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Thread: Adieu Districh

  1. #1
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    Adieu Districh


    Mercredi 26 Décembre 2007 -- La direction générale de Districh, distributeur public de la chaussure et de la maroquinerie, a décidé, avant-hier, d’une indemnité de l’ordre de 30 mois de salaire plus 25 % de cette somme en contrepartie du départ volontaire de ses 300 travailleurs. Ces derniers rejettent catégoriquement cette décision puisque personne ne veut partir selon leurs représentants. En d’autres termes, c’est un départ forcé entraîné par la fermeture «injuste» des magasins de cette société.

    «La direction générale a pris unilatéralement une décision portant le départ volontaire de tous les travailleurs. Autrement dit, l’Etat nous a forcés à partir par la fermeture pure et simple de notre société et ce, en contrepartie d’une indemnité de misère. En réalité, personne ne veut partir. Comment se fait-il qu’ils le qualifient de départ volontaire ? Toutes nos revendications sont restées lettres mortes. Personnellement, je n’irai nulle part. Coûte que coûte, je reste ici ! Qu’est ce que je peux faire pour nourrir mes enfants ?»

    Voici les propos d’un vendeur de Districh, abordé dans l’un des 6 magasins de ce distributeur de la chaussure et de la maroquinerie, implantés à travers la ville de Constantine. Une position partagée par ses collègues qui craignent la misère suite à cette décision qui concerne plus de 300 travailleurs à l’échelle nationale, lesquels gèrent une chaîne de 120 magasins.

    Le gérant de ce magasin a précisé que la direction de cette société a calculé l’indemnisation sur la base de 15 années de travail. C’est-à-dire, explique-il, le salaire de poste de 30 mois plus 25 % de cette somme. A titre d’exemple, le vendeur dont le salaire de poste ne dépasse pas les 12 000 DA, touchera une indemnité d’environ 450 000 DA. «Le net que je perçois est de l’ordre de 15 000 DA après 30 ans de service. Je suis père de 5 enfants. J’arrive, en tout cas, à me débrouiller avec ce salaire de misère mais, que puis-je faire pour les nourrir après ce 31 décembre en tant que chômeur ? Je tends ma main pour leur assurer le pain ? D’ailleurs, que peut m’apporter cette somme de 45 millions de centimes ?» s’interrogera un autre vendeur du même magasin.

    Ces jours-ci, ces vendeurs continuent de liquider les anciens stocks parce que, la direction de cette société a cessé, soulignent-ils, en juin dernier d’approvisionner les magasins en marchandises. Ils avoueront, par ailleurs, qu’ils continuent, heureusement, de recevoir leurs salaires quoiqu’ils souffrent des perturbations dans les virements. Ils reconnaîtront également que le chiffre d’affaire de cette chaîne a enregistré, lors des dernières années, des reculs en raison de la concurrence de la filière chinoise. Cependant, ils affirment que Districh a récupéré beaucoup de ses clients, outrés par la mauvaise qualité des produits made in China et que leur société «peut reconquérir ses parts dans le marché algérien si ce n’est cette volonté à fermer les magasins».

    En fait, les travailleurs revendiquent la cession des biens de la société en leur faveur ou une indemnisation respectable. «Nos magasins sont bien placés à travers toutes les villes et sont d’une valeur très enviable. Le magasin d’en face, qui est à peu près similaire au nôtre, est loué à hauteur de 30 millions de centimes par mois. Notre magasin vaut plus de 10 milliards de centimes (100 m2, deux niveaux et en plein centre-ville) et cette somme peut dédommager gracieusement tous les travailleurs de l’unité de Constantine» se plaint un vendeur avant de préciser que les travailleurs réclament une indemnité de 300 millions de centimes.

    Il est à rappeler que cette chaîne de distribution a été créée juste après l’indépendance en vertu de la nationalisation des magasins André et Bata. Ces magasins ont gardé leur vocation dans le cadre de l’entreprise publique de production et de commercialisation de la chaussure et de la maroquinerie (SONIPEC) qui a été fractionnée en trois entités dans le cadre des restructurations des entreprises publiques dans les années 1980 à savoir, l’EMAC (manufacture des chaussures), l’ENIPEC et SOCOP (traitement des peaux et manufacture de la maroquinerie) et Districh (distribution de la chaussure et de la maroquinerie). Cette dernière vient donc de boucler la liste des filières dissoutes de SONIPEC.

  2. #2
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  3. #3
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    Lundi 21 Janvier 2008 -- La direction générale de l’EN Districh, société issue de la restructuration de la Sonipec, semblait faire preuve de fermeté dans les différentes correspondances qu’elle a adressées aux unités commerciales réparties sur le territoire.

    Ses responsables au sommet sont eux-mêmes instruits par une SGP «irréductible» sur son intention de mettre en liquidation une entreprise, en mettant hors de circuit dès le mois de juillet 2006 ses unités de production d’abord, dont celles de N’gaous (Batna) et de Tébessa et ses magasins commerciaux pour cause… de tarissement de produits. Difficile de saisir dans ce cas-là la logique de réflexion des pilotes de l’opération et, plus particulièrement, des responsables centraux qui coupent les vivres à des travailleurs même si leur intention était de laisser à ces derniers le temps de liquider les stocks disponibles aussi bien sur place que dans les défuntes unités de production.

    Cela n’a, toutefois, pas empêché les gestionnaires de magasins commerciaux régionaux de faire preuve d’initiatives et d’alimenter le circuit auprès des fournisseurs privés, en ce sens qu’il fallait bien pour ces derniers assurer les salaires au minimum du personnel dépendant de la structure, payer les loyers (certains locaux appartiennent à l’OPGI), les charges sociales et fiscales et, éventuellement, dégager une plus-value dont profiterait la direction administrative régionale qui n’en demeurait pas moins l’un des maillons de la hiérarchie même si son rôle était, depuis ces deux dernières années, complexe à préciser.

    Autant l’opération de liquidation du secteur a été étalée dans le temps, autant elle souffre de l’absence quasi totale d’un timing qui aurait eu du mérite à «boucler» un dossier d’une manière professionnelle.

    Néanmoins, les liquidateurs, pour ce faire, ne semblent pas empreints de la sincérité requise dans pareil cas de figure en préférant les atermoiements au pragmatisme ou à la prise de responsabilité, au moment où les plus hautes institutions de l’Etat ont fait preuve de la plus grande transparence dans leur décision de se délester pour des raisons évidentes de dysfonctionnement, voire d’anachronisme d’un grand pan de l’industrie nationale, en mettant en place le cadre réglementaire idoine.

    Ainsi, il a été retenu comme compensation financière des travailleurs mis au chômage le principe, au regard d’accords conclus dans la convention de branche, du versement de deux mois de salaire pour une année travaillée dans la limite de 15 ans. En «bon prince», la direction générale de Districh ajoutera, selon les termes de la correspondance n°597 adressée le 29-10-07 au conseil syndical de l’entreprise, «une indemnité complémentaire de 10% à l’ensemble des travailleurs», en invitant le partenaire social «à se prononcer définitivement sur cette dernière option».

    Or, auparavant, le même conseil syndical avait exigé comme tribut à la liquidation de l’entreprise et la mise au chômage des travailleurs «la rétrocession des magasins au profit de ces derniers. A défaut, une revalorisation conséquente du montant de l’indemnisation [estimée par le collectif de la wilaya de Constantine à 3 millions de dinars par agent sans exclusive en matière de grade et d’ancienneté]».

    Ladite proposition a été forcément évacuée du revers de la main par la DG, le groupe et la SGP au motif que «les locaux relèvent de l’autorité des Domaines. S’agissant de l’indemnisation conséquente, la situation juridico-comptable de l’entreprise [actifs inférieurs à l’endettement] et la situation comptable des magasins dans leur majorité enregistrant des arriérés de loyers assez importants… ne permettent pas une telle opération». Et, en guise de réponse à la DG, le collectif des travailleurs de Constantine, réuni en assemblée générale le 19 novembre 2007, s’est arc-bouté sur la revendication portant «rétrocession des magasins… sinon indemnisation à hauteur de 3 millions de dinars».

    Une réaction peu susceptible d’être infléchie même «si le directeur général et le secrétaire du conseil syndical en déplacement à cette date à Constantine pour assister à l’AG ont tout fait pour diviser les travailleurs», estime A. Reghada, SG du syndicat local.

    Selon celui-ci, «il avait été convenu avec la direction générale que l’AG devait se tenir au sein de l’unité d’El Aria. Or, à la dernière minute, les deux émissaires décideront d’autorité de délocaliser cette rencontre au profit de l’entrepôt de stockage de Bardo, alors que toutes les dispositions matérielles et organiques avaient été prises pour le premier lieu».

    Du coup, le flou a été entretenu sur la finalité de l’opération de liquidation, et, vingt jours après la date butoir de fermeture, les magasins sont toujours ouverts. Toutefois, ce calme «est trop précaire à nos yeux et il semble indiquer que quelque chose de plus inquiétant se prépare».

    Un cadre local suppute sur «une opération impromptue d’évacuation par la force publique et en présence d’huissier de justice… comme cela s’est passé au cours d’une situation identique à la nôtre». Effectivement, durant le printemps 2007, les travailleurs de l’ex-EDIED, activant en qualité de société de salariés, ont été évacués manu militari. Leurs produits électroménagers (et même celui de la clientèle déposé en réparation) et le matériel administratif ont été jetés à la rue.

  4. #4
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    Mercredi 23 janvier 2008 -- La situation des travailleurs des deux entreprises nationales Enaditex et Districh, dont la cessation d'activités devait intervenir le 1er janvier en cours, demeure encore floue, du moins au niveau des directions régionales de l'Est.

    En ce qui concerne la première entreprise, Enaditex, les travailleurs de la direction régionale Est, qui compte 13 points de vente et des dépôts dans trois wilayas et 80 employés, sont dans l'attente de la date du 28 janvier, où devront se réunir leurs représentants syndicaux avec les responsables du groupe Textile Manufacturing Company (Texmaco). Et c'est à l'issue de cette rencontre que devraient être connues les dispositions prises quant à la fermeture des unités et au devenir des travailleurs. Pour le moment, les points de vente sont ouverts et activent normalement, mais on sent nettement chez les travailleurs la fébrilité et l'angoisse de l'attente.

    Pour les 92 travailleurs de l'unité Districh de l'Est, qui se trouvent dans la même situation que leurs collègues de l'Enaditex, le processus de cessation d'activité vient de connaître un coup d'accélérateur avec la note adressée le 19 janvier par la direction régionale Est aux responsables des magasins de vente directe, leur demandant d'appliquer, à compter de cette date, une réduction de 40% sur le prix de chaque article vendu « pour permettre d'augmenter les recettes des magasins », selon les termes de la note. Cette décision a provoqué la stupeur et l'effroi parmi les travailleurs et les gérants des magasins, qui y ont vu un moyen détourné d'accélérer la liquidation de l'entreprise par le bradage des stocks de produits finis.

    Rencontrés au grand magasin de la rue Bouderbala (ex-Petit), les gestionnaires de magasins et les travailleurs, qui avaient reçu la visite de leurs collègues de l'Enaditex, nous ont affirmé avoir adressé des pétitions, par le biais d'un huissier de justice, à la SGP, au Groupe et à la DG « pour les informer de notre intention de ne pas quitter les magasins qui constituent notre seul gagne-pain, en demandant la cession de ces locaux à leurs travailleurs conformément aux lois de la République. Mais à ce jour, nous n'avons pas obtenu de réponse».

    Selon M. Reghada, secrétaire général de la section syndicale, «cette mesure de bradage des stocks sera suivie par la libération, par petits groupes, des travailleurs », opération qui débutera, selon lui, dès la fin de ce mois de janvier. Aussi, une fois que les locaux seront vides, ils seront fermés pour faciliter leur vente.

    Solidaires, les travailleurs et la section syndicale s'opposent à cette formule et affirment s'en tenir aux accords conclus par les représentants des travailleurs des trois régions du pays avec la direction générale le 8 décembre de l'année passée, ainsi qu'à leur plate-forme de revendications demandant la cession des locaux au profit des travailleurs, comme le stipule la loi, le refus du départ volontaire, sinon le relèvement de la prime de départ à 3 millions de dinars pour chaque postulant. Enfin, ils ont réitéré leur demande de constitution d'une commission d'enquête sur l'argent et le patrimoine des oeuvres sociales de l'entreprise.

    Interrogé, Reghada Abdelkrim a déclaré que «pour le moment, il n'y a aucun document officiel qui porte sur la fermeture de l'entreprise. On ne parle que de cessation d'activité. C'est pourquoi la situation que nous vivons aujourd'hui est des plus floue. Si le syndicat d'entreprise, de connivence avec les organismes de tutelle, paraît être engagé dans le processus de liquidation en signant un protocole d'accord avec le groupe et la DG, dont nous n'avons pas été informés du contenu, nous, en tant que représentants syndicaux de base, nous sommes entièrement solidaires avec les travailleurs et autant qu'eux consternés par cette décision de bradage des stocks par l'application d'un rabais de 4O% sur les produits, alors que ces derniers, très prisés par la clientèle, se vendent bien à leur prix normal. Nous nous opposons également au projet de libération des travailleurs par petits groupes et exigeons une décision officielle de fermeture ».

  5. #5
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    Dimanche 27 janvier 2008 -- Inquiets et désorientés devant le flou persistant à propos de leur avenir, celui de l'entreprise et, surtout, la perception de leurs indemnités de départ, les travailleurs et gestionnaires des magasins Districh de Constantine ont fermé boutique, samedi matin, et se sont rassemblés devant leur direction régionale au quartier du Bardo. Cette action a été déclenchée spontanément, disent-ils, et dans un élan de solidarité avec leurs camarades des unités de la région Est, au nombre de onze, qui ont reçu, mercredi dernier, une note signée par le directeur régional leur demandant de procéder aux inventaires le jeudi dans l'après-midi, de cesser les ventes et d'emballer le restant des produits non vendus, et pour demander aussi des explications quant à leur devenir et celui des travailleurs des onze unités de distribution situées à Annaba (2), El-Eulma, Chelghoum Laïd, Batna, Souk Ahras, Khroub, Jijel, Constantine (1) et Skikda (2) qui seront probablement libérés cette semaine. La note n°8 de la direction régionale, dont nous détenons une copie, ne parle pas explicitement de fermeture et de libération des travailleurs, mais indique aux gérants des magasins que «le programme de transfert» leur sera communiqué le 26 Janvier 2008.

    Cette ambiguïté a été relevée par le secrétaire général de la section syndicale près la direction régionale Est, M. Reghada Abdelkrim, lequel a tenu à affirmer que «les travailleurs ont le droit d'exiger des explications, surtout quand il s'agit de leur devenir et de leurs droits. Les pouvoirs publics ont décidé la «cessation de l'activité» et le «démantèlement de Districh ainsi que la libération de son personnel, soit ! Mais où sont les indemnisations promises dans le protocole d'accord signé entre le syndicat d'entreprise et la SGP ? Depuis le début de l'année, les travailleurs et le syndicat évoluent dans un flou total et sont privés de toute information au sujet de l'application de ce protocole d'accord. Nous sommes venus à la direction régionale pour essayer de nous enquérir de nos droits, mais nous avons été accueillis par des insultes et des grossièretés. Nous allons d'ailleurs, de ce pas, porter plainte contre l'auteur de ce comportement indigne d'un responsable !». D'autre part, affirme le représentant des travailleurs, le syndicat se positionne fermement contre la décision de libérer les travailleurs par «petits groupes» comme il a été décidé par la hiérarchie. «Ou nous sortons tous ensemble, ou nous ne sortirons pas ! Nous allons observer une grève illimitée et des sit-in devant les magasins fermés jusqu'à obtention de nos droits à l'indemnisation tels qu'ils ont été consignés dans le protocole d'accord !».

    Rencontré sur les lieux, le directeur régional de Districh, M. Y. Abdoun, s'est abstenu de toute déclaration et quand nous avons insisté, il nous a opposé un ferme « Pas de commentaire !».

    Pour rappel, le processus de démantèlement de Districh était entré dans sa phase finale après la décision prise par la SGP «Industries Manufacturière et le Groupe Leather Industrie» de fixer l'échéance du 31 décembre 2007 pour la cessation de toute activité de l'entreprise, «sans tenir compte de l'avis des gestionnaires et du partenaire social», selon le syndicat UGTA et le comité de participation (cf. Quotidien d'Oran du 24 janvier 2007). Tout dernièrement, et à leur grande stupéfaction, les gestionnaires des magasins de la région Est ont reçu une note de la direction régionale leur demandant d'appliquer un abattement de 4O % sur les prix des produits pour liquider les stocks et accélérer l'opération de fermeture des unités.

    La décision prise le 23 janvier par la direction régionale, vient en droite ligne parachever l'opération de démantèlement qui vient de toucher les onze magasins de l'Est en attendant, sûrement, le tour des huit autres unités situées à Constantine(4), Annaba (2), Sétif et Guelma.

  6. #6
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    Mardi 29 janvier 2008 -- La Tribune se faisait, il y a une semaine, l’écho de l’inquiétude des travailleurs de Districh à Constantine. Au cours du deuxième semestre, le collectif des travailleurs répartis sur le territoire national était informé de la fermeture imminente des magasins de vente, seuls vestiges encore debout après le démantèlement, une année auparavant, des unités de production de ce qui fut, durant plus de deux décennies, une entreprise «florissante».

    Pour rappel, la direction générale, instruite par sa hiérarchie, avait informé le conseil syndical de l’entreprise de la mise en application d’une procédure de mise en chômage forcée des travailleurs encore en activité à hauteur des magasins de vente qui constitueraient pour l’entreprise une très importante charge pour une activité loin d’être rentable et qui était totalement anachronique compte tenu de l’arrêt de la production.

    Effectivement, une fois les stocks écoulés et en raison du tarissement de la source originelle d’approvisionnement, les travailleurs, devant les atermoiements de la direction de l’entreprise, n’ont eu d’autre alternative que de prendre des initiatives en alimentant les magasins auprès des fabricants du secteur privé.

    Une solution sans doute louable pour les concernés mais enrobée, au détriment de la clientèle restée fidèle eu égard à la qualité des produits jusque-là vendus, d’une tromperie sur la marchandise, en ce sens qu’il ne s’agissait plus du label Districh, lequel, est-il besoin de le confirmer, était d’une grande qualité.

    S’agissant des mesures compensatoires à la cessation d’activité, la direction générale avait fait part au partenaire social de sa décision d’indemniser à hauteur de deux mois de salaire pour une année travaillée et cotisée et ce, jusqu’à concurrence de 15 ans. Cette mesure a été accompagnée d’un complément d’indemnisation de 10% sur le capital obtenu par chaque travailleur. Toutefois, le collectif des agents encore en poste y a affiché une fin de non-recevoir, proposant à son tour «la cession des magasins et leur gestion par une société de salariés», à l’image de ce qui s’est fait dans les ex-Edipal, SAA, Edied, etc.

    Une proposition forcément évacuée du revers de la main par la SGP au motif qu’elle ne peut décider de l’affectation ou de la cession de magasins qui ne lui appartiennent pas et ce, pour la simple raison qu’ils relèvent des services des domaines. Revenant à la charge, le collectif considère que «l’autre moyen consisterait à octroyer la somme de trois millions de dinars à chaque travailleur sans exclusive», autrement dit sans tenir compte des qualifications et grade du travailleur concerné. Et là encore, la hiérarchie ne pouvait qu’y opposer son refus au motif qu’il était hors de question de se mettre en porte-à-faux d’une réglementation, elle, très explicite.

    La situation a, par voie de conséquence, évolué à partir de samedi dernier. Les agents de Districh décidant de baisser rideau à titre de solidarité avec leurs collègues des autres structures sommées de cesser toute activité, de procéder aux inventaires et d’emballer la marchandise existante. Par la voix du secrétaire général de la section syndicale, les travailleurs affirment ne pas quitter les lieux «isolément» reprochant à la direction générale de fragmenter les fermetures pour diluer l’impact de la mesure et édulcorer une éventuelle réaction hostile.

    D’où l’appel de ces mêmes travailleurs à l’application d’«une mesure de fermeture générale et non pas perlée». Une réaction pour le moins paradoxale qui vise, sans qu’il soit dit clairement, à opposer un quelconque traitement de faveur aux membres du conseil syndical de l’entreprise, qualifiés de «renégats».

    En tout état de cause, il est pratiquement certain que les magasins seront fermés et toute forme de résistance de travailleurs ne servirait à rien. Bien d’autres sociétés à Constantine, sed lex dura lex, ont été évacuées par la force publique au cours de l’année écoulée. Force restant à la loi. Il n’empêche qu’avec la fermeture des magasins Districh, c’est toute une époque du «porter de la chaussure de qualité et à des prix dérisoires» qui prend fin.

  7. #7
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    Dimanche 3 février 2008 -- «C’est une catastrophe. Ils ont tout privatisé et il n’y a plus de social», se lamente M. Daoudi Rabah, un sexagénaire, client du magasin Districh sis au 31 rue Larbi Ben M’hidi, venu acheter ce qui pourrait être la dernière paire de chaussures de la marque pour son enfant. La raison de cet apitoiement réside dans le fait que les points de vente de Districh ferment à tour de rôle. Cette liquidation qui ne veut pas dire son nom, puisque de l’aveu de M. Maroc Mohamed, chef de l’agence de distribution de la même marque située à Hussein Dey, «le mot liquidation n’a pas été prononcé. Officiellement, l’entreprise est en cessation d’activité» décidée depuis le 15 septembre 2007.

    Revenant sur les différentes étapes de la «catastrophe», M. Maroc, pour qui la liquidation était prévue depuis longtemps, raconte : «Depuis 2006, les usines qui alimentaient les points de vente ont été fermées, à l’image de celles de Mascara, de Frenda, de Sidi Bel Abbès, de Kherrata.» De ce fait, pour approvisionner les points de vente, les gérants ont eu recours à l’achat de produits chinois affin de pouvoir payer les salaires des employés. «De là a commencé la chute libre des points de vente. Car Districh est un label de qualité en lequel le citoyen avait confiance», explique M. Bouguerche Ali, chef de l’agence Alger 11, sise au 14 rue Larbi Ben M’hidi. Mais, malgré cela, le chef d’agence explique que, du moins à son niveau, le magasin ne connaît pas de difficultés financières. «Nous faisons 20 millions de centimes de recette par jour. Ce mois, nous avons fait 40 millions de centimes de chiffre d’affaires. Et on a un stock de marchandise de 140 millions de centimes.» Et de poursuivre : «Vous savez, on achète des chaussures à 400 DA et nous les revendons à 750 DA. C’est presque du 100% de bénéfice. Et, avec cela, nous n’arrivons pas à faire face à la forte demande», affirme-t-il en guise d’argumentation pour exprimer son incompréhension face à la décision de fermeture.

    Une incompréhension qui se mêle au désarroi. «Qu’allons-nous faire ? J’ai donné ma jeunesse à Districh [29 ans de service]. Aujourd’hui, j’ai 49 ans, que vais-je faire de mes cinq enfants ?» Une interrogation et des inquiétudes partagées par tous les travailleurs concernés. «Déjà que nous sommes faiblement rémunérés, cette décision nous lamine. D’ailleurs, deux travailleurs qui, comme moi, ont l’entreprise dans le sang, choqués par la nouvelle sont hospitalisés.»

    Pour revenir à la genèse de l’affaire, il faut savoir que, depuis juillet 2006, selon M. Maroc, l’approvisionnement des points de vente de la marque a été arrêté sauf pour les commandes et les consignations. Le début de la liquidation de ces points de vente date de la première quinzaine du mois de janvier dernier. Depuis, 11 magasins sur 60 ont fermé, dont ceux d’Alger I, d’El Harrach, de Zéralda, de Chlef et de Bab El Oued. «Liquide la marchandise et prends ton chèque. C’est la décision qui nous a été imposée par la SGP des industries manufacturières.» La sentence est tombée, selon M. Maroc, malgré les interventions du syndicat des travailleurs de Districh.

    Ce dernier, dans une lettre adressée au directeur général du groupe Leather Industrie duquel dépend la marque et datée du 5 novembre 2007, en réponse à la décision de cessation d’activité de l’entreprise, propose des solutions de sortie de crise sans devoir recourir à cette liquidation. «C’est vrai que l’entreprise connaît des difficultés, à l’instar de beaucoup de sociétés nationales, mais nous avons émis des propositions qui n’ont pas été prises en considération. On a même remis une lettre au conseiller du président de la République il y a deux mois. Mais nous n’avons reçu aucune réponse», affirme le syndicaliste.

    Les propositions émises par le conseil syndical et le comité de participation de Districh portent sur 4 points, à savoir la réorganisation de l’entreprise en vue de son maintien, estimant que les problèmes rencontrés sont d’ordre organisationnel et de gestion, l’application des dispositions relatives à la privatisation des entreprises contenues dans la résolution n°08/2004 du CPE et du décret exécutif n°01-353 définissant les conditions et les modalités de reprise d’une EPE par les salariés et la cession des magasins en gérance libre ainsi que l’octroi d’une indemnité conséquente à même de réparer le préjudice de la perte d’un emploi. N’ayant toujours pas reçu de réponse concernant ces points de la part de la SGP industries manufacturières et du groupe Leather Industrie, les travailleurs de Districh se sont trouvés devant l’obligation de se conformer à l’ordre de liquidation de peur de ne pas recevoir leur indemnité fixée à 30 mois de salaire, plus 10% versés par l’Etat, soit une bagatelle de 300 000 à 500 000 DA.

    Rappelons qu’en 2006 la gérance d’une centaine de points de vente de la marque a été cédée aux travailleurs. «C’est ce que nous demandons pour la soixantaine qui restent», explique M. Maroc. Mais devant la fin de non-recevoir du SGP et des Holding, les 350 employés de Districh voient leur nombre diminuer de jour en jour.

    Une question reste toutefois posée par les gérants de ces points de distribution : que deviendront les locaux, sachant que ces derniers sont la propriété des OPGI et des APC ? «J’ai vu le passage de plusieurs hommes et femmes d’affaires qui sont déjà venus mesurer la surface de mon magasin. J’ai compris que les dés étaient jetés et le sort scellé», raconte M. Bouguerche. «Vu que les magasins Districh vont fermer, nous serons obligés de recourir à la chaussure chinoise, même si celle-ci provoque de l’eczéma et des champignons. J’ai même une collègue dont le pied a été touché par une gangrène», explique une cliente.

    Pour les amateurs, les points de vente Districh liquident leurs marchandises. Tous les produits sont cédés avec 40% de réduction sur le prix de vente.

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