts du quatuor Iki et de l’ensemble de Tétouan. C’est l’histoire d’un marché persan où les chameliers approchent au milieu d’un tumulte. Les mendiants réclament leur bakchich. Le beau prince arrive ainsi que le calife. Ils font un tour et ils repartent. La place redevient calme. Cette histoire, qui fait appel aux fantasmes occidentaux sur l’Orient, a été racontée en notes musicales par le quatuor franco-japonais Iki, lundi soir à la salle Ibn Zeydoun, à la faveur du 4e Festival international de musique andalouse et des musiques anciennes. Julie Dutoit à la violoncelle, Mayu Sato-Brémaud à la flûte, Sophie Dutoit à l’alto et Baptiste Gibier à l’hautbois ont joué, devant une salle archicomble, des musiques espagnoles, brésiliennes et japonaises. Le spectacle a commencé avec un dialogue violoncelle-flûte sur la musique philosophique du Brésilien Heitor Villa-Lobos. Ce compositeur de génie, décédé en 1959, a donné une dimension universelle au choro, musique instrumentale urbaine, populaire et festive. Villa-Lobos, qui aimait beaucoup la démarche artistique du compositeur allemand Jean-Sébastien Bach, est également célèbre par ses opéras, Magdalena et Yerma, mais aussi par la série des neuf Bachianas Brasileiras, des mélodies pour orchestre, piano ou violoncelle. La numéro 5, qui est la plus jouée au monde, sollicite huit violoncelles et une voix soprano. « C’est un musicien complet qui n’a pas ignoré la tradition indienne. Ses œuvres sont enseignées dans la plupart des écoles de musique », a expliqué Rachid Guerbas, commissaire du festival, lors de la présentation du Quatuor Iki qui a interprété également des œuvres de l’espagnol Isaac Manuel Albéniz. Ce compositeur a laissé une œuvre riche des musiques de chambre dont les trois célèbres Suites espagnoles et le fameux Recuerdos de Viaje. Le Quatuor Iki a également interprété des pièces de musique traditionnelle du pays du Soleil Levant, Faune et flore du Japon. « La musique ancienne japonaise est l’une des plus élaborées dans la mesure où elle ne se contente pas d’utiliser uniquement des modes, mais fait appel à d’autres paramètres », a expliqué Rachid Guerbas. « À la base, Iki est composé d’un alto, d’un violon, d’une violoncelle et d’une flûte. On a remplacé le violon par le hautbois pour mélanger les timbres entre les cordes et les instruments à vents. Le son du hautbois se marie bien avec la flûte. C’est un son chaleureux qui se mélange bien avec les cordes. C’est rare comme ensemble. On a un peu innové », nous a précisé Baptiste Gibier, une heure avant le spectacle. Ce dernier est venu en appui au groupe, car il joue habituellement avec le quintette à vent Arte Combo. Le Quatuor Iki, qui existe depuis 2006 et dont le nom signifie « cool » en japonais, a déjà enregistré un album. « Pour exister en France, il nous faut une multitude de cordes à notre arc et beaucoup de projets. Cela va de la musique classique, à la musique contemporaine et à l’accompagnement de chanteurs. Jouer de la musique de chambre ne veut pas dire qu’on se limite au répertoire classique. On peut jouer de la variété », a souligné Baptiste Gibier. Le Quatuor IKI joue autant du Haendel et du Schubert que du Joplin ou des Beatles.

    En deuxième partie de soirée, l’ensemble du conservatoire de Tétouan, qui se produit pour la quatrième fois en Algérie, a interprété la nouba hidjaz machriki de la Ala marocaine ou musique arabo-andalouse. Le hidjaz machriki, qui est différent du hidjaz kabir et qui est l’équivalent de la nouba zidane en Algérie, est connu par ses sept touchia. La nouba marocaine contient cinq mouvements : el bassit, el kaim ou nessf, el btyaïhi, el derdj et el qodam. El qodam contient le rythme le plus rapide, c’est le khlass algérien. El btyaïhi et el derdj marocains sont différents de ceux d’Algérie. Le malouf de Constantine partage avec la Ala marocaine la forme poétique du barwal. Dans les faits, les textes sont plus partagés que les formes mélodiques ou les modes avec les styles pratiqués en Algérie, en Tunisie ou en Libye. Le conservatoire de Tétouan a été créé en 1940. Il fait partie des 26 autres conservatoires que compte le Maroc. « En Algérie, il y a une cinquantaine d’associations qui enseignent la musique andalouse. Au Maroc, les conservatoires se chargent de cela, mais la musique andalouse n’est qu’une matière parmi d’autres. Cette musique est enseignée pendant dix ans. C’est le sens que nous donnons à l’école », nous a expliqué Mehdi Chaâchoo, dirigeant de l’ensemble de Tétouan et élève de Mohammed El Arbi Temsamani, ancien chef de l’orchestre de Tétouan. Selon lui, la tétouania est un mode particulier dans la musique andalouse marocaine qui diffère de la Fassiya, par exemple. Le style de Fès, qui se réclame de l’Ecole de Cordoue, est plus classique. « Le style de la tétouania est proche de la tradition andalouse. Tétouan a été reconstruite à la fin du XVe siècle par les maures de Grenade qui ont fui l’inquisition espagnole. Leur culture et leurs traditions se sont mélangées avec celles du Maroc », a-t-il ajouté. Lundi soir, l’ensemble de Tétouan a chanté des poèmes de Boumediène Tlemçani, d’Abou El Hassan Charchouri, Omar Ibnou El Faridh et Sidi M’hamed El Haraq. « La musique andalouse s’est adaptée à tous les courants littéraires pendant des siècles », a précisé Mehdi Chaâchoo qui vient de publier un essai sur la musique Ala marocaine. Hier soir, un hommage a été rendu au maître du malouf libyen, feu Hassan Laribi, à travers un concert de l’ensemble dirigé aujourd’hui par Youcef Laribi, fils du disparu. A noter enfin, que la forte présence du public, lundi soir à la salle Ibn Zeydoun, a obligé les organisateurs à fermer les portes pour éviter un encombrement des allées, comme ce fut le cas dimanche soir. Rachid Guerbas a expliqué cette décision par la nécessité de respecter les normes de sécurité.

  3. #3
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    Lundi 4 Janvier 2010 -- Affluence record mercredi soir à la salle Ibn Zeydoun à Alger pour la clôture de la quatrième édition du Festival international de musique andalouse et des musiques anciennes. Escaliers et allées étaient pris d’assaut par le public mélomane. La prochaine édition du festival pourrait se dérouler à la salle Atlas à Bab El Oued réputée plus grande que Ibn Zeydoun. « Il y a un public avide de qualité. Il a constaté qu’on prend le temps de fignoler les choses, d’aller en profondeur par respect pour lui et pour la musique. Le bouche à oreille a fini par faire son effet et les gens viennent. C’est un public connaisseur et exigeant. Pendant longtemps, on nous a complexés par rapport à l’élite en général. Or, il existe une élite pour l’écoute de la musique qui a trouvé son chemin », a estimé Rachid Guerbas, commissaire du festival qui a salué la parfaite entente avec l’équipe technique de la salle Ibn Zeydoun. Selon lui, la prochaine édition sera marquée par des spectacles en dehors d’Alger. « Je trouve regrettable qu’on invite des artistes étrangers pour donner un seul concert. Nous voulons élargir le festival et organiser des concerts en dehors d’Alger dans d’autres villes du pays pour que tout le monde en profite », a-t-il dit. La soirée de mercredi a commencé, avec 30 minutes de retard, avec le passage de cinq finalistes du concours de mandoline : Khaled Bensaïd, Amine Aït Kaci, Kermas Saïd et Aladdine Bensafir. Le cinquième finaliste est le Tunisien Wahid Siout.

    Le président du jury l’Afghan, Khaled Armane, assisté de l’Iranien Hassan Tabar et de l’Algérien Hassan Benchoubane, n’a pas pu attribuer le premier prix. « Certains candidats ont des instruments qui ne sont pas à la hauteur de leur talent », a précisé Rachid Guerbas qui a annoncé que les cinq finalistes seront pris en charge par des joueurs de mandoline de niveau international. Finalement, un prix d’encouragement ex-aequo a été remis à Khaled Bensaïd et Aladdine Bensafir. L’Ensemble national de musique andalousie (Enama), composé par des membres des ensembles régionaux de Constantine, Alger et Tlemcen, a ensuite interprété une nouba sika complète revisitée par Rachid Guerbas avec de nouvelles compositions dans lesquelles les trois styles, malouf, sann’a et gharnati, sont respectés. « Nous avons pris des textes qui n’ont plus de mélodies sur lesquelles nous avons mis une succession de pièces comme Soltane el ghizlane, Nadhrat ghazali, etc », a expliqué le compositeur. Après la touchia et le mçadar, l’ensemble a joué des betyaïhi, des derj et des insraf Ya mahla kass errah, Hadha el ghram ladhi katmtou, Ya mendara, Selli houmoumek, Mchi ya rassoul, etc. Zerouk Mokdad, Mohamed Benmiloud, Imen et d’autres solistes ont, chacun et selon son style, interprété une partie de la nouba. « Dans un premier temps, l’expérience de l’Ensemble national a consisté à poser les jalons de telle manière à montrer les ponts naturels entre les trois styles (Alger, Tlemcen et Constantine) que nous continuons à appeler injustement écoles. La deuxième phase a consisté à insérer des compositions nouvelles dans un répertoire traditionnel. Les trois styles sont présents dans cet ensemble et chaque style doit garder sa spécificité et son originalité », a expliqué Rachid Guerbas.

    Il a comparé l’Ensemble national de musique andalousie à l’équipe nationale de football qui est composée par les meilleurs de chaque club. « L’ensemble est un laboratoire dans lequel ont montre les passerelles. Les artistes ont voulu une autre forme d’expression et rompre avec la routine de jouer toujours les mêmes mélodies. Il faut du temps pour savoir si l’expérience a réussi ou non », a-t-il ajouté. Il a remarqué que la tradition de création n’a jamais été interrompue en Libye, en Tunisie ou au Maroc, pays qui partagent l’héritage andalou. Il est impératif, selon lui, de renouer avec l’esprit de création des ancêtres en Algérie. Interrogé sur l’absence, dans la manifestation de noms connus de la musique andalouse tels que Beihdja Rahal, Ahmed Serri, Zakia Kara Torki, Farid Khodja , Rachid Guerbas a estimé que le festival n’est pas le sien. « Les portes sont ouvertes à tout le monde à ce festival et pour la participation dans l’ensemble national. Celui qui veut nous apprendre est le bienvenu. Idem pour celui qui veut venir apprendre avec nous. Cela dit, les luttes de clochers ne datent pas d’aujourd’hui. Toute nouveauté dérange. Ce qui me gène c’est la mauvaise foi. Les gens ne font rien pour venir et se permettent de juger. C’est inacceptable », a-t-il dit. Il a pris le soin de dire qu’il veut donner un caractère professionnel au festival et à la musique andalouse. « Des artistes étrangers nous contactent pour participer à ce festival qui commence à avoir une audience à l’étranger. Il faut amener notre musique, dite andalouse, dans le concert des autres musiques savantes et en même temps établir des connexions avec des musiciens habitués des festivals internationaux de telle sorte que notre musique trouve sa place sur la scène internationale », a-t-il dit. La quatrième édition de ce festival a été marquée par la présence de groupes et de musiciens venus d’Iran, du Maroc, de Grèce, d’Espagne, d’Autriche, de Tunisie, d’Afghanistan, de Libye, de France et du Japon. Des conférences ont été animées parallèlement aux spectacles par, entre autres, la Tunisienne Syrine Ben Moussa, l’Iranien Hassan Tabar et le Marocain Ahmed Aydoun.

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