Vendredi 26 Juin 2009 -- « Je passe des vacances sans me priver de rien ! Restaurant, hôtel, plage… Même si je passe la majorité de mon temps chez ma grand-mère et mes tantes, je dépense environ 100 000 DA, ce qui est pour moi le tiers de mon salaire en France ! » Quand il revient en vacances à Alger, Hakim, 36 ans, commerçant à Paris, ne compte pas son argent. Ni pour lui, ni pour sa femme qui en profite pour acheter des cadeaux pour la famille et les amies de France, encore moins pour ses enfants qu’il emmène presque tous les jours à la piscine. À l’aéroport d’Alger, c’est déjà le rush. Avions complets, bagages prêts à exploser, familles au grand complet… Comme tous les étés, revoilà les « zmegra » et leurs euros. Mais il n’existe pour l’instant aucun chiffre officiel, ni sur leur nombre réel (dixit l’Office national des statistiques), ni sur le budget qu’ils dépensent pendant leurs vacances. « Car le phénomène est trop récent, les émigrés ne revenant en Algérie en vacances que depuis les années 2000 », souligne Mourad Ouchichi, professeur d’économie à l’université de Béjaïa.
« Sur la côte, certains commerçants voient leur chiffre d’affaires augmenter de 50 à 60%, témoigne Mohamed Boulaïnine, membre de l’Union générale des commerçants et artisans algériens, à Sétif. L’artisanat marche par exemple de mieux en mieux. L’an dernier à Azazga et à Tizi Ouzou, je me souviens de pénuries chez certains artisans ! » Farida, mère et grand-mère de 60 ans, émigrée à Paris depuis plus de trente ans, confie : « Il y a certains articles que je préfère acheter en Algérie car ça me revient moins cher, surtout depuis la crise financière. Par exemple, j’ai acheté un pétrin à 30 000 DA en Algérie, car l’électroménager en France revient beaucoup plus cher. » Et d’ajouter : « Idem pour les vêtements et les chaussures, certes imitées mais à moitié prix par rapport aux italiennes et françaises produites avec du véritable cuir et autres matières qui rendent leur prix excessif ! J’ai même acheté une série de couverts d’orfèvrerie à 18 000 DA il y a quelques années, alors que je ne rêve même pas de me le payer en France. » Soraya, de Paris, renouvelle, quant à elle, « tous les accessoires de la voiture comme les housses, les tapis et même le parasoleil ! Au souk, tout est disponible à des prix accessibles ». Rideaux, draps, couvertures, téléphones portables…
Les Algériens du Canada ont les mêmes habitudes, à une exception près : personne ne ramène de nourriture, transport oblige, à l’exception… du couscous et de l’huile d’olive. Pour Farida, dont la fille se marie cet été, les vacances en Algérie sont une véritable aubaine : « J’ai acheté de belles assiettes à dessert avec couleurs et ornements différents. On en trouve de 6 DA à 300 DA ; du coup, je peux me permettre les plus chères ! Pour les tenues de mariage, nous avons aussi pratiquement tout acheté en Algérie, excepté les produits cosmétiques et les sous-vêtements. » Les émigrés ont davantage d’argent et les propriétaires de biens immobiliers le savent bien. « Certains augmentent leurs prix jusqu’à 50%, relève un agent immobilier d’Alger Centre. Pour un F3, il faut compter au moins 80 000 DA, pour un studio de 30 mètres carrés, 50 000 DA. C’est vrai, depuis au moins un an et demi, nous avons davantage de demandes de locations saisonnière de meublés. Essentiellement des émigrés avec des enfants qui ne veulent pas imposer trop de frais à la famille ou éviter les frictions. » À Béjaïa, où la pression sur le marché immobilier n’est pas simplement due aux vacanciers qui rentrent mais à la popularité de la ville depuis les années 1990, la location saisonnière représenterait une solution « plutôt pour les émigrés de la deuxième génération et les enfants, c’est-à-dire les Français d’origine algérienne, qui ne vont voir la grand-mère qu’un jour ou deux et prennent un appartement le temps de leur séjour », note-t-on à notre bureau.
Les seuls à ne pas louer sont les Algériens du Canada, dont la durée moyenne de séjour toujours dans la famille avoisine les quarante jours. Leur budget : 5 000 dollars canadiens pour une famille avec deux enfants, hors billet d’avion. Une somme qu’ils dépensent entre autres pour les soins. À Montréal, un Algérien confirme : « Les soins chez nous sont trop chers alors tout le monde se soigne en Algérie, y compris pour tout ce qui est chirurgical quand les médecins québécois ne parviennent pas à guérir quelque chose… Ce qui arrive souvent ! » Chafika habite à Londres. Pour elle, se soigner en Algérie revient moins cher qu’en Grande-Bretagne. « Je trouve que les médecins algériens n’ont rien à envier à ceux des pays développés. Les prix sont plus abordables et certaines cliniques et hôpitaux sont vraiment bien équipés. » Naziha, 40 ans, jeune mariée résidente à Paris, confie attendre sa venue en Algérie pour sa visite chez le gynécologue : « Cela me permet d’avoir un avis de plus et d’économiser les frais des différents examens tels que l’échographie. » Nadir, 40 ans, installé à Paris depuis dix ans, reconnaît aussi : « Je me soigne en Algérie, car c’est beaucoup moins cher. Je me suis refait une dent en céramique qui m’a coûté 20 000 DA il y a trois ans. Si je l’avais fait en France, cela m’aurait coûté les yeux de la tête ! » Et ce n’est pas Mohamed Berkane, président de la Section ordinale régionale des chirurgiens-dentistes d’Alger, qui le contredira : « Chaque été, nous sommes bousculés par les émigrés qui ne viennent que pour un mois et sont pris par le temps, relève-t-il. Les émigrés, en particulier ceux installés en France, et même leurs conjoints s’ils sont étrangers, profitent de leurs vacances pour se faire faire des soins chirurgicaux. Car les implants ici coûtent en moyenne 50% moins cher qu’à l’étranger… »
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26th June 2009 00:12 #1
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26th June 2009 00:13 #2
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Vendredi 26 Juin 2009 -- Un nombre important d’émigrés est attendu cet été, dans les villages de Kabylie. La nostalgie, l’attachement aux racines et les retrouvailles avec la famille sont autant de raisons qui poussent les émigrés à rentrer au pays. Depuis le début du mois de juin, les premiers vacanciers, généralement des retraités ou des mères de famille, commencent à arriver, mais le grand rush va commencer à partir de la mi-juillet. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, la région de Bouzeguène est réputée pour l’importance de son flux migratoire. Les préparatifs pour l’accueil sont entamés. Beaucoup de chauffeurs de taxi ont inscrit dans leur calepin les dates d’arrivée de ces généreux clients. Pour eux, il y a tant à gagner en ramenant un émigré ou sa famille. En plus du tarif de la course, il y a souvent un pourboire, un cadeau (vêtements, cigarettes, liqueurs). Le dénominateur commun des émigrés, c’est qu’ils dépensent beaucoup d’argent pour construire de belles villas, parfois des buildings qu’ils occuperont l’espace de quelques semaines. Mais, pour les villageois, il y a plus important. Les émigrés entretiennent avec leurs villages une relation participative à la dynamique de développement collectif. C’est une pratique particulière dans cette région de Hautee Kabylie. À travers tous les villages, on mesure l’importance de ces émigrés pour mener les actions, les projets divers, qui concourent au développement et au confort. C’est une tradition dans les villages qui, en l’absence de subventions suffisantes des pouvoirs publics, se prennent en charge pour finaliser leurs projets. Si les villageois participent financièrement en cotisant à la caisse du village et en travaillant, les émigrés, eux, financent à eux seuls de nombreux projets : de Houra à Mehagga, la solidarité n’est pas un vain mot. À titre d’exemple, un réservoir d’eau potable a été financé entièrement par un émigré. C’est un apport considérable pour le village quand il reçoit une cagnotte de 100 millions de centimes. Des associations de Kabyles de France œuvrent d’ailleurs pour enregistrer toutes les insuffisances des villageois, entre autres AEP, routes, médicaments, forage de puits et même d’une ambulance. Sur le plan local, l’arrivée des émigrés fait revivre l’activité commerciale locale. La venue des émigrés au pays coïncide avec la montée déraisonnable des produits de consommation. Les émigrés ne demandent pas le prix pour remplir le coffre de leurs voitures.
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26th June 2009 00:14 #3
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Vendredi 26 Juin 2009 :
Quels sont les acteurs de l’économie qui profitent le plus de la vague estivale des émigrés ?
La vraie question est là. Qui en profite ? Prenons l’exemple de l’électroménager : beaucoup d’Algériens achètent leur écran plat en Algérie. Un écran plat qui arrive de Chine et ne fait que transiter par l’Algérie. Ce sont donc les réseaux d’importation qui en profitent, mais certainement pas l’économie nationale puisqu’elle n’est pas productive. Même chose pour l’informatique, la téléphonie…
L’artisanat local en bénéficie tout de même un peu…
Qu’il y ait des répercussions, je n’en doute pas, mais elles sont insignifiantes. Pourquoi ? Parce que le secteur de l’artisanat est encore sous-développé vu qu’il n’existe pas de politique touristique.
Mais les restaurateurs, les petits commerçants, les hôteliers ne partagent peut-être pas votre avis…
J’ai appris qu’il y a trois jours, les commerçants de Tichy ont fait circuler une pétition pour que l’APC ne délivre pas d’autorisation pour les commerces qui s’installent juste l’été et ne sont pas assujettis à l’impôt. Vous savez, la population locale subit directement cette inflation sur les prix des biens de consommation et sur les prix de l’immobilier. Un appartement en bord de mer, qui se loue 7 000 DA toute l’année, flambe à 120 000 DA pendant l’été ! Toute une population se trouve obligée de quitter la côte pendant l’été parce qu’elle n’a pas les moyens de payer son loyer. En Corse, par exemple, le tourisme multiplie les rentrées d’argent par dix, mais la population en bénéficie, parce que les impôts locaux sont répercutés sous forme d’investissements dans de nouvelles infrastructures. En Algérie, l’argent dépensé par les émigrés représente une manne financière intéressante, mais en l’absence de politique économique nationale, tout reste dans l’informel.







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