Dimanche 28 Mars 2010 -- La phytothérapie, une des plus vieilles branches de la médecine alternative, semble gagner du terrain en évoluant en parallèle de la médecine moderne pour finalement s’imposer comme son «concurrent le plus acharné et le plus risqué», à en croire les connaisseurs. Elles sont de plus en plus nombreuses les boutiques qui se spécialisent dans la vente de plantes médicinales, ce qui n’a rien de bien original sauf que, lentement mais sûrement, la simple opération de vente des produits cède la place à des consultations et des pratiques proches, à s’y méprendre, de l’acte médical en vigueur chez les médecins ou en milieu hospitalier. Pourtant, avertissent des agents des autorités publiques, si l’activité de vente d’herbes médicinales relève de la pratique commerciale normale, la transformation de ces commerces en cliniques médicales est illégale.
Pour M. Boukehnoune Abdelhamid, le directeur général de contrôle économique et de la répression des fraudes au ministère du Commerce, la vente d’herbes médicinales est, juridiquement, «une activité commerciale normale qui relève du code d’activité et n’est soumise à aucune licence, mais la pratique du traitement et de la conversion de ces magasins en cliniques médicales n’est pas autorisée légalement». Des chiffres recueillis par l’APS auprès du Centre national du registre du commerce montrent qu’à la fin de 2009, l’Algérie comptait 1 926 vendeurs spécialisés dans la vente d’herbes médicinales, dont 1 393 sédentaires et 533 ambulants. La capitale en abritait, à elle seule, le plus grand nombre avec 199 magasins, suivie de la wilaya de Sétif (107), Béchar (100) et El-Oued (60).
La phytothérapie complète le médicament mais ne le remplace pas
Ces dernières années, de plus en plus de personnes fréquentent les magasins de vente d’herbes naturelles et médicinales dans l’espoir d’une guérison par la grâce de la nature surtout si la médecine moderne s’est montrée, pour de multiples raisons, impuissante à guérir le mal dont elles souffrent. Mais le plus inquiétant, selon les médecins, est que certains patients préfèrent s’adresser directement à ces commerces au premier malaise sans en référer à un spécialiste ni même effectuer les analyses biologiques nécessaires pour déterminer le type de maladie qui les affecte. Le Dr Ahmed Abou Bakr, cardiologue, admet que la médecine naturelle ou médecine alternative comprend un large éventail de branches, y compris la phytothérapie, qu’elle est une pratique ancienne et est considérée comme partie intégrante de la médecine moderne, mais avertit qu’elle ne doit surtout pas s’y substituer.
D’autres spécialistes mettent en garde aussi contre le fait que la plupart des plantes vendues ne sont pas soumises à des contrôles de qualité, d’autant que certaines d’entre elles peuvent être dangereuses et souvent avec effet retardé. Le Dr Mohamed Bekat Berkani, président du conseil de l’Ordre des médecins algériens, confirme et signale que les herbes médicinales «peuvent être efficaces mais dans certains cas seulement», tels un léger rhum ou une fièvre passagère. Il ajoute que certaines de ces plantes, même si elles sont d’extraction naturelle, peuvent représenter un réel danger pour le patient car pouvant contenir des composants toxiques inconnus et par le vendeur et par le patient. Par naïveté, par ignorance ou par calcul commercial, des vendeurs d’herbes médicinales rencontrés par l’APS affirment, par contre, avoir aidé à guérir certains patients de leurs maladies classées incurables, y compris des maladies mentales ou neurologiques.
Perte de confiance dans les structures de santé publique ?
Le Dr Bekat Berkani pense que la fréquentation croissante de ce genre de magasin traduit une sorte de perte de confiance dans les structures de santé publique pour plusieurs raisons, notamment à cause des retards dans l’obtention de rendez-vous, alors que la cherté des médicaments est un autre motif de désaffection. C’est que, parallèlement au retour à l’utilisation des herbes médicinales, on assiste à l’émergence d’autres pratiques telle el-hidjama (éradication des maladies !), une sorte de chirurgie légère visant à purifier le sang à travers de petites entailles dans la peau et qui semble attirer de nombreux patients. Les avis divergent parmi les citoyens sur ces pratiques, surtout que certains vendeurs d’herbes les pratiquent dans des conditions d’hygiène douteuses, y compris dans leur propre maison. Le président du conseil de l’Ordre des médecins affirme qu’el-hidjama est scientifiquement inutile et exhorte les patients à s’adresser plus simplement aux médecins pour le traitement de toute maladie sévère et d’abandonner toutes les pratiques louches, n’ayant en tout cas aucun lien avec la médecine.
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28th March 2010 03:00 #1
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