Mardi 23 Mars 2010 -- Les adolescents n’arrivent plus à prononcer un terme sans y ajouter un mot vulgaire. Des obscénités en tous genres se greffent à toutes les discussions. Qu’on parle de foot ou qu’on évoque une séquence d’un film regardé la veille ; qu’on taquine un copain ou qu’on fasse le guignol devant ses camarades, le «gros mot» est presque incontournable dans les discussions entre adolescents. «Pis encore, cela se fait en public, on ne peut plus circuler en famille sans risque d’entendre des obscénités fuser de toute part», se plaint une dame de 49 ans, mère de deux filles et de deux garçons âgés entre 17 et 24 ans. Le témoignage de cette femme médecin n’est pas isolé. Des milliers de personnes estiment que la rue n’appartient plus à la collectivité, au sens civique du terme. Les adolescents ne sont plus comme avant. Ils font preuve d’un comportement qui n’a rien à avoir avec notre société.

«Avant, on n’osait pas proférer les insanités en public et gare à celui qui transgressait le règlement. De nos jours, on n’entend de toutes les couleurs et même chez soi on n’a pas intérêt à être en famille», se désole Ali, père de trois adolescents. Ce professeur de CEM ajoute que «le dérapage langagier n’est plus propre aux seuls garçons». «Même les filles s’y mettent. Des adolescentes de 12-13 ans ne se gênent pas de lancer des gros mots en publics. «Où est l’éducation. Où sont les parents. C’est la fin du monde !» soupire cet homme de 48 ans. Notre interlocuteur n’omet pas de souligner que chez lui, la rigueur du langage est érigée en institution. «Je suis mes enfants depuis leur tendre enfance. Au moindre écart du langage, je sévi. Ma femme aussi ne badine pas avec ça», relève Ali.

Pour les sociologues, les gros mots dans une langue donnée ne sont jamais neutres. «Ils sont transgressifs et font ainsi à référence à des choses ou à des actes prohibés par la société ou rendus tabous», estime un spécialiste. Et d’ajouter : «Les jurons sont donc fortement connotés culturellement et sont à ce titre éminemment sociaux. Dans la plupart des sociétés, ceux-ci s’élaborent à partir de quelques thématiques récurrentes. On trouve ainsi tout ce qui touche aux parties dites honteuses du corps, à la sexualité et aux fonctions excrémentielles. Le thème de la religion, très présent dans les anciens jurons, incitait à détourner le nom de Dieu de façon irrespectueuse. Il ne faut pas donc se taire ou d’être laxiste par rapport à cette question.»

Des spécialistes signalant par ailleurs que les jeunes enfants passent par une étape où ils disent des gros mots, «ne serait-ce que parce qu’ils ont entendu d’autres gens le faire et qu’ils veulent voir votre réaction». C’est une attitude typique des enfants d’âge préscolaire, qui est susceptible de se reproduire quand ils commenceront à aller à l’école ou à la garderie. «Mais il est également important de ne pas faire comme si vous ne l’aviez pas entendu : il est peut-être en train de lancer des jurons parce que c’est un bon moyen d’attirer votre attention», préconise les spécialistes à l’adresse des parents. Et d’ajouter toujours à l’attention des parents : «Dites à vos enfants qu’on ne dit pas des choses comme cela dans notre maison. Assurez-vous de donner l’exemple et de faire preuve de cohérence en vous abstenant de proférer des jurons.»