Lundi 19 mars 2007 -- Le Centre culturel français d’Alger organise depuis sa réouverture plusieurs activités culturelles. Des manifestations variées, gratuites et accessibles au public. Demain, par exemple, il invite, à partir de 17h00, le littéraire Waciny Lardj qui animera une conférence débat autour de son dernier ouvrage le Livre de l’émir.
Né à Tlemcen en 1954, Waciny Laredj a été professeur de littérature moderne à l’université d’Alger jusqu’en 1994. Il vit actuellement à Paris, où il enseigne à l’université Paris-III Sorbonne nouvelle. Il est l’auteur d’une dizaine de romans en langue arabe, dont trois ont été traduits en français : la Gardienne des ombres aux éditions Eden en 2002, le Miroir des aveugles aux éditions Gobas en 1998 et Fleurs d’amandier aux éditions Sindbad/Actes Sud en 2001.
Il a publié en français un essai, Kabylie : la lumière du sens aux éditions Gobas en 1998. Lors de sa parution en arabe, les Balcons de la mer du Nord a obtenu le prix du roman algérien en 2002. Le Livre de l’émir, paru aux éditions Sinbad Actes Sud, est son dernier ouvrage pour lequel il a obtenu à Alger le prix des libraires 2006.
Une autre activité est très attendue par les amoureux du 4e art, la représentation théâtrale le dimanche 25 mars à partir de 18h00 de Encore plus demain. Une pièce de théâtre mise en scène par Arno Chéron (Compagnie du désordre) avec Caroline Michel et dont la scénographie est de François Bunel, d’après un texte d’Isabelle Pinçon.
Après quelques années entre la musique, le théâtre et l’Université de Caen, Arno Chéron intègre la première promotion de l’académie théâtrale du Centre dramatique national du Limousin de 1997 à 1999 où il travaille, notamment, sous la direction de Silviu Purcarete (De Sade), de Fadhel Jaïbi (Grand ménage).
Il suit des stages dispensés par Carlotta Ikeda, Emilie Valantin, Mladen Materic,... Il jouera ensuite sous la direction de Filip Forgeau et d’Eric Lacascade. Il est également le metteur en scène de Un fils, Encore plus demain et la Révolution.
Formée au conservatoire des arts dramatiques de Montpellier et à la classe supérieure des arts dramatique de Paris, Caroline Michel a travaillé sous la direction de nombreux metteurs en scène : Christian Benedetti, Serge Sandor, le Lituanien Eimuntas Nekrosius, Stefano Fogher, Roberto Paci Dal, Michel Brusat et récemment sous la direction d’Arnaud Chéron dans Encore plus demain, d’après des poésies d’Isabelle Pinçon pour qui «les auteurs vivants ne sont pas tous morts».
Elle participe actuellement à la création de Beyrouth Adrenaline mise en scène par Hala Ghosn (Bellac 2006). François Bunel est diplômé des Beaux-Arts de Caen et son activité se partage entre le graphisme, le multimédia, la vidéo et la scénographie.
Il réalise en outre des catalogues d’artistes et plusieurs scénographies et vidéos pour la Compagnie du désordre. Son prochain projet, en collaboration avec Arno Chéron, l’amènera à réaliser dessins et constructions éphémères à partir du Mystère bouffe de Vladimir Maïakovski.
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19th March 2007 11:22 #1
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Centre culturel français d’Alger : Des activités variées et accessibles
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10th April 2007 12:02 #2
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9th May 2007 10:28 #3
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Mercredi 9 mai 2007 -- Le Centre culturel français d’Alger accueille ce soir à partir de 19 h la représentation de la pièce Moha... le vent des sables. Cette pièce est adaptée et mise en scène par Karim Tayeb, d’après le livre Moha le fou, Moha le sage, de Tahar Ben Jelloun.
La scénographie est l’œuvre de Baudoin Luquet. Moha est un torrent qu’on n’arrête pas, fou à jamais dans la vision des autres. Du pouvoir, il peut continuer à parler ; personne ne lui prête la moindre attention. Pourtant, ses paroles sont autant de feux d’artifice lancés sur la place publique.
Alors, il parle, seul ou avec les autres. Moha…. le vent des sables est une création du Théâtre de l’autre. Une compagnie qui œuvre dans cette voie de connaissance et de reconnaissance pour une découverte sensible des mémoires de là-bas et d’ici.
«L’autre» que l’on regarde mais qu’on ne voit pas, qu’on croise mais qu’on ne touche pas, qu’on entend mais qu’on n’écoute pas ! Ancien élève du Conservatoire national de Lille, Karim Tayeb passe par le théâtre populaire des Flandres, la Rose des vents, le Théâtre de la métaphore Daniel-Mesguich, avant un passage de quatre années à Strasbourg.
En 1990, il prend alors le parti de travailler sur la francophonie du Sud. Karim Tayeb est à l’origine de plusieurs créations dont la Poudre d’intelligence de Kateb Yacine. Quant à Baudoin Luquet, le scénographe, il est diplômé des arts décoratifs de Paris.
Il enseigne à l’école d’architecture de Lille et développe une pratique de l’espace par des structures qui évoquent les reliefs constructivistes et les collages modernes. Ceux qui n’ont pas la chance de voir la pièce aujourd’hui pourront toutefois l’apprécier demain au Centre culturel à partir de 19 h.
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10th June 2007 00:09 #4
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Samedi 9 juin 2007 -- La photographe plasticienne Catherine Poncin expose, lundi 11 juin à partir de 18 h, au Centre culturel français d’Alger. Constantine, ville des Ponts, Cirta, cité des mythes sont les thèmes de son travail. Le titre de son expo a ainsi intuitivement été trouvé, en réaction à la sensation de vertige que l’environnement de la ville procura à l’artiste.
Cependant, la faille géologique du site ne représentait que la face visible de ceux-ci. D’autres vertiges devaient émaner de ces lieux : vertiges physiques, vertiges géographiques, vertiges des corps, vertiges de l’amour ; pour ne former alors plus qu’un : les vertiges de la vie.
Attirée par cette faille géologique, interpellée par une multitude de visages voilés contenus dans Constantine, Catherine Poncin exprima le désir de les mettre en parallèle. Suite aux diverses rencontres et à l’appel à la population pour dénicher des images de femmes constantinoises, les Constantinois répondirent présents.
Par le prêt de photographies de femmes dans les rues de Constantine, les Constantinois devinrent partenaires indissociables au projet. Ces images furent ensuite fragmentées par l’artiste, puis associées aux photographies de paysages des gorges du Rummel.
Du fait de son histoire et de sa géographie, un rapport mythique lie l’environnement naturel, la ville et sa population. Ce lien implicite entre la nature et les Constantinoises se dégage ainsi clairement dans l’élaboration des œuvres réalisées : le rapport sensuel du paysage à la féminité.
Au fil de ses résidences passées à Constantine, l’artiste rencontre de plus en plus d’habitants de tous âges et de toutes origines sociales. En parallèle à l’exposition, le CCF a donné les moyens à Catherine Poncin de réaliser un livre réunissant les photographies de l’artiste en associant de petits fragments de textes rédigés par des Constantinoises et des Constantinois.
Cette autre création est éditée par Filigranes Editions et préfacée par Nourredine Saadi, écrivain originaire de Constantine. Chaque extrait de texte symbolise alors l’échange entre la population et l’artiste. Ces textes ont été placés en abyme dans le livre comme l’artiste l’a été dans la ville.
Au terme de plusieurs heures de filmage, l’artiste a réalisé, en explorant les gorges du Rummel, une vidéo de douze minutes sur les ponts habités de Constantine. Le son du film est composé par les chants du rossignol et de l’ortolan qui annoncent le printemps… Le printemps du malouf.
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18th June 2007 17:37 #5
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Lundi 18 juin 2007 -- Le Centre culturel français d’Alger organise, le 28 juin à partir de 19h30, à la salle Ibn Zeydoun, dans le cadre de juin en fête, un concert de hip-hop intitulé «du rap, mais pas que…» avec le chanteur Rocé. Ce rappeur est né à Bab El-Oued.
Il est de père argentin et de mère algérienne. Il sera accompagné durant cette soirée par le DJ Sparrow en platines et de Sil Natadine en contrebasse. Rocé est une figure marquante de la scène hip-hop depuis une dizaine d’années. Il dégage des limites imposées par la casquette de rappeur et dit vouloir sortir le rap de l’impasse dans laquelle il s’est enfermé pour le ramener au combat initial, sans nostalgie pour le «bon vieux temps» du rap old school.
«Le rap prétendait être aussi un combat. Il aurait aujourd’hui des leçons à prendre du free jazz, proche de certains mouvements de libération, et musique libre.» Et l’improvisation dans tout ça ? «Il n’y en a pas du tout dans ce que je fais.
Je ne parle donc pas de free rap. Je m’associe au free jazz dans le mode de pensée et je laisse mes invités improviser. En aucun cas je n’échange les rôles. Chacun son talent.» Ils déménagent en France quand il est jeune, et il grandit en banlieue parisienne, à Thiais (94).
Il choisit d’exercer son art sous le pseudonyme de Rocé. Son vrai nom est José Kaminsky. Sa première approche de la musique se fera grâce au violon, qu’il apprend au conservatoire. Après des études de philosophie et de mathématiques, il sort un premier album, Top Départ.
Très influencé par le free jazz, il mêle une écriture acérée, portée par un flow puissant, à une musique riche en modulation, violente et pourtant mélodique. Il fait ses premières apparitions sur disque en 1996, puis en 1998 en livrant deux maxi-singles chez Chronowax.
Avec ces deux disques, Rocé reçoit de nombreuses critiques élogieuses de la part du milieu du hip-hop et est repéré par DJ Mehdi qui inclut un de ses titres. En 2002, son 1er album Top départ sort logiquement sur Chronowax. 2 vidéo clips en sont extrait, Changer le monde» et On s’habitue.
Fin 2005 et début 2006 sort un nouveau maxi comprenant deux nouveaux titres extraits du second album : Appris par cœur et Besoin d’oxygène. Le 9 mai 2006 sort le deuxième album de Rocé Identité en crescendo sur no Format, et est distribué par Universal Jazz.
Cet album est co-écrit avec Djohar, musicienne, écrivaine, et poétesse. Les cloisonnements musicaux et identitaires sont balayés par cet opus de 13 titres sur lequel on retrouve des collaborations inattendues. Le légendaire Archie Shepp au saxophone, Antoine Paganotti du célèbre groupe Magma à la batterie, Potzi, le guitariste membre de Paris Combo, et Jacques Coursil, talentueux trompettiste sont les invités de cet album que Rocé défend sur scène avec un DJ, DJ Sparow et un contrebassiste membre d’Urban Dance Squad : Syl Matadin.
L’année 2006 a déjà trouvé l’un de ses albums majeurs. La pochette est tirée d’une peinture de Jay One (BBC).
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9th July 2007 11:52 #6
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Lundi 9 juillet 2007 -- Le Centre culturel français organise aujourd’hui, à partir de 20 h, une projection en plein air du film de Yakov Protozanov intitulé Aelita (la reine de Mars). Selon la critique, Aelita est un jalon important dans l’histoire des films de science-fiction, après les tentatives pionnières d’un Méliès et avant les anticipations percutantes du Metropolis, de Fritz Lang.
Il contient d’ailleurs des éléments mêlant à la fois le merveilleux et la dimension scientifique. Pour le premier, des costumes martiens quelque peu extravagants et une prégnance de l’onirisme à travers les rêves de l’ingénieur Loss, qui le mettent en contact avec la réalité de Mars ; on pense ici plus à Edgar Rice Burroughs et à son John Carter qu’à Jules Verne.
Quant au propos scientifique, il apparaît à travers l’architecture martienne, rapidement entrevue, et surtout les travaux du même Loss, désireux d’élaborer un engin spatial capable de se rendre sur la planète rouge de laquelle de mystérieux signaux télégraphiques ont été reçus, même si la source d’énergie nous reste inconnue, et que le voyage proprement dit est très rapidement évacué… Conçu comme un film à gros budget, tourné par le réalisateur russe le plus connu de l’époque, susceptible donc de montrer la force du nouveau régime russe, Aelita commence en URSS, au début des années 1920, période de reconstruction du pays, ruiné par la guerre mondiale et la guerre civile.
Les deux personnages principaux du film sont un ingénieur, Loss, et sa jeune épouse, Natasha. On suit également en parallèle les itinéraires d’un soldat de l’Armée rouge en convalescence et d’une infirmière qui succombe à son charme.
Tous ces individus nous sont montrés dans leur quotidien, et se caractérisent bien évidemment, souci d’exemplarité oblige, par une grande honnêteté (les tentatives de corruption à leur égard font systématiquement choux blanc) et un dévouement qui ne l’est pas moins, de Natasha, devenue directrice d’une maison d’enfants, à travers lesquels on devine le sort des orphelins soviétiques, jusqu’à Loss, qui s’investit dans son travail pour oublier ses peines de cœur.
L’amour est en effet le fil directeur du film, Natasha étant courtisée par un ancien bourgeois, archétype du contre-révolutionnaire qui regrette le passé (avec quelques flash-back de la situation terriblement inégale de l’Ancien régime à l’appui) et se soucie seulement de tirer profit des faiblesses de la nouvelle Russie (les fêtes clandestines en sont un excellent exemple).
Toute la première partie du film traîne d’ailleurs quelque peu en longueur en se concentrant sur ce progrès du doute dans l’esprit de Loss qui le conduit à s’éloigner de plus en plus de sa femme, jusqu’à commettre l’irréparable… Suit alors la partie la plus science-fictive, qui n’était présente jusque là que par les rêves de la planète Mars.
L’expédition spatiale est finalement montée, et y participent, outre Loss, le militaire en mal d’action et le policier lancé à sa recherche, qui constituera d’ailleurs l’élément comique, d’autant qu’il tentera de demander l’aide des forces de l’ordre martiennes.
La population martienne est en effet séparée en deux classes distinctes, celle des Aînés, qui domine sans travailler, et celle des ouvriers, confinés dans le sous-sol de la planète (on pense bien sûr à la métaphore de Wells dans La machine à explorer le temps).
Aelita, la reine de Mars privée de son pouvoir par les hommes de sa classe, voit dans Loss non seulement un amour exotique, mais également un moyen de prendre le pas sur la domination exclusivement masculine.
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29th August 2007 15:46 #7
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Mercredi 29 aout 2007 -- Du jeudi 6 septembre au jeudi 4 octobre, l’artiste plasticien Yazid Oulab organise dans les jardins du centre culturel français d’Alger une exposition intitulée Le radeau de l’innocence. Cette œuvre est inspirée de la Croisade des enfants, en juin 1212, qui, arrivés à Marseille, survivants de cet immense pèlerinage, espéraient voir le miracle qui allait ouvrir les eaux de la Méditerranée.
Mais il ne se produisit guère. Néanmoins, ils ne considérèrent pas leur «guide» Étienne comme un charlatan et continuèrent leur prière. Après quelques jours d’attente, entre désespoir et malheur, deux commerçants de Marseille proposaient leur aide aux pèlerins : ils sont prêts à affréter sept bateaux pour atteindre la terre sainte.
Comme Hugues Ferreus et Guillaume de Posqueres possédaient des sièges commerciaux à Acre, leur propre flotte étant en bonne réputation à Marseille, les marchands gagnaient la confiance d’Étienne et de ses partisans qui interprétaient cette promesse comme un signe envoyé par Dieu.
À la fin du mois d’août, les bateaux se dirigaient avec 7000 croisés à bord vers Jérusalem. Mais les deux commerçants n’avaient pas l’intention de les amener jusqu’à la terre sainte ; ils ont prévu une autre destination. Arrivés en pleine mer, les jeunes croisés étaient enfermés dans les cales par les marins qui s’avérèrent être des marchands d’esclaves… «Tout mon travail est une réflexion politique sur la mémoire tronquée de l’Algérie, dont le passé culturel et philosophique est occulté, comme si tout avait commencé avec la guerre d’Algérie.
Je veux montrer que d’autres racines nous nourissent», avait déclaré il y a quelques années Yazid Oulab. Né en 1958 à Constantine, diplômé de l’Ecole des beaux-arts d’Alger et de l’Ecole d’art de Luminy à Marseille, il vit et travaille à Marseille depuis 1988.
Le plasticien, qui recourt volontiers à l’installation, au dessin, à la sculpture et à la vidéo, chante également à ses heures perdues. Ses nouvelles créations reviennent aux thèmes «du lien et de la transmission». Yazid Oulab expose depuis 1983.
Des œuvres de l’artiste ont été acquises par le Musée national d’art moderne, le Centre Georges-Pompidou, le Fonds national d’art contemporain en France. La galerie Eric-Dupont en France, où il avait exposé il y a quelques années, avait écrit dans un communiqué de presse ce qui suit : «D’aucuns pourraient enclaver l’univers de Yazid Oulab dans un discours par trop spirituel.
Mais si le soufisme, qu’il étudie assidûment, se révèle être sa principale source d’inspiration, cette mystique ne constitue pourtant qu’un des axes d’analyse de son vocabulaire formel. Yazid Oulab capte la poétique soufie. Mais, sans s’y apesantir, il déplace celle-ci dans des travaux d’une étourdissante polysémie.
Il est regrettable que nous ne puissions évoquer l’ensemble des clés de lecture de son œuvre. Attardons-nous cependant sur la thématique de l’élève, métaphore centrale de son exposition.» Les dessins des stylites urbains sont dédiés aux ascètes qui s’exilaient au sommet d’une colonne pour mieux contempler l’œuvre de Dieu.
La verticalité de l’édifice rappelle la graphie du premier mot que le divin révéla au Prophète. La lettre alif est la première lettre, en arabe, du mot «lis». Alifs tridimensionnels, les clous de bois exposés matérialisent également cette force descendant des cieux pour dicter sa parole et instruire les hommes.
Il est amusant de rapprocher les Annonciations de Lorenzetti ou de Fra Angelico, dans lesquelles la descente de l’esprit sain est symbolisée par une colonne séparant Marie de l’ange Gabriel, et l’initiation du Prophète, chez Yazid Oulab, laquelle se voit aussi représentée par une colonne.
Le clou est l’une des formes récurrentes de l’exposition. Loin de n’être qu’un équivalent spirituel à la tour du stylite, ce signe fait référence au travail d’ouvrier en bâtiment dévolu aux Maghrébins immigrés — l’artiste ayant lui-même exercé ce métier à son arrivée en France.
Dans l’imaginaire de Yazid Oulab, le clou est encore l’outil qui permet de lier une culture à une autre, la française à l’algérienne. Petits clous taillés dans la craie, carreau d’ardoise métonymique du tableau noir des salles de classe : Oulab évoque ici les cours de français de son enfance.
La craie plaque les connaissances au tableau et le clou les fait pénétrer dans l’esprit. Ces œuvres au contenu pluriel convergent vers la figure du novice : il s’agit tantôt de l’Algérien plongé dans un nouveau biotope, élève acquérant les connaissances qui lui permettront d’y vivre, et tantôt du Prophète, disciple de son Dieu qui lui enseigne.
Yazid Oulab questionne la saturation vibratoire du vide et des objets. Dans Résonances, l’artiste place de petits personnages en méditation dans les nœuds d’un tronc d’arbre. Ces méditants constituent diverses communautés religieuses : chrétiennes, bouddhistes… Les nœuds du bois sont assimilés aux rayonnements vibratoires liant les êtres entre eux.
Pour l’artiste, la vacuité est saturée de ce qui nous connecte. A l’instar du vide de Résonances, les colonnes des stylites urbains et les clous de bois sont des alifs symboliquement chargés d’énergie spirituelle. L’univers d’Oulab est empreint de violence : prégnance de formes agressives, symboles de pénétrations psychiques ou sexuelles, clous, pointes… Dans Peau de mouton, un couteau, ustensile sacrificiel, est reproduit dans la peau de l’animal sacrifié.
Par ailleurs, l’objet évoque ses propres antonymes : la chaleur de la laine s’oppose à la froideur de l’acier, la douceur de la peau au tranchant de la lame. Le mouton, animal symbolisant la candeur, prend ici une forme menaçante. «Tu ne feras point d’image.» Conformément à cet interdit, les Orientaux ont délaissé l’icône au profit de la poésie et de la calligraphie.
Dans Poème, l’artiste imagine une poésie bédouine traduite en langage des signes. Celle-ci est sous-titrée phonétiquement. Son esthétique noire et blanche dérive des calligraphies arabes. Poème se veut l’équivalent visuel des poésies soufies.
Conçues comme des paraboles, celles-ci font appel aux symboles, mais le sens profond du texte échappe à l’assistance. Elles mettent donc en place un décollement du signifiant et du signifié que Poème reprend : d’un côté, la gestuelle des sourds-muets, les sous-titres, la voix du conteur, et, de l’autre, l’histoire dont nous ignorons le sujet.







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