Jeudi 1 Avril 2010 -- Qu’elles peuvent être ternes ces rues et ruelles d’Alger où l’on ne croise presque plus ces infatigables champions des petits métiers qui rendaient leurs bons et loyaux services à qui les sollicitait pour une vitre cassée, un tamis abîmé ou un robinet défectueux. Ces petits métiers, qui faisaient partie de notre quotidien il y a encore quelques années, tels celui de vitrier, de réparateur de grands plats en bois (gassaâ), de matelassier ou encore de crieur public ou berrah qui, ponctuels, sillonnaient chaque jour que Dieu fait les quartiers de la cité en quête de clients, se font aujourd’hui de plus en plus rares, la machine ayant pris le relais de l’homme et détrôné ces activités de moins en moins demandées, lorsqu’elles ne sont pas dévalorisées. Hadj Lahcene, l’un des derniers vitriers qui continuent à arpenter les ruelles de la capitale, est une figure bien connue à El-Madania, Bir Mourad Raïs et Kouba. Inlassablement, depuis plus de cinquante ans, il poursuit ses longues tournées à travers les rues d’Alger pour offrir ses services, hélas jugés d’un autre temps. Il se rappelle, non sans une pointe de regret et un pincement au cœur, les jours fastes où ce métier, qu’il dit avoir hérité de son oncle, faisait recette dans tous les sens du terme. Il se rappelle surtout l’importance du vitrier en ces temps-là où il était, pour ainsi dire, l’homme providentiel. Ce métier, à l’agonie actuellement, est difficile et contraignant car exigeant beaucoup de patience, de savoir-faire, mais aussi de crédibilité auprès des gens, dont il faut gagner la confiance pour pouvoir entrer dans l’intimité de leur foyer, soupire Hadj Lahcène. Pour cet artisan, le métier de vitrier ambulant est appelé à disparaître devant l’invasion impitoyable de la machine, qui accomplit toutes les fonctions, même les plus fantaisistes.
Autre métier, autres déboires, la fabrication et la réparation de tamis et autres gassaâ (grand plat en bois où l’on roule le couscous) est un métier révolu, les femmes ayant, pour la plupart, tourné le dos au travail harassant qui consistait à rouler soi-même son couscous, lui préférant celui industriel disponible chez le premier épicier. Ammi Boualem, 75 ans, est l’un d’eux. Il a appris il y a 61 ans le métier de réparateur de tamis, de gassaâ et autres articles entrant dans la confection du couscous dans son village natal d’Ouled Ali, sur les hauteurs de Tizi Ouzou. En ces temps-là, les femmes roulaient elles-mêmes le couscous et fabriquaient leur propre pain, ce qui faisait d’elles des clientes fidèles. Tahar Ben Mohamed Boumetreg de Boufarik a opté, quant à lui, pour la sauvegarde d’un métier d’un tout autre registre, «une mission d’information», dit-il, celle du berrah (crieur public) qui annonce uniquement les décès survenus dans le voisinage. De ruelle en ruelle, notre crieur fait part du décès, décline avec soin et précision la filiation du défunt et informe surtout de l’heure et du lieu de l’enterrement.
Le dernier berrah de la Mitidja
Un métier plutôt rebutant dont beaucoup se passeraient et que ammi Mohamed continue, malgré tout, de pratiquer au regard des liens sociaux et humains qu’il aide à préserver au sein de la communauté dont les membres partagent, décidément, les heures et les malheurs et apportent soutien et réconfort à qui en a besoin. Un autre berrah, Tahar Boumetref, surnommé ammi Ahmed, 76 ans, est lui aussi de Boufarik, où il est toujours sollicité pour annoncer les décès. Une mission dont il mesure l’urgence pour permettre au plus grand nombre de personnes d’assister à l’enterrement, qui, nécessité religieuse oblige, se fait souvent peu de temps après la mort. Ammi Ahmed est facilement joignable. Concernant l’avenir de cette activité, ammi Tahar regrette son inéluctable extinction, à l’instar de bien d’autres métiers qui étaient pourtant profondément ancrés dans la société algérienne et avait marqué bien des générations. Et l’homme âgé d’exprimer, dans la foulée, toute sa déprime à l’idée qu’aucun berrah n’annoncera sa propre mort...
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1st April 2010 00:51 #1
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