Lundi 15 Mars 2010 -- L’artiste peintre Karim Sergoua expose, depuis avant-hier, ses nouvelles œuvres 2010 à la galerie Gaïa de Saïd Hamdine, Alger, sous l’intitulé «Constat 4».Une foule considérable était présente à la galerie Gaïa lors du vernissage de l’exposition. Ils étaient tous venus découvrir la cuvée 2010 de Karim Sergoua. Une trentaine de tableaux aux supports et techniques divers trônent dans la petite mais conviviale galerie tenue par la très active Hanya Bougherbal. L’originalité de Constat 4 nous est présentée dès l’entrée de la salle grâce à une scénographie pour le moins pittoresque, réalisée par l’artiste lui-même. Un éclairage insolent met en valeur les tableaux, leur donne un éclat particulier et fait merveilleusement ressortir l’âme de l’œuvre et celle de l’artiste. Ensuite, il y a le sol qui a suscité étonnement et admiration.

Désirant retenir les visiteurs devant chaque toile, Sergoua a tapissé le parterre de la galerie de foin. «Je voulais non seulement ralentir les pas du visiteur pour qu’il puisse prendre le temps d’apprécier chaque tableau, mais aussi dire que tout est poussière ici-bas, que tout est passager !», nous a-t-il confié. La mise en place des œuvres n’obéit à aucun ordre, ne se laisse point conditionner par l’espace exigu ou la logique esthétique classique. On peut, en effet, croiser des matériaux nobles tels que les feuilles d’or, aux côtés de matières triviales à l’exemple des balais et des pailles. Les supports employés varient entre le bois, le contreplaqué ou la toile, sur lesquels l’artiste peint, sculpte, fait des collages, accroche des objets ou calligraphie des signes ancestraux surgis du fin fond de la mémoire collective.

Karim Sergoua, dans la majorité de ces tableaux, adopte une attitude de questionnements lucides, mais non moins fébriles sur le monde qui l’entoure. Artiste militant, il a de tout temps été impliqué dans les questions de l’époque ; car l’homme croit en l’engagement de l’artiste et à la nécessité, pour l’art, de s’introduire et de jouer un rôle important dans la vie sociale. Karim, c’est aussi l’artiste de l’intérieur, celui qui s’interroge et s’écoute pour mieux traduire ses tourments, ses questionnements et ses doutes sur la toile. Karim, l’homme et Sergoua, l’artiste, sont indissociables. Dans l’ensemble de son œuvre et notamment dans Constat 4, on relève cette fusion entre le peintre et ses couleurs, ses supports et ses outils. Ne s’imposant aucune limite dans la recherche artistique et la créativité permanente, il réinvente à chaque fois le rapport de l’artiste au monde.

Dans cette nouvelle exposition, il veut surtout bousculer en douceur, pousser le spectateur à aller au fond de la couleur, à interroger le trait et à s’immiscer dans la peau de l’artiste. La symbolique de ses peintures, alliée à une beauté époustouflante, font donc de cette exposition une totale réussite tant sur le plan des ventes (tous les tableaux ont été vendus le jour-même du vernissage) que sur le plan de l’esthétique. Karim Sergoua n’est plus à présenter. Il est l’un des artistes les mieux cotés en Algérie et même à l’étranger. Son travail d’enseignant à l’Ecole supérieure des beaux-arts et ses «virées» militantes au Sahara occidental lui permettent d’occuper une place de choix dans le monde de l’art. Constat 4 durera jusqu’à la fin du mois. Un moment privilégié avec un artiste sensible au talent fou et à l’énergie inépuisable. Une exposition à ne pas rater !