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  1. #1
    Al-khiyal is online now Super Moderator
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    Ces espaces publics qui échappent à l’Etat :


    Mercredi 3 Septembre 2008 -- Heureux est celui qui réussit à acquérir, pendant le ramadan, un miniscule mètre carré sur les trottoirs d’Alger. Une telle surface, aussi réduite soit-elle, s’avère suffisante pour l’exercice d’un commerce fort lucratif. Une palette d’activités s’offre aux maîtres des lieux, en dépit du caractère informel de la profession. Cependant, c’est le secteur agro-alimentaire qui détient la palme, ramadan aidant. Une épicerie à ciel ouvert, sous un soleil de plomb, qui propose de tout, même des fromages de courte durée de vie.

    Pourtant, les gens s’y bousculent en ce début d’après-midi de jour de ramadan. On achète sans vérifier son porte-monnaie. A croire que l’on est à la veille d’une guerre mondiale, et qu’ainsi on est tenu, dans l’urgence, de constituer son propre stock alimentaire. «Mais là où le bât blesse, c’est qu’une bonne partie de la nourriture censée être consommée à la rupture du jeûne finira certainement à la décharge publique», soupire un homme de 50 ans, visiblement mal à l’aise d’être cloîtré au milieu d’une foule résolue à remplir ses sachets. Un petit paquet à la main, l’homme presse le pas afin de quitter les lieux le plus vite possible.

    «On n’a plus le droit de marcher tranquillement, sans être bousculé», grogne le quinquagénaire, comme pour s’élever contre le squat de la voie publique. La scène se passe au marché informel de la cité du 8-Mai 1945, ex-Sorecal, à Bab Ezzouar. Une localité de la banlieue, à 15 km à l’est d’Alger, où les commerçants clandestins se comptent par dizaines. Aucune attache ne les lie à l’Etat, à commencer par l’APC du coin qui affiche depuis longtemps une indifférence qui finit par lasser plus d’un. Cela étant, le site le plus prisé est situé devant le nouveau lycée. Face aux «alimentations générales» qui activent légalement. Les étals informels sont collés les uns aux autres, occupant la totalité du vaste trottoir attenant à la grande artère de la cité Sorecal.

    L’une de ces épiceries en plein air draine du monde. Et pour cause, le «local» est bien achalandé. Les deux, trois ou cinq dinars de moins que chez le commerçant «fiscalisé» font que les consommateurs affluent chez ce jeune homme de 25 ans. «J’ai juste besoin d’une boîte de conserve de thon pour ma macédoine. Elle coûte moins cher que chez l’épicier d’en face. En plus, je ne risque rien pour ma santé», se justifie une dame à l’allure occidentalisée. Une cliente réclame un sachet de pruneaux pour préparer son «l’ham lahlou». Un jeune homme pose la main sur une boîte de fromage, un autre, d’un certain âge, transperce des yeux un bocal de mayonnaise d’importation.

    A côté de cette minisupérette, un étal occupé par deux jeunes propose du qalbellouz. «C’est du Serir authentique, c’est garanti Aâmo !» lancent-ils à un homme qui semble bien maîtriser le sujet. «Tu veux dire qu’il vient tout droit d’El-Madania», rétorque l’homme d’une soixantaine d’années. «C’est ça», conclu, le jeune homme qui obtient finalement le quitus du vieil Algérois pour une vente de 5 morceaux à 25 DA l’unité. Serir est une sorte de «griffe» reconnue dans le carré des meilleurs halwadji d’Alger, spécialiste notamment du qelbellouz, un mets traditionnel dont la célébrité dépasse depuis longtemps les frontières du pays. Près des commerçants (à la sauvette ?), un jeune homme, tenant un bâton à la main, parlemente à voix haute avec un automobiliste qui vient de quitter son stationnement. «Tu dois payer comme les autres», menace-t-il sous les yeux de deux policiers, apparemment préoccupés par d’autres sujets plus importants.


  2. #2
    Al-khiyal is online now Super Moderator
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    Mercredi 3 Septembre 2008 -- Au lieu d’être un mois de piété et de pardon, le ramadan, dans nos villes, rime malheureusement avec le gain facile, au détriment de la quiétude des citoyens. C’est ce qui se passe dans la localité de Douéra, dans la wilaya d’Alger. Le marché informel a littéralement bloqué les grands axes du chef-lieu de la commune. Ils sont des centaines d’enfants, de jeunes et de moins jeunes à vendre à même le sol, sur la chaussée, le pain, le sirop dit charbet de Boufarik, les tissus et même des… couteaux.

    Une simple tournée dans cette commune nous renseigne sur l’indifférence de certains responsables qui s’accommodent bien de l’anarchie et du non-droit. Malgré la circulaire du wali d’Alger qui enjoint aux P/APC d’interdire les marchés informels pour des raisons de sécurité et de salubrité, la localité de Douéra n’est toujours par sortie de cet état de fait plus ou moins inacceptable. Les habitants de cette ville nous ont contactés pour crier leur ras-le-bol. Les habitants et les commerçants de la rue de la Gare routière ne savent plus à quel saint se vouer, et pour cause. Les multiples plaintes se sont avérées infructueuse, pis, les autorités de la commune font la sourde oreille. Pour O., commerçant, les lettres ouvertes n’ont pu faire avancer les choses, car selon lui, «les autorités locales craignent ces marchands de l’informel qui font la loi et nous menacent même au seuil de nos propriétés».

    A., marchand de tissus, explique que les plaintes sont restées lettre morte parce que «les forces de l’ordre attendent toujours le feu vert du P/APC, premier officier de la police judiciaire. Et cet ordre n’arrive malheureusement pas». Justement, la police explique que c’est aux autorités communales d’ordonner l’interdiction de ces activités informelles. Pourquoi l’APC ne procède-t-elle pas à l’assainissement de la voie publique ? Une question toujours sans réponse ! Les pouvoirs publics avaient, il y a quelques mois, ordonné l’interdiction de toutes les activités de commerce informel dans la wilaya d’Alger. Des marchés devaient être ouverts au commerce dans un esprit économique loyal, mais surtout en toute sécurité.

    Douéra a bénéficié d’un programme spécial pour l’établissement d’un grand marché qui couvrirait toute la région du Sahel. Depuis, aucun signe de travaux pour l’édification d’un quelconque marché. Pis, nous confie A., un habitant de la commune, «un nouveau marché a été construit à l’entrée de la ville, à proximité de la brigade de la BMPJ, mais jusqu’à présent, il est fermé tandis que les marchands ambulants continuent de squatter les rues et les trottoirs de la ville». Pourtant, il y a trois mois, poursuit A., «les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation de toutes les chaussées, et Douéra a commencé à ressembler à une ville respectable». «Hélas, le premier jour de ramadan a été une nouvelle occasion à ces marchands «parasites» pour venir squatter la voie publique et les trottoirs», lâche-t-il, avec amertume.

    M., un autre habitant du quartier Mohamed-Ben Mohamed, pose le problème autrement. En observateur attentif de la scène politique nationale, il rappelle le discours du président de la République devant les élus locaux en juillet dernier. «Le président Bouteflika a dressé un diagnostic des plus sombres sur la manière avec laquelle sont gérés nos villes et villages. Certes, la responsabilité incombe aux élus locaux, mais en premier ressort, il y va le civisme des citoyens. Si le jeune Algérien veut absolument gagner beaucoup d’argent dans un laps de temps réduit, cela est son droit le plus absolu, mais s’il le fait au détriment des autres, de la collectivité nationale, cela devient du non-droit». «Et c’est à ce niveau que l’Etat doit sévir avec la plus grande rigueur, car c’est sa crédibilité auprès des citoyens qui est en jeu», conclut-il.

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