Enquête sur le phénomène du rapt
Lundi 20 Août 2007 -- La police a révélé l’existence de 61 cas de kidnapping dont 7 enfants assassinés par leurs ravisseurs durant les cinq premiers mois de l’année 2007. La gendarmerie a enregistré, pour la même période, 18 cas d’enlèvement de mineurs. Le phéno-mène qui risque de prendre de l’ampleur inquiète, aujourd’hui, les services de sécurité. Si le nombre d’affaires traitées ne reflète pas encore la réalité de la situation, il n’en demeure pas moins que la société est interpellée sur son rôle dans le règlement de ces nouveaux fléaux.
Attentats, vols, agressions, trafic de drogue et détournements de fonds. À tous ces phénomènes vient se greffer une autre forme de criminalité : le kidnapping et la pédophilie. Les auteurs de cette nouvelle forme de criminalité, que l’on dit étrangère à la société algérienne, continuent à semer la psychose dans le pays. Profitant de la situation “post-terrorisme”, les ravisseurs font de ces enlèvements un “métier”. Il ne se passe pas un mois sans qu’un cas d’enlèvement soit signalé. Durant cet été, l’Algérie a été hantée par l’histoire du petit Yacine, âgé d’à peine quatre ans, victime d’enlèvement, et de la petite Sahar, 9 ans, morte après avoir subi les pires sévices corporels infligés par sa propre mère et été la proie d’abus sexuels de son compagnon. Les chiffres sont alarmants. Le dernier bilan, rendu public par la gendarmerie et la police, atteste de la gravité de la situation.
À ce propos, Ali Tounsi, directeur de la Sûreté nationale, a reconnu en juin dernier que le problème du kidnapping a augmenté ces deux dernières années, tout en précisant que le taux des crimes enregistrés est extrêmement élevé. Yazid Zerhouni, ministre d’État, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, a estimé, pour sa part, que les services de sécurité n’étaient pas préparés au crime organisé, notamment le kidnapping, du fait de leur plein engagement durant les années 1990 contre la violence islamiste.
Concernant les enlèvements, on apprend qu’il y a deux catégories : ceux qui sont liés au terrorisme et ceux relevant des affaires pénales.
Pour ce qui est de la première catégorie, les enlèvements commis ces dernières années ont visé, entre autres, des commerçants et des entrepreneurs, la plupart de ces actes sont l’œuvre de groupes terroristes armés. On apprend aussi que près de 87 affaires de kidnapping ont été enregistrées entre les mois de mars 2006 et avril 2007 dans les wilayas de Tizi Ouzou, Boumerdès et Bouira, soit une moyenne de 5 kidnappings par mois. Plus de 50 milliards de centimes auraient été extirpés aux familles des victimes durant cette même période, soit 2,5 milliards/mois.
Selon les mêmes sources, le kidnapping est devenu aussi un fonds de commerce pour certains bandits et criminels qui n’hésitent pas à se faire passer pour des groupes de l’ex-GSPC et demander des rançons. À noter que près de 30% des kidnappings ne sont pas signalés à la police. Si on ajoute l’argent des 30% de ces kidnappings, la somme perçue mensuellement par les groupes terroristes, grâce à ces actions, avoisine les 4 milliards de centimes.
Pour ce qui est des affaires pénales, c’est au niveau de la police judiciaire et de la gendarmerie que nous avons récolté ces chiffres.
Des statistiques effarantes
Chahinez, Walid, Ameur, Yacine, Sahar… Des noms d’enfants âgés de 14, 12, 11, 4 et 9 ans, dont le tragique sort a marqué l’opinion publique. Victimes d’enlèvement, Chahinez, Walid et Ameur ont été tués par leurs ravisseurs, alors que Sahar a succombé à ses blessures. L’affaire de Sahar est actuellement en justice. Quant aux résultats du rapport du médecin légiste chargé de l’enquête du petit Yacine, ils sont toujours inconnus. Les tragédies douloureuses, comme celles vécues par les familles de ces enfants, ne sont pas isolées et ont tendance à connaître, chaque année, une hausse. Les services de police concernés par le phénomène préfèrent parler de disparition “à caractère inquiétant” au lieu d’utiliser le terme de kidnapping et “détournement d’enfants à des fins sexuelles” pour les enlèvements suivis d’abus sexuels.
Les statistiques de la Sûreté nationale font état de 180 cas de disparition d’enfants durant les cinq premiers mois de l’année 2007. Parmi ces cas, 73 sont concernés par une cessation de recherche. Mme Messaoudène, commissaire au niveau de la direction générale de la Sûreté nationale, explique qu’il s’agit souvent de fugues plutôt que de disparitions. “C’est la période qui suit les résultats scolaires qui est la plus propice à ce phénomène. Lorsque les élèves se rendent compte qu’ils ont eu de mauvais résultats, ils décident de fuguer le temps que leurs parents s’inquiètent pour eux et oublient leur échec”, explique-t-elle. Pour ce qui est des enlèvements d’enfants, note l’officier, les services de police ont enregistré, durant les cinq premiers mois de l’année en cours, 61 cas d’enlèvement, à M’sila, Sétif, Jijel et Ouargla, dont 7 enfants ont été, malheureusement, tués par leurs ravisseurs.
Alger bat le record de criminalité. Elle vient en tête de la liste, suivie de Annaba et d’Oran en troisième position. La Gendarmerie nationale a enregistré, pour sa part, 56 cas d’enlèvement dont 18 de mineurs ; 66 personnes ont été écrouées dont 5 libérées.
Mme Messaoudène affirme que le nombre d’affaires ne représente pas la réalité
Les nouvelles statistiques révèlent une augmentation assez sensible. Cependant, cette fluctuation ne rassure guère les représentants des services de sécurité.
Mme Messaoudène, qui redoute la survenue de nouvelles formes de criminalité sexuelle sur les enfants et les adolescents, pense également au tourisme sexuel et à la cyber-pornographie.
Mais actuellement, ces deux phénomènes n’existent pas encore dans notre pays, le plus gros de son travail consiste en le traitement des abus traditionnels. Comme le reste des intervenants dans la prise en charge des sévices sexuels sur mineurs, la commissaire est convaincue que le nombre d’affaires qui atterrissent sur son bureau ne représente pas la réalité. “Les victimes révèlent rarement ce qui leur est arrivé. Et puis, souvent, leurs parents leur interdisent d’en parler, surtout quand le coupable est un membre de la famille”, note-t-elle. Le silence imposé constitue, aux yeux de cette responsable du bureau de la protection des enfants et de la lutte contre la délinquance, un danger sérieux pour la santé mentale des victimes. “Des études sérieuses montrent que la plupart d’entre eux deviennent à leur tour des délinquants sexuels ou dans le cas des garçons des homosexuels passifs”, fait-elle observer.
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20th August 2007 00:19 #1
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Yacine, Chahinez, Walid, Ameur, Sahar… le drame des enfants kidnappés
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20th August 2007 00:30 #2
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Nabila Afroun :

Lundi 20 Août 2007 -- Personne ne peut imaginer l’angoisse des parents pendant toutes les journées et les nuits d’attente, et le terrible sentiment d’impuissance et de culpabilité de n’avoir pas été là pour défendre leurs gosses.
Des vies ont été brisées, des familles accablées par la souffrance et hantées par le souvenir de leurs enfants innocents, disparus trop tôt. Des mamans frôlant la dépression et des papas pudiques cherchant un coin pour pleurer, des frères et des sœurs qui n’oublieront jamais cet horrible événement. Aucune fête ne sera comme avant, leur vie ne sera jamais pareille. Ces familles ont accepté de témoigner et de nous faire part de leurs souffrances au quotidien.
“Ce n’est pas possible, il y a une minute de cela, je pensais à l’enquête de la police et vous êtes venue. Je sens que c’est un bon présage. Dites-moi qu’ils ont retrouvé les assassins de ma fille !” s’affole Moudel Laârabi, père de la petite Chahinez, retrouvée assassinée le 2 octobre 2005. Pour rappel, la victime, âgée de 14 ans, avait été kidnappée sur le chemin du domicile familial. Elle a été enlevée, violée, étranglée, puis jetée dans un ravin à quelques encablures de chez elle. “Je ne connaîtrais pas de repos tant que les assassins de ma fille sont toujours en liberté”, lance-t-il.
Deux ans après cette tragédie, le père de Chahinez raconte, la mort dans l’âme, la journée où sa fille a été kidnappée. Après des recherches qui ont duré toute l’après-midi, les parents, ne trouvant pas de traces de leur enfant, se sont précipités au commissariat de Saïd-Hamdine pour signaler sa disparition. Seulement, la législation stipule qu’il faut attendre 48 heures avant l’ouverture d’une enquête.
“Ce n’est qu’au petit matin que j’ai retrouvé ma petite Chahinez dans un ravin à 200 mètres de la maison. Ma fille a été kidnappée, violée, assassinée, puis jetée dans le ravin. Son corps sans vie a dû être déposé le lendemain du crime, car nous avons ratissé tout le quartier, même le ravin, en vain. Je n’oublierai jamais l’image de son corps nu gisant dans ce lieu damné”, s’indigne-t-il. Les larmes aux yeux, il continue de se remémorer ce tragique événement.
La maman, pour sa part, n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi les assassins de sa fille ne sont pas encore arrêtés. “Je me rappelle que quelques jours après le meurtre de ma fille, un policier m’a tapoté sur l’épaule et m’a dit : “Ne vous inquiétez pas, nous sommes sur une bonne piste, c’est une question de quelques jours et il sera arrêté.” Depuis ce jour, aucune nouvelle. Mon cœur brûle, je ne dors plus, je n’arrive même pas à sortir sur la terrasse pour étendre le linge, car il donne directement sur le maudit ravin”, éclate-t-elle en sanglots. Autant de questions auxquelles nul n’est capable de répondre.
À présent, le papa tente de calmer son épouse en la rassurant de retrouver le meurtrier de leur fille. “J’ai perdu mon père à l’âge de 8 ans. Il a été tué par l’armée coloniale. Quelques années plus tard, dans les années 1990, mes deux frères ont été tués par le terrorisme, et maintenant c’est ma fille. Ça suffit maintenant !” Faute d’information, les parents de la petite gamine s’accrochent à tout type de scénario, mais jamais celui de l’abus sexuel et du meurtre.
“Ce n’était pas ma fille qui était visée. C’était la fille du richissime voisin du quartier. D’ailleurs, elles se ressemblent beaucoup, et lorsqu’ils ont su que ce n’était pas le bon otage, ils l’ont tuée”, suppose-t-il. M. Laârabi n’arrive toujours pas à décolérer, il passe ses journées à frapper aux portes des commissariats en quête d’une petite information qui soulagera, le temps d’une nuit, sa conscience.
Yacine, l’enfant qui a hanté les rues d’Alger
Un mois après la découverte du corps sans vie du petit Yacine, âgé d’à peine 4 ans, au fond d’un puits, à 200 mètres de son domicile, le criminel est toujours dans la nature. Les affiches de sa disparition sont encore collées sur les murs de plusieurs rues d’Alger. Dans son quartier, tout a changé, plus d’enfants qui jouent dehors et les habitants sont plus vigilants. “Désolée, les parents du petit ne peuvent pas témoigner. Ce n’est que maintenant qu’ils reprennent leurs esprits”, nous annonce d’emblée une femme derrière une porte entre-ouverte.
La mère du petit Yacine l’interpelle est nous invite à entrer. “Que voulez-vous que je vous dise ? Mon enfant a été kidnappé et je l’ai retrouvé mort. Maintenant, je peux me recueillir sur sa tombe pour le pleurer, c’est tout ce qui me reste. Nul ne peut le ressusciter”, nous répond-elle froidement avant de quitter la pièce. Son époux surgit du fond de l’apparentement pour riposter. “C’est la police qui n’a pas fait son travail. Vous devriez les interroger. Pourquoi les policiers n’ont-ils pas utilisé les chiens renifleurs dès les premières heures qui ont suivi la disparition de mon fils ? Pourquoi le rapport du médecin légiste reste toujours secret ? Pourquoi ne disent-ils rien ?” s’écrie-t-il.
De lourdes interrogations qui pèsent sur les circonstances de cette tragédie et auxquelles personne ne peut donner de réponse. “Ce matin, une policière est venue voir ma sœur, elle est restée un moment, mais elle n’a rien dit. D’ailleurs, je ne comprends même pas l’utilité de son déplacement”, réplique sa belle-sœur. Assoiffé d’informations, le père Bouchlouh s’attaque, encore une fois, aux enquêteurs : “Ils n’ont pas mis les moyens qu’il faut pour l’enquête. Il fallait les voir, ils sont venus avec du matériel qui ne fonctionne même pas. Je suis désolé, mais je suis pessimiste quant à l’arrestation du criminel de mon fils. Mais je garde la foi, je sais qu’il y a une justice divine.”
Sa tante fait remarquer qu’il y a eu trop de rumeur dans cette affaire. “Chaque jour, nous entendions des rumeurs. Certains disent qu’il a été victime d’un trafic d’organe, tandis que d’autres parlent de son meurtrier. Si quelqu’un a des informations, qu’il nous les donne ou qu’il se taise à jamais. Nous sommes fatigués des mensonges et des rumeurs”, s’indigne-t-elle.
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20th August 2007 00:37 #3
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Wahiba Labrèche :
Lundi 20 Août 2007 -- “Le dispositif juridique algérien protège assez bien les enfants. Le code pénal a la particularité de doubler les sanctions lorsque le délit est commis sur un enfant”, explique Me Nadia Aït Zaï, juriste et coordinatrice du Centre d’information de défense des droits de l’enfant et de la femme (CIDDEF). Elle ne manque pas de préciser que même si la loi protège les droits de l’enfant contre toute forme de violence, à savoir le mauvais traitement, l’atteinte à sa vie et l’agression sexuelle, des modifications doivent intervenir dans l’urgence car elles ne tiennent pas compte de l’intérêt de l’enfant.
Il s’agit, notamment, de l’article qui concerne l’enlèvement et le viol sur mineurs, qui permet à l’auteur d’échapper à la sanction s’il se marie avec la victime. De fait, il échappe à la justice sauf dans le cas où le lien conjugal est rompu. Signalons que les textes de loi qui régissent l’agression sexuelle sur mineur posent souvent le problème de définition. À ce propos, notre interlocutrice s’interroge sur les mesures de l’article 337 bis, où une mineure de 18 ans est considérée comme responsable, au même titre que son agresseur, dans le cas d’inceste. “La législation algérienne doit prendre en considération la particularité du statut de l’enfant, car il n’est pas normal que les dispositions relatives à ses droits ne soient pas incluses dans le code pénal. Il faut que ces textes soient harmonisés avec les recommandations du Comité des droits de l’enfant”, a-t-elle indiqué.
Sur le même volet, elle considère que l’abus sexuel n’est pas bien défini par la législation algérienne, car le code pénal ne parle pas d’abus sexuel, mais d’atteinte à la pudeur et aux bonnes mœurs. C’est la jurisprudence qui doit élaborer ce travail colossal de définition. Me Aït Zaï précise que les conventions internationales ratifiées par l’Algérie peuvent être une source importante de définitions et de concepts juridiques et les programmes politiques doivent donner une vision globale de la prise en charge des enfants victimes de violence. “Un état des lieux sur la question s’impose afin d’élaborer un code de protection de l’enfance. Celui-ci doit prendre en considération tous les aspects de la vie de l’enfant et le faire bénéficier d’une protection au sein de sa famille et de la société”, a-t-elle ajouté.
La juriste estime qu’une politique multisectorielle doit être mise en place, notamment un comité intersectoriel, pour prendre en charge toutes ces questions. Par ailleurs, elle dénonce l’absence d’une procédure de signalisation des mauvais traitements infligés à l’enfant. “Seuls les médecins peuvent dénoncer. Or, il faut permettre à chacun de nous de signaler la violence infligée aux enfants. Bien entendu, il faut un dispositif pour protéger ces personnes-là”, estime Nadia Aït Zaï. Au sujet des peines infligées aux crimes sexuels, elle déclare qu’elles doivent être plus lourdes, voire même de 10 à 15 ans de prison ferme et une prise en charge médicale et psychologique de ses auteurs. Ce serait rendre service à la société. Notons que les condamnations dans la majorité des cas ne dépassent pas 3 à 4 années.
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20th August 2007 00:45 #4
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Nabila Afroun :
Lundi 20 Août 2007 -- “Généralement, les enfants ne sont pas enlevés pour être tués. Ce sont les circonstances, notamment la pression médiatique, qui poussent les ravisseurs à mettre fin à la vie de leurs otages pour s’en débarrasser. Dans nos statistiques, les enlèvements suivis d’agressions sexuelles sont comptabilisés dans la catégorie des violences sexuelles, du fait que la qualification est plus lourde que le kidnapping”, a expliqué Mme Messaoudène. Ainsi, elle affirme que durant les cinq premiers mois de l’année en cours, 735 enfants ont subi des violences sexuelles dont 6 cas d’inceste.
Un chiffre en hausse comparé à celui de l’année écoulée, puisque les services de police ont enregistré, en 2006, 1 474 cas d’abus sexuels. Les auteurs de ces violences sont, dans la majorité des cas, une connaissance des victimes. Leurs actes évoluent chaque année vers la perversion la plus répugnante. “Avant, il n’y avait que les viols dans la catégorie des agressions sexuelles. Aujourd’hui, les pédophiles obligent leurs victimes à faire des actes contre nature. Nous sommes devant des pervers de tous genres”, s’indigne l’officier.
Elle reconnaît que le nombre des enlèvements a tendance à augmenter chaque année, puisqu’en 2006, 108 enfants ont été kidnappés dont 74 filles et 34 garçons. “Les filles sont généralement plus vulnérables et plus sujettes aux agressions sexuelles, but recherché souvent par les ravisseurs. Durant la même période, 18 enfants ont été tués à la suite de leur rapt dont 12 garçons et 6 filles”, précise notre interlocutrice.
Au sujet des lieux privilégiés pour commettre ces crimes, les services de police constatent que les ravisseurs choisissent souvent les alentours de la maison familiale, des écoles ou l’itinéraire reliant les deux lieux. Pour ce qui est des auteurs, les enquêtes ont démontré que la famille vient en première position. L’enfant victime de rapt suit son ravisseur souvent parce qu’il s’agit d’une connaissance familiale.
“Le cas du petit Walid de Kouba est très indicatif. C’est sa tante paternelle qui l’a enlevé par vengeance. Elle l’a étouffé en présence de sa fille âgée d’à peine 10 ans, puis mis le corps dans une valise qu’elle a gardée chez elle”, raconte Mme Messaoudène. Elle reste catégorique en ce qui concerne les rumeurs sur les vols d’organes des enfants victimes d’enlèvement. “Nous n’avons jamais enregistré de tels cas. Ce sont des rumeurs sans fondement. Il faut des moyens techniques très sophistiqués pour enlever un organe et le maintenir en vie”, explique l’officier.
Pour elle, il est urgent de sensibiliser les citoyens, notamment les parents, sur une plus grande vigilance. “Les causes réelles de ces enlèvements ou disparitions restent, en premier lieu, le manque de vigilance de la famille, mais aussi la passivité des citoyens”, dit-elle. Pour étayer ses propos, elle citera les cas de tentative de rapt ayant échoué grâce à la réaction rapide et au civisme de certains citoyens. Elle insiste, également, sur la dénonciation et l’inconscience de certains parents qui laissent leurs enfants en bas âge jouer dans la rue, où seuls dans une voiture, ou faire seuls le trajet jusqu’à l’école.
Concernant la dénonciation, on citera, également, le cas d’un père qui prenait son fils âgé de 11 ans sur son lieu de travail et le laissait s’amuser avec un de ces collègues. Le soir, le petit garçon décrit à ses parent ce que son agresseur l’a obligé à faire. Le père, qui a déposé plainte, a dû la retirer après avoir subi des pressions de la part de directeur de l’entreprise. Parfois, les choses qu’on ne dénonce pas ont plus de conséquences.
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20th August 2007 00:52 #5
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Nabila Afroun/Wahiba Labrèche :

Lundi 20 Août 2007 -- Dans cet entretien, la sociologue et membre du réseau Wassila revient sur les raisons du phénomène des kidnappings et de la violence à l’égard des enfants, notamment les abus sexuels. Elle pointe les origines historiques de la violence en général, notamment dans un pays qui a connu plus de dix ans de terrorisme…
Liberté : Comment peut-on expliquer l’accroissement du phénomène des kidnappings et des violences contre les enfants ?
Mme Dalila Djerbal : Le phénomène du kidnapping des enfants est nouveau. Un seul cas avait été signalé durant les années 1970, il s’agissait du fils d’un ministre. Le kidnappeur a été condamné à la peine capitale, puis exécuté. Signalons que cette nouvelle forme de criminalité, qui vient s’ajouter à d’autres, a été introduite par les groupes terroristes. Nous devons considérer que nous sommes, sans doute, dans la situation “d’après-terrorisme”, dans la mesure où la violence a “diminué”, mais elle reste toujours latente. Ce problème n’est pas encore réglé. Bien au contraire, il s’est aggravé, car nul n’a défini les bases et les principes sur lesquels se construit une paix sociale. Le fonctionnement de la société a été gravement compromis par l’amnistie des crimes commis en toute impunité.
La société algérienne a-t-elle perdu ses repères ?
Pour répondre à cette question, il faut s’interroger : qu’a-t-on vu ces dernières années ? D’abord un bouleversement politique et social qui a engendré des tensions exacerbées, ensuite la promulgation de la loi portant sur la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Une loi d’amnistie qui a effacé tous les morts et toutes les souffrances de quinze années de tragédie nationale, puis réhabilité des individus qui ont tué, violé, assassiné et commis les pires des crimes. S’ajoute à cela la corruption qui gangrène tous les rouages de l’État et la vie quotidienne des citoyens. Tout cela a contribué à vider la société de son sens moral. La génération qui a 20 ans aujourd’hui n’a connu que la violence, la corruption et l’impunité. Si tout est devenu possible et permis, en ce moment, c’est qu’il y a confusion des normes et des règles.
Mais comment explique-t-on ce phénomène de violence ?
Du fait de son histoire, notre société est très violente. Les rapports des gens entre eux sont marqués par des divergences d’opinions qui se traduisent rapidement en violence, que ce soit l’agression verbale ou physique. Dans notre société, la violence est une marque de virilité. Un individu pacifique est considéré comme un être faible. Il suffit de détenir une petite parcelle de pouvoir pour exercer sa domination. Parce que les individus ne peuvent pas atteindre leurs objectifs dans la vie, parce qu’ils ne peuvent pas réaliser leurs aspirations, ils vont acquérir par la force et par la violence tout ce qui leur manque, quitte à transgresser les lois et les tabous. C’est ce processus qui entraîne une criminalité galopante.
Peut-on dire que nous assistons à une banalisation de la violence ?
La violence est un mode de comportement “naturel” que nous n’avons pas suffisamment dénoncé. Ce qui est inquiétant, ce n’est de ne pas prendre de réelles mesures de sanction. Elle est présente dans toute la société, mais aujourd’hui, on voit des faits extrêmes qui se répètent d’une manière effarante. Notons que la violence a toujours régi les rapports familiaux et il est inconcevable de se plaindre, notamment pour les femmes et les enfants. Par exemple, on a toujours trouvé normal d’utiliser la violence, de frapper un enfant, comme méthode d’éducation, mais en plus on donne ce pouvoir absolu au maître, aux voisins… L’enfant est “offert” à l’adulte, et il est préparé à accepter tout.
C’est cette autorité qui permet certains abus...
Si le rapt est un nouveau phénomène, la violence et l’agression sexuelle envers les enfants ne le sont pas. Elles ont toujours existé, car c’est tellement facile de s’attaquer à un être faible. L’enfant n’est pas considéré comme une personne qu’on consulte pour ses opinions, ses idées, ses avis. On le nourrit, on le soigne, on l’habille et on lui offre même quelques jours de vacances. Mais il doit être une “copie” de l’adulte. Dans le cas des agressions sexuelles, l’enfant ne parle jamais car il est terrorisé et ne comprend pas ce qui lui arrive. Parce qu’on lui a toujours dit qu’il ne faut jamais se mesurer à un adulte qui a toujours raison. C’est toute cette atmosphère qui fait que les violences sexuelles sur les enfants sont possibles. Ce n’est que maintenant qu’on commence à peine à leur apprendre qu’ils sont des personnes à part entière et nul ne doit toucher leur corps ou les manipuler comme des objets.
Quelles sont les conséquences des violences sexuelles ?
Elles sont inimaginables : renfermement sur soi-même, coupure du monde réel, retard scolaire, pathologies liées au traumatisme physique, voire à la mort. Quant aux agresseurs sexuels, ils sont, dans la majorité des cas, des personnes que l’enfant connaît ou des membres de sa famille.
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20th August 2007 02:01 #6
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Nabila Afroun :
Lundi 20 Août 2007 -- À trente-deux ans, Salah (appelons-le ainsi) n’arrive toujours pas à avoir une vie stable, malgré ses diplômes et sa petite fortune. Enfant de parents divorcés, il se retrouve pris en charge par ses grands-parents. Issu d’une famille riche de l’Est algérien, il n’a manqué de rien, sauf d’amour, d’affection et de protection parentale contre tous types d’abus. Il avait quatre ans lorsque son père obtient sa garde.
Il le dépose chez ses grands-parents paternels et disparaît. Son père s’est refait une nouvelle vie, ignorant totalement les souffrances de son petit. Leur seul lien : un compte bancaire où il lui verse régulièrement de l’argent, jusqu'à présent. “Je suis victime d’une famille frustrée. J’ai eu des attouchements sexuels perpétués par ma tante dès l’âge de quatre ans jusqu'à mes six ans. Ma grand-mère était un bout de douceur, mais elle était trop âgée pour remarquer le comportement bizarre de sa fille. Je ne comprenais rien à cet âge-là”, culpabilise-t-il. Et d’ajouter : “Mes copains se sont moqués de moi, à l’école, lorsque je leur ai dit que je partageais le lit avec ma tante, sachant que nous vivions dans une grande maison.”
Ayant eu vent de ces moqueries, la maîtresse d’école a convoqué la tante du petit pour des explications. “Bien entendu, ma tante s’est arrangée pour trouver un argument qui tient la route. Après cet entretien, ma tante ne m’a plus jamais tenu la main ni adressé la parole jusqu'à présent”, relate Salah.
Quelques années après, le sort s’acharne sur lui, et c’est au tour de son oncle, âgé de 35 ans, d’abuser de lui, il avait 11 ans. “Il ne se passe pas une journée où je ne pense pas à ce maudit jour. Je me rappelle de tous les détails ; c’était durant le mois de mai, il faisait très chaud. Je me souviens, également, même de la couleur de ses vêtements, de ses paroles et de sa main sur ma bouche pour m’empêcher de crier. J’ai tenté de me débattre, mais il était beaucoup plus fort que moi. J’ai encaissé le coup en silence.” Ces révélations insoutenables font couler des larmes qu’il impute à une allergie à la climatisation.
Il profite des vacances scolaires pour aller passer quelques jours chez une autre tante qui habite sur la côte. “Un jour, j’ai raconté à ma tante ce que son frère (mon oncle) m’a fait subir. Elle m’a fait promettre de ne plus répéter ce que je venais de lui raconter et qu’elle se chargerait de lui. Effectivement, à la fin des vacances, mon oncle s’est marié et il s’est installé ailleurs”, raconte-t-il.
Pour se sortir de ses cogitations nocturnes qui hantent sa vie, Salah s’est défoulé dans les études jusqu'au bac. Il s’inscrit à l’université d’Alger où il décroche son diplôme en architecture.
“Cette histoire remonte à 21 ans, mais je n’arrive toujours pas à tourner la page, même avec une psychothérapie. J’ai des sautes d’humeur, je n’ai jamais été stable dans mon travail ni dans mes relations amoureuses. Je ne dors jamais sans somnifères. Il y a ce sentiment de culpabilité qui me ronge de l’intérieur”, raconte-t-il. À trente-deux ans, Salah a décidé de refaire sa vie au Canada.
Son départ est prévu pour début septembre. “J’ai droit au bonheur, je repars à zéro, dans un nouveau pays, une nouvelle société, une nouvelle vie. Et peut-être là-bas je pourrais me stabiliser et fonder un foyer, car je sais qu’au Canada, les enfants sont réellement protégés et les pédophiles sont passibles de lourdes peines de prison”, espère-t-il.
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28th August 2007 07:52 #7
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Mardi 28 Août 2007 -- Un garçon âgé d’à peine trois ans a été retrouvé mort dimanche passé à Sidi Saâda dans la daïra de Yellel. Il avait disparu le week-end dernier du domicile familial.
Son corps recouvert d’un carton, le crâne fracassé, a été découvert dans un oued par son grand-père, après que les recherches entamées par les éléments de la brigade de gendarmerie et de la police s’avérèrent vaines. La dépouille mortelle a été déposée à la morgue du secteur sanitaire Mohamed-Boudiaf. Une enquête a été ouverte pour retrouver le ou les auteurs de ce crime abominable.







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