Lundi 12 Mai 2008 -- Mardi prochain, les amateurs du quatrième art sont conviés à assister à la générale de la nouvelle production du Théâtre national algérien (TNA) intitulée El Ghoutia écrite par Hocine Taileb, mise en scène par Mohamed Islam Abbas, assisté par Djamel Guermi et une chorégraphie signée Nouara Idami.
A l’occasion de la présentation de la pièce, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue samedi dernier, Islam Mohamed Abbas a souligné que cette nouvelle production aborde «la biographie d’une femme extraordinaire, rejetée par la société dès sa naissance, en perpétuelle quête de son âme. Il est aussi mis en exergue les rapports entre le milieu de la danse de cabaret et la politique». Il a expliqué que cette tragi-comédie est l’occasion de lever le voile sur un pan de notre société souvent ignoré par les créations théâtrales.
En effet, le personnage central de la pièce, El Ghoutia, est une danseuse de cabaret de luxe qui, en raison de ses talents, va se trouver propulsée vers les hautes sphères dirigeantes. Ce qui va nourrir en elle de grandes ambitions politiques grâce à sa connaissance de la nature humaine. Né dans une confrérie maraboutique, son père la rejette et répudie sa mère car elle ne lui a pas donné de garçon. Humiliée et rejetée par tous, la mère de Ghoutia va être bannie de la zaouïa, errant de village en village. Elle ne trouvera refuge qu’auprès d’Ezzaikha, une ancienne danseuse de cabaret qui apprendra à Ghoutia les ficelles du métier. Concernant les mécanismes de la mise en scène, Abbas expliquera qu’il a choisi de revêtir les différents personnages de la pièce de particularités caricaturales, dans le but de faire rejaillir la forte charge de sincérité émotionnelle qui se dégage du personnage complexe de l’héroïne centrale.
Il ajoutera que Mounira Nouara, qui incarne Ghoutia, est fraîchement diplômée de l’INADC et campera pour la première fois un personnage en tant que comédienne professionnelle. Deux autres comédiens font également partie de cette nouvelle promotion, soulignant la volonté de l’équipe et du TNA de céder les planches aux nouvelles générations. Concernant la direction des comédiens, il expliquera qu’il «les considère avant tout comme des créateurs qui ne doivent pas juste interpréter un texte mais incarner aussi un sous-texte, soit la situation dramaturgique». Il ajoutera également l’attention particulière portée à la scénographie signée Mourad Bouchhir ainsi qu’au son et à la lumière qui seront de véritables outils scéniques.
L’auteur de la pièce explique que Ghoutia est avant tout l’incarnation d’une réalité sociale sur la situation de la femme en souffrance qui reste un tabou dans notre société. Hocine Taileb a expliqué qu’il s’agissait avant tout d’«investir un terrain d’écriture théâtrale socio-politique qui reste à défricher, quitte à choquer le public».
Il confiera que le sujet lui a été, entre autres, inspiré de sa thèse de mémoire de fin d’études en sociologie qui avait porté sur «la prostitution clandestine en Algérie». A travers ses recherches et ses enquêtes, il a été mis face à des situations complexes où la femme en particulier - et l’être humain en général - était victime d’un rejet familial et social et de la manipulation des uns et des autres, l’amenant inéluctablement vers les chemins de la perdition malgré les tumultes qui rongeaient son âme. Hocine Taileb soulignera qu’il s’agit avant tout de mettre en exergue le fait que, «dans une société marquée par l’aveuglement, l’ignorance et la destruction de toutes les valeurs de justice, de liberté et d’égalité, la femme subit et subira encore les affres de l’hypocrisie sociale».
Samedi 17 Mai 2008 -- Le Théâtre national algérien (TNA) a présenté mardi dernier la générale de sa nouvelle production El Ghoutia, mise en scène par Islam Mohamed Abbas et écrite par Hocine Taileb. Le rideau se lève sur les rythmes de musique orientale et des silhouettes qui se meuvent en ombres chinoises au fond de la scène. Puis les lumières éclairent l’intérieur d’un salon baroque où les dorures des meubles se confondent avec les couleurs écarlates du velours et de la soie. Majestueuse, enveloppée de froufrous et de voiles, Ghoutia, sensuelle, apparaît, interprétée par la jeune comédienne Mounira Nouara qui, malgré le trac de la débutante, a su captiver le public présent tout au long de la pièce.
Danseuse de cabaret de luxe, candidate sur une liste favorite aux élections parlementaires précédentes, l’héroïne a vu sa carrière politique brisée suite à un complot. A la veille des résultats, elle s’est retrouvée incarcérée pour complicité dans un meurtre commis dans sa villa et création de lieu de débauche et de prostitution. De retour dans sa somptueuse demeure, elle retrouve son fidèle domestique, un travesti, rôle de composition interprété avec brio par le jeune Hamiani Mohamed. Ghoutia est sollicitée par Si Barghout (Touati Sayeh Samir), journaliste spécialisé dans la presse à scandale pour une longue interview. Il l’assure qu’il est convaincu de son innocence car elle a été victime d’une machination abjecte, puisque celui qui a été tué n’est autre que la tête de liste où était également inscrite Ghoutia.
Cette dernière, consciente que le journaliste est plus attiré par l’appât du gain de la publication d’un livre sur un scandale sociopolitique que de transmettre l’information aux lecteurs, accepte néanmoins de travailler avec lui. Elle veut avant tout se venger de la trahison de ses ex-maris, qui, grâce à la corruption, la drogue et la prostitution, sont devenus des hommes politiques influents, en publiant ses mémoires, à un mois des élections, «car tout se meurt sauf la mémoire qui reste la meilleure arme pour rétablir la vérité». Sitôt la nouvelle de la publication de ce brûlot connue, la danseuse voit défiler chez elle ses anciens compagnons qui tentent de la dissuader de poursuivre l’écriture de ses mémoires, car chacun veut garder son poste et son statut dans les hautes sphères politiques.
La pièce dissèque en fait ce monde politique marqué par l’hypocrisie et les manipulations politiques et où tous les coups sont permis. Il y a également une dénonciation des faux-semblants, car, en dehors de Ghoutia, nul n’est vraiment ce qu’il prétend être. Il est à saluer la pertinence de la mise en scène d’Islam Mohamed Abbas, tant dans la direction des comédiens que dans la rigueur de l’utilisation des différents outils scéniques. Au final, le public est surpris par le dernier tableau de la pièce marqué par le duel entre les deux ex-maris et la prise de position du domestique de Ghoutia. Au tomber du rideau, une standing-ovation salue la performance de toute la troupe qui a su captiver pendant près d’une heure et demie les spectateurs réagissant soit par des rires, soit par des applaudissements aux passages les plus comiques et aux répliques les plus pertinentes.
Samedi 17 Mai 2008 -- Le théâtre national algérien a organisé durant quatre jours la représentation de la pièce de théâtre El Ghoutia, mise en scène par Mohamed Abbès Islam d’après le texte d’Hussein Taïleb. Sans les trois coups traditionnels ni le lever de rideau, nous nous retrouvons d’emblée devant un décor simple, mais artistiquement étudié : un salon style XVIIe siècle, un bar et un parapet en forme de cliché cinématographique. Le premier tableau commence avec la chanson «Non, je ne regrette rien», de la diva française Edith Piaf. Ghoutia, personnage principal interprété par Nouara Mounira, pénètre derrière le parapet, telle une ombre chinoise, vêtue de noir et accompagné de son domestique. Ce dernier fait rire à grands éclats les spectateurs, son personnage étant très caricatural : il joue le rôle d’un homosexuel.
L’histoire tourne exclusivement autour de Ghoutia qui a purgé cinq ans de prison pour avoir «commis» un crime, suite à un complot de la part de ses ex-maris. Avant son incarcération, elle était danseuse dans un cabaret et ses ex-maris, des personnes nanties, faisaient partie de sa troupe musicale. Ainsi, autour de la course au leadership, Ghoutia compte se venger en publiant son autobiographie dénonçant les pratiques et le passé de ces personnes qui étaient très proches d’elle. Un journaliste ambitieux, qui écrit dans un journal, lui propose de l’aider à rédiger son livre et tirer profit de cette histoire malgré les risques qu’il encoure. Ses ex-maris ont eu connaissance de ce projet d’ouvrage dans lequel Ghoutia veut divulguer toute sa vérité. Ils essayent alors, tant bien que mal, de la corrompre en lui proposant plusieurs millions d’euros.
La trame de cette pièce n’est pas seulement un pamphlet contre ses ex-maris, c’est aussi l’histoire de Ghoutia, cette femme parmi tant d’autres qui fait face chaque jour à des problèmes qui la dépassent et dépassent toute l’humanité. Comme Kahina, Fatima, Naïma, Amina, Lydia, Nadhira, c’est l’une des victimes d’une société traditionaliste, peu encline au développement de certaines mœurs et mentalités. Nous pouvons dire que cette pièce est un vrai hymne à la liberté. Nous y trouvons certes une femme qui se cherche : «Je suis qui, un homme qui se cache dans la carapace d’une femme ou une femme trop femme pour les hommes qui m’entourent ? N’y aurai-t-il pas un homme en ce bas monde qui me réconforterai et ferait ressortir toute ma féminité ?». Mais Ghoutia est forte de personnalité. Bien qu’elle veuille oublier tous ses problèmes en noyant chaque soir son chagrin dans un verre de «vin», elle arrive à ses fins, car ses ex-maris finissent par s’entre-tuer.
Produite par le théâtre national algérien, El Ghoutia est la première pièce de théâtre écrite dans le programme des 45 pièces prévues pour l’année 2008. Les amoureux du 4e art pourront l’apprécier une seconde fois étant donné qu’elle est inscrite parmi les représentations en off du festival national du théâtre professionnel qui se tiendra du 24 mai au 5 juin.