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  1. #22
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    Samedi 15 novembre 2008 -- Si la direction de l’hôpital venait à accélérer le processus d’acquisition des réactifs, la cytogénétique démarrerait incessamment au CHU de Constantine et précisément au service d’histologie, selon son responsable, le professeur A. Sekhri. De fait, le matériel devant permettre d’élaborer le caryotype (représentation photographique des chromosomes, qui permet de déceler d’éventuelles anomalies dans leur structure) et qui a coûté la bagatelle de 5 millions de dinars, attend le coup de starter des responsables sanitaires. «Ce sera une première dans une structure du rang de CHU. Le diagnostic rapide permettra aux malades d’être pris en charge illico presto. La majorité des services vont bénéficier de cette technologie qui a tardé à voir le jour, mais nous restons fiers de l’avoir introduite au CHU», se félicite le professeur. «On ne veut pas entamer une opération pour la freiner dans si peu de temps. Cela dit, je demeure toujours dans l’attente des produits. A cet effet, le directeur de l’hôpital en a été saisi. Une fois le laboratoire opérationnel, il ne serait pas permis d’invoquer aux patients concernés une quelconque défaillance qui incomberait aux gestionnaires», ajoutera-t-il. Mieux, le service d’histologie, lié à l’hôpital de Strasbourg (France) par convention, échangera on line les résultats en cas de suspicion des bilans. Sur un autre registre, le caryotype permettra un diagnostic prénatal au 1er trimestre de la grossesse. «En cas d’anomalie chromosomique dans des cellules amniotiques, on devra recourir à l’interruption de la grossesse», explique notre interlocuteur.

    Par ailleurs, ce même service entamera, d’ici la nouvelle année, la procréation médicale assistée (PMA), qui entre dans le cadre du programme national de reproduction. Il sera le premier à l’échelle nationale, et au Maghreb, à lancer la procréation de bébés in vitro. C’est à la suite de l’instruction n°300 du 15 mai 2000 qui «fixe les bonnes pratiques cliniques et biologiques», et qui fait que la PMA verra le jour, si tout se passe bien, au début du mois de janvier 2009. «La réussite est probable à 25%», atteste M. Sekhri. Cependant, il semble que le matériel destiné à la PMA et qui a coûté 10 millions de dinars n’a pas encore été livré intégralement. «Il nous manque le microscope inversé», révèle notre source, qui met à l’index des personnes qui bloquent «tout effort au niveau du CHU quant à la mise en place de procédés réfléchis, en dépit de la bonne volonté du président de la République concernant son action relative à la réforme hospitalière». Un frein, selon notre interlocuteur, qui favorise sans aucun doute le secteur privé.

    Pour en revenir à la vocation du labo d’histologie, le professeur indiquera qu’il est chargé du dépistage et de la prévention du cancer du col de l’utérus, (le deuxième en Algérie), par une technique simple et peu coûteuse : le frottis (FCV). Là aussi, le dépistage est confronté souvent à un manque de réactifs, ce qui oblige les malades à chercher d’autres solutions onéreuses. «Il importe aux responsables de savoir gérer leur stock et prendre en considération nos prévisions, qui se font annuellement selon une approche étudiée.» Le service d’histologie, conventionné avec 6 autres CHU de l’est du pays, regroupe en son sein 12 maîtres assistants et plus de dix résidents. Le professeur Sekhri, qui est membre de la Société française de génétique à Strasbourg au sein de laquelle il a obtenu son diplôme, voudrait perfectionner cette équipe périodiquement. En somme, la génétique pourrait être à l’honneur au secteur sanitaire constantinois, pour peu que les responsables se décident à lever tous les verrous, telle l’indisponibilité de réactifs, qui bloquent son essor. Cela éviterait aux malades des déplacements contraignants en Tunisie ou d’aller vers les cliniques et laboratoires privés locaux. Il suffirait d’ouvrir la voie aux potentialités et compétences algériennes.

  2. #23
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    Lundi 29 Décembre 2008 -- Avoir un enfant à tout prix ! C’est le mot d’ordre des couples dont la stérilité est confirmée médicalement après avoir attendu plusieurs années que la nature s’exprime par une grossesse spontanée. Sans tabous ni complexes, ils se fient à la biomédecine qui les assistera à la procréation pour égayer enfin le foyer d’un bébé, mais aussi pour mettre un terme à une situation familiale difficile, compliquée par les immixtions de la belle-famille dans ce qui devrait être une affaire exclusive du couple. Depuis la naissance, le 26 juillet 1978 dans la banlieue de Manchester en Grande-Bretagne, de Louise Brown, le premier bébé conçu hors du corps de sa mère, les différentes formes de la fécondation in vitro se présentent comme l’ultime recours contre la stérilité. Plus d’un millier d’enfants ont vu le jour en Algérie grâce à cette technique en une quinzaine d’années. Les effets de l’infertilité sont certes réduits, mais pas totalement enrayés, puisque l’assistance médicale à la procréation n’aboutit à un bébé au berceau que dans 30% des tentatives (le taux de succès est de l’ordre de 15% à 20% par cycle). Au-delà de ce fait, le traitement par FIV est quelque peu contraignant du point de vue médical ; la ponction ovocytaire pour prélever les ovules chez la femme n’est pas sans douleur et le traitement astreint le couple à des arrêts de travail répétitifs, mais aussi financiers. Le coût global d’une tentative de FIV (acte et traitement) avoisine les 220 000 DA. Une somme importante dans un pays où le salaire minimum garanti est de 12 000 DA. D’autant qu’il est avéré que la PMA ne réussit, souvent, qu’au bout de la 2e, la 3e, voire davantage de tentatives. S’il a été précurseur en la matière en obtenant, en 1993, neuf naissances par fécondation in vitro au service PMA de l’hôpital Parnet (structure fermée en 1995), le secteur public peine à répondre à une forte demande sur les techniques de la procréation médicalement assistée. Il est suppléé dans ce domaine par les opérateurs privés. En moins de dix ans (la première autorisation du ministère de la Santé a été signée en 1999), huit cliniques privées, spécialisées dans la PMA, ont pignon sur rue (quatre à Alger, une à Annaba, une à Constantine et une à Oran). Pourtant, l’investissement est lourd ; l’approvisionnement en réactifs hasardeux — c’est souvent sous le manteau qu’ils sont importés — et le vide juridique handicapent la pratique d’un acte biomédical très délicat, car il dicte la manipulation de cellules humaines vivantes contenant le capital génétique du bébé à naître.

  3. #24
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    Souhila Hammadi :


    Lundi 29 Décembre 2008 -- Selon des statistiques récentes fournies par le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, environ 300 000 couples souffrent de stérilité, soit environ 7% de ceux en âge de procréer. Si le couple ne parvient pas à avoir des enfants au bout de deux ans de mariage, sa stérilité devient une très forte probabilité. “On parle de stérilité du couple dès lors qu’on constate le caractère pathologique de l’infertilité”, définit le Dr Keddad, directeur de la population au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. Notre interlocutrice refuse l’usage des deux termes comme des synonymes, bien qu’ils soient très proches par le sens.

    Un couple infertile éprouve de grandes difficultés à procréer de manière spontanée. Un couple stérile n’a aucune chance d’y arriver sans assistance médicale et même parfois en y recourant. Au-delà de l’aspect scientifique du problème, la stérilité ou l’infertilité introduit souvent le drame dans la famille, qui ne saurait — dans l’entendement général — se considérer comme telle en ne comptant pas en son sein un ou plusieurs enfants. La mémoire collective perpétue l’histoire d’un homme, marié à deux femmes. Il a des enfants avec l’une. Pas avec l’autre. Cette dernière a interrogé, un soir, son mari sur les raisons qui le font rire à gorge déployée tout le temps qu’il passe chez sa rivale, alors qu’il reste silencieux comme une tombe quand il est avec elle. “Ce sont les bouches sans dents qui me font rire”, répond le mari, laconiquement. Le lendemain, il retrouve son épouse stérile complètement édentée. “Pour que tu sois aussi joyeux avec moi qu’avec ton autre femme, j’ai arraché toutes mes dents”, explique-t-elle naïvement. Réalisant qu’elle n’avait pas compris qu’il faisait allusion à ses enfants en évoquant les bouches sans dents, il l’a répudie, sans autre forme de procès.

    Dans la vraie vie, les Algériens divorcent pour la seule présomption de stérilité de l’épouse. Le témoignage de Nawiya, une femme de 39 ans rencontrée à la clinique Feriel, est édifiant en ce sens qu’il illustre la promptitude de nos concitoyens à présumer facilement que l’incapacité d’enfanter est un problème strictement féminin. “Mon mari a divorcé deux fois parce qu’il n’avait pas d’enfants. Nous sommes mariés depuis dix ans. Les cinq premières années, il refusait toute idée de consulter, bien que ses deux ex-femmes ont eu plusieurs enfants (six pour l’une et quatre pour l’autre, ndlr). Je l’ai menacé de le quitter s’il ne faisait pas d’analyses pour confirmer ou infirmer sa stérilité. Il ne voulait pas subir un troisième divorce, donc il a cédé. Les résultats sont clairs. Il souffre de carences au spermogramme.” Le directeur de la clinique Feriel, spécialisée dans la procréation médicalement assistée, le Dr Nedir Chérif, affirme que 65% des couples qui viennent dans sa structure pour pouvoir donner la vie par assistance médicale souffrent de stérilité d’origine masculine. Cette proportion se confirme certainement dans la statistique générale sur la pathologie. “Il est fini le dogme de mettre la stérilité sur le dos de la femme. Les deux conjoints doivent faire une exploration”, ajoute-t-il.

    Le Dr Keddad atteste, par son expérience professionnelle, que “la stérilité du couple est très mal vécue au niveau individuel et familial”. La situation est ressentie comme un échec du projet de fonder un foyer, officialisé par le mariage. Elle est assimilée, aussi, à un coup porté à la virilité du conjoint. “Pourtant, la stérilité n’est pas liée à la virilité”, lance Mme Nouara, secrétaire du centre de procréation médicalement assistée de la clinique El-Farabi à Annaba. Nul besoin donc de mener de longues études de médecine pour se rendre à cette évidence qui échappe pourtant à une bonne partie de la population.

    Selon les dernières statistiques établies par le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, environ 300 000 couples sont stériles, soit 4% à 7% de conjoints légaux en âge de procréer. Le Dr Keddad précise que ce chiffre n’est pas obtenu auprès de couples interrogés directement sur leur fertilité. “Ce sont les enquêtes de santé de la mère et de l’enfant et celles sur la contraception qui nous permettent de mesurer indirectement la stérilité en Algérie.” Le procédé est simple. “Nous ciblons les couples mariés en âge de procréation. Nous leur demandons pourquoi ils n’utilisent pas — quand c’est le cas — de moyens de contraception modernes.” Elle explique que la fécondité est déterminée par deux facteurs : la nuptialité et la contraception. Il s’avère que l’indice synthétique de fécondité est tombé, en Algérie, à 2,25 en raison de la maîtrise de la planification familiale et du recul de l’âge du mariage. Une enquête de l’OMS, menée en 2006, confirme que l’âge du premier mariage est de 33,5 pour l’homme et de 30 ans pour la femme.

    C’est justement cette tendance qui induit le risque d’amplification du problème d’infertilité. “Le nombre de couples qui n’utilisent pas de contraceptif — donc qui désirent avoir un bébé — est monté de 6% en 1992 à 33% en 2006”, informe la directrice de la population au département de Saïd Barkat. Une potentielle hausse des statistiques afférent à la stérilité pourrait se justifier, également selon elle, par une meilleure aptitude des jeunes couples à communiquer et à appréhender la difficulté ensemble. “Nous avons beaucoup de moyens d’exploration de l’infertilité. Cela coûte 2 000 DA. Il ne faut pas hésiter à faire un diagnostic avant de prescrire un traitement”, recommande le Dr Nacereddine Aïssaoui, gynécologue et chef de service du centre PMA de la clinique El-Farabi. Une manière aussi de faire gagner du temps au couple qui se perdra sinon dans les méandres de voies sans issue.

  4. #25
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    Souhila Hammadi :


    Lundi 29 Décembre 2008 -- Là où le secteur privé peine à démarrer, il investit lourd. Sur les huit cliniques privées de procréation médicalement assistée (PMA), quatre existent dans la capitale. Elles reçoivent, quotidiennement, des dizaines de couples qui désirent enfanter par la grâce de la biomédecine. Témoignages, dans ce reportage, de femmes qui mettent tous leurs espoirs dans les techniques de la PMA. Ce qui était inconcevable, il y a dix ans, dans une société très rétive au traitement de la stérilité autrement que par les méthodes séculaires des masseuses et des mixtures des herboristes, frôle désormais la normalité. Des centaines de couples, issus de tous les niveaux sociaux et intellectuels, recourent à la procréation médicalement assistée (PMA) pour connaître enfin la joie d’être parents.

    Dimanche 16 novembre, trois jeunes femmes — toutes originaires du sud du pays — se reposaient en regardant un programme sur une chaîne française câblée dans une chambre de la clinique Feriel, spécialisée dans la procréation médicalement assistée. Quelques instants auparavant, elles avaient subi des ponctions ovariennes. L’ultime étape avant le transfert, 72 heures plus tard, d’un ou de plusieurs embryons fécondés en laboratoire. Nawiya est toute volubile. Sans complexe, elle accepte de témoigner, quasiment à identité dévoilée, sur sa situation de jeune femme de 39 ans, mariée depuis dix ans et surtout sans enfant. “J’ai essayé tous les traitements possibles. Au départ, on pensait que le problème de stérilité venait de moi. J’en suis presque arrivée au divorce”, raconte-t-elle.

    Il est généralement difficile d’admettre que la stérilité du couple est d’origine masculine. Pourtant, dans le cas de Nawiya, c’était flagrant. Son mari a divorcé deux fois avant de l’épouser. Ses ex-femmes ont eu des enfants en secondes noces. “Au bout de cinq ans de vie commune, j’ai menacé mon mari de le quitter s’il ne faisait pas un spermogramme. Comme il avait peur de subir un troisième divorce, il a cédé”. Il s’est avéré que l’homme souffrait d’un problème d’infertilité. Quatre autres années passent sans que le couple consente un pas vers la procréation médicalement assistée. “Un de ses cousins a eu une fille après avoir pratiqué la fécondation in vitro. Cela l’a convaincu. Nous avons fait une première tentative, il y a six mois, sans succès. Nous retentons l’expérience”, affirme-t-elle. “Dommage qu’il n’existe pas de centres d’hébergement pour des personnes qui viennent à Alger pour des soins. Nous sommes à l’hôtel. Cela nous coûte 1 600 DA par nuit”, regrette-t-elle.

    Nawiya et son mari résident à Laghouat. Ils font le déplacement à Alger régulièrement depuis qu’ils ont décidé de s’en remettre aux spécialistes de la procréation médicalement assistée pour enfin avoir un enfant. “Nous avons payé la première fois l’équivalent de 220 000 DA pour l’opération et le traitement. Cela nous revient un peu moins cher cette fois-ci. Ni moi ni mon mari ne travaillons. J’ai vendu mes bijoux et nous avons contracté des emprunts. L’argent se remplace. L’espoir de devenir parents compense les sacrifices financiers”, précise-t-elle, dans un sourire. Elle reconnaît néanmoins qu’il est plus ardu de lutter contre certaines mentalités étriquées. “Des membres de ma belle-famille rejettent cette option. Ils pensent que c’est hram (interdit par la religion, ndlr). Nous avons préféré leur cacher notre démarche pour que mon enfant ne soit pas traité de bébé de l’insémination”.

    Mme Kerri, qui a accouché à la mi-novembre à l’hôpital de Kouba d’une petite fille née d’un embryon congelé par les soins de l’équipe du Dr Nedir Cherif à la clinique Feriel, rapporte que des proches, sensibilisés aux affres de la stérilité s’intéressent à la technique, tandis que d’autres soutiennent que ce n’est pas aussi bien que d’avoir des enfants naturellement. “Heureusement que ma fille aînée ressemble beaucoup à son père, pour éviter toute suspicion”, ajoute-t-elle. Mme A. A. n’est pas d’accord avec cette perception. “J’ai déjà eu, il y a 5 ans, une fille par fécondation in vitro. Tout mon entourage le sait. Je n’ai jamais senti qu’on faisait une différence entre elle et les autres enfants de la famille”. Elle informe qu’elle avait déjà un enfant d’une première union. “Il était alors clair que c’est mon second mari qui souffrait de stérilité. Au bout de deux ans de mariage, nous avons pensé à la PMA comme seule solution d’avoir un bébé”. Après l’aboutissement de la première tentative, la jeune femme de 33 ans et son conjoint sont revenus à la clinique Feriel pour une deuxième FIV.

    Nous suivons le Dr Nedir vers une autre salle, où il devait effectuer le transfert de plusieurs embryons dans l’endomètre d’une patiente, qui en est à sa quatrième tentative. “Nous voulons mettre le maximum de chances de son côté”, explique le Dr Nedir. Il lui explique, encore une fois, le protocole étape par étape. “À partir du moment où la patiente comprend ce qui se passe, elle gère mieux la situation”, affirme-t-il. “Nous avons une présomption de réussite de la nidation suivant la division des embryons, classés par ordre de A à D. Autant que possible, on transfère les embryons de classe A”, développe le praticien. Naturellement, de meilleurs résultats sont obtenus auprès de femmes de moins de 30 ans. Il est certes admis que l’âge ovarien ne correspond pas automatiquement à l’âge civil. Il n’en demeure pas moins qu’il est tout aussi prouvé que la fécondité de la femme baisse au fur et à mesure qu’elle avance en âge.

    Le docteur Nedir est diplômé en gynécologie obstétrique de l’université de Besançon, en 1972. En 2004, il a obtenu un diplôme de biologie de stérilité de l’université Paris XI. Sa clinique fonctionne depuis déjà quatre ans. Actuellement, son équipe procède à 600 ponctions par an. Il jure dur comme fer que la clinique enregistre un taux de succès variant entre 34% et 38%. “Nous avons environ 200 grossesses par an, sans compter les inséminations artificielles”, assure-t-il. Sa plus belle réussite s’appelle, pour l’heure, Nour Imane, le premier bébé né d’un embryon congelé puis décongelé et transféré dans l’utérus de la maman par ses soins et ceux de son équipe. Nour Imane a vu le jour le 17 novembre dernier à l’hôpital de Kouba au service gynécologie obstétrique du Pr Mourad Derguini. Ce dernier indique, d’ailleurs, que trois grossesses, survenues du même procédé, sont en cours. “La demande existe. Nous avons attendu 2008 pour avoir une première naissance car c’est une haute technologie qu’il fallait posséder et maîtriser”, précise-t-il.

    Le Dr Amari, médecin biologiste à la clinique El-Farabi, remet les pendules à l’heure en réaction à des articles de presse sur Nour Imane, présentée comme un miracle de la science, réalisé en Algérie pour la toute première fois. Il a rappelé que la première naissance par congélation et décongélation d’embryons a été obtenue dans sa structure à Annaba en 2005. La clinique Feriel conserve, gratuitement, les gamètes et les embryons pendant trois ans. À l’approche de la date d’expiration de ce délai, les parents sont contactés, par courrier, pour faire connaître leur intention d’utiliser les cellules congelées. Le cas échéant, elles seront systématiquement détruites. Le couple Kerri, originaire de Lakhdaria, a reçu une correspondance de la structure pour réserver un sort à leurs embryons surnuméraires congelés depuis plus deux ans. “Nous avons décidé de donner un frère ou une sœur à Nour Houda. Un embryon a tenu et nous avons eu Nour Imane”, témoigne la maman, encore mal remise de sa césarienne. L’opération a coûté, cette fois-ci, au couple 20 000 DA.

    Le Dr Nedir Cherif situe à ce niveau l’intérêt de la congélation des embryons. “Le couple peut décider à tout moment de les utiliser. Cela lui revient nettement moins cher. Et puis la femme n’aura pas à subir de traitement ni une autre ponction”. Sur les risques de se tromper d’embryons, le chef de la clinique Feriel est catégorique : l’erreur est quasiment impossible. “Nous identifions les embryons sous plusieurs matricules. Si on se trompe sur un chiffre, on ne pas peut l’être sur le second ou le troisième”. Il affirme, par ailleurs, que la congélation des gamètes mâles est un espoir pour les cancéreux. “Avec le traitement par chimiothérapie, la qualité des spermes se détériore. C’est pourquoi, il est important de conserver des gamètes avant de commencer le traitement”. Dans la majorité des cas, les différentes techniques de l’assistance médicale à la procréation parviennent à vaincre la stérilité. Il demeure, néanmoins, quelques anomalies du système de reproduction, qu’il soit féminin ou masculin, qu’il n’est pas possible de transcender.

  5. #26
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    Souhila Hammadi :


    Lundi 29 Décembre 2008 -- Au centre de procréation médicalement assistée (PMA), aménagé au 4e étage de la clinique El-Farabi, Abdelkader est une véritable célébrité. Son portrait, pris quelques heures à peine après sa naissance, le 27 septembre 2000, orne le mur du bureau du docteur Amari, médecin biologiste à la PMA. Il figure aussi dans le dossier guide que la clinique offre aux candidats à une fécondation in vitro comme une preuve que l’on brandit pour persuader que la technique donne bel et bien des résultats. D’autant qu’Abdelkader est le premier bébé né d’une ICSI (de l’expression en anglais Intra Cytoplasmic Sperm Injection), qui signifie fécondation en laboratoire par micro-injection. Quand on appelle les parents du garçon, qui résident à Souk-Ahras, c’est lui-même qui répond. Il est vrai que le nourrisson sur la photo est âgé, aujourd’hui, de 8 ans. Ses parents avaient attendu autant d’années pour penser à enfanter par le pouvoir de la biomédecine. “Mon mari a lu, dans un journal, un écrit sur la PMA, pratiquée à la clinique El-Farabi. Quelques mois après, nous nous sommes déplacés à Annaba pour faire l’opération. Je suis tombée enceinte au bout de la deuxième tentative”, raconte Mme K., qui a accepté de citer son nom dans notre article avant de se rétracter sur objection de son époux. Elle affirme que ni elle ni son conjoint n’ont nourri la velléité de cacher à leur entourage leur projet. “De toute manière, nos familles auraient su tôt ou tard. Les premiers temps, les gens nous posaient des questions, un peu étonnés, puis cela a été accepté.” En sa qualité d’enseignante, Mme K. a bénéficié d’une participation de 50% sur le coût de l’opération par la mutuelle du personnel de l’éducation nationale. “Les médicaments (prescrits durant le traitement hormonal, ndlr) sont remboursés à 100% par la Caisse de la sécurité sociale”, atteste notre interlocutrice.

    Les époux K. ont souhaité avoir un deuxième enfant de la même façon. “Ce n’était plus possible. C’est Dieu qui donne ou non des enfants”, conclut notre interlocutrice, fataliste. Aussitôt la communication avec le couple de Souk-Ahras achevée, le Dr Amari nous met en contact avec Hakim, un autre père heureux d’avoir vaincu la stérilité de son couple. “Les traitements médicaux n’ont pas donné de résultats. Nous avons contacté les médecins de la clinique qui ont confirmé l’indication de la FIV. Nous avons fait confiance à l’équipe.” Il a indiqué qu’une année auparavant, il avait mis à profit un voyage personnel en France pour se renseigner sur le sujet. “J’ai constaté que le taux de réussite est le même. J’ai préféré faire l’opération en Algérie.” Médecin lui-même ainsi que sa femme, ils n’ont pas hésité à recourir à la PMA. D’autant que, de l’aveu de Hakim, l’argent ne constituait point un écueil.

    “À la première tentative, notre enfant a été conçu. Nous avons eu un garçon en 2005.” Miracle de la nature, son frère est né deux ans et demi plus tard d’une grossesse spontanée. “Certaines formes de stérilité peuvent se résorber avec le temps. Des problèmes d’infertilité peuvent apparaître, a contrario, après une première naissance. C’est ce qu’on appelle la stérilité secondaire”, explique le Dr Nacereddine Aïssaoui, gynécologue obstétricien responsable de la PMA de la clinique El-Farabi. De l’an 2000, année de la venue au monde de Abdelkader, à août de l’an dernier, la clinique a enregistré 684 naissances, toutes techniques confondues. Selon des membres de l’équipe de PMA, le chiffre n’est pas exhaustif car “beaucoup de parents ne signalent pas l’aboutissement de la FIV” par l’avènement d’un heureux événement. Les premières réussites d’une technique précise marquent, toutefois, les mémoires.

    “La première naissance par embryon congelé a eu lieu à la clinique El-Farabi le 31 octobre 2005, d’une jumelle biologique à une fillette née le 4 mars 2004, suite à une fécondation in vitro effectuée dans notre centre”, corrige le Dr Amari, dans des propos allusifs à la venue au monde également par embryon congelé de Nour Imane, le 17 novembre dernier à l’hôpital de Kouba, qu’on avait présentée comme une première en Algérie. “Nous avons lancé très tôt les techniques nouvelles de procréation à la clinique El-Farabi. Dès 1995, nous avions beaucoup de candidats à la PMA qu’on envoyait en Tunisie ou en Jordanie, d’où l’idée de créer un centre à Alger. D’autant que le Dr Amari avait déjà pratiqué une FIV à Nice en 1984”, rapporte le Dr Aïssaoui. Il ajoute qu’au début des années 1990, l’équipe a réussi, à titre expérimental, à obtenir un ovocyte par ponction ovarienne. “Cela nous a encouragés. Nous avons envoyé une équipe à l’étranger pour formation.” Dès que les autorités publiques légalisent la pratique par la délivrance d’autorisation aux structures privées – à la fin des années 1990 — et le Haut conseil islamique lève le levier d’interdits de la religion, le CPMA de Annaba démarre. Le matériel est acquis au comptant ; l’équipe est fin prête pour mettre en application son savoir-faire.

    “Au départ, nous n’avions que des détracteurs. Nous avons commencé par vulgariser la PMA auprès des gynécologues”, indique notre interlocuteur. Actuellement, la structure procède à environ 600 ponctions par an. Le taux de réussite a progressé de 18% en 1999 à 30% de nos jours. “Nous parlons de taux de réussite. Inversons la tendance et nous aurons 70% de taux d’échec. Nous devons faire de la grande psychologie avec 7 patients sur 10”, souligne-t-il. Même scientifiquement, il n’est pas aisé de fournir, avec minutie, les causes de l’échec d’une FIV. “La PMA est un ensemble de détails. Si un seul détail est défaillant, la chaîne suit”, explique le Dr Amari. De son avis, l’échec est encore plus éprouvant à cause du coût excessif de la PMA. “Dans d’autres pays, l’échec n’est pas vécu comme un drame, car le couple ne paie rien. Ce n’est pas le cas des Algériens qui doivent s’endetter pour avoir un enfant”, précise-t-il. Il ajoute que les abandons sont quasiment systématiques dès la seconde tentative à cause de l’argent. Pourtant, il est avéré qu’après un maximum de 5 tentatives, le taux de réussite augmente de 50%. Cela exige, néanmoins, un investissement émotionnel et financier assez lourd. La contrainte de temps se pose aussi pour les femmes au bord de la quarantaine. L’âge limite des femmes, pouvant recourir à la PMA, est fixé à 43 ans. “Nous faisons le maximum pour celles qui se marient tardivement, pour ne pas gâcher leurs chances, même si elles sont minimes”, assure le Dr Aïssaoui, qui se dit touché par son expérience avec deux patientes assez particulières.

    “Une Algérienne, résidant au Canada, s’est adressée à nous pour une FIV. Je lui avais recommandé de ne rien faire, car elle était âgée de 41 ans et n’avait qu’un seul follicule. En résumé, elle avait moins de 5% de chances d’atteindre son objectif. Elle a insisté pour ne pas regretter, plus tard, de n’avoir rien tenté. Elle a obtenu une grossesse et un bébé au berceau en mai 2007.” Son expérience a émulé une de ses amies du même âge, qui a subi l’opération en août 2007 et accouché en juin 2008. Selon le Dr Amari, il est impératif de soumettre les spermatozoïdes prélevés à un examen cytogénétique afin de déceler d’éventuelles anomalies chromosomiques. Il précise qu’il est également important de réunir les conditions optimales pour réussir une PMA. “Notre matériel est en double, voire en triple, pour parer aux dysfonctionnements et aux pannes”, affirme-t-il en nous montrant trois incubateurs, deux microscopes… Il est recommandé, en outre, aux femmes qui tombent enceinte d’opter systématiquement pour un accouchement par césarienne. “Cette naissance est trop précieuse. Il vaut mieux ne prendre aucun risque de souffrance fœtale ou d’un accouchement mal passé en programmant une césarienne”, corrobore une sage-femme, exerçant depuis 15 ans à la clinique. L’on nous cite le cas d’une patiente, qui a perdu à l’accouchement son bébé fécondé in vitro. “Son mari voulait qu’elle accouche à l’hôpital par voie basse. Il y a eu des complications”, regrette-t-elle.

  6. #27
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    Souhila Hammadi :


    Lundi 29 Décembre 2008 -- L’assistance médicale à la procréation trouve un écho de plus en plus grand auprès des couples infertiles. Il n’en demeure pas moins que l’essor de la pratique se heurte, pour l’heure, contre le coût dissuasif de l’opération et un vide juridique. La PMA ou AMP n’est pas incluse dans la nomenclature des actes des médecins, pharmaciens, chirurgiens dentistes et auxiliaires de santé remboursés par la Caisse de sécurité sociale. La fécondation in vitro, sous ses différentes formes, est facturée à 100 000 DA, avec un effet dégressif à partir de la deuxième tentative, qui revient à 85 000 DA. Le coût du traitement de stimulation de l’ovulation est évalué à environ 150 000 DA (il est remboursable par la sécurité sociale). Ne sont pas inclus dans la somme le bilan et les examens médicaux et la prise de sang, préalables au traitement et à l’acte médical. Animés par le seul désir de rendre le foyer plus gai par l’arrivée d’un bébé, les couples s’endettent souvent pour réunir la somme nécessaire à une telle entreprise. Il n’en demeure pas moins que l’espoir s’émousse rapidement face à l’échec de la première tentative. Au doute qui s’installe sur la fiabilité de la méthode, se greffe la préoccupation financière.

    Pour le Dr Keddad, directrice de la population au ministère de tutelle, il est indispensable de parvenir à une tarification unique dans tous les centres de PMA et de la rembourser par la sécurité sociale. “Mon cheval de bataille est de conventionner les centres privés, en fixant un forfait PMA. D’autant que la prestation sera accessible dans le secteur public, quand les trois centres d’Alger, d’Oran et de Constantine seront opérationnels”. Elle cite le cas de la France dont la Caisse de sécurité sociale rembourse les frais de trois tentatives, considérant que les chances du couple d’avoir un enfant augmentent au fil des FIV pratiquées.

    Pour mieux défendre son option, le Dr Keddad rappelle que le “droit à la procréation est un droit humain consacré, car il fait partie intégrante du droit à la santé ; c’est un concept qualitatif”. Pour elle, il n’est pas adéquat de mettre en œuvre un programme de planification familiale sans respecter le droit à donner la vie, c’est-à-dire fournir aux couples stériles les moyens d’avoir au moins un enfant. Si elle encourage toutes les actions visant à promouvoir la PMA pour réduire la proportion de la stérilité, qui est souvent acquise suite à un accident ou une maladie, notamment le cancer, elle met en garde contre le vide juridique qui l’entoure, en Algérie. “Il s’agit là de manipuler des cellules vivantes qui contiennent le génome humain. C’est sensible. On doit aller loin, en matière de lois, pour prévoir des sanctions, lesquelles renverront au Code pénal”, assure-t-elle. Pour l’heure, seule l’instruction n°300 du 15 mai 2000 fixe les bonnes pratiques cliniques et biologiques en assistance médicale à la procréation.

    Outre des dispositions techniques sur l’acte biomédical, le texte réglementaire autorise la PMA uniquement pour les couples mariés et en âge d’enfanter (l’épouse doit être âgée de moins de 50 ans). Les actes interdits, autant par la morale sociale que par la religion sont également énumérés. Il n’est pas permis le don de gamètes mâles en dehors du couple uni par les liens du mariage ; le don d’ovocytes même entre coépouses ; le don des embryons surnuméraires ou pas à une mère porteuse ; le prêt de cytoplasme assimilé à un don d’ovocytes et le clonage aussi embryonnaire que cellulaire. Il n’est pas autorisé, non plus, de conserver les gamètes et les embryons congelés, dans le cas de dissolution du mariage soit par un divorce soit par le décès de l’un des deux conjoints.

    Malgré ces garde-fous, le Dr Keddad préconise l’élaboration d’une loi sur la biomédecine, qui contiendra des sanctions pénales contre les contrevenants aux bons usages éthiques et professionnels de la PMA. Elle précise que l’arrêté, susmentionné, ne prévoit que le retrait de l’agrément aux praticiens qui se rendent coupables d’actes répréhensibles. “Je pose le problème d’absence de corps d’inspecteurs formés à la PMA. Pour le moment, nous n’avons aucune compétence qui contrôle les centres. Le privé est régi juste par l’éthique”, conclut-elle.

  7. #28
    Guest 123 is offline Registered User
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    Souhila Hammadi :


    Lundi 29 Décembre 2008 -- Par ses entretiens quasi quotidiens avec des couples confrontés à leur stérilité, aux pressions de la famille et à l’anéantissement de la dernière chance d’avoir des enfants quand la FIV (Fécondation in vitro) ne réussit pas, la psychologue clinicienne donne quelques éclairages sur leur situation psychologique et émotionnelle.

    Liberté : Quel est l'impact de la stérilité sur la vie du couple et sa durabilité ? Quel rôle joue la famille dans ce sens ?

    Dr Souha Mehamdia : La prise en charge du couple stérile est très complexe du point de vue médical et surtout psychologique. Dans notre société, on qualifie la stérilité de handicap ayant des conséquences désastreuses et dans la vie du couple et dans son entourage immédiat et... autres. Le rôle de la famille est souvent néfaste dans l'équilibre quotidien du couple, car “la femme est toujours fautive”.

    Dans quel état d'esprit, les couples se présentent au centre de PMA pour tenter une FIV ?

    Le couple se présente au centre de PMA avec l'idée de “réussite à 100%”. Fatale est la déception, le taux d’échec étant de 70%.

    Comment affrontez-vous la situation en cas d'échec ?

    En cas d'échec, l'équipe médicale ressent le problème autant que le couple et souvent plus. Bien sûr, on recommande régulièrement au couple de recommencer. Nous sommes allés jusqu'à la 5e tentative avec un couple de Tamanrasset pour enfin réussir une petite fille et, trois ans plus tard, son petit frère. À titre indicatif, nos confrères de Montpellier sont allés jusqu'à 11 tentatives chez un même couple.

    En général, au bout de combien de fois le couple abandonne ? Quelles en sont les raisons ?

    Le couple n'abandonne pas généralement au bout de la première fois, il change de centre. Quelles en sont les raisons ? Les moyens matériels, les séparations dues très souvent à la famille et à la société. Très peu venant du couple lui-même.

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