Jeudi 3 Juin 2010 -- Une exposition de peinture signée par l’artiste peintre Mohamed Oudhaï s’est ouverte mardi dernier, à l’hôtel Aurassi. Originaire de Frenda à Tiaret, Mohamed Oudhaï, un artiste sexagénaire, a dépensé une vingtaine d’années de sa vie à peindre et à exposer en Algérie et ailleurs. Il possède un style très particulier de peinture qu’il baptise le «Rogam». Il s’agit d’un art basé sur les traits tirés du terreau culturel où le patrimoine et le cachet ancestral sont fortement présents. Riches en couleurs et en figures familières de la conscience collective, ses tableaux sont profondément ancrés dans l’imaginaire populaire algérien mais aussi maghrébin, africain et même oriental. Cavaliers chevauchant leurs magnifiques montures, joueurs de luth, homme de religion penché sur ses manuscrits, femmes d’intérieur servant le déjeuner ou encore la main de Fatma. Autant de symboles ancestraux qui prennent vie dans la peinture d’Oudhaï.

Pour mieux comprendre la démarche de l’artiste, il serait utile d’écouter ses propres mots qui expliquent comment le «Rogam» peut constituer une alternative artistique pour le moins intéressante : «L’art puisé dans le terreau culturel et empreint de pureté, de franchise et de fraîcheur originelle, présente une force attractive dépouillée de tout artifice, force procurant aux sentiments une authenticité plus évidente que lorsque l’art s’appuie sur des conventions académiques souvent sclérosées. L’interprétation de l’objet d’art traditionnel ne peut s’accomplir et nous fournir sa substantifique moelle que par l’émergence des éléments culturels de notre passé que nous valorisons pour mieux structurer notre personnalité. Aussi, me suis-je attelé à l’entreprise non moins laborieuse de la recherche d’une nouvelle formulation plastique appropriée, d’une redécouverte des réalités culturelles de notre riche patrimoine, en décodant le langage subtil des signes peints, tissés et gravés de nos anciens. Cette modeste prospection dans le vaste champ de la sémiologie picturale m’a suggéré l’idée d’assigner une fonction plastique aux divers signes graphiques traditionnels, entre autres ceux produits par nos habiles tapissières au décor soutenu par un agencement subtil de contrastes, de valeur, et de couleurs agréablement consonantes. Le tout, puisé dans le vaste réservoir des teintes naturelles composées d’une variété de nuance de carmin, d’ocre et d’indigo, d’une richesse inestimable. Polychromie des binaires et des tertiaires, qui judicieusement mise en valeur à travers la poterie et la tapisserie notamment, donne vie à la chose produite et lui confère une harmonie musicale «qui se voit». À travers cette modeste approche que j’ai intitulée Rogam (en référence au R’guim), j’ose apporter mon grain de peinture dans cette vaste palette maghrébine (et pourquoi pas africaine), permettant ainsi au spectateur de comprendre sans difficulté les structures formelles et sémantiques de chaque tableau exposé et de s’y ressourcer. Ainsi, grâce au signe plastique du «Rogam» il verra surgir du fond des siècles la vie de ses pères, vie ponctuée par les diastoles et les systoles de notre histoire millénaire, faite d’alternance de joie et de peine en un nécessaire voyage au bout de la mémoire, renouant alors le cordon ombilical.»

C’est donc une peinture dédiée à la mémoire, d’où jaillissent d’innombrables signes et images faisant partie de notre subconscient collectif. Il s’agit, en cas précis, de ressortir l’esthétique singulière de ces signes, d’en faire une œuvre artistique qui ressemblerait probablement aux miniatures persanes et turques, tout en gardant le cachet maghrébin. Mohamed Oudhaï est né en 1943 à Frenda. Il est membre du comité directeur de l’Union nationale des arts culturels. Il a participé à plusieurs expositions en Algérie et à l’étranger, et effectué de nombreuses réalisations publiques dans plusieurs wilayas.