Lundi 19 mars 2007 -- Dans sa stratégie industrielle, l’Etat fait la part belle aux investisseurs étrangers, estime le président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), M. Réda Hamiani. Tout en assurant que son association n’est pas contre les investisseurs étrangers qui sont synonymes de transfert de technologie et de clé d’ouverture au marché extérieur, le président du FCE a affirmé que les étrangers n’ont pas besoin d’investir en Algérie pour la simple raison que le marché algérien est très ouvert et que le produit étranger a supplanté le produit national.

«Des milliers de conteneurs atterrissent sur le marché, alors pourquoi investir quand on peut gagner de l’argent à travers des opérations commerciales ?» s’est-il demandé. Pour étayer ses propos, le président du FCE a affirmé que sur les 850 à 900 milliards de dollars d’IDE investis dans le monde, 1 % uniquement sont investis dans les pays du Maghreb et 4 % dans les pays africains (Afrique du Sud, Nigeria et Egypte).

Il a expliqué que 50 % des IDE sont répartis entre les pays du Sud, à savoir l’Europe, les Etats-Unis et le Japon, en ajoutant que 25 % sont investis en Chine, 12,5 % dans les anciens pays communistes et les 7,5 % restants dans les pays d’Amérique latine.

Le président du FCE a admis néanmoins que l’Algérie est parmi les 184 pays au monde qui sont en train de faire une plate-forme attractive pour attirer les IDE. Evoquant la stratégie industrielle, M. Hamiani a affirmé que l’Etat veut, à travers cette stratégie, sortir le pays de la forte dépendance de la rente pétrolière et tirer profit des ressources du pays.

Pour le président du FCE, la relance de l’industrie permettra de substituer la production nationale aux produits étrangers et réduire ainsi la facture des importations qui est passée de 10 milliards de dollars en 2000 à plus de 20 milliards en 2006.

L’autre point important dans cette stratégie, c’est le rapprochement, voire la synergie entre les centres de recherches, les centres professionnels et les universités. «L’Etat veut réellement associer l’élite dans l’industrialisation du pays», a-t-il assuré.

Cet ancien ministre de la PME a, toutefois, regretté le fait que la stratégie ait axé beaucoup plus sur certains secteurs tels la chimie, la pétrochimie et l’électronique au détriment du secteur de la PME, quelque peu marginalisé. Soulignant que la PME est l’un des secteurs les plus rentables, il a estimé que les 300 000 PME existantes sont très insuffisantes et que l’Algérie aurait besoin d’au moins 4 millions de PME pour créer de la richesse et des emplois.

L’orateur a insisté sur la mise à niveau des PME et sur la formation, jugeant que celles-ci devront être plus proches de la réalité économique. M. Hamiani a, par ailleurs, posé le problème de l’applicabilité de cette stratégie sur le terrain.

«Certes, il y a un volontarisme de l’Etat de forcer la croissance et de relancer l’économie nationale, mais il faut que l’administration suive», a-t-il insisté. Pour le président du FCE, la tendance lourde de l’époque socialiste pèse toujours sur l’administration et les douanes qui fonctionnent toujours avec l’esprit de commandement.

Interrogé sur l’augmentation des salaires qui devrait s’étendre au secteur privé, M. Hamiani a répondu que le FCE n’est pas partie prenante du débat, en arguant que le FCE n’est pas une formation syndicale. Il a, toutefois, apprécié le système de convention de branches qui permet, selon lui, à chaque entreprise de rémunérer ses travailleurs en fonction de sa marge bénéficiaire.

Pour rappel, M. Réda Hamiani a été élu le mois dernier président du FCE, une association de 160 entrepreneurs qui sont à la tête de 250 entreprises.