Mercredi 10 Mars 2010 -- La société de l’information en Algérie est à l’état embryonnaire tandis que l’impact du numérique sur l’économie est quasiment nul. Ce constat sévère sur la politique des technologies de l’information et de la communication a été établi hier par des experts algériens lors d’une rencontre débat au centre de presse d’El Moudjahid. Selon le représentant de la société HP en Algérie, Djamel-Eldine Zerouk, l’Algérie accuse un grand retard à l’échelle planétaire et même à l’échelle régionale car l’Etat est toujours réticent quand il s’agit d’investir dans les logiciels. Concernant le soutien de l’investissement dans le secteur des TIC, là encore l’Etat est absent car il n’existe aucun dispositif incitatif pour encourager les opérateurs, a-t-il estimé. Le représentant d’HP a tenu à expliquer que le progrès dans le secteur des TIC exige une implication de l’Etat, soulignant que ce progrès ne se mesure pas en termes d’équipements seulement mais aussi selon l’usage qu’on en fait.

Abondant dans le même sens, le directeur général du ministère de la Poste et des TIC, Cherif Ben Mahrez, a affirmé qu’avant d’équiper les entreprises en matériels informatiques, il faut d’abord leur expliquer les enjeux des TIC et s’assurer de la capacité du personnel à en faire l’usage le plus approprié. Il a noté, d’autre part, la faiblesse du taux de pénétration des TIC dans les entreprises algériennes. «Il y a une frilosité apparente envers l’usage des TIC ; pour preuve, sur les 400 000 PME que compte le pays, 20 % seulement disposent d’un site web», a-t-il argué en concluant que les entreprises nationales sont invisibles sur le marché international et n’ont même pas conscience des enjeux des TIC. Ce même intervenant a insisté sur la valorisation des ressources humaines en affirmant que l’Algérie détient un réservoir de compétences mais exerçant à l’étranger, en plus des 6 000 ingénieurs en informatique que les universités algériennes mettent chaque année sur le marché.

L’expert du programme PME II, Chakib Mustapha, a également insisté sur la mise à niveau des entreprises en matière de TIC, car sans la formation «l’outil informatique n’est qu’un gadget». Cet avis est partagé par le directeur général de l’Intelligence économique et de la prospective au ministère de l’Industrie, Mohamed Bacha, qui a fait constater que l’usage des TIC n’est pas optimal car les gens ne savent pas encore les utiliser. Il a même affirmé que l’outil fait parfois plus de mal que de bien aux entreprises, de nombreuses parmi elles s’affichant avec des sites qui ne sont même pas actualisés. «On ne devrait pas s’afficher dans une vitrine internationale avec des carences aussi lourdes et des données dépassées», a-t-il insisté.

Concernant la coopération internationale dans le secteur, le directeur de recherche au CERIST, Madjid Dahmane, a estimé qu’il faut la replacer dans un contexte raisonnable. «Il faut que l’Algérie augmente ses capacités d’absorption en termes de connaissances émanant de ces coopérations, comme il convient de réaliser que la coopération est une ressource d’appoint qui ne pourrait pas répondre à toutes les carences car seuls les opérateurs locaux peuvent le faire». Il a rappelé que l’Algérie a fait appel à la coopération française depuis son indépendance, mais «ce sont des actions partielles qui n’ont pas fait tâche d’huile», car le pays ne dispose pas d’un cadre bien défini en matière de coopération.