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  1. #1
    Al-khiyal is online now Super Moderator
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    Abdennour Benantar :


    Dimanche 20 Mars 2011 -- Les révoltes arabes confirment deux choses que l’on savait déjà mais la stabilité précaire des états arabes ne permettait pas d’en mesurer l’ampleur. Elles confirment que la sécurité nationale dans le monde arabe se résume à celle du régime en place, à celle de la famille régnante pour les monarchies et à celle de la minorité stratégique pour les républiques. L’absence de notion de sécurité nationale montre à quel point des dirigeants sont disposés à sacrifier l’Etat au profit du régime. Cette confusion, créée et entretenue, entre Etat et régime fait que les dirigeants élèvent toutes manifestations ou émeutes au rang de menace stratégique à leur survie. Et puisque le dirigeant arabe est à la fois prince et imam, il met en garde contre la fitna. Curieusement, la fitna est accolée seulement à ceux qui s’opposent au statu quo. Le discours religieux est ainsi mobilisé pour délégitimer la révolte et la région sombre dans des guerres de fetwa et contre-fetwa, comme ce fut le cas lors de précédentes crises régionales (guerres du Golfe et invasion de l’Irak).

    Les révoltes confirment aussi que la fonction de l’armée dans ces pays et peu conventionnelle. Logiquement, la mission assignée à toute armée est d’agir contre l’ennemi extérieur, celui qui menace la sécurité nationale. Mais puisque celle-ci est réduite à celle des gouvernants, il est logique que l’armée vienne à leur secours. Et même lorsque des armées arabes sont engagées dans des dispositifs de défense commune, on leur assigne une fonction policière pour la protection des régimes. Le cas de l’intervention des forces du Conseil de Coopération du Golfe à Bahreïn témoigne de cette dérive historique des armées arabes qui perdent face à l’ennemi (extérieur) et s’enlisent dans des répressions locales. Voilà qu’une force commune destinée, théoriquement, à protéger les émirats contre des menaces régionales de grande ampleur se voit confiée une mission de répression de manifestants. L’appareil répressif national peut désormais compter sur un appareil répressif régional. De plus, pourquoi dépenser autant d’argent pour acquérir des armements sophistiqués si la finalité est leur utilisation dans la répression localement. Le cas de la Libye est à cet égard lourd de sens et de conséquences. Kadhafi emploie des armements lourds et des moyens aériens selon des schémas de guerres interétatiques pour finir à bout de manifestants, devenus, par la force des choses, des insurgés. Des rebelles. L’attitude des armées tunisienne et égyptienne restera-t-elle l’exception qui confirme la règle ?

    Au plan régional interarabe, le précédent bahreïni est de mauvais augure. Imaginons en effet un instant la nature des relations entre un «nouveau» Bahreïn et l’Arabie Saoudite. Ce qui se jeu à Manama n’est donc pas seulement l’avenir du régime en place mais aussi la nature des relations entre les monarchies du Golfe. Animée par la logique de la sécurité du régime, l’Arabie Saoudite risque d’ouvrir la boite de Pandore dans la région qui finira par avoir le contraire de l’effet initialement escompté. Les deux cas libyen et bahreïni montrent à quel point l’espace arabe demeure une zone d’intervention – interne et externe – par excellence. En Libye on veut intervenir pour sauver la population contre le régime (opération internationale de maintien de l’ordre), et à Bahreïn on est intervenu pour sauver le régime contre la population (opération interarabe de maintien de l’ordre). Or, dans les deux cas, toute proportion gardée, il s’agit d’aspirations à la liberté et à la démocratie. Certes, le régime libyen est-allé nettement plus loin que le régime bahreïni, mais au fond c’est une différence de degré et non de nature.

  2. #2
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    Abdennour Benantar :


    Mardi 22 Mars 2011 -- L’exigence éthique impose que l’on apporte son soutien à tous ceux qui, en luttant contre l’autoritarisme, aspirent à la liberté et à la démocratie. Toutefois, cette exigence éthique pose un problème politique majeur : un État qui ne se soucie guère de l’éthique à domicile ne peut la prendre en compte lorsqu’il s’agit de l’autre, immédiat ou lointain. De plus, si un État affiche son soutien à des mouvements de révoltes, il invite de ce fait son propre peuple à se soulever, à faire de même. C’est pourquoi, on ne peut pas s’attendre à ce que le régime yéménite, par exemple, secoué par un soulèvement populaire, soutienne les revendications démocratiques ailleurs.

    Logiquement, tous les États arabes ne peuvent apporter leur soutien à des mouvements de révoltes démocratiques dans la région car s’ils le font, ils doivent assumer les conséquences et accepter de subir l’effet domino. En somme, on ne peut pas interdire les manifestations et fustiger les manifestants à domicile et soutenir la revendication démocratique chez le(s) voisin(s). On ne peut pas non plus faire prévaloir des spécificités nationales pour se convaincre de la non‑validité de l’hypothèse – avérée – de la contagion régionale. Cette politique de deux poids, deux mesures – réprimer à l’intérieur et soutenir à l’extérieur – (contrairement aux démocraties occidentales, démocrates à l’intérieur mais qui soutiennent des forces anti‑démocratiques à l’extérieur) n’est pas tenable en raison de la contagion régionale, même si nombreux sont les États arabes qui se livrent à ce grand écart.

    Pour mieux cerner les attitudes de ces États, on peut proposer une typologie en trois catégories. La première catégorie est représentée par l’Arabie Saoudite dont le régime intervient à Bahreïn pour sauver le régime local et met en garde, voire menace, les Saoudiens contre toute aventure démocratique dans les rues (intolérance à l’intérieur). L’attitude du Qatar s’inscrit plus au moins dans la même démarche, un verrouillage interne et un interventionnisme à l’extérieur (participation symbolique à l’intervention en internationale en Libye). Certains États soutiennent la résolution du Conseil de sécurité et participent à l’opération contre la Libye pour lui fournir une légitimité arabe mais surtout pour se faire oublier. Leur situation ressemble bien à celle de régimes africains issus de coups d’État que l’on a chargé de chasser des putschistes du pouvoir de certains pays africains !

    La seconde est représentée par l’Algérie et la Syrie, intolérantes à l’intérieur et qui refusent toute intervention étrangère dans les affaires des États arabes. Cette catégorie se caractérise par sa position minoritaire, par le poids de ses deux acteurs et par l’absence de monarchies. Enfin, la troisième catégorie est celle des États qui sont tous intolérants à l’intérieur et qui refusent l’intervention étrangère mais ont tout de même voté la résolution de la Ligue arabe pour l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au‑dessus de la Libye et soutiennent donc celle du Conseil de sécurité (avec ses conséquences sur le terrain). Le principal dénominateur commun entre tous ces États, toutes catégories confondues, est l’intolérance vis‑à‑vis de la revendication démocratique.

  3. #3
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