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    Compétitivité : l’Algérie dernière au Maghreb, septième en Afrique

    Samedi 16 juin 2007 -- Les pays maghrébins, Tunisie, Maroc, Mauritanie, Libye et Algérie, occupent 4 des 7 meilleures positions du classement 2007 des pays les plus compétitifs d’Afrique et qui passe au crible l’état de l’environnement économique de 29 pays africains contre 25 pays en 2004.

    Le nouveau rapport du World Economic Forum, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement a été rendu public mercredi dernier au Cap, en Afrique du Sud. La Tunisie arrive en tête des pays africains les plus compétitifs.

    Le rapport a été publié en prélude au World Economic Forum sur l’Afrique, qui s’est clôturé hier au Cap. L’Algérie occupe le 7e rang avec un score de 3,98 points, derrière la Libye 6e et 4 points, le Maroc 5e et 4,02 points, l’Egypte 4e et 4,09 points et la Mauritanie 3e et 4,22 points.

    L’Afrique du Sud occupe le deuxième rang avec 4,42 points, derrière la Tunisie, championne de la compétitivité et qui totalise 4,72 points. Dans le précédent rapport de 2004, où le Botswana détenait la palme – il dégringole au 8e rang en 2007 –, l’Algérie occupait le 11e rang, la Tunisie le 2e, l’Afrique du Sud le 3e, la Mauritanie le 4e, le Maroc le 8e, l’Egypte le 7e, alors que la Libye n’a pas été classée.

    Hormis le cas de ce pays dont la comparaison n’est pas possible pour absence dans le tableau de 2004, il est à remarquer que l’Algérie est le pays ayant le plus progressé parmi les pays occupant les 7 premiers rangs. Ainsi, de 2004 à 2007, l’Algérie a gagné 4 places, l’Egypte 3, le Maroc 2, la Tunisie, l’Afrique du Sud et la Mauritanie ont gagné chacune une place dans le classement.

    Les opérateurs économiques algériens interrogés avant la rédaction du rapport, citent comme problème majeurs à l’origine du manque de compétitivité les points suivants dans l’ordre : l’accès au financement des entreprises, la bureaucratie, les impôts et taxes, le manque d’infrastructures, la régulation du marché des changes, la formation inadéquate avec les besoins du monde du travail, l’instabilité politique… Parmi les points noirs cités dans le rapport, l’obtention d’une ligne téléphonique fixe demande 174,26 jours contre seulement 27,51 jours en moyenne pour les autres pays de la région.

    Il en est de même pour le branchement électrique où, selon le rapport, il faut 94,26 jours en Algérie contre seulement 27,28 jours pour les autres pays de la région. La lourdeur des formalités douanières est également mise en évidence.

    Le rapport révèle qu’il faut en moyenne 8,6 jours pour mener une exportation contre 4,32 pour les autres pays de la région. A l’import, la situation se dégrade : on compte une moyenne de 21,57 jours contre 10,4 jours pour les autres pays de la région.

    Sur le chapitre de la corruption, le score de l’Algérie est le triple de la moyenne de la région. Parmi les chefs d’entreprise sondés, 6,04 % avouent avoir payé des pots-de-vin contre 2,23 % pour les autres pays de la région. Les deux points positifs à l’actif de l’Algérie que cite le rapport et qui sont supérieurs aux résultats des autres pays sont la situation macroéconomique, la santé et l’éducation nationale.

    Les recettes de la compétitivité sont simples… Pour les experts de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, les entreprises africaines peuvent devenir beaucoup plus compétitives, à condition toutefois que les gouvernements africains et leurs partenaires internationaux améliorent l’accès au financement, reconstruisent les infrastructures et renforcent les institutions.

    La difficulté d’accéder aux services financiers constitue le principal obstacle à surmonter pour les entreprises africaines, mais les infrastructures déficientes, la corruption et la faiblesse des institutions nuisent également à la compétitivité des biens et services africains sur le marché mondial.

    Par ailleurs, le rapport souligne le nombre croissant de projets couronnés de succès dans cette région du monde et met en évidence les mesures que les pays peuvent prendre pour favoriser le développement des affaires. Il s’agit du premier rapport sur l’environnement conjoncturel des entreprises africaines qui rassemble les connaissances et l’expertise des trois organisations, marquant ainsi une nouvelle étape en termes de coopération dans le domaine de la recherche.

    Le rapport présente aussi une vision intégrée des défis politiques auxquels les nations africaines sont confrontées tandis qu’elles jettent les bases d’une croissance et d’une prospérité durables. Cinq thèmes à traiter en priorité Pour le Forum économique, 5 thèmes communs émergent de l’analyse du paysage de compétitivité en Afrique.

    Un cadre politique favorable est essentiel pour garantir un bon environnement économique. Le cadre politique est un facteur plus important que la géographie ou l’abondance de ressources naturelles. Les pays qui ont appliqué des politiques saines se classent mieux en termes de compétitivité et présentent une meilleure croissance et une meilleure productivité.

    L’accès au financement demeure un obstacle majeur pour les entreprises africaines. Par ailleurs, les améliorations dans le domaine juridique (collatéralisation, transparence et contrôle de meilleure qualité) constituent un pas indispensable afin de libérer le potentiel financier nécessaire pour alimenter la compétitivité en Afrique.

    L’infrastructure reste l’un des principaux problèmes pour les entreprises africaines. L’énergie et les transports sont les principaux obstacles à l’amélioration de la productivité et de la compétitivité en Afrique. Les coupures de courant et les retards de transport font perdre aux entreprises respectivement jusqu’à 8 % et 3 % des ventes.

    La corruption en Afrique reste un sérieux obstacle à l’amélioration de la productivité et de la compétitivité. Le paiement fréquent de pots-de-vin, l’application incohérente des lois, le temps passé à négocier avec les fonctionnaires et les faveurs politiques accordées à des groupes d’intérêt particuliers ont un impact considérable sur la productivité.

    Les exemples de réussites ne manquent pas dans la région. Le Global Competitiveness Index du World Economic Forum montre que la région et l’Afrique subsaharienne en particulier accusent du retard essentiellement dans le domaine des infrastructures et de l’enseignement de base.

    Pourtant, de nombreux pays font beaucoup mieux dans des domaines liés à la maîtrise technologique et à l’efficience. Il reste à trouver les moyens de promouvoir et d’étendre ces opportunités. «Le travail accompli par le World Economic Forum dans le domaine de la compétitivité permet de mieux comprendre les défis posés aux décideurs politiques et à la communauté internationale désireux d’apporter un soutien plus efficace à ces pays», a déclaré Klaus Schwab, président du World Economic Forum.

    «L’Afrique a toutes les cartes en main pour devenir un acteur beaucoup plus compétitif dans l’économie mondiale», a déclaré Obiageli Katryn Ezekwesili, vice-présidente de la Banque mondiale chargée de l’Afrique. «Cette étude montre que si plusieurs gouvernements ont amélioré de manière significative le climat des affaires dans leur pays, la région dans son ensemble a encore de gros efforts à fournir pour faire de l’Afrique un pôle de compétitivité pour les entreprises.

    Ces changements au niveau du climat économique, combinés avec un meilleur accès au financement et de nouveaux investissements dans le domaine des infrastructures, devraient permettre à l’Afrique de donner un coup de pouce à son développement, de créer des emplois et de réduire la pauvreté.» «La clé de l’avenir pour les économies africaines est le commerce et l’investissement et, partant, le climat des affaires.

    La Banque africaine de développement vise à agir comme un catalyseur pour améliorer le climat d’investissement et répondre à la demande dans le cadre de ses objectifs de développement. Dans cette optique, nous invitons les investisseurs à jeter un regard différent sur les opportunités qui s’offrent à eux dans les pays africains.

    J’applaudis les progrès tangibles réalisés dans les domaines juridique et institutionnel. Mais nous devons aujourd’hui nous attaquer avec détermination aux autres obstacles, physiques ceux-là, à savoir les infrastructures. Il est extrêmement clair aujourd’hui que la pénurie d’énergie, la mauvaise qualité des routes, la communication inadéquate entre les pays et les régions constituent un réel frein au développement du secteur privé et à la croissance économique.

    Plus particulièrement, les pénuries d’énergie menacent les réalisations économiques des six dernières années», a déclaré Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement. Cette année, le document passe en revue de nombreux aspects de l’environnement commercial africain et examine plusieurs éléments clés pour la prospérité des nations africaines.

    Il comporte notamment une évaluation détaillée des moteurs de productivité et de création d’emplois. On peut y trouver plus particulièrement le classement de 29 pays africains dans le Global Competitiveness Index, le climat de compétitivité et d’investissement dans les quatre plus grandes économies africaines (Afrique du Sud, Algérie, Nigeria et Egypte), l’effet des inégalités entre hommes et femmes sur l’emploi et la compétitivité, ainsi que le rôle des nouvelles technologies dans la dynamisation de l’environnement économique.


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    Jeudi 21 juin 2007 -- Notre économie est déclarée, solennellement, la moins compétitive du Maghreb. Ce n’est pourtant pas faute d’atouts mais faute, comme on dit du côté des gestionnaires, d’avantages compétitifs. Laissons donc de côté cette terrible manie que nous cultivons depuis quatre éternités et qui consiste à réduire de la gravité des choses lorsque cela ne nous arrange pas de présenter les choses comme elles sont, et admettons d’emblée que le classement du Forum économique mondial a une bonne dose de crédibilité.

    A l’ère de la mondialisation, les avantages compétitifs revêtent une grande importance tant au niveau microéconomique qu’à celui macroéconomique. Ils permettent parfois d’asseoir une longue et forte domination d’une économie ou d’une entreprise comme ils peuvent, en cas d’insuffisance ou d’absence, être à la base des problèmes les plus sérieux.

    Longtemps, les spécialistes du management ont considéré que les avantages compétitifs peuvent provenir des coûts, de la qualité du service, de l’organisation, de la flexibilité, de la valeur etc., mais ils ont fini par reconnaître, depuis la fin des années soixante-dix, que tous ces avantages, et malgré leur importance, sont caractérisés par une courte durée de vie, en ce sens qu’il devient nécessaire de les entretenir et de les renouveler à chaque mutation de l’environnement.

    De nos jours, et comme les changement environnementaux sont si fréquents et les mutations si profondes et rapides, il est devenu pratiquement difficile de compter sur ces avantages qui ne durent finalement que le temps de s’en rendre compte.

    Les seuls avantages compétitifs sont alors apparus comme étant ceux qui durent, c’est-à-dire qui peuvent résister aux rapides transformations du monde environnant. Pour ce faire, ces avantages doivent être durables et pas ou peu imitables.

    Or le seul facteur qui peut assurer cela, c’est, bien sûr, le facteur humain. Seule une capacité d’innovation peut procurer désormais à l’entreprise, comme à l’économie d’un pays, l’occasion de se démarquer, voire de dominer. Et il demeure entendu que plus cette capacité est grande, plus les avantages qu’elle procure sont durables et difficilement imitables.

    A la manière dont les ressources humaines ont été gérées chez nous et continuent à l’être jusqu’à ce jour, on comprend aisément pourquoi elles ne peuvent constituer un source d’innovation et encore moins un avantage compétitif en soi.

    Si l’on exclut un nombre très réduit d’entreprises privées émergentes sur le marché national, on peut affirmer, sans risque d’erreur, que depuis l’indépendance jusqu’à ce jour, la gestion des ressources humaines n’a jamais été menée correctement dans notre pays.

    C’est sans doute choquant mais telle est la réalité, une triste réalité qui nous est balancée aujourd’hui par notre classement en dernière position, derrière la Mauritanie et la Libye. Gérer les ressources humaines n’a jamais été autre chose qu’un pointage (lorsqu’il se fait d’ailleurs) d’un effectif, un remplissage des fiches de paie (lorsqu’elles existent), le versement d’un salaire trop administratif pour être équitable et la promotion automatique lorsqu’on s’en rappelle.

    Depuis la première phase jusqu’à la dernière, le processus de gestion des ressources humaines a toujours été un exercice routinier que mènent des chefs de services sans formation adéquate, de manière tout à fait aléatoire dans des espaces quelconques.

    L’offre d’un poste de travail n’a jamais découlé d’une description de poste comme cela devrait se faire en principe, tout simplement parce que nos entreprises ne disposent pas, pour la quasi-totalité, de description de postes, et nos gestionnaires des ressources humaines ne connaissaient, pour la plupart, même pas de quoi il y retourne, il y a encore quelques années à peine.

    Les profils ne sont pas correctement étudiés, les demandes d’emploi ne sont pas sérieusement prises en charge. Les concours de recrutement sont si opaques que cela donne le droit aux spéculations les plus septiques. La formation, et malgré les textes qui en fixent le quota dans la masse salariale, passe souvent pour une corvée à éviter, alors que les interventions et le clientélisme ont bien fini par achever le boulot de sape de nos ressources humaines.

    Les critères de sélection des candidats aux postes ne risquant pas d’être objectifs, il est alors permis d’avoir n’importe qui à n’importe quel poste. Non, ce ne sont pas les textes qui sont en cause, nous en avons eu parfois de bons, mais leur application par des individus arrivés eux-mêmes aux postes de manière fort douteuse, sans mérite ni formation les qualifiant et, d’un autre côté, l’absence de contrôle.

    La motivation des ressources humaines est presque inexistante chez nous, car rien n’est fait pour et ce n’est ni la prime de rendement individuel, plafonnée pour tous par esprit de solidarité sociale, ni la prime de rendement collectif, aussi plafonnée par irresponsabilité, qui contrediront cela.

    Lorsqu’une prime individuelle est généralisée, elle devient «populiste», démagogique et donc sans effet sur l’effort des individus qui savent que, quel que soit la sueur fournie, ils auront la même prime que tout le monde, sauf si le «chef» a une dent personnelle contre quelqu’un, comme c’est malheureusement souvent le cas.

    Mal encadrées, mal prises en charge, les ressources humaines chez nous n’ont jamais signifié autre chose qu’un effectif, un «personnel» comme on continue à les appeler encore aujourd’hui, sans importance particulière, alors que, ailleurs dans le monde, elles revêtent un caractère stratégique depuis une trentaine d’années.

    Aucune attention n’a jamais été accordée aux compétences, ni sur le plan de leur formation ni, encore moins, sur celui de leur maintien et de leur reproduction. La connaissance, source de toutes ces belles choses qui font la différence de nos jours, est ignorée totalement.

    Le clientélisme, le «charlatanisme gestionnel» et politique, et l’incompétence de beaucoup de managers ont conduit à l’ignorance du facteur humain dans la gestion de nos entreprises et de notre économie. Quelle compétitivité pouvions-nous avoir alors ? La bouche rivée au robinet du pétrole et l’esprit obsédé par celle du gaz, nous n’avons jamais pu nous rendre compte que la rente ne crée pas la richesse parce qu’elle n’est pas créatrice de valeur.

    Et puis, cherchions-nous réellement à le comprendre ? Notre école, condamnable à plus d’un égard, n’a pas fait autre chose que déformer. Aucune considération pour les aptitudes individuelles des enfants, aucun encouragement des mérites et aucune prise en charge des capacités particulières ne figurent dans la pédagogie en place depuis toujours.

    Le nivellement par le bas opéré par notre école s’est avéré destructeur des motivations et annihilant la compétitivité. A l’université, on n’est pas mieux. La recherche des notes et du passage automatique a fait oublier aux étudiants la recherche du savoir.

    Le manque de formation des enseignants eux-mêmes et la partialité imposée par le système en place se sont avérés destructeurs de l’esprit de compétitivité des étudiants. Or, ce sont ces élèves et ces étudiants qui fournissent le gros des ressources humaines et il est impossible d’en faire des compétences après en avoir fait, pendant une vie entière, des personnes désintéressées par le travail et méprisant l’effort.

    Mais, tout compte fait, et comme le fruit renseigne sur l’arbre qui l’a produit, l’école et l’université chez nous renseignent bien sur l’incapacité du système à générer des ressources humaines compétitives. Mal pensées et mal gérées, notre école et notre université ne pouvaient pas faire mieux.

    Victimes d’une série de réformes sans fondement et jamais menées à bout, elles sont plutôt à plaindre qu’à blâmer. Les effets de la mondialisation commencent à peine à se faire sentir que, déjà, et malgré l’embellie financière, nous sommes les derniers.

    Qu’adviendra-t-il de notre économie dans dix ans quand nous n’aurons plus les mêmes capacités de cacher notre nudité ? Elle est grave, très grave, notre situation sur le plan économique, comme sur les autres plans d’ailleurs ! Avoir l’esprit ailleurs que là où il faut nous a fait rater tous nos rendez-vous avec nous-mêmes.

    Ne penser qu’aux moyens de se faire élire pour une éternité, et telle a réellement été la préoccupation de ceux qui ont eu en charge le devenir du pays jusque-là, ne peut être un comportement générateur de compétitivité. Les replâtrages constatés à l’approche d’élections et les chantiers sans envergure, lancés en même temps que les campagnes électorales, ne résolvent pas nos problèmes.

    Pourtant, il ne faut pas sortir d’Harvard pour se rendre compte que le devenir d’une société est une affaire trop sérieuse pour être laissée au bricolage destructeur de ceux qui se croient aptes à tout faire, de la poésie à la politique en passant par l’anthropologie, l’économie, le droit et la médecine.

    Il y a trop de charlatans dans notre pays, et à tous les niveaux. Et peu de gens sont à leur place ! Y a-t-il encore de quoi s’étonner que nous soyons classés derrière tout le monde et derrière… nous-mêmes ?!


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