Dimanche 22 Avril 2007 -- Il est temps «d’exhumer» et de mettre à jour le projet «de la loi 2003» relatif à la santé publique qui consacre tout un chapitre au volet social. Projet de loi très intéressant, selon le professeur Belkhodja qui rappelle que le texte en question est tombé en désuétude au lendemain de la crise politique de 2003 qui avait conduit à la démission de tous les ministres pro- Benflis.

Projet de loi repris et modifié sans l’avis des experts et des spécialistes qui avaient contribué à l’élaboration de la première mouture. Le professeur Belkhodja qui, hier participait à une conférence-débat dans le cadre «d’une campagne de sensibilisation autour des propositions des partis politiques relatives aux questions féminines», estime aussi qu’il est temps de revoir la formation des médecins généralistes et des sages-femmes. Un avis qu’elle a eu à motiver pour faire comprendre aux représentantes des partis politiques qui ont «animé» le débat qu’il est temps de légiférer et de défendre des positions en collant à l’évolution de la société et non en fonction des points de vue des formations politiques auxquelles elles appartiennent.

Celles qui ont répondu à l’invitation du Centre d’information et de documentation sur les droits de l’enfant et de la femme (Ciddef), initiateur de la conférence, devaient exposer la vision de leurs partis respectifs concernant la problématique de la santé et du travail. Seuls le FLN, le FNA et le RCD ont répondu à l’invitation. Le RND, le MDS et le MSP n’ont pas jugé utile de prendre part à cette rencontre, véritable espace d’échange entre la société civile et les partis politiques.

Aucun sujet n’est tabou, y compris celui de l’avortement thérapeutique et l’accès aux moyens contraceptifs aux jeunes filles et aux femmes non mariées. Il a été signalé à l’occasion que de nombreuses PMI continuent à exiger le livret de famille à celles qui s’y présentent pour demander un moyen contraceptif. Un dérapage selon une des participantes qui rappelle que la loi n’exige en aucun cas la présentation d’un quelconque document pour prouver la situation civile de celle qui aspire à prendre la pilule. Ce qui amène à parler de l’avortement thérapeutique et du recul enregistré dans notre pays.

Faisant référence à «la fetwa Guidoum» qui avait, alors qu’il était ministre de la Santé, autorisé l’avortement des femmes violées par les terroristes, le professeur Belkhodja, rejointe dans son avis par quelques représentantes des associations de femmes, considère qu’il faut rester sur le qui-vive quand il s’agit de questions sensibles en exploitant toutes les brèches qui s’ouvrent.

Récemment, un représentant du ministère des Affaires religieuses, interrogé sur la question de l’avortement, a jugé utile de préciser que durant les 40 premiers jours d’une grossesse le fœtus n’avait pas d’âme. Un argument que l’on doit servir à ceux qui rechignent à pratiquer un avortement thérapeutique.

Au cours de cette rencontre qui fait ressortir le fait que les partis politiques n’ont pas d’avis tranché, ni de démarche en ce qui concerne un certain nombre de situations aux prétextes que nous sommes dans un pays musulman, les représentantes des associations féminines n’ont pas manqué d’idée pour une prise en charge réelle de la santé de la femme et de la population. Elles souhaitent, entre autres, la systématisation des bilans de santé pour dépister à temps toute maladie car «les femmes otages de contraintes familiale, professionnelle et sociale, ne consultent que quand elles sont mal en point».

Autre recommandation, des journées gratuites pour le dépistage du cancer du sein. Une proposition motivée par le fait qu’il est de plus en plus difficile de faire une mammographie dans le secteur public si l’on n’a pas «son» réseau et qu’il est coûteux de le faire chez le privé quand on sait que sur les 3000 DA d’une mammographie, la Cnas ne rembourse que 300 DA.