Mercredi 31 Mars 2010 -- Le privé algérien s’enfonce dans la crise. Selon nos informations, plusieurs entreprises privées s’apprêtent à mettre en place des plans sociaux avec d’importantes réductions d’effectifs pouvant atteindre 30% dans certains cas. « Tout est bloqué. En voulant réduire les importations, le gouvernement a pris le grand risque de paralyser toute l’économie nationale. Nous sommes obligés de geler les recrutements et de réduire les effectifs », explique le patron d’un groupe privé de services.

Les chefs d’entreprises continuent de critiquer certaines mesures jugées « extrêmes et dures » contenues dans la Loi de finances complémentaire (LFC) pour 2009. Les critiques concernent notamment l’interdiction du crédit à la consommation, l’instauration du crédit documentaire comme unique moyen de paiement des importations et l’interdiction d’importer des machines usagées.

« L’interdiction des engins et des machines usagés prive les entreprises d’un accès à des outils de production à des prix abordables », explique le directeur d’une entreprise privée de production. Cette interdiction est en train de profiter à ce qui est appelé dans les milieux d’affaires algériens « la filière turque ». « Le matériel importé de Turquie est moins cher que celui ramené de l’Union européenne, mais sa qualité est mauvaise », ajoute le même chef d’entreprise.

Les patrons algériens s’inquiètent aussi des conséquences des récentes décisions du gouvernement de contrôler les importations des biens et services. « Le gouvernement peut décider à tout moment interdire à l’importation de tel ou tel produit, sans prendre en compte les intérêts des chefs d’entreprises. Dans une situation pareille, aucune entreprise ne peut prévoir sereinement l’avenir », regrette le patron d’un autre groupe privé.

Les patrons se plaignent également de l’insécurité juridique, conséquence des changements fréquents de lois et règlements régissant l’économie. « Pour s’adapter à une nouvelle loi, il faut plusieurs mois. Et chez nous, on passe notre temps à chercher à s’adapter au lieu de faire de la stratégie pour créer des emplois et de la richesse pour le pays », explique le même patron. En outre, des chefs d’entreprises dénoncent la « bureaucratisation de l’investissement étranger ». Ils s’étonnent de l’obligation de passer systématiquement par le Conseil national de l’investissement (CNI) pour tout projet d’investissement impliquant des étrangers.