Dimanche 18 Avril 2010 -- C’est au Centre international des conférences, situé au nord de Téhéran, que se tient, depuis hier matin, la conférence pour le désarmement nucléaire. En présence de plus de 40 pays représentés par des ministres ou des hauts responsables dans des secteurs spécifiques, l’Iran, pays hôte, anime le front de la protestation contre le fait accompli nucléaire militaire. Un rendez-vous qui remet un peu de vérité dans le débat, comme ce discours d’Ahmadinejad emprunt de modération et de responsabilité. C’est le ministre iranien des Affaires étrangères, Mouchehir Moutaki, qui a prononcé l’allocution d’ouverture en rappelant la conjoncture faite de pressions et de menaces quant au programme nucléaire civil. Puis, ce fut bien entendu au charismatique président de la République islamique Mahmoud Ahmadinejad de prononcer un discours confirmant les grandes orientations de la politique iranienne en matière d’énergie nucléaire dans le monde. Il s’agit en fait d’un credo partagé par de nombreux Etats de différents continents et qui se résume sous ce slogan porté sur les affiches et autres banderoles annonçant l’événement : «Nuclear energy for all, nuclear weapons for none», ce qui signifie littéralement en français «pour une énergie nucléaire accessible à tous et des armes nucléaires pour personne». En effet, l’intransigeant chef d’Etat iranien qui refuse tout chantage sur la question a réitéré tout l’argumentaire qui justifie la position de Téhéran par rapport «aux mensonges des Etats-Unis et de ses alliés».
«Les paradoxes des Américains mis à nu»
Mettant en exergue le «déficit d’humanisme» de certains détenteurs de l’arme nucléaire et d’autres armes de destruction massive, Ahmadinejad rappelle les différents crimes exécutés ou orchestrés par les Américains et leurs alliés dans l’histoire contemporaine. Par une véritable synthèse des horreurs, d’Hiroshima aux massacres en cours en Afghanistan ou en Irak, l’orateur donne avec force détails des informations peu répandues telles que l’utilisation de déchets nucléaires en Irak par l’occupant ou le nombre affolant de têtes nucléaires pointées par la plus grande puissance du monde et visant des objectifs vitaux des pays ciblés. Certain d’une large approbation devant une audience attentive à ce récit sur les monstruosités de la menace nucléaire, le président iranien n’a pas eu de mal à prouver les contradictions flagrantes entre les discours des détenteurs de la bombe atomique qui veulent empêcher toute maîtrise de l’énergie nucléaire chez les pays non détenteurs de ces effrayantes armes et signataires du Traité de non-prolifération. Une opposition à des ambitions pacifiques tandis que ces fournisseurs en combustibles et technologie n’hésitent pas à appuyer le développement de l’atome chez des pays qui défient le TNP et possèdent l’arme atomique. Le leader iranien se pose alors la question : «Jusqu’à quand va-t-on laisser Israël ignorer le TNP ?» Et de marteler, après chaque démonstration sur l’hypocrisie occidentale, qu’«il faut dénucléariser le monde pour sécuriser l’humanité». S’adressant aux politiques américains et à leurs soutiens, il déclare solennellement en provoquant une vive émotion dans la salle : «L’ère de l’arme nucléaire est révolue, vous devez en finir avec les rêves de domination et de profit éternel de nos richesses que vous ont légués vos prédécesseurs et les jeter dans la poubelle de l’histoire.»
Réformer l’AIEA
Sur un plan plus pratique, le président iranien suggère de réformer en urgence l’AIEA, l’Agence internationale de l’énergie atomique, «utilisée, à l’instar du Conseil de sécurité de l’ONU, comme un outil de répression injuste au service des Américains». Il propose par exemple la suspension des membres qui détiennent l’arme atomique pour remettre de la logique dans le principe de promotion du nucléaire civil, ce qui devait être la réelle vocation de l’AIEA. «Un rôle qui a produit l’effet inverse ces dernières années et encouragé la course à l’armement tant le sentiment d’injustice et le déficit de crédibilité a été manifeste», ironise le tribun. Cependant, Ahmedinejad n’omettra pas de rappeler que son pays collabore étroitement avec l’AIEA malgré ses dysfonctionnements. Il évoque plus de 4 500 contrôles par an en plus de caméras braquées sur les installations. Une omniprésence qui n’a jamais permis de conclure avec des preuves sur une déviation du programme civil, comme l’a signifié Salehi Ali Akbar à la tête de l’organisation iranienne de l’énergie atomique : «L’AIEA a confirmé plus de 20 fois que notre programme n’est pas déviant.» C’est donc dans le sillage de cette critique constructive au sujet de la désinformation occidentale que les interventions des participants sont venues renforcer cette conviction que l’ordre établi en matière nucléaire ne peut rien garantir de bon pour la planète. Les ministres syrien, irakien, libanais et omanais des Affaires étrangères ainsi que bien d’autres intervenants ont abondé dans le sens d’une nécessaire prise en charge de la dénucléarisation sans attendre en instituant des mécanismes juridiques pour la rendre effective.
L’incontournable partage du nucléaire civil
Par-delà ce message contre le nucléaire militaire et autres armes non conventionnelles et de destruction massive, s’est affirmée lors des prises de parole des représentants des divers pays ayant engagé des programmes sur l’atome ou non la prise de conscience générale que le nucléaire civil et pacifique s’impose à l’échelle de la planète pour dépasser l’époque des énergies fossiles. À ce propos, le président iranien a été aussi explicite : «En raison de la pollution, du réchauffement climatique, du coût des énergies fossiles, de l’intérêt du nucléaire dans la médecine et de l’industrie, nous devons inévitablement nous tourner vers l’utilisation généralisée de cette énergie atomique.» Des propos qui expliquent le succès de cette réunion qui a réussi à rassembler tant de pays malgré une pernicieuse diabolisation permanente de l’Iran, œuvre des Etats-Unis et de leurs satellites inconditionnels. La conférence de Téhéran semble contredire une fois pour toutes la coupable théorie qui prétend que des pays sont plus responsables que d’autres, une théorie paternaliste entretenue par les Occidentaux. La suite des travaux aujourd’hui ici à Téhéran devrait confirmer ce succès iranien contre la propagande atlantiste qui piège un débat qui concerne toute l’humanité.
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18th April 2010 00:21 #1
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Nordine Mzalla :
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19th April 2010 00:36 #2
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Ghania Oukazi :
Lundi 19 Avril 2010 -- Plus de 56 Etats sont représentés à la conférence internationale sur le désarmement qu'abrite Téhéran dont certains le sont par leur ministre des Affaires étrangères. C'est le cas de la Syrie, du Liban, de l'Irak et du sultanat d'Oman. Les observateurs reconnaissent que l'Iran a réuni à cette conférence «tous les pays qui ont un rôle, des positions claires et des principes en matière de désarmement, notamment ceux de l'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine». Il est surtout admis que «le choix des politiques iraniens est sélectif». L'Iran tente de ramener à lui les pays qui lui serviront d'appui pour s'imposer en tant que nouvelle force dans la région. Ses velléités de paraître, en outre, comme acteur incontournable dans le règlement des conflits dans la région, entre autres l'Afghanistan et l'Irak, ne sont plus à démontrer. Si ses invitations à la conférence ont été sélectives, elles l'ont été tout autant que celles des Etats-Unis pour le sommet de Washington. L'Iran en a bien été exclu. L'on susurre dans les coulisses que la présence des Occidentaux n'était pas du tout désirable. Mais dans son allocution d'ouverture, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mouchaher Moutaki, a fait savoir à l'assistance que son pays a transmis des invitations à plusieurs pays européens mais qu'ils n'ont pu faire le déplacement après l'éruption du volcan en Islande. Moutaki s'attend à ce que certains d'entre eux puissent venir aujourd'hui. L'on remarquera cependant, la présence du représentant du royaume d'Autriche. Mais l'on s'empresse vite de souligner que l'Autriche reste ce pays européen qui est foncièrement contre les armes nucléaires. La présence des vice-ministres russe et chinois a été fortement remarquée et commentée. Elle consacre une signification politique importante à l'événement. Elle rappelle surtout que les discussions et les négociations internationales sur le désarmement nucléaire se font selon les intérêts politiques, économiques et géostratégiques des puissants de ce monde.
«Israël pollue le Moyen-Orient»
L'entrée des délégations au centre international des conférences situé au nord de Téhéran a été faite sous très haute surveillance. Il faut dire que la présence du président iranien à l'ouverture de la conférence a obligé à la mise en place d'un dispositif sécuritaire impressionnant. Après l'hymne national et les versets coraniques, les travaux ont été ouverts par le MAE iranien, Moutaki. C'est Ali Akbar Wilayati, haut conseiller du guide suprême de la révolution, qui prendra la parole avant Ahmadinejad. Il énumérera «les bienfaits de l'utilisation pacifique du nucléaire pour répondre aux vastes besoins de l'humanité dans le domaine médical, industriel et économique.» C'est dire, souligne-t-il, que «l'enjeu est bien grand pour permettre aux peuples de bénéficier de ce droit et de l'exploiter pour le bien des générations futures.» Il estime qu'Israël pollue la région du Moyen-Orient et sa détention de plus de 200 têtes nucléaires avec ce que détiennent des Etats-Unis et ce que stockent beaucoup d'autres pays comme armes nucléaires fait peser une menace permanente sur le monde. En tant qu'autorité religieuse, il se fera un devoir de souligner que l'islam interdit la fabrication de l'arme nucléaire. Le président Ahmadinejad lui succédera à la tribune pour recommander à ce qu'Israël soumette ses installations nucléaires à l'inspection de l'AIEA. Pour lui, aucun signe d'amélioration en matière de désarmement ou de sécurité dans le monde n'est perceptible. «Le Conseil de sécurité n'a pas réussi dans sa tâche de sécuriser l'humanité», a-t-il soutenu. «L'AIEA n'a pas elle aussi réussi dans sa tâche d'empêcher les Etats de moderniser leur arsenal nucléaire.» Pour lui, l'AIEA, «au lieu de désarmer, s'est transformée en levier d'oppression contre les Etats en les privant de leur droit légitime d'utiliser pacifiquement le nucléaire.» Un droit qui permettra aux nations de détenir la technologie et de se développer. «Les Etats-Unis le savent mais refusent de l'admettre pour empêcher les peuples de se développer», a-t-il affirmé. Si, a-t-il ajouté, les Américains ont gagné la guerre mondiale, ils ont aussi facilité les moyens de multiplication des armes nucléaires qui ont atteint aujourd'hui plus de 20.000 têtes dont près de 2.500 sont dirigées sur des objectifs vitaux pour le monde entier.
«Nous avons enrichi l'uranium devant les caméras de l'AIEA»
Ahmadinejad rappelle que les Etats-Unis non seulement ont utilisé l'arme nucléaire mais menacent de l'utiliser encore, allusion faite aux dernières déclarations d'Obama à ce propos. Son message aux Américains, «ils doivent savoir que l'époque de l'arme nucléaire est révolue, le recours à cette arme et leurs menaces montrent leur fausseté (…).» Se plaçant dans une perspective géostratégique nouvelle, Ahmadinejad déclare que «l'avenir appartient aux peuples bien vaillants et purs.» Il rappelle que le slogan de la conférence de Téhéran le montre bien. «La technologie nucléaire pour tous, l'arme nucléaire pour personne,», scandent les Iraniens. Entre autres propositions formulées par le président iranien, la révision du TNP doit être réalisée par des pays indépendants ne détenant pas l'arme nucléaire «parce que les autres empêcheront la conclusion d'un accord juste et équitable.» Il propose de modifier la structure du Conseil de sécurité «qui est injuste et illégale au profit des pays atomiques.» Il veut que le droit de veto soit aussi détenu par des pays d'Asie, d'Afrique «pour créer une confiance.» Aux journalistes, le représentant iranien à l'AIEA précisera que «cette réunion est un message à Washington (...) pour dire que l'Iran œuvre pour changer les choses.» À une question d'un confrère du Jeune Indépendant sur l'enrichissement de l'uranium, Soltani répond «nous avons enrichi de l'uranium à 20%, on l'a fait et on le fera encore, nous l'avons fait devant les caméras de l'AIEA.» Le chef de la sécurité iranienne, Jalali, a remis en cause la lutte des Américains contre le terrorisme en les qualifiant d'incapables pour le faire. «Comment l'humanité peut-elle leur faire confiance», s'est-il interrogé. Il fera savoir que l'Iran organisera dans trois mois une réunion ministérielle sur le terrorisme «pour situer le véritable terrorisme dans le monde.» Les Iraniens sont convaincus que la plus grande menace terroriste et nucléaire dans le monde est le régime sioniste.
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19th April 2010 00:37 #3
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Ghania Oukazi :
Lundi 19 Avril 2010 -- L'Algérie appelle à l'universalisation des conventions et traités relatifs aux armes de destruction massives (ADM) et à l'initiation d'une approche équilibrée des trois axes consignés dans le traité de non-prolifération (TNP) à savoir le désarmement, la non-prolifération des armes nucléaires et le droit légitime de l'utilisation pacifique du nucléaire. Composée de six hauts fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères et de l'Energie et des mines ainsi que du directeur général du Commissariat à l'énergie atomique (COMENA), l'Algérie, estiment les diplomates, « est bien représentée » à la conférence internationale sur le désarmement qu'organise, depuis hier, l'Iran dans sa capitale, Téhéran. « C'est une des plus grandes délégations qui sont présentes à cette conférence, elle est composée de tous les partenaires nationaux intervenant dans le dossier du nucléaire et de la sécurité », est-il souligné. C'est le directeur général des affaires politiques et de la sécurité internationale au ministère des Affaires étrangères, Dani Benchahra, qui a fait état aux conférenciers de la position de l'Etat algérien sur le désarmement. Dans la déclaration qu'il a lue en plénière dans l'après-midi de la première journée, Dani a, en fait, rappelé ce que l'Algérie avait soutenu au dernier sommet de Washington sur la sécurité et le nucléaire et aussi à la réunion ministérielle qui s'était tenue sur le même thème à Paris. La déclaration algérienne a aussi fait référence à l'esprit de la première résolution onusienne adoptée en 1946 qui considère que la détention de l'arme nucléaire est contraire au droit international, ainsi qu'aux obligations faites aux Etats dans le cadre du Traité de non-prolifération (TNP). Traité que l'Algérie a ratifié, pour rappel, en 1995. « Si les Etats-Unis et la Russie sont convenus de signer ensemble les accords Start, il n'existe aucun instrument international qui permet de suivre le processus de désarmement et de prouver que ce processus est vérifiable et irréversible, » a souligné l'orateur. Dani mettra en exergue le paradoxe qui existe entre le bon vouloir de signer ce genre d'accords et l'existence en même temps d'armes nucléaires de deuxième génération, c'est-à-dire modernes et sophistiquées. « Ce qui est, dit-il, en contradiction avec l'article VI du TNP. » L'Algérie insistera par la voix de son représentant à la conférence iranienne sur la ratification du traité interdisant les essais nucléaires (CTBT). «9 pays ne l'ont pas encore ratifié dont les Etats-Unis. Ce qui ne permet pas au traité d'entrer en vigueur », affirme le conférencier. Dans la perspective de la réactivation de la conférence de Genève «après un blocage de 12 ans », l'Algérie propose aux représentants des Etats présents en Iran, l'entreprise d'un certain nombre d'actions concrètes pour ne pas faire du désarmement un terme creux. L'on retiendra en premier, son appel à « l'universalisation des conventions et traités sur les armes de destruction massive », c'est-à-dire leur paraphe par les nombreux pays réfractaires dont notamment ceux détenteurs de l'arme nucléaire. Elle propose, en outre, l'initiation d'une approche équilibrée des trois piliers contenus dans le TNP à savoir le désarmement, la non-prolifération et le droit au nucléaire civil et pacifique.
Propositions algériennes en prévision de la révision du TNP
Le diplomate algérien précisera que l'Algérie a présidé une conférence sur ces questions où ont été retenues pas moins de 13 mesures pratiques. Mesures sur lesquelles Alger propose aujourd'hui de faire le point aux fins de les réactualiser en fonction des nouveaux défis et enjeux qui marquent le monde actuel. Autre proposition algérienne, la promotion de la coopération entre les Etats dans le domaine du nucléaire civil, faire du Moyen-Orient une zone exempte d'armes nucléaires, faire obligation à Israël d'adhérer au TNP. L'Algérie propose enfin l'entrée en vigueur du traité de Perlindaba (Afrique du Sud) qui a été signé en juillet 2009. La déclaration algérienne a certainement pris en compte ce qui a été retenu par la dernière conférence de Washington et de Paris et ce qui le sera dans celle-là de Téhéran. Les propositions de l'Algérie ont été, en fait, formulées en prévision de la réunion qui se tiendra en mai prochain à New York et que le Conseil de sécurité consacrera à la révision du TNP. L'absence du ministre algérien des Affaires étrangères à Téhéran a été justifiée par des contraintes d'agenda. L'on rappelle que Mourad Medelci a participé au dernier sommet qui s'est tenu à Washington sur la sécurité et le nucléaire, en tant que représentant du président Bouteflika. Le président de la République n'a probablement pas jugé utile de participer à ce sommet à un moment où les déclarations d'Obama ne sont pas pour apaiser les esprits. Ce qui se passe actuellement en Palestine occupée comme violations du droit international par Israël a dû aussi dissuader Bouteflika de partir à Washington. Il faut admettre néanmoins que l'Algérie préfère pour l'instant rester discrète sur des questions aussi sensibles que le dossier du nucléaire. Pour plus de cohérence, elle a décidé des différents niveaux appelés à la représenter dans les événements internationaux traitant du sujet.
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20th April 2010 00:33 #4
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Ghania Oukazi :
Mardi 20 Avril 2010 -- Le désarmement des pays «atomiques», notamment Israël, a été retenu par la conférence comme une exigence absoluepour l'instauration de la paix et de la sécurité dans les régions sensibles du monde, à commencer par celle du Moyen-Orient. La révision du Traité de non-prolifération (TNP) devrait en être un des instruments. En organisant une conférence quelque peu «sélective», comme le confirment les diplomates, sur le désarmement, l'Iran a réussi dans un premier temps à prendre le pouls d'une partie du monde qu'il souhaiterait prendre comme allié pour arracher son droit - et le leur par la même occasion - d'utiliser pacifiquement le nucléaire. L'Iran a choisi ainsi de mettre de son côté notamment les pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Pays que les puissants de ce monde regroupent, en quelque sorte, sous l'étiquette des «damnés» de la terre. Le pays d'Ahmadinejad a réussi le pari d'avoir comme participants deux hauts responsables de deux pays détenteurs du veto au sein du Conseil de sécurité. Il s'agit bien de représentants de haut rang dans les gouvernements russe et chinois. D'autres invités, «non officiels» ceux-là, mais européens, étaient aussi dans la conférence. Il y avait en effet un ancien diplomate autrichien, un autre italien et un troisième bulgare.
Samedi dernier, jour de l'ouverture de la conférence, la teneur du discours prononcé par le président iranien a semblé faire l'unanimité au sein des représentants de plus de 56 pays qui ont bien voulu faire le déplacement à Téhéran. Pour preuve, toutes leurs interventions ont convergé vers les mêmes grands principes énoncés par Ahmadinejad. Principes que les organisateurs de la conférence ont synthétisés en un seul et unique slogan, à savoir «la technologie nucléaire pour tous, l'arme nucléaire pour personne». C'est en effet ce qui est ressorti avant-hier des allocutions des ministres des affaires étrangères syrien, irakien, libanais, omanais, et aujourd'hui celui de l'Indonésie. L'Algérie a elle aussi fait entendre sa voix par une déclaration dont la teneur ne diffère pas de celles qui l'avaient précédée. Des responsables d'importantes institutions, à l'exemple du chef de la sécurité de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), avait souligné en substance que « nous devons détruire l'armement nucléaire, autrement, c'est lui qui nous détruira.» La conférence a même fait lire deux messages qui lui ont été envoyés vendredi dernier, l'un par le maire de Kawasaki et le second par le maire d'Hiroshima, deux villes japonaises broyées par les effets de la bombe atomique américaine. Le ministre libanais des Affaires étrangères avait affirmé, un peu avant, qu'en 2002, les pays «atomiques» ont dépensé plus de 1,46 milliard de dollars pour les besoins de modernisation de leurs arsenaux nucléaires. «C'est énorme, mais les dégâts que peuvent causer ces armes n'ont pas de prix », a-t-il souligné. Avant lui, le MAE irakien a prévenu que «toute menace contre ce voisin qui nous est cher, qui est la République islamique d'Iran, va provoquer un désastre dans la région». Le haut conseiller du Guide suprême de la révolution a, tout à fait à l'ouverture de la conférence, affirmé que « l'Islam déclare ces armes illicites. Le guide suprême (ayatollah Khamenei) a d'ailleurs pris une fatwa à ce sujet». Le décor est donc planté pour l'enclenchement d'un processus du repositionnement planétaire.
«Israël, un danger pour l'humanité»
Seulement, pour pouvoir mettre en œuvre le slogan de la conférence iranienne, il faut un certain nombre de préalables, et non des moindres. « Faire du droit légitime de l'utilisation pacifique du nucléaire un héritage pour l'ensemble des nations», comme l'a souligné le MAE du sultanat d'Oman, exige une dénucléarisation du monde. Les Etats-Unis et Israël sont eux en particulier, comme le confirme la conférence, à qui incombe la responsabilité de la déstabilisation du monde par le moyen des guerres, des injustices et de l'impunité. « L'obligation doit être faite à Israël pour faire inspecter ses installations nucléaires par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)», entendons-nous dire tout au long des travaux qui ont duré deux jours. Il faut admettre que l'Iran s'en sort ainsi renforcé dans ses convictions et surtout dans ses politiques stratégiques. Téhéran a réussi à les partager avec plus de 56 Etats en l'espace d'une conférence. Il est clair qu'une fois rentrés chez eux, les gouvernants de ces Etats auront la latitude de décider des suites à donner à ce qui a été retenu en Iran et d'en déterminer les moyens, les niveaux d'intervention ainsi que le choix des partenaires directs dans les négociations qu'ils seront appelés à mener. Si obliger Israël à se faire inspecter par l'AIEA est un préalable à toute idée de paix et de sécurité dans la région du Moyen-Orient et, par effet de conséquence, dans les parties sensibles du monde comme l'Irak et l'Afghanistan, celui-ci ne peut être concrétisé que sous d'autres conditions encore plus dures à réunir. Il s'agit, comme le réclame la conférence, de la révision, «comme il se doit» du Traité de non-prolifération, prévue par le Conseil de sécurité à New York le mois prochain, pour en faire «un traité juste et efficace». Aussi, les Etats demandent-ils à ce que l'Asie et l'Afrique bénéficient d'un droit de veto pour pouvoir avoir « droit à la parole et à la décision», ce qui implique une révision des textes régissant le Conseil de sécurité et une réforme de ses structures comme souhaité depuis longtemps. Il est recommandé en plus la redéfinition du rôle et des missions de l'AIEA, une agence qui «n'a pas réussi dans sa tâche de dénucléariser le monde».
Les exigences pour un nouvel ordre mondial
La politique de deux poids deux mesures que la conférence dénonce pourrait ainsi s'atténuer pour laisser place à plus d'égalité et de justice dans le monde. Il faut aussi, autre demande, obliger les pays réfractaires à adhérer au TNP. La conférence réclame au-dessus de tout - comme l'a fait l'Algérie dans sa déclaration-la mise en œuvre d'un mécanisme pour obliger les pays «atomiques» à se désarmer. Il s'agit d'un instrument international que les nations doivent trouver par voie de consultations et de négociations, qui leur permettra de faire le suivi, l'évaluation et la vérification du processus de désarmement, une fois bien mis en route. Cette revendication est nécessaire à l'exécution des accords Start signés entre les Etats-Unis et la Russie et dont la mention «non contraignants» qui les accompagne sème de profonds doutes quant à la volonté des deux pays de véritablement les respecter. À condition, bien sûr, qu'il soit aussi fixé une date butoir à ce processus de désarmement nucléaire, comme c'est le cas pour les armes de destruction massive (ADM) qui doivent en principe disparaître d'ici à 2012. Tout un programme, vaste, complexe, compliqué et difficile à élaborer en raison des profondes divergences des intérêts politiques et économiques des uns et des autres blocs. La conférence de Téhéran s'est bien voulue être «un message à Washington», comme l'a dit Ahmadinejad dans son discours. À chacun son camp, à chacun sa cour, ses groupes de pression conformément à ses visions et visées géostratégiques. La conférence a déjà prévenu qu'elle négociera la révision du TNP pour faire du désarmement, de la non-prolifération et du droit à l'utilisation pacifique du nucléaire, deux fondamentaux que l'ensemble des pays doivent respecter. Ceci pour faire en sorte que les intérêts des uns et des autres ne s'entrechoquent pas. En attentant que ces «nobles» objectifs soient atteints, rien ne dit que la planète n'enregistrera pas l'émergence d'autres puissances nucléaires. Les géostratèges l'inscrivent dans la future reconfiguration de la planète. C'est aussi ce qu'ils appellent le nouvel ordre mondial. Né d'une histoire de plus de 6.000 ans, situé sur un plateau gorgé de ressources naturelles, renforcé par des atouts géostratégiques immenses, l'Iran est bien placé pour prétendre en être un acteur de premier ordre.
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20th April 2010 00:34 #5
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Mardi 20 Avril 2010 -- Tombée de rideau dimanche dernier sur la conférence internationale sur le désarmement qui s'est tenue à Téhéran. C'est le MAE iranien qui a fait lecture à l'assistance des solutions de l'ensemble des travaux qui ont duré deux jours. Elle se résume en 12 points. À sa rencontre avec la presse, il a tenu avant tout à souligner que cette conférence de Téhéran n'est ni une attaque, ni une réponse, ni une confrontation avec qui que ce soit. «Ce n'est pas un projet contre un autre », a-t-il dit, faisant allusion au dernier sommet de Washington. L'essentiel pour lui est que ce rendez-vous soit « un message clair à l'appui d'une logique forte et défendable.» Il est persuadé que «le train du désarmement a démarré, il rencontrera des obstacles et des difficultés sur son chemin mais la puissance de sa locomotive est composée de pays engagés à respecter les règlements internationaux et décidés à aplanir ces difficultés pour atteindre leur objectif du désarmement». La révision du TNP et des missions de l'AIEA figure en évidence comme préalable à ce combat. Mouchehir Mouaki rappellera que l'agence a eu à rédiger des rapports dans lesquels elle reconnaît que l'Iran ne fait pas de nucléaire militaire. «Mais jusqu'au dernier jour d'El Baradei à sa tête, elle ne les a jamais publiés.» Il estime que «celui qui fait semblant de dormir, on ne peut le réveiller.» «Est-ce que la participation de la Russie et de la Chine à la conférence de Téhéran vous met en confiance pour ne pas craindre un consensus au sein du Conseil de sécurité autour de sanctions contre l'Iran?», lui avions-nous demandé. «Nous avons un dialogue constructif avec ces deux pays, mais aussi avec ses 14 membres d'une manière directe et avec son 15e membre, d'une façon indirecte. Nous espérons que nous allons arriver à une entente sur le désarmement. On sait que cela prendra du temps. Mais pour y arriver, il faut mettre en place des mécanismes et un calendrier précis,» nous a-t-il répondu. Il affirme que «le désarmement est devenu une demande mondiale. Genève sera chargé d'en élaborer les textes; nous y travaillons depuis trois ans, nous avons fait un bon travail, il faut qu'on trouve une solution à la peur qui hante le monde.» Le MAE iranien fait savoir que « dans une dizaine de jours, nous allons reprendre le dialogue sur ces questions avec la Russie, la Chine, le Liban et l'Ouganda. Et dans un avenir proche, nous allons proposer un travail dans le cadre du dialogue avec le Conseil de sécurité». Téhéran prépare déjà «la poursuite de cet effort», dit Moutaki, en prévoyant d'organiser une deuxième conférence dans la moitié du mois d'avril 2011.







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