Lundi 23 juillet 2007 -- La gouvernance d'entreprise est un concept peu connu dans le monde des affaires algérien, puisqu' une bonne partie des entreprises privées algériennes ont un caractère familial marqué généralement par l'absence de conseil d'administration, échappant à tout contrôle, ce qui fait qu'elles sont, d'ailleurs, loin de répondre aux normes internationales de bonne gouvernance.

Cette situation trouve son origine dans plusieurs critères, notamment la «timide ouverture du marché local», a expliqué l'ex-ministre des Finances, M. Abdelatif Benachenhou, la semaine dernière, lors de son intervention au cours d'une conférence initiée par le Cercle de réflexion autour de l'entreprise (CARE) et le Forum des chefs d'entreprise (FCE). D'après l'intervenant, la en stratégie organisationnelle algérienne «en est toujours au stade de la réflexion. Le secteur privé est dans sa phase initiale», puisqu'il «n'existe pas de façon homogène», a expliqué l'ex-ministre, en précisant qu'«il faut noter que les chefs d'entreprise ne se ressemblent pas». Certains ont pris les choses en main et essayent d'avancer même si les résultats ne sont pas tout à fait constatés sur le terrain, puisqu'il s'agit d'un travail de longue haleine qui peut durer, parfois, toute une décennie.

Lors de son intervention, M. Benachenhou a rappelé l'évolution du secteur privé algérien. Celui-ci a connu quatre phases selon la lecture de l'ex-ministre : «l'époque des enfants de Novembre, suivie de celles des enfants du secteur public, des enfants des immigrés et, enfin, l'arrivée des enfants gâtés de l'ouverture des années (1992 à 2000)». Le changement ou la succession des générations n'a pas beaucoup changé l'environnement économique qui demeure «très méfiant vis-à-vis des services des impôts», estime l'intervenant.

Cette triste réalité n'est que le résultat d'une situation anarchique qui a favorisé le développement de l'informel d'une manière flagrante au moment où «l'Etat fait des prélèvements obligatoires sur les entreprises».

La contrefaçon est la goutte qui a fait déborder le vase. Ce phénomène a réussi à se positionner sur le marché local, touchant à tous les secteurs, même ceux qui concernent la santé publique. A ce sujet, les spécialistes réclament haut et fort l'intervention de la justice : «Il est temps que l'Etat révise l'évaluation du commerce extérieur», soutient-il.

Pour ce faire, l'administration doit se mettre à niveau, chose qui ne peut se faire actuellement «tant que la pauvreté salariale stagne à l'état dans lequel elle se trouve», souligne l'intervenant, qui afin d'appuyer ses analyses indique que «le salaire d'un ingénieur en informatique employé dans le secteur étatique des finances est nettement inférieur à celui qui travaille dans une boîte privée nationale ou étrangère». M. Benachenhou s'est attardé sur ce point, il a terminé en disant que «cette journée n'est pas consacrée à la mise à niveau de l'administration, invitez-moi à de telles rencontres j'ai beaucoup de chose à dire», a-t-il renchéri.

Pour sa part, le président du FCE, M. Reda Hamiani, propose «la recherche d'un consensus entre l'actionnaire, celui qui gère et celui qui contrôle». Le modèle de la bonne gouvernance exige, d'après le président du FCE, «une séparation entre ces trois acteurs principaux, car les actionnaires ne sont pas forcément les mieux placés pour gérer l'entreprise. Ils doivent s'organiser en conseil d'administration alors que le management doit être confié à des professionnels».

Il précise que «la bonne gouvernance exige également, de l'avis de tous, la mise en place d'un système de contrôle [audit interne] de la gestion». Dans le but de mettre fin à cette situation qui ne cesse de porter préjudice au secteur privé algérien, les chefs d'entreprise ont opté pour l'élaboration d'un code de bonne gouvernance d'entreprise, une sorte de charte de l'éthique et de la déontologie dans la gestion économique, capable d'être cet outil essentiel pour améliorer les pratiques de la gouvernance au sein de l'entreprise.

Ce code doit, a soutenu l'économiste et ancien responsable politique, M. Ahmed Benbitour, être précédé d'un «consensus national de bonnes pratiques» dans la gestion des entreprises, qui soit le fruit «d'un partenariat entre le gouvernement et les entreprises». Dans le même ordre d'idées, M. Benachenhou a expliqué qu'«il est grand temps de faire une évaluation sur les effets de cette ouverture aussi bien sur la croissance que sur le marché local ou encore sur la balance commerciale du pays». Abordant le sujet relatif à l'assainissement de l'environnement externe, Benachenhou a estimé qu'il «doit se faire aussi par une baisse de la pression fiscale, qui est une façon aussi de lutter contre le marché informel». Dans la même optique, le directeur général des impôts, M. Abderahmane Raouya, a souligné qu'«il n'y a pas de pression fiscale mais plutôt un problème de recouvrement des impôts et d'évasion fiscale à combattre».