Samedi 5 Juillet 2008 -- Le 5 Juillet n’est pas synonyme d’une fête nationale où les rues des villes et villages du pays arborent les couleurs de l’arc-en-ciel, les mélodies de la joie et de la communion d’une nation pour célébrer le jour le plus important de l’histoire de l’Algérie moderne. Les festivités commémorant les dates charnières du 1er Novembre 1954 et du 5 Juillet 1962 sont d’une monotonie telle que les générations de l’indépendance n’y accordent aucune importance, en raison de leur austérité, de leur indigence, du manque d’imagination des organisateurs et surtout du discours liturgique ronronnant et assommant qui semble ne s’adresser à personne. La monopolisation de l’histoire de la révolution libératrice au nom de la légitimité et la manière lugubre et terne de son évocation a empêché la jeunesse de s’approprier le mythe fondateur de la nation et de l’exprimer à sa manière, avec son style, avec ses mots et ses formes d’expression propres. S’il est du droit des frères d’armes de se recueillir à la mémoire des martyrs dans des cimetières, de se remémorer les faits d’armes dans des colloques et conférences, n’est-il pas du droit des nouvelles générations de faire du 1er Novembre et du 5 Juillet des moments de fête et d’allégresse ? La résurrection des valeurs nationales et leur enracinement dans le cœur des nouvelles générations n’est en fin de compte qu’une question de forme et de méthodologie.
L’identification à ces valeurs et leur appropriation par les jeunes ne peuvent se réaliser à travers les célébrations et les discours classiques où rien n’est fait en matière de marketing et de communication conformes à la perception des générations actuelles. En premier lieu, il est impératif de donner un sens pratique aux valeurs pour lesquelles des Algériens se sont sacrifiés depuis 1830 jusqu’au 5 Juillet 1962, et même au-delà. Ces valeurs sont donc l’antithèse de toute l’œuvre coloniale faite d’oppression, de brimades, de confiscations, d’expropriation, de mépris, d’acculturation, de déni identitaire et de massacres. La sacralisation des droits collectifs et individuels, des libertés fondamentales, de l’émancipation sociale, de la dignité humaine, de l’égalité des citoyens, toutes conditions confondues, sans distinction aucune de sexe et d’origine régionale ou sociale… est le socle inaltérable de la réhabilitation des valeurs du combat libérateur et l’unique voie pour qu’elles soient appropriées spontanément par toutes les générations à travers le temps et l’espace. Le terreau devant permettre la réimplantation de ces valeurs existe. La preuve en est donnée à chaque fois que l’honneur national est en jeu, aussi bien dans les moments difficiles de crise profonde qu’à l’occasion d’une simple compétition sportive internationale où l’emblème national est dépoussiéré et arboré avec fierté par ces millions de jeunes qu’on accuse, à tort, de reniement.
Tant de promesses n’ont pas été tenues. Tant de rêves ont été brisés. Y compris les rêves de ceux qui ont pris les armes et risqué leur vie pour que vive l’Algérie. Si le discours des déçus par la gestion de l’après-indépendance est aujourd’hui dominant et reproduit par les nouvelles générations, les gardiens du temple doivent s’en inquiéter, puisqu’ils sont sérieusement interpellés pour remettre en cause aussi bien leur démarche quant à la transmission de la mémoire que leurs méthodes dans la perception des récepteurs de cette transmission qui ne sont plus ceux des premières années de l’indépendance. A ce propos, il s’agit de provoquer un véritable électrochoc en rétablissant les vérités historiques et de mettre un terme à l’omerta qui cache un secret de Polichinelle. Des langues officieuses, néanmoins crédibles, se sont déliées depuis quelques années sur certains faits historiques que le discours officiel continue d’occulter.
Ceux qui ont eu l’honneur de déclencher la guerre de libération et de la poursuivre vaille que vaille jusqu’à son aboutissement le 19 mars 1962 ne sont pas des surhommes, car tout leur mérite réside justement dans le fait qu’ils soient des hommes avec leurs forces et faiblesses, avec leurs certitudes et doutes, avec leur peur et leur courage. A ce titre, restituer les événements, les décisions dans leur contexte du moment en prenant en considération le subjectivisme naturel des individus et des groupes ne réduit en rien la valeur des acteurs morts et vivants de l’épopée nationale. La reconnaissance des erreurs de ces acteurs et des luttes intestines qui ont émaillé les sept ans et demi de combat ne fera que réconcilier les nouvelles générations avec les anciennes et ressouder les brèches causées par une occultation tendancieuse de l’histoire commune et de la mémoire collective. Quarante-six ans après l’indépendance, cette démarche salvatrice s’impose par respect aussi bien aux sacrifices consentis qu’à la jeunesse algérienne avide de vérité. Car, pour ces jeunes qui s’abreuvent de leur histoire dans toutes les sources qui s’offrent à eux, «si on nous cache la vérité d’il y a cinquante ans, quelles vérités nous cache-t-on aujourd’hui ?».
+ Reply to Thread
Results 1 to 7 of 13
-
5th July 2008 19:11 #1
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 289,439
Les valeurs nationales en quête d’un lifting et d’une nouvelle esthétique
-
5th July 2008 19:22 #2
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 289,439
Samedi 5 Juillet 2008 -- Le drapeau et les valeurs patriotiques consubstantielles sont-ils ringards dans l’Algérie de 2008 ? Question de jeune qui peut paraître pertinente, impertinente, banale ou même provocatrice, au temps de l’exode désespéré vers les rives meurtrières du nord de la Méditerranée (harga), du chômage endémique et de l’émeute nihiliste, cousine de la jacquerie localisée. Mais elle nécessite tout de même de revisiter l’adjectif : outre tocard, le sens du mot renvoie à démodé, ridiculement vieillot ; ou de mauvaise qualité, de piètre goût (Petit Robert). La question candide, posée par la fille d’un ami après le lancement par la radio algérienne de l’opération «un drapeau dans chaque foyer», interroge beaucoup sur l’habitus patriotique des Algériens. Elle renvoie avant toute esquisse de réponse aux rituels codifiés, à la symbolique du drapeau en tant que tissu de signes. D’aucuns pourraient penser en 2008 que le drapeau est seulement un attribut conventionnel de l’autorité politique. Dans ce cas, l’étendard a une fonction de rassembleur, de symbole patriotique, de garant de l’ordre national. Les couleurs nationales sont alors l’association sang-sacrifice-sol. On est, à ce titre, face à une sacralisation des trois éléments, et à celle du drapeau qui les cristallise. A ce propos, le drapeau, c’est l’ADN du patriotisme, le marqueur du nationalisme, le fil rouge de l’appartenance à une nation, le plus petit dénominateur commun ou le plus petit multiple commun d’un peuple.
En Algérie comme ailleurs, la fonction du drapeau est de maintenir en permanence un double contact : la nation affiche sa présence, le citoyen qui pavoise, notamment les jours de fêtes nationales comme le 5 Juillet, exprime son adhésion, manifeste sa fierté, revendique son appartenance. Mais le drapeau n’a pas de sens uniquement dans les périodes de rituels codifiés (fêtes nationales, décès d’une personnalité nationale, conflit, victoire lors d’une grande manifestation sportive…). Il s’agit notamment des commémorations nationales qui forment une série de paroxysmes réguliers de manifestations canalisées de ferveur patriotique occasionnelle. Surtout, il a une fonction phatique. En linguistique, il s’agit de paroles ordinaires, répétitives, voire insignifiantes, prononcées dans le but de maintenir le contact entre le destinateur et le destinataire (émetteur et récepteur selon la définition de Mac Luhan). Par rapport aux moments d’expression paroxystique, la fontion phatique du drapeau est celle du patriotisme ordinaire. Celui des cours d’histoire qui enracinent dans l’esprit la sacralité du drapeau. Celui des cours de récréation où la levée des couleurs stimule les sentiments de loyauté et d’attachement au pays et à ses institutions même si elles souffrent d’un déficit démocratique chronique.
En Algérie, le drapeau est le résultat d’une accumulation historique. Au début de la Régence turque, les frères Kheireddine et Barberousse arboraient lors des combats en mer et sur terre un drapeau vert, rouge et jaune. Plus tard, l’Emir Abdelkader utilisera deux étendards. Il a usé d’un drapeau blanc et vert. Ce drapeau a été retrouvé après la mort de l’Emir (1883), au Caire, à la «Maison des Vestiges». L’autre oriflamme est exposée au Musée de l’ANP à Riadh El Feth. Elle est de couleur bleu foncé, d’environ deux mètres de long sur un mètre de large, bordée de carrés de tissu couleur ocre et rouge. Si on attribue communément la matrice du drapeau à une initiative éclairée de l’Emir Abdelkader, les avis des historiens étrangers et algériens convergent pour dire que la fixation de l’emblème national algérien revient sans conteste au père du nationalisme algérien, Messali Hadj. Pour certains, c’est l’épouse de ce dernier qui aurait tout simplement conçu le drapeau.
Elle l’aurait dessiné en 1937 dans le quartier algérois de Belcourt où il aurait été vu pour la première fois. Pour d’autres, la forme officielle, c’est-à-dire actuelle, s’est décidée en 1934, avec les trois couleurs qui y figurent : le vert, le blanc et le rouge symbolisant l’unité des trois pays maghrébins, l’Algérie, la Tunisie et le Maroc. Autre thèse : le drapeau serait né en 1933, au siège de l’Etoile nord-africaine dans le 18ème arrondissement de Paris, non loin du célèbre quartier de Barbès, pour être porté par des Algériens en 1934 à Alger et à Tlemcen. En 1943, le Parti du peuple algérien (PPA) ajoute l’étoile au croissant qui barre au milieu les trois couleurs. Deux ans après, lors des massacres collectifs du 8 mai 1945, le drapeau ainsi dessiné sera vu à Sétif entre les mains d’un jeune scout des SMA, Saal Bouzid, assassiné lors de cette manifestation. Messali Hadj aurait, enfin, fixé définitivement le drapeau algérien tel qu’on le connaît aujourd’hui, en 1948, et, clin d’œil malicieux de l’histoire, un certain 14 juillet, pour promouvoir l’idée d’indépendance de l’Algérie.
Dans les textes, la Constitution (art.62) stipule que l’Etat «garantit le respect des symboles de la révolution, la mémoire des chouhada et la dignité de leur ayants droit et des moudjahidine». L’article 5 énonce simplement que «l’emblème national, le sceau de l’Etat et l’hymne national sont définis par la loi». Justement, la loi n°63/145 promulguée par l’Assemblée Constituante de 1963 définit les caractéristiques du drapeau. La Constitution de 1976 énonce les principes de l’hymne national et du drapeau. Le code pénal de juillet 1966, celui du 13 février 1982 modifié ainsi que le décret du 13 novembre 1984 sanctionnent quiconque attentera aux symboles de la souveraineté et ne respectera pas les conditions de sa levée sur les places publiques et institutions de la République. Finalement, le drapeau algérien, adopté le 3 avril 1962 par le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), et officialisé par la loi du 25 avril 1963, est une synthèse des étendards de la Régence turque, des emblèmes de l’Emir Abdelkader et des écussons de l’Etoile nord-africaine, relooké par le nationalisme du PPA-MTLD.
-
5th July 2008 19:36 #3
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 289,439
Samedi 5 Juillet 2008 -- «L’Histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies», dixit Alexis de Tocqueville La guerre de libération nationale (1954-1962), de l’avis de nombreux historiens et chercheurs, constitue le principal événement fondateur de l’Etat national qui émerge avec l’indépendance du pays. Ainsi, pour Hassan Remaoun, sociologue-historien à l’université d’Oran et au CRASC, la guerre de libération nationale qui allait clore la période de colonisation française constitue le fait majeur dans la structuration de la conscience nationale en Algérie. «C’est ce qui explique que les programmes officiels d’enseignement de l’histoire dans le pays la mettent particulièrement en exergue, en lui assignant une place de choix par rapport à d’autres séquences de l’histoire nationale et même universelle», souligne M. Remaoun.
En ce 46e anniversaire de l’indépendance nationale, nous avons jugé utile de traiter le sujet de l’enseignement de la guerre de libération dans nos écoles, CEM et lycées. De la période dite d’école fondamentale qui va de 1976 à 2002, année de la réforme du système éducatif, l’Algérie, indique M. Remaoun, dispensait un enseignement spécifique d’histoire à partir de la 5e AF jusqu’à la 3e AS. Réparti en 8 programmes sur toute l’année, l’enseignement portait, selon le professeur d’histoire, sur ce qui suit : en 5e AF, le programme est consacré exclusivement à la guerre de libération nationale ; en 6e AF, il cible aussi exclusivement l’Algérie, mais en s’intéressant à la période coloniale jusqu’à la veille de la guerre (1830-1954) ; en 7e, 8e et 9e AF, sont respectivement abordés l’Antiquité (jusqu’à l’émergence de l’islam au VIIe siècle), le Moyen Âge, la Renaissance européenne ainsi que le démarrage de l’entreprise coloniale, et, enfin, l’histoire moderne et contemporaine.
Au lycée, il est question en 1re et 2e AS de l’histoire moderne et contemporaine (du XVIe siècle à la Première Guerre mondiale) ; en 3e AS, est relatée de l’évolution au XXe siècle (depuis l’entre-deux-guerres) et de grandes aires de civilisation. L’enseignement d’histoire était dispensé à raison d’une heure par semaine en 5e et 6e AF, et de 2 à 3 heures (selon les filières) dans les autres classes. Dans l’ancien système, le manuel de la 5e AF comprend dix-sept leçons, dont les trois premières constituent une initiation méthodologique à des enfants abordant pour la première fois la discipline de l’histoire. Les quatorze leçons restantes et l’annexe sont consacrées à la guerre d’Algérie. Elles portent sur le 1er Novembre, le FLN, les événements du 20 Août 1955, le Congrès de la Soummam, l’Armée de libération nationale, les manifestations de décembre 1960, etc. En 9e AF, le manuel traite de la période qui va du XVIe siècle à nos jours, et surtout de l’Algérie, puisque 18 chapitres lui sont consacré, dont 7 relatant de la période coloniale jusqu’à la veille de 1954.
Des changements dans les nouveaux manuels
«Déjà en 1992, les élèves avaient pour la première fois accès à une présentation [positive] des biographies de Messali Hadj, de Ferhat Abbas et des noms des dirigeants du FLN ayant survécu à la guerre, qui constituait jusque-là un tabou, comme c’est le cas pour Boudiaf, Rabah Bitat, Krim Belkacem, Aït Ahmed, Benbella, Khider, Benkhedda, Boussouf et Ouamrane», souligne M. Remaoun, qui ajoute que, jusque-là, nous avions affaire à une histoire à la fois héroïque et anonyme où n’étaient citées que les personnalités tombées en «martyr», ou à la période antérieure à la guerre où les noms des responsables de l’Association des uléma étaient évoqués. Dans les nouveaux manuels, la guerre de libération est enseignée en 3e AP, 5e AP, 4e AM et 3e AS. En 3e AP, on enseigne l’histoire du déclenchement de la révolution algérienne, son déroulement et ses résultats. Dès la dernière décennie d’exercice de l’ancien système d’enseignement, déclare M. Remaoun, des changements avaient commencé à être introduits dans le contenu du manuel scolaire.
Dans le nouveau système, l’enseignement de la guerre de libération commence à la 3e AP, c’est-à-dire aux enfants âgés de 8 à 9 ans, et on l’aborde de nouveau en 5e AP après avoir présenté en 4e AP puis au début de 5e AP une histoire nationale s’étalant de la préhistoire et de l’Antiquité berbère jusqu’à la période coloniale pour introduire ensuite l’événement dans cette profondeur et montrer la continuité après l’indépendance du pays. Dans l’ancien programme, selon notre interlocuteur, les luttes politiques menées contre le système colonial dans le cadre du Mouvement national étaient déconsidérées et marginalisées et n’étaient valorisées que l’action du mouvement des uléma. «Des changements importants sont donc apparus dans les nouveaux programmes pour une meilleure mise en évidence de tout ce qui, dans l’histoire nationale, aurait précédé la date du 1er Novembre 1954», précise M. Remaoun.
Avec les nouveaux programmes, affirme le chercheur du CRASC, on va aborder l’action des autres partis constitutifs du Mouvement national jusqu’à la veille de 1954 (PPA, MTLD, AML, UDMA, PCA), et restituer les origines du FLN depuis les précurseurs de l’Organisation spéciale (0S) et du Comité des «22» jusqu’aux responsables qui se sont retrouvés au premier plan par leur action militaire et politique jusqu’en 1962, en abordant même la période de l’indépendance. «Malgré cela, les tabous ne sont, cependant, pas tout à fait levés», regrette-t-il. Ainsi, si la photo d’Abane Ramdane, par exemple, apparaît trois fois dans les livres de la 4e AM, son nom n’est cité nulle part. «C’est déjà mieux que dans l’ancien manuel de 5e AF qui annonçait, conformément à ce qu’avait publié El Moudjahid, sa mort en “martyr”, à la frontière marocaine», affirme-t-il.
La culture de l’anonymat
Dans l’enseignement de l’histoire de la guerre de libération, il y a le rapport à la culture de l’anonymat «acquise, sans doute, dans l’expérience de la clandestinité au sein du Mouvement national, de l’OS, du FLN, et dans la jeunesse des dirigeants, confrontés à la répression et aux luttes internes qui se sont traduites notamment par la rupture en 1954 avec le “père fondateur”, Messali El Hadj, ainsi que les enjeux de pouvoir durant la guerre et après l’indépendance», affirme l’historien. C’est certainement de là que découlent le credo et la devise officiels «par le peuple et pour le peuple» ou encore «un seul héros, le peuple».
Dans les programmes les plus récents, on a ainsi cherché à mieux expliquer aux jeunes générations la contribution à l’émergence d’une conscience nationale, construite par les différentes composantes et les partis politiques agissant au sein du Mouvement national. «On a voulu aussi présenter la guerre de libération à travers toutes ses caractéristiques, militaires et politiques», indique M. Remaoun. La marginalisation des luttes menées par les associations et partis politiques depuis leur apparition dans l’entre-deux-guerres et jusqu’en 1954, affirme notre interlocuteur, se traduit aussi par le peu d’informations données dans les différents manuels sur les diverses personnalités ayant eu à jouer un rôle de premier plan. «Cette tendance à l’histoire anonyme est encore plus frappante dans la guerre de libération nationale ; la règle consiste à ne citer que les noms de ceux qui sont morts avant l’indépendance, quitte à déformer les faits, et jamais ceux ayant joué un rôle important ou survécu à la guerre.»
-
5th July 2008 19:40 #4
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 289,439
Samedi 5 juillet 2008 -- La fête nationale perd de plus en plus de son attrait en Algérie. Elle n’est plus ce symbole collectif qui rassemblait, dans la communion, tous nos concitoyens au cours des années 1960 et 1970. Des dates comme le 1er Novembre ou le 5 Juillet passent désormais inaperçues. Il y a comme qui dirait une rupture avec la mémoire collective et les valeurs fondamentales de la nation. Il est vrai que la monotonie des célébrations officielles, qui se limitent souvent à des cérémonies de recueillement dans les cimetières des martyrs, n’est pas pour susciter l’engouement d’une jeunesse majoritaire qui n’a pas connu la guerre de libération nationale.
La responsabilité des pouvoirs publics dans cette triste platitude est, en effet, pleinement engagée. Les commémorations à huis clos, les forums expéditifs, les témoignages monocordes et mythifiants ont complètement effacé le souvenir grandiose de ces repères communs. Il faut du mouvement, de la beauté et de la gaieté pour entretenir la flamme patriotique. Cela demande de l’art, de la créativité, mais surtout de l’ouverture et de grands espaces pour permettre à toutes les bonnes volontés d’apporter leur concours. Une fête comme celle-là est fondamentalement un événement heureux, une fresque colorée, qui appartient à tous les membres de la communauté nationale. Elle est diverse, riche en débats. Elle est démocratique, pour ainsi dire. Ça se fête dehors, dans la rue. Fanfare, parade, défilé, chorégraphie, théâtre, joutes poétiques, équestres ou sportives sont autant d’ingrédients indispensables au succès de l’entreprise. Bien au-delà de cette ambiance folklorique et des réjouissances populaires, de pareilles occasions doivent aussi susciter la réflexion et l’intelligence. Car les idéaux, comme les blasons, ont besoin d’être redorés à chaque fois pour garder éternellement leur éclat.
Il faut permettre aux Algériens d’aujourd’hui de poursuivre et de parachever l’œuvre titanesque de leurs aînés. Ils doivent bénéficier de cette chance pour s’illustrer au service de leur pays. «La belle Antiquité fut toujours vénérable/ Mais je ne crus jamais qu’elle ne fût adorable/Je vois les anciens sans plier les genoux/Ils sont grands, il est vrai, mais hommes comme nous.» Ces vers d’Alain Finkielkraut (Nous autres, modernes) traduisent parfaitement tout l’intérêt qu’il y a à libérer l’initiative, à aérer pour laisser la fête envahir la rue et à ouvrir des brèches dans le consensus fossilisant. C’est indispensable à la créativité. Les génies tentent toujours de se créer eux-mêmes à partir de quelque chose qui existait déjà, mais sans se référer à une instance, à une «auctoritas» qui guiderait leur art. Le consensus crée, au contraire, des autoroutes de la pensée clés en main. Il stérilise quelque part. La politique consiste à positionner des êtres, des manières de faire dans un espace qui ne soit pas un tout clos.
Le risque de la politique est justement le consensus, c’est-à-dire qu’elle exclut tout ce qui vient remettre en question son unité. Tout ce qui critique son ordre, sa notion d’Etat, la véracité de son discours ou la justesse de ses propositions. On ne doit pas confondre pensée politique et la pensée du pouvoir, car, dans son essence même, cette dernière menace la première et rêve de dépolitisation. Voilà tout le paradoxe de l’art politique. Mais le rôle d’une démocratie est de faire, comme disait Jacques Rancière, avec «l’autorégulation anarchique du multiple par la décision majoritaire» et non de s’en défausser. Le 1er Novembre et le 5 Juillet sont des hymnes à la liberté et à la démocratie, faisons en sorte qu’ils demeurent tels pour l’éternité.
-
5th July 2008 19:47 #5
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 289,439
Samedi 5 juillet 2008 -- Quarante-six ans après l’indépendance, des débats aussi anachroniques que stériles continuent d’animer la scène politique nationale. Alors que le pays a atteint, en principe, l’âge de la maturité, une bonne frange de la société continue à croire que le sentiment patriotique est uniquement son apanage. Cette frange s’appelle «la famille révolutionnaire». Mais avant de se lancer dans un tel débat, il faudrait, en premier lieu, définir ce qu’est la famille révolutionnaire. Il s’agit d’un concept créé par une partie de la classe «politique» issue des cadres de la révolution, ou se présentant comme tels, parce que beaucoup se sont donné une qualité qu’ils n’avaient pas.
Des organisations ont donc été créées, à l’image de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) et des Associations des enfants de chouhada et des enfants de moudjahidine, et même, ironie de l’histoire, des petits-fils et, pourquoi pas, arrière-petits-fils de chouhada… Et ce sont les membres de ces groupes qui se définissent comme membres de la famille révolutionnaire, alors que des figures importantes du combat libérateur ont été exclues du débat et, parfois, occultées jusqu’à leur extinction. Si le patriotisme est le fait d’aimer son pays sans ostentation, et de le servir sans chercher forcément à se servir, il a pris chez nous une autre connotation basée essentiellement sur le côté matériel.
C’est ainsi que plusieurs anciens cadres de la révolution ou se présentant comme tels prétendent détenir le monopole du patriotisme, oubliant de fait que l’écrasante majorité de la population est née après l’indépendance. Ce qui ne l’empêche donc pas d’aimer son pays. Mais sans exagération. Plus grave que l’exploitation du sentiment patriotique à des fins parfois mercantilistes, certains acteurs tentent même de complexer une bonne partie de la population, faisant croire qu’ils sont seuls à aimer leur pays. Mais derrière se cachent des intérêts parfois plus dangereux que le changement de nationalité qu’utilisent certains jeunes comme moyen d’accéder à une vie meilleure. Une vie qu’ils n’ont pas trouvée dans leur pays.
C’est justement là que le bât blesse. Parce que n’ayant pas trouvé de conditions de vie décente, plusieurs jeunes cherchent à aller vivre sous des cieux plus cléments, payant parfois le prix fort qui les conduit jusqu’à prendre une autre nationalité juste pour être dans des conditions plus légales vis-à-vis du pays d’accueil. Mais cela ne peut en aucun cas être assimilé à un manque de patriotisme. Et même si c’était le cas, la responsabilité incomberait avant aux plus anciens qui n’ont pas su, notamment à travers une école hyper politisée, transmettre les valeurs de la révolution aux plus jeunes d’entre leurs compatriotes. Au lieu de cela, certains ont préféré s’enrichir au nom de l’amour de la patrie. Heureusement que ce n’est qu’une minorité. Même si, parfois, des minorités peuvent être nuisibles.
-
5th July 2008 19:51 #6
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 289,439
Samedi 5 juillet 2008 -- Il reçoit les clients un grand sourire aux lèvres. Il sait que le plaisir de la table commence par le bon accueil. Maamar, 29 ans, est gérant et cuisinier dans un restaurant en bord de mer, «un restaurant très apprécié par les visiteurs de Ténès». Pourtant, le lieu ne présente pas de signes de luxe. Simplement décoré avec des tables serrées les unes contre les autres, il semble avoir ses habitués. «Morsli, l’athlète [triple champion du monde du 1 500 mètres et originaire de la région], vient souvent manger ici», informe le cuistot. Maamar est un passionné de l’art culinaire. «Tout petit, je guettais avec impatience le départ de ma mère pour investir la cuisine. C’était ma caverne d’Ali Baba. Je me rappelle encore la première fois où j’ai préparé une omelette. Une vraie réussite», raconte-t-il.
Sa passion le mène à arrêter ses études. Dès la 9e année (la dernière du cycle moyen), il n’a plus remis les pieds à l’école. «A 15 ans, ma décision était déjà prise. Etre cuisinier était mon rêve», se souvient Maamar. Dès lors, il prend attache avec le centre de formation professionnelle (CFPA) de Ténès. «J’ai dû faire des pieds et des mains pour intégrer le CFPA. La spécialité cuisine collective existait bien et les inspecteurs étaient disponibles, mais il n’y avait pas de laboratoires pour dispenser les cours.» Le jeune homme juge que la spécialité est dévalorisée. «Pour passer mon examen final, j’ai dû convenir avec un restaurateur de me prêter sa cuisine en présence des inspecteurs afin de mijoter la préparation décisive», déplore-t-il. Un plat de merlan et de fritures qui lui a valu la mention très bien un 22 avril 2002. Depuis, ce père de famille amoureux de sa fille de 4 ans travaille dans le même restaurant. «Le propriétaire est correct. Je perçois un salaire moyen et j’évolue positivement. La preuve, en plus de cuisiner de temps à autre, je suis le gérant des lieux», dit-il.
Au sujet de la restauration en Algérie, le jeune homme prédit un futur prometteur. «Il y a un [bon] avenir dans la restauration. Avec la relance du tourisme et les promesses des responsables du secteur, les choses vont certainement s’arranger.» S’arranger, car actuellement, le créneau est «dévalorisé chez certains. Il y a un manque flagrant de spécialistes. Et puis, être cuisinier n’est pas du goût de tout le monde», poursuit-il. Pour réussir dans la restauration, Maamar possède sa recette miracle. Ses ingrédients sont, d’abord, la patience. «Il ne faut pas chercher à gagner de l’argent tout de suite. Ill faut aimer faire plaisir aux autres.» Ensuite, la mise à jour, au sens qu’il est impératif au cuistot d’être à l’écoute des clients et de ce qui se fait partout dans le domaine. Et, finalement, d’avoir beaucoup d’humilité. «J’ai tout fait pour intégrer les écoles de tourisme, en Algérie, dans le but de perfe tionner mes connaissances. En vain. Je veux poursuivre la formation dans l’hôtellerie et la cuisine, mais je n’ai toujours pas reçu de réponse. Je suis même allé jusqu’à contacter des écoles étrangères, malheureusement, je n’ai pas réussi à avoir le visa nécessaire», regrette le fils de Ténès.
Corpulence moyenne, la moustache bien taillée et le regard volontaire, l’ambition est une seconde nature chez Maamar. Il rêve de posséder un restaurant. Mieux, avoir son propre hôtel. «Je suis un débrouillard. Et je ne crains pas le travail. Là ou tu me jettes, je m’en sors.» Pour tenter de satisfaire ses ambitions, le jeune père de famille a pris connaissance des différents programmes d’aide à l’emploi de jeunes. «J’ai fait deux tentatives auprès de l’Ansej [Agence nationale de soutien à l’emploi de jeunes] pour ouvrir un restaurant. Les deux ont avorté. J’ai compris qu’il fallait faire manger [sic, corruption]. Je ne le ferai jamais», peste-t-il. Et d’ajouter :«De toutes les façons, l’Etat ne m’a rien donné. Cela fait des années que j’ai déposé un dossier pour bénéficier d’un logement social. Quelques années après que j’ai construit ma propre maison, les autorités m’appellent pour m’attribuer un F1. Je l’ai, d’ailleurs, refusé. Même mon diplôme de cuisinier, ce n’est qu’après avoir travaillé chez le même employeur avant d’être inscrit au CFPA, et après avoir la permission du propriétaire pour passer l’examen final que j’ai eu mon diplôme.» Maamar apporte un sac rempli de prospectus et de brochures vantant les mérites des grands hôtels dans le monde. Ses yeux brillent à la vue des palaces somptueux et des écoles de formation en cuisine en Occident. «C’est mon rêve de travailler dans ces conditions. De toutes les façons, ici je ne crève pas de faim. Malgré tout, en Algérie, si tu as un métier en main, ton avenir est certain.»
-
5th July 2008 19:58 #7
Super Moderator
- Join Date
- Jan 2006
- Posts
- 289,439
Samedi 5 juillet 2008 -- Peine perdue pour ce serre-tête qui tire sur les boucles folles des cheveux couleur de jais de Hani. Les mèches, rebelles comme Hani, refusent manifestement d’être enserrées, «bridées». D’un geste énergique, Hani serre de nouveau sur ses tifs, dégageant ainsi un regard pétillant, dévoilant de grands yeux aux couleurs de miel. Hani, sourire angélique illuminant un visage poupin, parle avec ses mots du rap, sa passion. Et ce n’est pas sans passion. Ce lycéen sera-t-il une future graine de star sur la place d’Alger ? En toust cas, lui, l’espère de tout cœur. Mieux que d’avoir le baccalauréat ? «Qui n’espère pas avoir son bac ? Bon, changeons de sujet», dit-il en tirant sur son pull d’un air plus timide que nerveux. Hani ne veut pas parler de ses études. Il souhaite en faire parallèlement à sa carrière artistique, même s’il ne sait pas encore quelle filière il choisira. Il refuse de parler «politique» parce que le sujet risque de mener à Serkadji. «Je suis jeune et je veux vivre pleinement mon âge, respirer le rap, me défouler et c’est tout», dit-il d’un air décontracté. Cet enfant de Didouche Mourad, quartier naguère chic, aujourd’hui clochardisé, parle en joignant souvent ce soupçon de dérision propre aux jeunes de son âge.
L’ironie chez Hani n’est qu’une carapace protectrice. Ce jeune est «bien dans sa tête et dans ses baskets». A peine dix-huit ans, l’adolescent a une vision de la vie autre que celle d’une jeunesse en mal de vivre. A 14 ans, il décide de laisser tomber la danse hip hop pour se consacrer à la musique. Précisément le rap, un moyen d’expression. Un état d’âme. Encouragé par son père, un retraité, et sa mère, une femme au foyer, à développer sa sensibilité artistique innée, Hani prépare son premier album avec Fifou, rappeur de l’ex-groupe Bled Boys. Un album qui ne verra pas le jour car «on manquait de professionnalisme. Artistiquement, on n’était pas à la hauteur», reconnaît Hani qui ne se décourage pas pour autant. Il est, actuellement, sur le point de finaliser son deuxième produit «et si tout va bien, il sera dans les bacs en septembre prochain». Et pour améliorer son produit, Hani crée avec deux autres amis une «Pride». Et dans l’esprit et le jargon du rappeur en herbe, il s’agit, sans équivoque, d’un groupe artistique composé de trois rappeurs, d’un DJ et d’un reggaeman.
Les trois rappeurs s’autofinancent un «home studio» avec leur argent de poche et du matériel emprunté. Ils travaillent depuis une année sur une douzaine de chansons pour ce premier album intitulé Ouled Leblad (blédards). Et que chante Hani ? «La musique c’est pour se défouler, se détendre et non pas forcément pour rappeler à notre jeunesse qu’elle est marginalisée. Cela, nous le savons tous, pas besoin d’un album pour parler d’évidence. Pour moi, face aux problèmes, il faut agir et non pas se contenter de dénoncer. Nos responsables doivent agir.» Hani se tait un moment avant de renchérir : «Je préfère ne pas faire de politique.» Et pour ne pas faire du rap politique, Hani fait dans le rap social. Ses chansons sont tournées vers les phénomènes de la société. Evidemment, il chante l’amour, parle d’argent et du free style. A l’Algérie, sa «terre mère» qu’il mixe avec sa ville Alger, il déclare son amour «Algeria tebka hia jamais tmout. Algeria tebka ramz el khouloud. Welcom Fi 16, welcom fi ma city.»
Chacun a sa manière de parler et de voir les choses, dit Hani et «c’est ça qui fait la différence, et c’est ce qu’on veut exprimer. Il y a ceux qui chantent la corruption, le marché noir, l’injustice, le chômage. Rien que du négatif, pourtant il n’ y a pas que cela dans notre pays». Hani se sent-il «mahgour» (marginalisé, opprimé, exclu) ? «Je n’ai que 18 ans et j’ai la chance encore d’étudier, d’être soutenu par ma famille. Donc, je ne connais encore pas la galère. Le besoin d’argent ou le chômage. Je pense que, si je vivais la situation de ces jeunes hittistes, diplômés ou non, qui se trouvent dans l’obligation de voler pour manger, j’aurais eu ce sentiment de hogra.» Et si d’aventure Hani était un «mahgour», ce n’est pas pour autant qu’il opterait pour la harga. «Sauter dans une barque de fortune pour rejoindre l’autre rive et dormir à même le trottoir n’est jamais une solution. Je préfère rester chez moi où je sais qu’il y aura toujours quelqu’un qui partagera avec moi son pain.».
Hani refuse el harga ce qui ne l’empêche pas de rêver d’un «live» au Zénith parisien. «Je préfère ma vie ici, en Algérie, mais si je dois m’exiler un jour, ce sera pour lancer ma carrière artistique. Si je devais le faire, ce serait dignement. Quand on ne peut pas le faire, il faut penser à profiter de la vie qui s’offre à nous.» Ce qui s’offre à la jeunesse ? Pas seulement de la «détresse». «Bouteflika ? C’est notre président de la République. Il a réussi à changer beaucoup de choses, il faut le dire. Je ne suis pas d’accord avec ces jeunes qui, en sirotant un café bien noir, passent le plus clair de leur temps à dénigrer. Finalement, ils ne doivent en vouloir qu’à eux-mêmes car, avant d’exiger ou de revendiquer, il faut se demander ce qu’on a, soi-même, offert à son pays.» Le pays, l’indépendance, la date symbolique du 5 Juillet ? C’est le «jour où l’Algérie a récupéré son nom, sa dignité et tout ce qu’elle avait perdu». Hani est heureux de la fêter parmi les siens. Il ignore que cette date symbolise aussi la fête de la jeunesse. «Puisque c’est le cas, j’émets un vœu, celui de voir notre jeunesse se réveiller un jour !»







LinkBack URL
About LinkBacks
Reply With Quote





Bangladesh
Ecuador
Morocco
Nepal
Nicaragua
Puerto Rico
Russia
Scotland
South Africa
Ukraine
Virtual Countries