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  1. #1
    Al-khiyal is online now Super Moderator
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    Samir Allam :


    Mardi 30 Mars 2010 -- « C’est comme si on demandait à un journal algérien de changer de cible et de langue. Au lieu de s’adresser aux Algériens en français, il va devoir écrire en Japonais pour des Japonais ». Pour ce responsable des finances d’une grande entreprise, la gestion du passage aux nouvelles normes comptables internationales IFRS est devenue un travail à temps plein. Un travail auquel s’ajoutent les tâches classiques de tenue de la comptabilité et des finances de l’entreprise. « Depuis 1975 l’Algérie utilisait le Plan comptable national qui est effectivement dépassé mais ne peut justifier une telle précipitation pour basculer vers un système qui s’inspire des normes internationales », ajoute-t-il.

    Depuis janvier dernier, l’Algérie s’est officiellement mise aux nouvelles normes comptables internationales, dites IFRS. Les entreprises devront présenter leurs bilans annuels selon ces nouvelles règles qui ont fait leur apparition au milieu des années 2000 dans les pays développés, après la multiplication des scandales financiers impliquant de grands groupes comme Enron et Vivendi.

    L’Algérie est l’un des premiers pays à avoir adopté les nouvelles normes comptables IFRS, juste après l’Europe. La décision a été prise en juin 2009 pour une entrée en vigueur en janvier 2010. A titre d’exemple, des pays comme le Japon, le Canada ou la Corée attendront 2011 pour les mettre en œuvre. Ces pays ont pris le temps de se préparer et de préparer leurs entreprises pour ce passage aux nouvelles normes. Pour ces pays, le passage aux normes IFRS constitue pourtant un véritable besoin du fait de l’existence d’un marché financier.

    Pourquoi cette précipitation pour un pays dont l’économie est déconnectée du système mondial et qui ne possède même pas une Bourse de cotation pour les entreprises ? Dans les milieux économiques et financiers nationaux, rares sont ceux qui comprennent la décision du gouvernement. Cette dernière a été prise sans préparation aucune : les universités et écoles de commerce du pays continuent d’enseigner l’ancien plan comptable national dans leurs programmes 2009-2010 et la Direction générale des Impôts (DGI) vient à peine de lancer des cycles de formation pour ses cadres, formés à Bousmail par des Tunisiens.

    Plus inquiétant, les banques publiques sont loin d’être préparées pour ces changements. Or, elles sont concernées en premier lieu. Comment un banquier peut-il en effet décider d’accorder un prêt à une entreprise s’il ne sait pas lire correctement le bilan présenté selon les normes IFRS ? « C’est un risque important pour les banques et les entreprises. La banque peut de bonne foi refuser un crédit à une entreprise solide et l’accorder à une entreprise en difficulté, car ne sachant pas interpréter correctement les écritures IFRS. Sans compter les risques de mauvaises décisions qui seront justifiées ensuite par une incompréhension des normes IFRS », explique un économiste.

    Le même défi se posera également pour les impôts. Le redressement fiscal de près de 600 millions de dollars subi par Djezzy en 2009 est en partie dû à une lecture différente des comptes. L’opérateur téléphonique a présenté ses comptes aux normes IFRS et la DGI a recalculé selon les normes nationales. D’où la différence constatée dans le chiffre d’affaires de Djezzy. « C’est une question de lecture des chiffres. Chacun peut les interpréter à sa manière », explique le même économiste.

    Enfin, de nombreux managers s’interrogent sur l’opportunité d’introduire les normes IFRS dans un pays où l’informel domine. « On impose aux rares entreprises qui travaillent dans la transparence de s’adapter en très peu de temps à des normes complexes alors que la priorité aurait dû être par exemple d’aller voir ce qui se passe du côté des marchés illégaux qui brassent des milliards de dinars de chiffre d’affaires par an », conclut l’économiste.

  2. #2
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    Yazid Slimani :


    Mardi 30 Mars 2010 -- Les fortes tensions dans les consulats algériens autour des nouveaux passeports biométriques est emblématique du mode de gouvernance en Algérie. Annoncée depuis plusieurs années, la transition obligatoire vers ce nouveau document de voyage devait entrer en vigueur au mois d'avril pour les passeports expirant en 2010. Les premiers passeports biométriques ont été fabriqués en juillet dernier, mais leur délivrance commence simplement ces jours-ci. Dans ce délai que s'est-il passé? Il semble que rien n'ait été fait pour se préparer à l'afflux évident de citoyens algériens dans les consulats. Du coup aujourd'hui, on assiste à une désorganisation de plusieurs services consulaires et à une impossibilité de traiter dans des délais raisonnables les demandes. Si bien que l'entrée en vigueur de ces nouveaux passeports a été repoussée au 4 novembre prochain, selon une note transmise aux consulats.

    Et ce n'est pas la première fois que des décisions gouvernementales entraînent un tel désordre. Le passage aux normes comptables IFRS pose également le même problème. Alors qu'aucune urgence n'imposait d'appliquer le nouveau système – plusieurs pays économiquement plus développés comme le Japon par exemple attendront 2011 pour le mettre en vigueur sereinement – l'Algérie a décidé que les acteurs économiques devaient s'y conformer à partir de janvier 2010. Initialement la date choisie était le 1er janvier 2009, mais devant l'impréparation des entreprises et de l'administration, l'entrée en vigueur du nouveau système avait déjà été décalée d'un an. Mais ce délai ne semble encore pas avoir été suffisant étant donné les retards toujours criants dans la formation des personnels concernés. Là encore, le gouvernement algérien a mis la charrue avant les bœufs.

    Autre exemple, la vote de la loi de finances complémentaire 2009. Adoptées durant l'été 2009, les mesures comprises dans ce texte ont surpris les acteurs économiques nationaux et internationaux. L'instauration du crédit documentaire pour le paiement des importations notamment a ainsi désorganisé l'activité des entreprises et l'interdiction du crédit à la consommation à handicapé brusquement les secteurs bancaires et automobiles. On peut également citer la décision adoptée fin 2008 d'interdire l'importation de médicaments produits localement. Sans avoir préalablement permis le développement d'une industrie locale du médicament qui puisse totalement compenser les volumes importés chaque année, elle a entraîné des pénuries sur le marché, prenant d'une certaines manière en otage les Algériens.

    Tous ces exemples étonnent d'abord, tant ils se répètent et donnent l'impression que le gouvernement algérien ne tire pas d'enseignement de ses erreurs. Mais ils inquiètent surtout, dans la mesure où ils témoignent du manque de concertation entre les autorités et les acteurs économiques et sociaux du pays. Les décisions sont prises unilatéralement et annoncées sans se soucier de la façon dont elles pourront être mises en œuvre sur le terrain. Les protestations souvent légitimes ne sont ni entendues ni écoutées. Certes le retard pris par le pays dans son développement exige des réformes constantes et rapides, mais comme le dit un célèbre dicton: il ne faut pas confondre vitesse et précipitation.

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