Mercredi 19 Novembre 2008 -- Annoncée à la fin 2006, la nouvelle stratégie industrielle du gouvernement n'est plus d'actualité. Deux ans après son lancement, elle a été abandonnée. «Au ministère de l'industrie et de la promotion des investissements (MIPI), la nouvelle stratégie industrielle n'est plus évoquée», affirme à toutsurlalgerie (tsa-algerie.com) une source proche du dossier. «On ne parle plus de cette stratégie qui a été présentée fin 2006 et qui a fait l'objet d'assises industrielles en février 2007», explique la même source.

De la nouvelle stratégie industrielle, seul le projet de création de 13 grandes sociétés nationales est encore sur les rails. Le ministre de l'Industrie et de la promotion des investissements Hamid Temmar a récemment déclaré que la création de ces grands champions nationaux aura lieu en mars 2009. Des bureaux d'études étrangers travaillent actuellement sur le projet. Les futures sociétés nationales qui auront pour dénomination Sociétés économiques de développement (SED) devraient constituer le bras armé de l'Etat pour réaliser ses projets d'infrastructures dans les prochaines années, avec comme objectif officiel de permettre la relance de l'industrie nationale.

Mais cette stratégie suscite des doutes. Les économistes et les organisations patronales restent toutefois sceptiques sur l'efficacité de ces futurs colosses publics. «On ne peut malheureusement pas faire du neuf avec du vieux. Les entreprises publiques qui ont montré leur incapacité à s'adapter à l'économie de marché ne peuvent pas constituer une base sérieuse pour relancer l'appareil de production », explique un responsable patronal qui estime que le gouvernement «doit changer de stratégie économique en favorisant la PME/PMI". «On ne peut pas relancer l'industrie avec des banques publiques qui accordent 45% de leurs crédits à l'importation et seulement 10% aux PME/PMI. Le reste des crédits va aux entreprises publiques», estime un économiste. « Marier plusieurs canards boiteux entre eux donnera un grand canard encore plus boiteux et difficile à déplacer », ironise un économiste.

Le département de Hamid Temmar avait décidé de changer de stratégie pour relancer l'industrie nationale dans le rouge depuis plusieurs années. En 2007, la part de l'industrie dans le PIB était de seulement 5%. L'Algérie a laissé mourir son industrie en ouvrant sauvagement son marché aux produits étrangers, sans aucun contrôle : on compte aujourd'hui beaucoup plus d'importateurs que de vrais producteurs. Mais la nouvelle stratégie industrielle était condamnée à rester en l'état de projet dès son lancement.

Le gouvernement, fort des pétrodollars amassés grâce à la flambée des prix du pétrole, ambitionnait de réinventer le système des années 1970. Il a par exemple choisi des régions pour accueillir des investissements dans plusieurs domaines de la mécanique, l'électronique, l'agroalimentaire, etc. Un retour à la politique qui était en vigueur dans le pays durant les années 1970 : les usines étaient construites non pas sur des critères économiques, mais sur des bases régionalistes et politiques. Mais cette nouvelle stratégie de Hamid Temmar a été enterrée avant même de voir le jour. La crise financière mondiale a peut être réussie à dissuader le gouvernement de refaire les erreurs du passé en matière d'investissements.