Dimanche 11 Avril 2010 -- Le Musée national d’art moderne et contemporain d’Alger (MAMA) accueille, depuis le 3 avril jusqu’à la fin du même mois, une exposition de photographies intitulée «Regards reconstruits 2» regroupant les œuvres de douze artistes photographes. Les thèmes varient selon les sensibilités et les expériences des artistes exposants. Il s’agit, avant tout, de regards très personnels portés sur divers sujets, qu’ils soient d’actualité ou intemporels. Chacun tente de traduire une esthétique, une déchirure ou une simple suggestion discrète, suivant une morale artistique certaine. Mohammed Badawi revient sur le carnage dont a été victime Gaza l’an dernier, à travers un défilé d’images médiatiques retransmises par différentes chaînes de télévision. Sa série intitulée «Le code» nous incite à replonger dans cet enfer virtuel qui nous faisait vivre, au jour le jour, le calvaire vécu par nos frères palestiniens. Badawi, qui avait pris ces photos au huitième jour de l’agression, entre 15 h et 17 h, puis entre 23 h et 1 h, y voit «peut-être un code qu’il faudra un jour déchiffrer». La guerre des images et le poids important des médias dans ce genre de conflits y sont, en tout état de cause, superbement représentés. Quant à Madina Kermiche, plasticienne qui s’est découvert des affinités avec la photographie, elle nous propose une œuvre issue de cet accouplement amoureux entre peinture et cliché, intitulée «Derrière un nuage». Elle y explore un voyage possible entre réalité et imaginaire, où «la folie», dans son sens le plus esthétique, nous servira de guide et de témoin. Couleurs franches et traits lumineux caractérisent cette œuvre, pour le moins originale.

Rafik Zaidi, qui a signé sa première exposition de photographies il y a deux mois, nous propose ici une série intitulée «Evasion indigos». Il s’agit d’un regard profondément poétique porté sur ces damnés du désert qui traversent les immenses étendues sablonneuses pour atteindre une vie meilleure. Rafik, un passionné du Sahara, ne lésine cependant pas sur la face d’ombre de cet endroit magique, où la misère côtoie la beauté et où le cauchemar flirte avec le rêve. L’artiste tente de saisir cette longue route de transhumance bordée d’espoirs, de déceptions et de douleurs, à travers des silhouettes en mouvement, des ombres dessinés sur le parquet ou des pas errants. Il dit à ce propos : «Ce travail, je l’ai fait en hommage à tous ces jeunes d’Afrique qui fuient le mal de vivre. La traversée du désert (au sens propre comme au figuré) est dure pour des ombres que vous avez peut-être croisées sans voir. Certains atteignent cet eldorado, d’autres continuent d’en rêver.» L’immigration clandestine est donc le thème de cette série d’«évasions», qui regorge de poésie et d’humanisme.

Lyès Meziani, photographe professionnel, dans son éloquent «Sans titre», nous invite encore une fois à apprécier son affection pour le flou artistique. Sobres, naturelles et surtout exemptes de toute retouche numérique, ses photos sont à la fois oniriques, intimistes et tout aussi proches de la vie quotidienne. Cette vie qui se voit sublimée de façon profondément philosophique, à travers un jeu savant d’ombres et de lumières, mais surtout grâce à une maîtrise parfaite de la technique. Lyès semble en totale symbiose avec son appareil et son modèle. En résulte alors une œuvre tendrement attachante, où chaque détail a sa place, sa valeur et son mot à dire. Mais dans ce lot de beauté et de poésie, certaines photos sonnent malheureusement comme une fausse note. À l’image de cette jeune fille targuie, parée de sa tenue traditionnelle qui regarde l’objectif de Hachemi Ameur en souriant. Et pour cause : ça sent trop la pose pour être vraiment artistique ! Ou encore, cette plante verte au milieu des dunes, signée par Nadir Djama, qui nous renvoie illico presto aux cartes postales touristiques que l’on retrouve à Alger comme à Tamanrasset ! Quoi qu’il en soit, l’exposition «Regards reconstruits 2» mérite le coup d’œil, ne serait-ce que pour le flot généreux d’esthétique et d’originalité que nous offrent certaines photographies.