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  1. #1
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    À la recherche des cerveaux en fuite

    Lundi 12 mars 2007 -- La fuite des informaticiens algériens vers l’étranger devient une véritable hémorragie. Rien qu’au niveau de l’Entreprise nationale des systèmes informatiques (ENSI), plus de 90 % des informaticiens ont quitté l’entreprise pour l’Europe et le Canada, a révélé hier la présidente-directrice générale de l’ENSI, Mme Fadila Berkal.

    Cette informaticienne qui s’est exprimée lors d’une conférence au centre de presse d’El Moudjahid sur l’état des lieux dans le secteur informatique en Algérie et plus globalement sur celui des technologies nouvelles, a mis l’accent sur l’inadéquation entre la formation et le marché du travail, sans remettre toutefois en cause la qualité de la formation.

    «Le système informatique algérien a fait ses preuves. La qualité de la formation est bonne mais il faut revoir cette formation et l’adapter aux besoins du secteur économique», a-elle souligné. La P-DG de l’ENSI a préconisé, à ce propos, de tisser des liens entre les entreprises économiques et les structures de formation afin de former des compétences selon les besoins des opérateurs économiques.

    Elle a expliqué que les métiers de l’informatique sont en constante évolution parallèlement à l’évolution économique et qu’en Algérie cette évolution ne suit pas. «Il existe une fracture numérique entre les pays riches et les pays pauvres», a-t-elle regretté tout en assurant que l’Algérie, qui est répertoriée en tant que pays riche financièrement, possède tous les moyens humains et matériels pour réduire cette fracture.

    Pour y parvenir, Mme Berkal a préconisé de définir une politique stratégique nationale globale d’informatisation qui permettrait à l’Algérie de se positionner en tant qu’acteur actif. «A l’état actuel, nous sommes devenu une société de consommation», a-t-elle regretté en expliquant que le secteur qui n’investit plus dans les services et la recherche est en phase de devenir un grand distributeur de matériels informatiques.

    La présidente-directrice générale de l’ENSI espère beaucoup avec la nouvelle stratégie industrielle qui a consacré une branche pour le secteur des Technologies de l’information et de la communication (TIC). L’investissement massif dans ce domaine et l’existence d’un secteur producteur important et compétitif constituera probablement un facteur stratégique de croissance des TIC en Algérie.


  2. #2
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    À la recherche des cerveaux en fuite


    Lundi 31 Décembre 2007 -- La saignée des universitaires et des chercheurs algériens porte un nom : la fuite des cerveaux. Arrivés en Grande-Bretagne comme boursiers, beaucoup sont devenus des sommités. Leur matière grise n’est pas cotée en Bourse mais dans les universités et les grands groupes industriels. Quel est leur profil, leur parcours et en quoi consiste leur génie ? Pourquoi ne sont-ils pas retournés en Algérie et quel regard portent-ils sur elle ?

    Portraits

    Ce sont d’illustres inconnus en Algérie. Des compétences notoires, des références dans leurs domaines de recherche respectifs au Royaume-Uni. Le professeur Elias Adam Zerhouni, imminent scientifique d’origine algérienne, placé par le gouvernement américain à la tête du prestigieux National Institut of Health, est l’illustration parfaite de ce parcours. Sa carrière auréolée de multiples succès et de consécrations prodigieuses relate leur propre destin hors du commun. Selon des estimations, les chercheurs algériens résidant et travaillant au Royaume-Uni sont 2 000. Les universités et les grands groupes industriels les convoitent car leurs méninges sont d’inépuisables boîtes à idées et de véritables machines à sous.

    Chaque année, le professeur Ali Nadjai rapporte 100 000 livres à l’université d’Ulster (Irlande du Nord) où il dirige un laboratoire de recherche en engineering sur les incendies des structures. L’argent lui est versé à titre de financement pour ses travaux, notamment par des compagnies pétrolières, pour qui l’innovation en matière de prévention et de maîtrise du feu est une priorité. La création du laboratoire du professeur Nadjai, il y a cinq ans, est également le résultat d’un montage financier. 5,6 millions de livres lui ont été octroyés par des entreprises pour la réalisation de son projet.

    “C’était la première fois que l’université d’Ulster arrachait un budget de cette taille”, révèle le chercheur très fièrement. Derrière le titre solennel de “Full Professor”, le grade le plus élevé dans la hiérarchie académique britannique, se dissimule un homme qui depuis 22 ans est en quête de la perfection. À 47 ans, il déroule le fil de son parcours universitaire comme une œuvre loin d’être achevée.

    À l’âge de 25 ans, il quittait Annaba pour l’université de Bristol. Comme beaucoup d’étudiants algériens de sa génération, il est détenteur d’une bourse. En 1992, il décroche son PHD à l’université de Sheffield. À Ulster, il est d’abord recruté en qualité de simple lecteur (chargé de cours), avant de gravir les échelons grâce à son génie. “Ici, on ne donne pas des titres comme ça. Chacun ramène son salaire”, assène le professeur. En 2007, il réunit un budget de recherche d’un million de livres. Ces sommes faramineuses, à la hauteur de son génie, consolident son autorité. “Cela vous donne le pouvoir d’imposer vos idées, d’être influent”, observe M. Nadjai.

    Au lendemain des attaques suicides à New York en 2001, il est sollicité afin d’intégrer l’équipe d’expertise des tours jumelles. Son rôle consistait à détecter les failles dans la résistance des deux gratte-ciel au feu provoqué par l’explosion des avions kamikazes. Cette distinction le met aussitôt sous les feux de la rampe. La chaîne de télévision britannique BBC lui ouvre l’antenne. Sa notoriété dépasse largement les frontières de la Grande-Bretagne. Des autres pays d’Europe, a l’instar de la France, et même Dubaï, des clients s’amassent devant la porte de son laboratoire, lui confiant des matériaux de construction, par exemple, en vue d’optimiser leur capacité de résistance aux incendies. “Même les Tunisiens m’ont sollicité”, confie-t-il...

  3. #3
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    continued.....

    Quand la tribu renie ses enfants

    Mais un seul pays habite ses pensées. Son désir le plus profond consiste à faire don de son savoir à l’Algérie. Lors d’un séjour au pays, il y a un an, il se rend au ministère de l’Enseignement supérieur où il remet à un responsable une série de propositions sur la protection des édifices publics contre le feu. L’idée de cette aide lui est venue après une série d’incidents, notamment à la raffinerie de Skikda, à la salle Harcha et à la centrale électrique d’El Hamma. Depuis, son projet d’assistance dort dans un tiroir. Aucune suite ne lui a été donnée.

    Pour autant, la détermination du professeur Nadjai à rendre service ne fléchit pas. Sortir les universités algériennes de leur autarcie le préoccupe. Mais le contact est souvent très difficile. “Aucune n’a d’adresse Internet. Toutes sont domiciliées sur Yahoo”, déplore le chercheur. Depuis peu, il a réussi à nouer le contact avec des enseignants de l’université de Chlef. Il est l’encadreur informel de deux doctorants qu’il a invités à l’université d’Ulster. Son regard sur les universités en Algérie déborde d’amertume. “Chez nous, la recherche, c’est toujours de la littérature, de l’histoire, alors qu’ici, les universités et les industriels travaillent de concert pour la conception de méga-projets”, constate le professeur dépité.

    Des softwares piratés au statut déplorable des enseignants, le sort de la recherche dans son pays natal lui inspire d’autres commentaires acides à la hauteur de son chagrin. “Les universités algériennes sont pratiquement les dernières en Afrique et donc les dernières dans le monde”, note-t-il. La mésestime du savoir, cette allergie à la matière grise, se résume dans la réponse sidérante qu’un responsable d’université a donné un jour à un boursier rentré au pays au terme de sa formation en vue d’occuper un poste d’enseignant : “Pourquoi ne restes-tu pas à l’étranger comme tous les autres ? Il n’y a rien pour toi ici”, lui avait-il conseillé.

    En décidant de supprimer l’octroi de bourses d’études à l’étranger, le président de la République ignorait sans doute que la fuite des cerveaux n’est pas toujours un acte délibéré et que beaucoup de bénéficiaires ne sont pas forcément les bienvenus dans leur pays à l’issue de leurs cursus. Dans une énième tentative de vaincre l’atonie ambiante, le professeur Nadjai a été séduit par la perspective d’agir en groupe. La proposition émane d’une de ses connaissances, le docteur Mohamed Boudjelal. Ce chercheur dans l’industrie pharmaceutique à Cambridge a pensé, il y a trois ans, à la création d’une association regroupant les compétences algériennes à l’étranger, avec comme objectif, jeter les ponts avec les universités algériennes et surtout mettre leur savoir-faire au service du développement de l’Algérie.

    Son propre CV est impressionnant. Dr Boudjelal a bourlingué avec ses idées près de vingt ans en Europe et aux États-Unis. Le fruit de ses recherches ont fait de lui un homme très courtisé par les laboratoires et les grands groupes pharmaceutiques. Avec modestie, il avoue n’avoir pas préfiguré autant de succès. “Quand je suis arrivé en Grande-Bretagne, j’étais arabisant. J’avais très peu de connaissances en anglais”, confie-t-il. À 20 ans, ce natif de Tlemcen obtient son DESS en biochimie à l’université d’Es Senia à Oran. Détenteur d’une bourse d’études, il est envoyé à Leeds. En 1993, il décroche son doctorat et monte aussitôt un laboratoire de recherche de 3 millions de livres sur la détection par l’odorat de certains produits comme les drogues, les explosifs… Il a à peine 24 ans.

    Le Dr Boudjelal a vécu ce premier couronnement comme l’aboutissement d’un challenge. “Quand je suis arrivé à Leeds, les responsables de l’université m’ont affirmé que l’acceptation d’autres étudiants algériens est tributaire de ma propre réussite. Trois compatriotes ont été admis par la suite”, relate-t-il. Assoiffé de savoir, il se lance de nouveaux défis. Son laboratoire sur pied, il prend la décision d’aller faire ses classes à Strasbourg auprès du professeur Pierre Chambon, une sommité dans la biologie moléculaire et cellulaire. “Mon intention était de connaître le système d’enseignement et de la recherche en France. Le même qui est appliqué en Algérie où je prévoyais de retourner”, explique le scientifique. Il passe quatre ans en France.

    À 28 ans, il fait une découverte de taille. Il identifie le gène responsable du cancer du sein. La revue Nature and Science lui ouvre ses colonnes. Mais, contrairement au Royaume-Uni où seule sa compétence a primée, en France, il fait l’objet de discrimination. Le Centre national de recherche scientifique (CNRS) lui offre un poste permanent, mais en qualité d’ingénieur, pas de docteur. Aussitôt, l’ancien étudiant d’ES Senia largue les amarres. Il va aux États-Unis et décroche un poste à l’université de Michigan. Grâce à un budget de la firme de cosmétiques Johnson & Johnson, il mène une étude sur le processus de vieillissement de l’épiderme et du cancer de la peau causés par les rayons du soleil. Peu de temps après, il est débauché par le groupe pharmaceutique Pfizer qui lui confie la direction d’une de ses filiales.

    Lors de son passage dans la firme, il met au point trois médicaments voués au traitement du cancer cervical, de la leucémie et du diabète type II. Cette expérience permet au Dr Boudjelal de voler de ses propres ailes. Il crée Maxocor, sa propre boîte pharmaceutique. La machine fonctionne pendant huit ans, jusqu’au jour où il décide de retourner avec sa famille en Angleterre où un nouveau poste l’attend à GlaxoSmithKline, un groupe d’envergure dans l’industrie pharmaceutique. Vivre en Amérique exacerbait son sentiment d’exil. “Ici, nous sommes à deux heures d’avion de l’Algérie. Mes enfants pourront y aller plus régulièrement”, explique le Dr Boudjelal. De son côté, il entend profiter de cette proximité pour réaliser une vieille ambition qui ne l’a jamais abandonnée depuis qu’il était jeune étudiant boursier : mettre son savoir à la disposition de son pays.

    Dr Yassine Armani est prêt à donner des cours gratuitement dans des universités algériennes pour satisfaire cette appétence. Sans hésitation, il a intégré l’association mise sur pieds par son ami, Dr Boudjelal. Les deux hommes ont pratiquement le même âge, la quarantaine. En 1990, alors qu’il venait d’obtenir son diplôme d’études supérieures en biochimie, délivré par l’université de Constantine, Dr Armani passe avec succès un concours pour l’octroi d’une bourse à l’étranger. Il est envoyé à Strasbourg. Son projet d’aller poursuivre ses études à l’étranger a mûri sur les bancs de l’amphithéâtre, face à des enseignants diplômés d’universités européennes, chez qui il découvrait une autre façon de voir les choses, de la ferveur dans la transmission de leurs connaissances. “Si on réussit à transmettre la passion, la réussite est garantie”, épilogue l’ancien étudiant de Cirta.

    Aujourd’hui, en sa qualité d’enseignant à l’université de Leicester, il a adopté cette devise. Son parcours personnel, le profil de ses condisciples et de ses élèves lui ont démontré que les étudiants algériens n’ont pas moins d’aptitudes. Ils sont handicapés uniquement par leur environnement. En cinq ans d’études à l’université de Strasbourg, Dr Amrani décroche tour à tour une maîtrise, un DEA et un doctorat en pharmacologie. Ensuite, il s’envole pour les États-Unis où il effectue un stage post-doctoral sur le traitement de l’asthme sévère chez l’enfant notamment. Actuellement, il est considéré comme une référence en la matière. Ses travaux ont permis d’identifier une molécule, le TNF agissant sur les cellules respiratoires et responsable de l’asthme.

    À l’université de Leicester, il est le seul Algérien ayant une position universitaire. Les congrès internationaux sont une occasion pour lui de rencontrer des compatriotes résidant dans d’autres pays. Toutefois, il regrette de n’avoir aucun lien avec ses collègues en Algérie. La susceptibilité et la rivalité professionnelle sont pour lui, les causes qui font obstacle à toute prise de contact. “Il y a des gens qui sont prêts à aller s’investir en Algérie”, martèle-t-il pourtant. Son aveu trahit une profonde frustration, le sentiment d’appartenir à un pays qui chasse d’un coup de balai ses imminences grises, alors qu’il en a tant besoin.

  4. #4
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    Lundi 31 Décembre 2007 -- Elles mettent en exergue la réussite de démarches similaires en Asie, en Chine, en Inde, en Corée du Sud et à Singapour, où l’apport des compétences résidant à l’étranger a imprimé une dynamique exceptionnelle aux politiques de développement local. Dr Boudjelal n’imaginait pas que le projet allait avoir autant de retentissement. À l’origine, il était porteur d’une initiative personnelle consistant à organiser une conférence sur la biotechnologie pharmaceutique à l’université de Tlemcen, sa ville natale. Lors d’un séjour au pays en 2005, il s’entretient avec le doyen. Mais une autre rencontre une année plus tard, avec le professeur Khiati, président de la Forem, lui ouvre de nouvelles perspectives. Les deux hommes pensent à la mobilisation de l’ensemble des compétences algériennes à l’étranger au sein d’une association, en vue de mettre leur talent au service du pays et contribuer à l’effort de développement national.

    Environ 150 000 chercheurs algériens sont disséminés à travers le monde, en Europe, sur le continent américain et en Orient. Parmi eux, beaucoup sont séduits par l’idée d’un regroupement. Ibn-Badis, une association de jeunes universitaires établis au Royaume-Uni a ouvert la voie à ce genre de démarche en organisant sa propre conférence à Alger en 2006, dans l’ambition d’instaurer une coopération académique avec les établissements de l’enseignement supérieur en Algérie. Pour leur part, les initiateurs de l’Association des compétences algériennes à l’étranger proposent un éventail de projets plus large. “Chacun dans son domaine peut apporter une aide”, explique Dr Boudjelal. Les secteurs ciblés vont de la défense au tourisme en passant par l’industrie, la médecine, l’environnement, le commerce, le bâtiment, la biotechnologie, la communication et les médias…

    En avril 2007, l’expert en pharmacie a emmené avec lui à Alger une centaine de ses connaissances (des chercheurs, des enseignants universitaires, des créateurs d’entreprises, des consultants…), venus de France, de Grande-Bretagne et des États-Unis avec comme premier objectif de se faire connaître. Dr Boudjelal avoue que leur déplacement avait d’abord suscité de la suspicion. “Il y a même un — officiel (ndlr) — qui se demandait si nous n’allions pas en Algérie pour ramasser de l’argent”, confie-t-il. Mais peu à peu, les réticences se sont dissipées. Dans leurs bagages, les membres formant le comité de coordination de l’association emportent une quarantaine de projets. Des réunions sont organisées avec des responsables des départements de la défense, de l’énergie, de l’enseignement supérieur pour cerner les besoins de chaque secteur.

    Par ailleurs, M. Boudjelal et ses compagnons tiennent une conférence de presse pour expliquer leurs motivations. Ils mettent en exergue la réussite de démarches similaires en Asie, en Chine, en Inde, en Corée du Sud et à Singapour, où l’apport des compétences résidant à l’étranger a imprimé une dynamique exceptionnelle aux politiques de développement local. Actuellement, les membres du comité préparent la prochaine conférence en avril prochain à Alger. Selon Dr Boudjelal, le nombre des participants sera encore plus important qu’en 2007. Le professeur Zerhouni fera partie du voyage. En attendant, les textes régissant la création de l’Association sont en voie de finalisation par des juristes algériens résidant à Strasbourg. La demande d’agrément sera déposée au ministère de l’Intérieur. Le chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem a promis aux initiateurs du projet de les soutenir. En outre, des groupes industriels privés ont proposé de sponsoriser leurs activités.

  5. #5
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    Sonia Lyes :


    Jeudi 3 Janvier 2008 -- Le Maroc est-il devenu la nouvelle destination préférée pour les compétences algériennes ? Pour gérer d'importants projets d'infrastructures actuellement en chantier, les entreprises marocaines recrutent massivement des ingénieurs algériens. Parmi eux : Amir. Il vient d'être embauché par le bureau d'études koweitien TEM pour la maîtrise d'œuvre du projet de l'autoroute entre Marrakech et Agadir (200 km), l'un des plus importants chantiers actuellement en cours au Maroc.

    A 35 ans, cet ingénieur en travaux publics ne regrette pas son choix d'émigrer au Maroc. Le salaire y est conséquent : près de 2500 euros par mois. Soit quatre fois le salaire qu'il percevait en Algérie quand il travaillait comme haut responsable au sein d’un groupement d’entreprises locales sur le projet de l'autoroute est-ouest. Mais, pour Amir, la rémunération n'est pas la seule motivation. Il a été attiré par « le cadre de vie et les conditions de travail meilleures qu'en Algérie », explique t-il.

    Malgré ses dix ans d'expérience sur les chantiers algériens, Amir découvre au Maroc une autre façon de travailler, avec une meilleure organisation et le respect des contrats. Après trois mois de travail, aucun ministre n'est venu visiter son chantier. Une absence qui n'est pas due au manque d'intérêt des ministres marocains pour cette autoroute, mais pour un ingénieur algérien habitué aux visites du chef de chantier et ministre Amar Ghoul, cela étonne.

    Amir explique : « au Maroc, les études sont ficelées et les projets maturés avant le lancement des travaux. Le contrat est respecté dans sa totalité. Les avenants sont exceptionnels, sinon inexistants. Le travail est basé sur l'organisation et non sur les réunions et les visites. En Algérie, les études sont bâclées et les projets ne sont pas maturés avant le démarrage des travaux ». Résultat : des retards considérables et des révisions de coûts à répétition. En fait, les groupes étrangers ont compris le système algérien : pour décrocher les contrats, ils surestiment les offres commerciales et réduisent les délais de réalisation pour plaire aux autorités qui veulent réaliser rapidement, mais à tout prix des projets colossaux.

    Dans le royaume de Mohamed VI, Amir a retrouvé des camarades de promotion de l'École nationale des Travaux Publics (ENTP) d’Alger, la seule à former des ingénieurs dans ce domaine en Afrique. Depuis une année, au moins une dizaine d'ingénieurs de sa promotion ont rejoint le Maroc pour y travailler dans les autoroutes et les chemins de fer.

    A l’image de Farid, 34 ans, qui s'est installé avec sa femme et ses deux enfants à Tanger au bord de la Méditerranée. Il s'occupe du suivi des travaux de la ligne de chemins de fer de 45 km entre Tanger et Port Med, la plus grande plate forme portuaire du Maroc.

    Grâce à son nouveau travail, Farid a non seulement quintuplé son salaire, mais il apprend de nouvelles méthodes de travail. « Le Maroc applique à la lettre les normes françaises, ce qui n'est pas le cas chez nous où le politique intervient dans la conception et la réalisation des infrastructures de base. Le royaume paie bien ses ingénieurs. Les débutants commencent avec un salaire équivalent à 900 euros en plus de la voiture de service, du téléphone, etc.», explique t-il. « Notre ministre ferait mieux d'envoyer ses cadres pour une formation au Maroc », suggère Farid.

    Pendant que les techniciens algériens émigrent au Maroc, l'Algérie fait appel massivement aux expatriés pour réaliser ses grands projets d'infrastructures estimés à plus de 100 milliards de dollars. Pourtant, avec un système de formation basé sur les grandes écoles, calqué sur le modèle français, l'Algérie a formé des milliers d'ingénieurs et de techniciens dans différents métiers techniques. Mais elle peine à leur offrir du travail.

  6. #6
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  7. #7
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    Said Kaced :


    Mardi 26 Février 2008 -- Chercheurs, informaticiens, médecins, personnels hautement qualifiés, l’Algérie se vide de sa matière grise et de ses compétences. La fuite des cerveaux est un des maux endémiques du pays. Un préjudice subi au profit de l’Occident qui récupère les bénéfices de longues années de formation. Depuis 1990, des milliers de cadres ont quitté le pays. Les professionnels algériens tendent à émigrer en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord et, dans une moindre proportion, dans les pays du Golfe. La dégradation des conditions de vie et l’instabilité politique dissuadent un grand nombre de nos «cerveaux» de rentrer au pays.

    La fuite des cerveaux se produit lorsqu’un pays perd sa main d’oeuvre qualifiée en raison de l’émigration. Les pays industrialisés ont de plus en plus besoin de deux catégories d’immigrés : ceux qui sont prêts à accepter des emplois mal payés, durs et dangereux, dédaignés par leurs propres ressortissants, et des professionnels hautement qualifiés, tels les experts en logiciels, les ingénieurs, les médecins et le personnel infirmier. Il manque actuellement des milliers d’infirmiers en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord et les chiffres officiels montrent que le déficit en infirmiers qualifiés pourrait atteindre 800 000 d’ici à 2020. En raison de ces déficits, les pays industrialisés se sont lancés dans de grandes campagnes de recrutement à l’étranger. Le Canada pratique résolument la politique de la carotte pour attirer la main d’œuvre qualifiée en provenance d’Afrique.

    Pour compenser le manque d’effectifs qualifiés, les pays africains consacrent chaque année plusieurs centaines de millions de dollars à l’emploi d’environ 100 000 expatriés non africains. Chez nous, les médecins cubains ont remplacé au pied levé, contre des devises fortes, leurs confrères algériens partis chercher une «vie meilleure» sous des latitudes «plus clémentes».

    Il est grand temps de mettre en place des programmes et des politiques qui inverseront les effets dévastateurs de la fuite des cerveaux, estiment les spécialistes des flux migratoires. Jusqu’à récemment, les pouvoirs publics ne semblaient pas s’inquiéter outre mesure du déficit de main d’oeuvre qualifiée. De plus, nos hommes politiques disaient de leurs compatriotes ayant choisi de travailler et de vivre à l’étranger qu’ils n’étaient pas de bons patriotes. Mais, la montée en flèche de l’émigration de personnes qualifiées et les graves carences du pays sur le plan des ressources humaines hautement qualifiées en ont conduit plus d’un à changer d’avis.

    Les déclarations d’intention doivent se traduire par des actes et des problèmes plus profonds devront être résolus avant que la fuite des cerveaux ne puisse être jugulée. Nombre d’Algériens sont très désireux de rentrer chez eux et de participer au développement, mais leurs aspirations sont sérieusement compromises par des pouvoirs publics négligents et dont les priorités ... ignorent le bien-être social. Le débat est ouvert…

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