Mercredi 1 Juin 2011 -- Alger et Paris semblent, encore une fois, avoir enterré la hache de guerre, pragmatisme politique et nécessités économiques obligent. Dans les deux capitales, les feux sont au vert. Comme cela s’est déjà produit, maintes fois, les déclarations optimistes fusent, mais avec toujours, en toile de fond, cette crainte récurrente de voir surgir, inopinément, un malheureux grain de sable qui enrayera, encore, et une fois de plus, les engrenages et fera grincer des dents des deux côtés de la Méditerranée. Les intérêts économiques des deux pays peuvent être le fer de lance de cette entente, voire de cette amitié algéro‑française, tant souhaitée, tant attendue, à condition que, des deux côtés, l’on accepte de mettre quelques bémols aux susceptibilités, aux passions, aux rancunes. Un mariage de raison est souvent plus solide qu’un mariage d’amour. Car, en fait, il n’y a pas d’autre choix que d’opter pour les intérêts vitaux des deux pays, en mettant de côté tout ce qui peut leur nuire, et en laissant l’histoire, source de nombreux malentendus, aux historiens des deux pays qui doivent pouvoir travailler, ensemble et en toute indépendance, pour faire éclater la vérité.

Le Forum du partenariat algéro‑français, qui s’est achevé mardi 31 mai, a été l’occasion de déclarations dithyrambiques, comme seules les diplomates savent en faire. Ne vont‑ils pas les renier dans quelques années, voire quelques mois plus tard ? Que n’a‑t‑on entendu lors des visites des présidents français en Algérie, à commencer par Valéry Giscard d’Estaing, jusqu’à Nicolas Sarkozy ! Que n’a‑t‑on dit, lors des visites des présidents algériens, Chadli Bendjedid et Abdelaziz Bouteflika, à Paris ! Chaque fois, la presse et les responsables politiques avaient multiplié les démonstrations d’optimisme et même d’amitié. Mais à chaque petit écueil, on oubliait tout, pour ressortir les vieilles haines, les vieilles rancœurs. Les plus optimistes laissaient la porte ouverte, en parlant de «mésentente cordiale», estimant que ces turbulences entre les deux pays étaient comme une sorte de mal nécessaire avec lequel il faut savoir cohabiter. Les autres évoquaient, souvent avec délectation, un «choc des cultures», une incompatibilité quasi innée, impossible, selon eux à transcender.

Du côté algérien, les sujets qui fâchent et qu’on a mis de côté, comme d’habitude, sont nombreux : la repentance de la France pour les crimes de la colonisation dont le président Sarkozy ne veut pas entendre parler, les victimes des essais nucléaires français au Sahara que les autorités françaises semblent ignorer, la libre circulation des personnes, en termes plus prosaïques la question des visas, remise aux calendes grecques. Côté français, la mise sur le devant de la scène, d’une manière récurrente, de l’affaire des moines de Tibéhirine, est un sujet d’irritation pour Alger. La position ambigüe de Paris, plutôt favorable au Maroc, sur la question du Sahara occidental, n’est pas bien perçue par les autorités algériennes, comme les déclarations sur les harkis. En outre, les sorties intempestives de l’actuel ministre français de l’Intérieur, Claude Guéant, qui semble s’ingénier à dépasser son prédécesseur, Brice Hortefeux, ne peuvent qu’inquiéter notre communauté émigrée pour laquelle l’État algérien ne peut que prendre fait et cause. Les sujets qui éloignent semblent être plus nombreux que ceux qui rapprochent, mais tout dépend du regard que l’on porte sur eux et de la hauteur avec laquelle on les observe. C’est là toute la difficulté de relations dans lesquelles la passion occupe encore un grand espace.