Septembre 1995. Je pousse la porte d’une chambre située au premier étage d’un hôtel miteux du centre de Bonn, le Rheinallee. J’y retrouve mon ancien chef venu incognito, le général Smaïl Lamari, dit « Smaïn », numéro 2 des services secrets algériens, la fameuse Sécurité militaire (SM). Petit, le visage anguleux, des yeux noirs sous une calvitie avancée, il a l’air déterminé de celui qui a pris une grande décision. À ses côtés, mes deux prédécesseurs au poste d’attaché militaire à l’ambassade d’Algérie en Allemagne, venus eux aussi spécialement d’Alger : le colonel Rachid Laalali, dit « Attafi », et le colonel Ali Benguedda, dit « petit Smaïn ». Deux officiers des services connus pour leur dévouement au général Smaïn.
D’entrée de jeu, ce dernier me donne la clé de cette étrange réunion « clandestine » : il me demande d’organiser la liquidation physique de deux islamistes algériens réfugiés en Allemagne, Rabah Kébir et Abdelkader Sahraoui. Des figures publiques bien connues, certes opposants au régime, mais qui n’ont rien de dangereux terroristes.
Devant mon étonnement sur l’utilité d’une telle « opération », Smaïn enfonce le clou : « Il faut clouer le bec à ces salauds qui mettent l’Algérie à feu et à sang, et nous empêchent d’obtenir le soutien international. Le spectre de l’intégrisme et d’une république islamique en Algérie qui déstabiliserait le Maghreb et constituerait une base pour d’éventuelles attaques contre l’Occident ne semble pas convaincre nos partenaires européens. Il faut un événement fort pour secouer leur conscience, comme ce fut le cas avec les Français.
- Qu’arriverait-il en cas de pépin ?
- Tu ne risques rien du tout. Si on t’expulse d’ici, je te désignerai ailleurs.
- Ici, c’est un État de droit, vous n’avez aucune chance. Et en plus, vous ne pouvez pas compter, comme en France, sur vos amis de la DST ou du ministère de l’Intérieur pour vous venir en aide. Ici, il n’y a ni Pasqua, ni Bonnet, ni Pandraud ou Marchiani… »
Mon refus fera avorter l’opération. Mais il signera aussi ma rupture définitive avec les « décideurs » d’Alger, ce qui me conduira à déserter quelques mois plus tard.
Il faut dire qu’au moment même où nous tenons cette réunion à Bonn, la France est secouée depuis plusieurs semaines par une vague d’attentats islamistes, qui a déjà fait plusieurs morts et des dizaines de blessés. Et je me doute bien, même si je n’ai alors encore aucune information précise à ce sujet, que les groupes islamistes manipulés ou infiltrés de longue date par mon homologue de la Sécurité militaire à Paris, le colonel « Habib », y sont pour quelque chose…
En France, la SM est en effet une puissance, bien plus qu’en Allemagne. Elle a une longue tradition (avec l’accord tacite des gouvernements français, quelle que soit leur couleur politique) de contrôle de la communauté immigrée, notamment à travers l’Amicale des Algériens en Europe, puis à travers les dix-huit consulats implantés sur le territoire français, qui ont pour mission de quadriller l’ensemble des régions.
Sur un plan moins officiel, la Sécurité militaire a toujours pu compter sur de nombreux agents, exerçant essentiellement dans les différentes délégations d’Air Algérie, à la CNAN (Compagnie nationale algérienne de navigation, la compagnie maritime algérienne), au Centre culturel algérien à Paris, à l’APS (Algérie Presse Service, l’agence publique d’information) ou à la Mosquée de Paris… Elle s’appuie également sur un large réseau de particuliers aux professions diverses (avocats, gérants d’hôtels, de bars ou de restaurants, commerçants, consultants…). Mais aussi sur des chauffeurs de taxi dans les grandes villes françaises ou sur des « trabendistes », ces petits trafiquants qui, en contrepartie des services rendus, peuvent introduire en Algérie leurs marchandises ou des produits prohibés sans être harcelés par les services des douanes algériennes (ou en ne s’acquittant que de sommes dérisoires pour corrompre des douaniers véreux).
À partir de 1993, le nombre d’officiers et de sous-officiers du DRS et de commissaires de police présents en France peut être estimé sans risque d’erreur à au moins une centaine de personnes (effectif qui augmentera sensiblement ensuite) ; à ce chiffre, il faut ajouter plusieurs centaines d’agents et indicateurs. On a ainsi une première idée du contrôle exercé par la SM sur la communauté algérienne établie dans l’Hexagone. Et du niveau de connivence de l’État français, sans doute un des rares États au monde à s’accommoder de la présence permanente, et en nombre, d’une police étrangère sur son territoire national…
Plutôt que de connivence, il faudrait d’ailleurs parler de complicité, dont l’axe central est bien la coopération très étroite entre la SM et la DST (Direction de la surveillance du territoire), surtout depuis le milieu des années 1980, période au cours de laquelle des officiers de la SM (dont Smaïl Lamari) ont rendu de précieux services à leurs homologues français (notamment lors de l’affaire des otages français au Liban et lors des attentats de Paris en 1986). Ce qu’a d’ailleurs confirmé, en s’en félicitant, l’ancien directeur de la DST, Yves Bonnet, dans ses mémoires . Il y évoque en ces termes la « relation forte » qui unit la SM aux services français : « La France a la chance de pouvoir compter sur un tel partenaire, compétent et parfaitement au fait des réalités du Proche-Orient… Notre maître en affaires arabes, c’est l’Algérie . » Et il ajoute : « Nul n’a prévu la montée de l’islamisme, la menace terrible qu’il va faire peser sur l’Algérie, mais aussi sur la France ; nul ne soupçonne, en tout cas pas moi, combien il va falloir être solidaires […]. Nous échangions, dans un premier temps, impressions et généralités, puis, très vite, le dialogue devient opérationnel […]. Pour eux, nous avons en retour des renseignements de grande fiabilité sur leur opposition . »
Un « dialogue opérationnel » : dans le vocabulaire des services, cela signifie des opérations conjointes, voire l’organisation en commun de « coups tordus ». De fait, à partir du coup d’État de janvier 1992 en Algérie, la SM et la DST sont clairement passées de la collaboration sur les « affaires arabes » à une sorte de cogestion dans la surveillance et la manipulation de la violence islamiste algérienne en France, comme l’illustrent certains des épisodes que je rapporte dans ce livre (voir chapitre 9). Smaïl Lamari a été l’homme clé de ce partenariat — au point qu’il a toujours eu un accès direct au patron de la DST —, et il l’est toujours au moment ou j’écris ces lignes.
Témoignage, à mon niveau, de l’étroitesse de ces liens : quand j’étais en poste à Bonn, il m’est souvent arrivé de voyager en France sans visa, qui était pourtant obligatoire pour les Algériens. Il suffisait que mon alter ego à Paris, le colonel Habib, annonce mon arrivée pour que la Police de l’air et des frontières me délivre un sauf-conduit me permettant de séjourner sur le territoire français ; à l’issue de mon séjour, je restituais ce document à l’aéroport et toute trace de ma présence sur le sol français disparaissait…
Bien sûr, la « relation forte » entre la SM et la DST n’implique pas que cette dernière ait su que les services algériens iraient jusqu’à faire exploser des bombes à Paris pour contraindre les responsables politiques français à soutenir sans réserve la politique d’« éradication » de l’islamisme menée par les généraux d’Alger, au prix de dizaines de milliers de morts depuis 1992. Mais cette relation a indiscutablement joué un rôle clé dans cette guerre. Même si la responsabilité première en revient à mes anciens chefs, qui n’ont pas hésité à manipuler, à un point qui dépasse presque l’entendement, la violence islamiste pour parvenir à leurs fins. C’est l’objet de ce livre:
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31st August 2006 10:06 #1
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Mohammed Samraoui: Chronique des années de Sang
Last edited by Al-khiyal; 28th October 2007 at 15:24.
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31st August 2006 11:13 #2
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Ok another one who pretends to hold the truth

Wonder if he wasn't about to lose his refugee status or may be Germany is not giving him enough money for all his expenses...
Add that he left the local SM in 92, I am not convinced he was aware of every decision made in Algiers. And reading the excerpts here I feel like he's the innocent man here with big moral values but I find it hard to believe that someone like this would reach the Number 2 position in the SM...
Anyway I will probably read it just like I read the other khorti from SouadiaLast edited by phylay; 31st August 2006 at 11:29.
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31st August 2006 11:16 #3
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I was waiting for your comment on it. I read somewhere that it is another Khorti. I know that it was talked about in France so I thought you may know more about this. Coming from someone who was so high up in the SM, it is hard to believe that he was so innocent...
Originally Posted by phylay
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31st August 2006 11:51 #4
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Exactly my point.
It's almost logic that the secret services try to inflitrate the GIA and co. Now the question is what did they do after that..
As for saying that the SM/DRS are tightly collaborating with the french DST and DGSE then he is not giving news here... It's always been this way since 62 if not before...
I might buy it if I don't find better books to read during my vacation
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27th October 2007 20:28 #5
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Samedi 27 Octobre 2007 -- L’ancien colonel Mohammed Samraoui, auteur du livre Chronique des années de sang dénonçant les méthodes de la sécurité militaire dans la lutte contre le GIA, a été arrêté lundi 22 octobre à Madrid, en Espagne sur mandat d’arrêt international émis par Interpol et la justice algérienne, selon des informations rapportées aujourd’hui par le quotidien Le Jour d’Algérie et le site Internet français Rue 89. Au moment de son arrestation, Mohamed Samraoui se trouvait dans cette ville espagnole pour participer à une rencontre de jeux d’échecs.
L’information n’a pas été confirmée de sources officielles ni à Alger ni à Madrid. Mais, selon Le Jour d’Algérie, Alger s'apprête à demander à l'Espagne l'extradition de cet officier supérieur qui se présente en Europe comme l’ancien numéro deux du contre-espionnage algérien.
Mohammed Samraoui, 54 ans, avait en effet fait dissidence en 1996 en Allemagne, où il était attaché militaire auprès de l'ambassade d'Algérie. En 2002, à Paris, il avait témoigné dans le procès en diffamation engagé par le général Khaled Nezzar contre Habib Souaïdia, également dissident de l’armée et auteur de « la sale guerre », le premier livre dénonçant les méthodes de l’armée dans la lutte contre le terrorisme. En 2003, Mohamed Samraoui publie, en France, un livre intitulé Chronique des années de sang, dans lequel il accusait les services secrets algériens d'avoir perpétré les massacres de civils attribués officiellement au Groupe islamique armé (GIA).
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28th October 2007 15:21 #6
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Dimanche 28 Octobre 2007 -- L’ancien lieutenant-colonel des services algériens, Mohamed Samraoui dit Lahbib, a été arrêté en Espagne le 22 octobre dernier. Réfugié politique en Allemagne, il était, selon le mouvement Rachad, “sous le coup d'un mandat d'arrêt international délivré par la justice algérienne et relayé par Interpol”. Il s'agit de la première arrestation intervenant dans ce cadre d'un ancien officier de l'Armée algérienne en exil.
L’arrestation, lundi passé, à Benalmádena, en Espagne, de Mohamed Samraoui où il s’était rendu pour une conférence d’échecs a été révélée vendredi par le mouvement Rachad. Il en est membre fondateur au même titre que Mourad Dhina, Abbas Aroua, Rachid Mesli et Mohamed Larbi Zitout. Le mouvement précise que cette arrestation fait suite à “un mandat d’arrêt international relayé par Interpol”.
Il n’existe, cependant, aucune trace de ce mandat d’arrêt sur le site d’Interpol. Il semble que ce soit plutôt suite à une “commission rogatoire” algérienne que la justice espagnole ait agit. Il n’y a pas plus d’information pour l’instant sur les motifs ou les raisons ayant entraîné une action des autorités judiciaires espagnoles contre lui ni quant à son éventuelle extradition vers l’Algérie.
Mohamed Samraoui est un habitué, selon Rachad, des déplacements à l’intérieur des frontières européennes.
“M. Samraoui, qui voyage régulièrement à travers les pays européens, n’a jamais eu à subir une telle épreuve et il est étonnant de voir les autorités espagnoles agir de la sorte”, précise le mouvement, ajoutant avoir pris attache avec les autorités espagnoles pour plaider sa cause. “Rien ne saurait justifier cette arrestation et l’Espagne qui a une place de première importance dans la région méditerranéenne se doit d’être le promoteur, au-delà de toute autre considération éphémère, de l’État de droit, de la démocratie et du respect des libertés”, précise le mouvement Rachad sur son site Internet.
La justice espagnole n’est pas loin d’être accusée de “complaisance” envers son homologue algérienne. Réfugié politique en Allemagne, Mohamed Samraoui est considéré comme étant l’un des plus fervents défenseurs de la thèse du “qui tue qui ?” et porte-parole du mouvement algérien des officiers libres, les déserteurs de l’Armée algérienne. Il se présente comme ayant été le numéro deux de la direction du contre-espionnage de mars 1990 à juillet 1992. L’ex-lieutenant-colonel Mohamed Samraoui est considéré comme le plus haut officier de l’armée en exil. Né en 1953, il avait rejoint l’ANP en 1974 pour la déserter en 1996. Depuis, il aura surfé sur la vague “qui tue qui ?” publiant en 2003 Chroniques des années de sang.
Livre dans lequel il incrimine les services où il était affecté d’avoir instrumentalisé la donne islamiste. L’ouvrage a été, il faut le dire, largement médiatisé par les médias marocains et français hostiles à l’Algérie. Il jouit d’une réputation sulfureuse à Alger. Ses prises de position lors du procès opposant Habib Souaïdia au général Khaled Nezzar et ses multiples interventions sur les chaînes étrangères, notamment Al-Jazeera, lui ont valu les qualificatifs de “traître” et de “transfuge”. Mais au-delà de ses attaques contre l’Algérie, Mohamed Samraoui alias Habib a été toujours à la rescousse du royaume du Maroc. On se souvient d’un entretien publié le 6 juin 2005 dans la Gazette du Maroc et dans lequel il affirmait, juste pour appuyer les thèses marocaines sur le Sahara occidental, que “les généraux algériens étaient capables de provoquer la guerre contre le Maroc”.
Son arrestation et son éventuelle extradition vers l’Algérie constituent une première même si l’on ne connaît pas encore les raisons ayant poussé les autorités judiciaires espagnoles à agir.
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28th October 2007 17:28 #7
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Dimanche 28 Octobre 2007 -- L’arrestation par la police espagnole de l’ancien colonel des services secrets algériens, Mohamed Samraoui, à la demande des autorités algériennes, commence à susciter des réactions. Dans une déclaration, le chef historique du FFS, Hocine Aït Ahmed, l’a qualifiée de «scandale authentique». «L'accusation est grotesque. Dans le fond, le régime ne lui pardonne pas d’avoir dénoncé l’armée», a ajouté M. Aït Ahmed pour qui l’arrestation en Espagne de ce militaire, qui bénéficie du statut de réfugié politique en Allemagne, constitue une «erreur».
Selon les médias espagnols, Mohamed Samraoui, 54 ans, est actuellement détenu à la prison de Soto del Real, à Madrid, dans l’attente d’une décision du juge Ismael Moreno concernant son éventuelle extradition vers l’Algérie. Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, le colonel Samraoui a été placé dans l’aile de la prison réservé aux personnalités.
La justice algérienne, via Interpol, a émis il y a un mois un mandat d’arrêt international contre l’ancien militaire en fuite. Selon des sources judiciaires espagnoles, il est recherché pour trois motifs : désertion, calomnie et terrorisme.
Les déclarations du chef du FFS interviennent dans un contexte marqué par un début de mobilisation en Europe des associations de défense des droits de l’homme. Dans les prochains jours, des actions devraient être menées pour tenter d’empêcher l’extradition de Mohamed Samraoui vers l’Algérie. Une situation qui devrait mettre dans l’embarras le gouvernement espagnol. Depuis quelques mois, Alger et Madrid entretiennent des relations difficiles pour cause de tensions énergétiques. Cette nouvelle affaire risque de les compliquer davantage.







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