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  1. #1
    Al-khiyal is online now Super Moderator
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    Parc national de Ben Aknoun : La face cachée de l’attraction


    Mercredi 9 Janvier 2008 -- Les souffrances quotidiennes de notre mère nous ont marqués. La vie avec mon père était un enfer.» Tel est le scénario, voire la malédiction, que vivent quotidiennement Mériem et Anissa, deux soeurs jumelles, anciennes étudiantes à l’Institut des sciences de l’information et de la communication (Isic) à Alger. Braves, elles ont tenu le coup en vivant pendant cinq ans au «ralenti», sous le régime «stalinien» imposé par leur père Ahmed. En dépit de ces souffrances et malheurs, elles n’ont pas osé quitter Tlemcen, leur ville natale où elles ont grandi. Actuellement, elles sont âgées de 30 ans.

    Elles se «noient» dans un «éternel» célibat alors que leurs copines ont des enfants en âge d’être scolarisés. Elles le racontent avec peine. Leur résistance s’était éteinte comme une cire et...les malheurs leur ont, malheureusement, grandement ouvert les bras. Bravant toutes les difficultés de la vie, elles viennent à Alger à la recherche d’un travail, laissant derrière elles une mère doublement souffrante. «Demander l’aumône n’est pas un vice, cependant...». Mériem a un souvenir très amer. La vie a été pour elle «un échec cuisant.»

    «Nous sommes de passage dans cette vie malheureuse. Quitter ce bas-monde peut s’avérer meilleur que de vivre en perpétuelle agonie...», poursuit sa jumelle Anissa, à la recherche du temps perdu. Les années passent et se ressemblent. Car, ce sont les malheurs qui croissent. Ce jour, le ciel s’est couvert d’un épais brouillard. Des cordes tombent du ciel. Les deux soeurs étaient installées au parc d’attraction de Ben Aknoun. Leur «jardin». «C’est ici où on peut se cacher aux fins de subvenir à nos besoins», ont-elles avoué. Elles y viennent tous les jours. Elles préfèrent cette «vie clandestine», conjuguée aux affres d’un froid glacial que de se souvenir des mésaventures vécues par le passé. Un malheur provoque un autre. Ne voulant pas admettre la mendicité, les deux soeurs jumelles acceptent le...pire.

    Elles s’adonnent à des ébats sexuels, pour le moins répréhensibles car réprouvés par la morale. Mignonnes, chevelures torsadées, Mériem et Anissa «vendent leur honneur». Elles souffrent terriblement d’autant plus qu’elles sont conscientes de leur mauvais choix. Leur fatalité. Une semi-baraque installée dans le coeur du parc d’attraction leur «permet de subvenir à nos besoins». Des toiles d’araignée dans tous les coins, une odeur nauséabonde de bêtes mortes dans les alentours, Anissa et Mériem sont dans l’expectative. Un grand lit préfabriqué, des couvertures récemment acquises, un quinquet pour donner de la lumière, une «fenêtre» haute comme si on devait passer par là pour aller au Ciel...C’est de cela qu’est fait le quotidien des jumelles malheureuses. Dès l’aube, elles viennent, jouant leur va-tout pour attirer le plus de «clients» qui risquent de tomber sous leur charme.

    Deux soeurs se prostituent! On n’est pas à Naples, cette belle ville italienne où se trouvait l’«Auberge des pauvres» réputée par ce genre de scènes ignominieuses, si ce n’est déshonnorantes. C’est plutôt une vérité à Alger. Au parc de Ben Aknoun où des malheureux, et malheureuses, dégageant l’image des hommes et femmes vivant dans l’erreur et dans le déchirement. Tellement la chance leur a tourné le dos, à maintes reprises, les deux soeurs, natives de Tlemcen, ne pensent qu’à leur rente quotidienne. Elle varie entre 3000 et 6000 dinars chacune. Elles pensent louer un studio à Alger «pour plus de tranquillité».

    Qui sont ces gens qui viennent abuser de leur naïveté? «Ce sont des jeunes frustrés qui veulent s’extérioriser.» Ces propos de Anissa donnent le vertige. Le parc national d’attraction...devient celui de tout genre de pratiques. Lui coupant la parole, sa soeur précise que «deux nouveaux hadjis étaient venus la semaine précédente abuser de notre sort. Ils nous ont remis des liasses d’argent, invitées dans des restaurants luxueux avant de nous emmener à bord d’un 4x4 dans une somptueuse villa, ici même, à Ben Aknoun.» Les deux soeurs sont-elles chassées par les agents de sécurité du parc? «Ils ne passent que par erreur. Depuis notre installation, deux agents sont venus à trois reprises. Pas plus», dévoile Anissa.

    Un torrent de paroles déferle avec une «belle violence», sur un jeune, la vingtaine entamée, lui aussi victime d’un différend conjugal, venu s’installer dans les environs en tenant un «joint» dans la main. Où passent-elles la nuit? Sans mâcher leurs mots, Anissa et Mériem ont précisé que les cités universitaires sont leur unique refuge. Vous voulez des vérités insistent-elles? «Nous passons plusieurs journées dans les chambres de ces agents censés être garants de sécurité», ont-elles précisé. Mâchant quelques mots inaudibles, les deux filles donnent l’impression de cacher d’autres vérités, aussi graves que celles avouées jusque-là. Ainsi va la vie au parc de Ben Aknoun.

  2. #2
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    Mercredi 9 Avril 2008 -- Comment subvenir à des besoins de première nécessité? Le moyen le plus répandu est de louer sa force de travail, en d’autres mots plus simples, occuper un emploi et recevoir un salaire acquis à la sueur de son front. En un mot, vivre dans la dignité. Recourir à l’exercice du plus vieux métier du monde, la prostitution, pour boire, manger et s’habiller est le signe révélateur d’un profond malaise. Le signe de la dépravation en marche d’une société qui a mal et qui souffre en silence. Si l’on en croit les conclusions du sondage effectué par l’Institut Abassa, ce type de perversion toucherait une bonne partie de la population algérienne, plus de 10%.

    «Les Algériens qui vivent directement ou indirectement de la prostitution sont 4 millions et sont âgés de 16 ans et plus», nous dit le rapport. Des chiffres, encore des chiffres. Les Algériens sont gavés de statistiques souvent contradictoires et très peu crédibles alors qu’ils ne cessent pas de se serrer la ceinture. Et à chaque jour suffit sa peine. Un jour c’est l’huile; pendant toute l’année ce fut la pomme de terre au point que l’année 2008 a été déclarée par l’Organisation des Nations unies «Année de la pomme de terre».

    On aurait pu croire à une grosse plaisanterie à une autre époque. Et la coupe peut être considérée comme déjà pleine. Apparemment non, puisque ces nouveaux chiffres viennent noircir, et de quelle façon, un tableau du climat social déjà pas très reluisant. Pour enfoncer le clou, nous faire boire le calice jusqu’à la lie, l’enquête révèle que les Algériens qui vivent directement ou indirectement de la délinquance et de commerces illicites, sont estimés à 3 millions d’individus âgés de 16 ans et plus. Nous pouvons aisément penser que 16 ans est l’âge plafond de la scolarité obligatoire. Les sondés ayant cet âge et exerçant ces activités illicites mentionnées par le sondage, se trouveraient donc en situation d’échec scolaire.

    En résumé, il existe 1,2 million d’Algériennes qui se prostituent de manière clandestine. 4 millions d’Algériens tirent leurs ressources de ce type d’activité alors que 3 millions vivent de délinquance et autres métiers illicites. Une sombre image de l’Algérie indépendante. Si ces chiffres s’avèrent exacts, ce n’est plus la sonnette d’alarme qu’il faut tirer puisque le ver est réellement dans le fruit, mais c’est à une véritable thérapie de choc (économique, sociale et culturelle) qu’il faut procéder. Selon le rapport de l’Institut Abassa, frappé du sceau de la confidentialité, nous ne serions pas au bout de nos peines. «Ce sondage ne livre pas non plus les données obtenues "off the record", c’est-à-dire hors questionnaire sur la population des SDF (sans domicile fixe), des errances et mendiants ainsi que sur les populations manifestant des pathologies psychologiques et psychiatriques; plus de deux millions», commente le rapport de l’Institut Abassa.

    Et la cerise sur le gâteau, il ajoute que «l’Algérie marginale, révoltée ou consentante, est bien plus importante en nombre et en priorités d’agir que l’Algérie officielle telle qu’elle apparaît dans les bilans et les rapports cycliques et récurrents que présentent les gestionnaires de la cité...» Oisiveté, mal-vie, prostitution, délinquance, toxicomanie, harragas... Des signes qui ne trompent pas, de dégradation et de perversion sur lesquels les plus volontaristes des discours ne peuvent avoir d’emprise.

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