Jeudi 2 Juin 2011 -- Le troisième Salon algérien de l’exportation (Djazair Export) s’ouvre ce jeudi 2 juin et se tiendra jusqu’au 5 juin. Mais pour les entreprises algériennes, les années se suivent et se ressemblent. Les exportations hors hydrocarbures restent plombées à moins de 2% des ventes globales à l’étranger. Pourquoi ? «C’est simple : en dehors de la vente du pétrole et du gaz, on ne sait rien faire. Il suffit de faire attention dans les magasins et on remarque que mêmes les cure‑dents sont importés de Chine», résume un responsable dans une entreprise privée. Les produits agricoles et manufacturiers algériens sont quasiment absents des marchés européens, américains et asiatiques. Pourtant, l’Algérie était un grand pays exportateur du temps de la colonisation. Les céréales, les vins et les légumes algériens étaient disponibles en quantité sur les marchés étrangers, notamment en France. Mais depuis l’indépendance, l’Algérie s’est petit à petit transformée en un grand pays importateur, délaissant l’exportation. «Les administrations, les ports et aéroports sont habitués à recevoir de la marchandise de l’étranger mais pas à en exporter. Nous avons une tradition d’importation et cela pose des problèmes», explique le même responsable.

Les obstacles de la Banque d’Algérie

En plus du manque de savoir‑faire, les rares entreprises algériennes capables d’exporter se heurtent à de nombreux obstacles administratifs. Notamment la réglementation de contrôle de change de la Banque d’Algérie. «Elle est trop rigide. La Banque d’Algérie exige le rapatriement des devises dans un délai de 120 jours. Passé ce délai, vous risquez la prison», explique un banquier. Un délai trop court quand on connaît les conditions de paiement entre entreprises. Des pays comme la Chine, l’Allemagne ou la France accordent à leurs entreprises exportatrices des délais de rapatriement largement supérieurs. «Pour 200 euros de découvert sur un compte en devises, après une opération d’exportation, le banquier risque des poursuites judiciaires et la prison. Il y a eu des cas de chefs d’agence bancaire jetés en prison à cause de ce problème de rapatriement. Ni les banquiers, ni les entreprises n’ont vraiment envie d’exporter», ajoute‑t‑il. Autre obstacle de taille, la Banque d’Algérie n’autorise pas de remises de prix aux clients étrangers, après la facturation. Une telle remise est assimilée à un défaut de rapatriement alors qu’elle est parfois indispensable pour placer un produit et lutter contre la concurrence d’un produit similaire d’un autre fournisseur. Les frais de mission à l’étranger autorisés par la Banque d’Algérie – maximum 150 euros par jour et par personne – n’incitent pas les entreprises algériennes à voyager et à prospecter des marchés à l’étranger. «À 150 euros par jour, vous allez vous retrouver dans un hôtel quelconque et vous ne pouvez même pas inviter votre client à déjeuner ou diner», déplore un chef d’entreprise.

Des représentations diplomatiques absentes

Dans leur tentative de conquête de marchés à l’étranger, les entreprises algériennes exportatrices ont besoin de flexibilité et d’une assistance des représentations diplomatiques algériennes à l’étranger. «Nos diplomates à l’étranger ne font absolument rien pour aider les entreprises algériennes à exporter. Lorsqu’on voit ce que les ambassades occidentales font à Alger pour aider les entreprises à pénétrer notre marché on est écœuré», ajoute le même chef d’entreprise. On a bien vu les efforts déployés par l’ambassade de France à Alger pour soutenir les entreprises de ce pays. À Paris, l’ambassade d’Algérie semble avoir d’autres préoccupations que celle d’aider des entreprises algériennes. Tout en affirmant qu’il veut réduire la dépendance du pays vis‑à‑vis des hydrocarbures, le gouvernement algérien ne fait pas d’efforts pour aider ses entreprises à exporter. En dépit de l’exonération des droits et taxes pour les produits exportés, les exportations hors hydrocarbures ne décollent pas. Les rares avantages fiscaux octroyés par le gouvernement aux exportateurs n’ont pas produit l’effet escompté, en raison de la bureaucratie des douanes et des ports. «Les produits exportés sont exonérés des droits et taxes douaniers, mais pour les récupérer, il faut plusieurs mois. C’est trop long», explique un responsable d’une entreprise privée. Enfin, aux difficultés liées à la réglementation de change et à la bureaucratie, s’ajoute la qualité des produits algériens qui ne sont pas aux normes internationales en matière d’emballage et de design. Les entreprises qui souhaitent exporter devront donc également améliorer leur savoir‑faire.