« Le taux élevé de chômage et les difficultés d’accès au marché du travail sont des aspects d’iniquité en Algérie », a indiqué hier l’économiste en chef et premier vice-président de la Banque mondiale (BM), François Bourguignon, lors d’une conférence de presse tenue au siège de l’institution à Alger.
Une iniquité qui s’explique, selon lui, par « l’inadéquation entre le système éducatif et le monde du travail ». La qualité du système éducatif national et les inégalités qu’il recèle, souligne-t-il, « contribuent à une bonne partie du problème d’iniquité ». La notion d’équité a été le sujet principal traité dans le rapport de la Banque mondiale pour 2006 sur le développement dans le monde. Dans sa brève présentation du rapport, M. Bourguignon considérera que le rapport en question est « une nouveauté pour la BM » qui, habituellement, cherche à résoudre le problème de la pauvreté sous l’angle unique de la croissance économique qu’elle considérait comme la panacée dans toute lutte contre ce fléau. Expliquant la notion d’équité en tant qu’objectif de développement, M. Bourguignon a souligné qu’elle « signifiait une large répartition des chances aux plans économique et politique de façon à ce que plus d’équité puisse permettre une utilisation complète et efficace des ressources dont est doté un pays ». D’autant plus, a-t-il ajouté, que « cela tient également à des raisons d’ordre politique, car les inégalités en termes de pouvoir et d’influence peuvent aboutir à des structures institutionnelles, tant politiques qu’économiques et sociales, moins propices à la croissance à long terme ». Autrement dit, lorsque les pouvoirs politique et économique dans un pays sont accaparés par une « élite », cela aboutit « systématiquement à une situation de monopole qui entrave la concurrence et protège un système de rente ». L’action des pouvoirs publics doit donc, selon son analyse, « chercher à accroître l’ensemble des opportunités offertes à ceux qui ont le moins de possibilités de se faire entendre et qui ont le moins de ressources et de capacités en procédant pour cela d’une manière qui renforce les libertés individuelles ainsi que le rôle des marchés dans l’affectation des ressources ». Par équité, il faudrait entendre, d’après M. Bourguignon, que les politiques doivent viser à promouvoir l’égalité des chances en accordant à tous « les mêmes possibilités de devenir socialement actifs, politiquement influents et économiquement productifs ». Elle permet tout simplement d’élargir les possibilités offertes aux groupes défavorisés de la société. Au cours de la conférence de presse, le vice-président de la Banque mondiale a été également questionné sur l’opportunité de l’augmentation des salaires comme moyen d’amélioration du bien-être social que vise toute notion d’équité. Dans sa réponse, le représentant de la BM s’est montré peu favorable à cette solution. En outre, il a considéré que la Banque mondiale « n’entre pas dans le jeu politique d’un pays », même s’il est du devoir de cette institution financière internationale, a-t-il ajouté, de « dire quelles sont les implications sociales et économiques » d’un dispositif introduit par tel ou tel pays. Il a considéré, par ailleurs, que le fait qu’un Etat engage plus de dépenses « ne peut pas constituer systématiquement une source d’équité » et a cité en exemple le système des subventions qui, dans beaucoup de pays, « est mal ciblé et bénéficie le plus souvent aux riches ».

Salah Slimani

http://www.elwatan.com/2005-12-12/2005-12-12-32152