Mardi 19 Août 2008 -- Le marché national des boissons gazeuses et des jus connaît une multitude d’intervenants parfois difficilement identifiables, selon les avis partagés par la majorité des opérateurs du secteur. Certains intervenants sont carrément non identifiés puisqu’ils fabriquent ces breuvages dans des ateliers clandestins et, de ce fait, pénalisent lourdement les professionnels du secteur et les marques connues. En cette période de grandes chaleurs, rien ne vaut une boisson bien fraîche pour étancher sa soif. Entre les jus de fruits, les boissons gazeuses, fruitées ou aromatisées, l’Algérien a l’embarras du choix, même si tout ce qui est proposé sur les étals des commerces n’est pas forcément propre à la consommation. En effet, un grand nombre de «producteurs» parfois «illégaux» interviennent dans cette activité sans aucun respect des normes d’hygiène et de sécurité, donc sans aucun égard pour la santé du consommateur.

Il faut dire qu’avec un montant de 14 milliards de dinars constitué essentiellement par la production locale qui couvre 99 % des besoins nationaux, le marché national des boissons gazeuses et des jus connaît une multitude d’intervenants parfois difficilement identifiables. Selon Mme Belil, secrétaire générale de l’Association des producteurs algériens de boissons (APAB), il y aurait «entre 700 et 800 opérateurs spécialisés dans la production des jus de fruits et des boissons gazeuses». Ce chiffre atteint le millier si l’on se réfère aux données du Centre national du registre du commerce (CNRC) du fait que ce dernier ne fait pas la distinction entre les producteurs de boissons et les autres intervenants dans le secteur. C’est davantage dans la filière des jus que le désordre est plus perceptible. En effet, l’absence d’une segmentation franche entre ce qui est du pur jus obtenu à partir de fruits ou de jus de fruits concentré ou du nectar de fruit (classe 15.31 de la nomenclature algérienne des produits) et les boissons plates comme les boissons fruitées, aromatisées ou encore énergétiques, laisse la porte ouverte à tous les types de dépassements. Il faut savoir que dans la nomenclature algérienne, les boissons plates et les boissons gazeuses sont toutes deux regroupées dans la classe 15.97, celle des boissons rafraîchissantes, alors que la classe 15.31 est celle des jus de fruits et légumes. Pour Mme Belil, «l’absence d’une segmentation au niveau des jus de fruits fait que tout le monde peut mettre n’importe quoi dans son produit et l’appeler jus sans qu’aucun contrôle ne soit réalisé».

Grande pagaille dans le marché des jus

Une étude de la filière boisson réalisée par l’EDPME en collaboration avec l’APAB et publiée en décembre dernier avait déjà donné des résultats pour le moins inquiétants. Dans cette enquête, on avançait le chiffre de 400 à 450 entreprises activant réellement dans le secteur des boissons sur plus de 1 450 entreprises recensées au CNRC. Il a été établi selon cette étude notamment que «la catégorie jus n’est pas clairement définie et réglementée» et que cette dénomination fait l’objet d’un «usage abusif» aussi bien par les consommateurs que par la profession, ce qui constitue «un sérieux blocage à la saine compétition». Le document a mis à nu deux préoccupations majeures de la filière boisson concernent les catégories des boissons aux fruits et des boissons aromatisées. D’abord, au niveau des consommateurs, le terme jus est utilisé pour désigner ces deux catégories. Ensuite, chez les producteurs, on a longtemps entretenu cette confusion et profité de l’absence d’un cadre réglementaire et de contrôles rigoureux.

Enfin, en termes de règlementation, il a été constaté «la faiblesse, voire l’absence pour certains segments d’activité de réglementation des typologies produits comme pour les jus», comme il a été constaté pour «les conditions et les normes d’hygiène dans les processus de fabrication et de conservation des produits qui impliquent des dangers pour la santé des consommateurs». Sans oublier l’insuffisance de normes nationales et de références professionnelles pour les producteurs de boissons, le non respect par un grand nombre d’entreprises des normes alimentaires (process de production et qualité des produits) et des conditions minimales d’hygiène et de sécurité alimentaires. Toutes ces conditions ont été propices à l’émergence d’un marché informel et d’une concurrence déloyale qui pénalisent lourdement les professionnels du secteur et les marques connues.

Hamoud, Coca et Pepsi en tête de classement

On pourrait penser que la multitude de marques aujourd’hui disponibles sur le marché pour les différents types de boissons met le consommateur devant la difficulté de faire un choix. En fait, ce n’est pas le cas, du moins pour ce qui concerne les boissons gazeuses qui constituent près de 44,8 % du marché en termes de consommation de boissons avec 22 litres par an et par habitant sur une consommation globale estimée en 2007 à 49 litres par an et par habitant. Les parts restantes du marché sont partagées entre les eaux embouteillées, également avec 22 litres/an par habitant, alors que les jus de fruits et les boissons plates représentent moins de 10 % du marché avec 4,7 litres/an par habitant.
La demande, elle, est estimée entre 700 et 800 millions de litres par an pour les boissons gazeuses, entièrement satisfaite par la production locale, alors que pour les jus et autres eaux plates, la demande est estimée entre 150 et 200 millions de litres par an, comblée à 99 % par la production nationale.

Si les besoins des consommateurs sont donc largement satisfaits en termes de quantité, il n’en n’est pas de même, s’agissant de la qualité. Néanmoins, la multiplication des entreprises dans ce domaine n’empêche pas certaines marques connues et reconnues de prétendre légitimement à être parmi les leaders du marché. Dans le segment des boissons gazeuses, trois marques se distinguent et se taillent ainsi la part du lion : Hamoud Boualem, Coca Cola et Pepsi Cola. Ce ne sont pas seulement les marques les plus connues, mais ce sont aussi les plus prisées par l’ensemble des consommateurs.
Aucune statistique ne peut dire précisément quelles sont les parts de marché de chacune de ces marques tant les chiffres de ventes restent peu dévoilés. Au niveau de l’APAB, Mme Belil nous indique, sans avancer de chiffres, que ce sont Hamoud Boualem et Coca Cola qui occupent les deux premières positions, sans être en mesure de préciser dans quel ordre. On estime toutefois que les parts des deux marques se situeraient entre 20 % et 25 %. Ce qui est sûr, c’est que «Pepsi occupe la troisième position», nous a-t-elle expliqué.

S’agissant de la catégorie des jus, le calcul est beaucoup plus compliqué en l’absence d’une segmentation claire et au vu de la multitude d’opérateurs. «Il y a trop de marques qui ont été créées dans un laps de temps très court, sans compter la confusion faite entre les jus et les autres boissons fruités et aromatisés». En revanche, «il y a les grandes marques de jus comme Rouiba, Vita Jus, ou encore Jutop et Hamoud Boualem, mais il est difficile de dire quelles sont les plus vendues sur le marché», selon Mme Belil. Une étude sur les spécificités, les caractéristiques et les données de la sous-filière des jus devait être réalisée cette année par un bureau d’expertise, mais elle a finalement été abandonnée. Selon notre interlocutrice, «l’étude sera relancée au début de l’année prochaine. Elle permettra d’établir une meilleure segmentation de cette sous-filière et une classification précise des principaux acteurs du marché.