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  1. #1
    Al-khiyal is online now Super Moderator
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    Souhila Hammadi :


    Mardi 6 Octobre 2009 -- De nombreux pédopsychiatres et psychologues ont fait le déplacement, jeudi dernier à l’hôtel Mercure, pour assister au symposium sur la présentation d’un nouveau médicament contre les symptômes des troubles de déficit de l’attention et l’hyperactivité (TDAH), récemment approuvé en Algérie. Les représentants du laboratoire américain Eli Lilly Algérie ont délégué professeur Leïla Benamor, une pédopsychiatre et chercheuse clinicienne tuniso-canadienne, pour parler de l’hyperactivité, mais surtout présenter la molécule Atomoxetine (dénomination commune internationale), commercialisée sous le nom de Strattera. Le produit est déjà prescrit depuis plusieurs mois sur quelques enfants souffrant de déficit de concentration et d’hyperactivité, en milieu hospitalier, mais ne se vend pas encore en officines.

    En réalité, l’Atomoxetine est l’unique médicament, exclusivement destiné au TDAH, ayant reçu l’autorisation de mise sur le marché national. Jusqu’alors, les enfants atteints de troubles de déficit de concentration et d‘hyperactivité n’étaient suivis qu’au plan psychosocial, comme le rappelle Mme Meriem Hamada, membre de l’Association algérienne de soutien aux familles d’enfants hyperactifs. Il est admis, pourtant, que la prise en charge du TDAH s’appuie sur le triptyque bio-psycho-social, c’est-à-dire indication médicamenteuse, approche psychologique et implication de l’entourage de l’enfant (famille et enseignants). “Bien qu’il ne soit pas encore clairement établi scientifiquement, nous pensons que les médicaments ont un effet curatif sur le système nerveux des enfants souffrant de TDAH”, nous a indiqué, en marge des travaux du symposium, professeur Benamor. “Les études sur le cerveau montre que celui d’un enfant hyperactif est plus réduit, au niveau du volume de 5%. Avec les médicaments, le développement du cerveau se rapproche de la normale”, a-t-elle indiqué. “Il existe plusieurs produits pour le traitement de ce type de trouble. Mais ils appartiennent à une classe pharmacologique différente, qui est celle des psychostimulants, comme la Ritalin”, a-t-elle ajouté.

    Ces médicaments sont interdits de vente en Algérie, car ils sont inclus dans la catégorie des psychotropes, dont l’utilisation peut dévier de l’indication strictement thérapeutique. Les psychostimulants, particulièrement la Ritalin, constituent pourtant une médication très répandue dans le monde, en dépit du fait que de nombreux états leur imposent des restrictions d’usage. Il semblerait qu’aux États-Unis d’Amérique, pour ne citer que ce pays, 90% des enfants hyperactifs sont systématiquement mis sous Ritalin, afin d’obtenir un meilleur niveau de concentration et davantage de pondération dans le comportement avec autrui, notamment à l’école. Des études scientifiques ont néanmoins prouvé qu’une prescription de longue durée des psychostimulants inhibe la spontanéité des gosses et compromet leur développement cérébral. “Le Strattera est complètement différent des stimulants. Au Canada, on peut l’avoir sous forme d’échantillon, car il ne peut être détourné de son indication”, a attesté la conférencière.

    “Les autres produits, quoi qu’on dise, n’entraînent pas d’accoutumance non plus, mais sont susceptibles d’être utilisés comme des drogues. Le Strattera est efficace avec peu d’effets secondaires. Il agit sur 24 heures, alors que les autres médicaments ont un effet qui dure de dix à douze heures”, nous a complété la chercheuse clinicienne au département de psychiatrie de l’université Laval au Québec. Même s’il est avéré qu’il induit moins d’effets secondaires que les psychostimulants, la molécule, découverte par le laboratoire Eli Lilly, n’est pas complètement sans effets indésirables non plus. Dans la notice, il est d’ailleurs mentionné qu’elle entraîne, chez l’enfant auquel elle est prescrite, de la fatigue, un amaigrissement, un retard de croissance, des troubles du sommeil, une fragilité émotionnelle, des troubles cutanés et digestifs, des troubles de la vision, des céphalées, des palpitations… Il n’en demeure pas moins que l’Atomoxetine est réellement considéré, par les professionnels de la psychiatrie infantile, comme une meilleure alternative aux psychostimulants.

    Lors de son exposé, devant un auditoire assez nombreux, professeur Leïla Benamor a affirmé que le TDAH est le trouble le plus fréquent en pédopsychiatrie chez l’enfant en âge scolaire. Sa prévalence, dans le monde, se situe entre 4 et 12%. Le déficit de concentration et l’hyperactivité, qui apparaissent associés au stade de développement, touche quatre fois plus les garçons que les filles. “Jusqu’à 65% des enfants hyperactifs continuent à présenter les symptômes à l’âge adulte, selon une étude épidémiologique. Nous disons toujours aux parents d’espérer que leurs enfants seront dans la proportion des 35%”, a révélé la pédopsychiatre. Les enfants hyperactifs fréquentent neuf fois plus les urgences médicales en raison de leur promptitude à s’engager dans des activités à risque. Professeur Benamor a soutenu que le syndrome de l’enfant hyperactif est une pathologie facile à diagnostiquer, mais difficile à traiter. Il associe trois caractéristiques majeures : inattention, hyperactivité et impulsivité.

  2. #2
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    Souhila Hammadi :


    Mardi 6 Octobre 2009 -- Mme Hamada, également psychologue et thérapeute de famille, souligne que jusqu’alors, il n’existait dans le pays aucun médicament pour le traitement des symptômes du TDAH. Les parents sont souvent en détresse face au comportement ingérable de leur enfant.

    Liberté : Le Strattera a été approuvé en Algérie ? Du moment que les autres médicaments stimulants étaient interdits de vente dans le pays, comment était menée jusque-là la thérapie médicamenteuse des enfants souffrant de TDAH ?

    Mme Meriem Hamada : Sur le plan médicamenteux, l'Algérie n'offrait rien jusque-là aux personnes qui souffrent de ce trouble. La prise en charge était uniquement psychosociale. Les résultats étaient souvent inefficaces. Les enfants et les parents perdaient patience et laissaient tomber la prise en charge qui était longue et fastidieuse et souvent, il faut le dire, pas adaptée aux troubles de l'enfant.

    Ce trouble n'est pas suffisamment dépisté en Algérie. Comment se fait la prise en charge des enfants hyperactifs ? Et surtout qu'en est-il du sort de ceux qui ne sont jamais diagnostiqués ?

    Il faut dire que le TDAH (troubles de déficit de l’attention et de l’hyperactivité) est un trouble qui est encore méconnu en Algérie d'où d'ailleurs la création de notre association. Il est souvent assimilé à une carence éducative de la part des parents, à un manque d'intérêt quand il s'agit du versant inattention de la part des enfants ou alors on met ça sur le dos des structures éducatives et des programmes de l'éducation nationale. Donc, jusque-là, le TDAH n'étant pas diagnostiqué, mais était plus pris en charge comme un retard scolaire, une déficience intellectuelle légère et/ou un trouble du comportement. L'enfant est stigmatisé et les parents sont souvent mis au banc des accusés (mauvais parents). D'où le travail de sensibilisation de l'association vers les professionnels de la santé, de l'éducation et bien sûr des parents. Nous pensons d'ailleurs que ce travail doit continuer pour vulgariser ce trouble et permettre à chacun de le connaître.

    En votre qualité de membre de l'Association algérienne de soutien aux enfants hyperactifs et leurs parents, dans quelle situation se trouvent les parents qui s'adressent à votre structure ?

    En ma qualité de membre de l'association Thada, et psychologue thérapeute de famille, je reçois beaucoup de parents. Ils arrivent souvent dans un état dépressif et complètement négatif. Ils se voient comme étant des parents coupables de ne pas savoir éduquer leur enfant, ils n'osent plus sortir avec lui par crainte de son comportement incontrôlable, n'osent plus aller à l'école pour ne pas avoir à subir les remontrances des enseignants. Parfois, ils se disputent à cause du comportement de leur enfant – il y en a qui arrivent même à se séparer ou à se culpabiliser mutuellement ! Nous essayons de les aider en les déculpabilisant d'abord, en déculpabilisant l'enfant, nous essayons de les mettre dans des groupes de paroles pour qu'ils puisent échanger avec d'autres parents dans la même situation qu'eux, nous leur offrons un espace cordial et convivial où ils ne sont pas jugés ni montrés du doigt ! Puis, nous essayons de diagnostiquer leur enfant par le biais de nos professionnels.

    Quelles sont les contraintes auxquelles vous êtes confrontés dans l'exercice de votre mission ?

    Les contraintes auxquelles nous sommes confrontés sont multiples ! Il y en a d'ordre matériel. Nous avons très peu de moyens, l'éducation nationale ne nous reconnaît pas encore pour nous ouvrir ses portes pour la sensibilisation de son personnel ! Et même éventuellement de sa formation ! En fin de compte, c'est le trouble lui-même qui a besoin d'être reconnu, c'est sa reconnaissance qui nous permettra d'avancer. N'oublions pas que le nombre de déperditions scolaires en Algérie est très important, que la moitié de cette déperdition est due à un problème de concentration ! Qui dit concentration dit inattention, et n'oublions pas que qui dit déperdition scolaire dit délinquance, abus de substance illicite et banditisme ! Le gros problème que nous rencontrons au niveau de notre association est l'absence de dépistage. Nous œuvrons donc à faire connaître ce trouble pour inciter les pouvoirs publics à avoir une écoute plus attentive, à s'intéresser à cette pathologie, ce qui mènera automatiquement au dépistage. Mais avant de parler de ça, il faut d'abord penser à former les professionnels de la santé, ce qui leur permettra de diagnostiquer pour pouvoir prendre en charge et éventuellement prescrire des médicaments. Il ne faut pas oublier que la médication n'est qu'un volet de la prise en charge, elle doit souvent être accompagnée du volet rééducatif, psychothérapeutique et psycho éducatif.

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