Rien à retenir de l’Algérie d’hier pour remplir cet espace. Il s’agit donc de revenir aux grandes définitions et de leur chercher un nouveau sens. Qu’est-ce que donc l’Algérie? Après dix ans de guerre antiterroriste et anti-Etat, le score est celui de zéro à zéro avec 200.000 morts et d’innombrables pardonnés. L’explication? Elle est toute simple: l’islamisme par défaut est encore vivant, l’Etat se porte bien, le Pouvoir se porte mieux. Techniquement le pays est aujourd’hui tout à la fois, bon pays islamiste, faiblement démocratisé, partiellement relancé, très populaire parmi les populistes, légalement républicain mais fondamentalement hésitant. L’Algérie n’a rien tranché sauf par la mise en sursis violente et le renvoi démagogique de son propre procès. Aujourd’hui, chacun peut y retrouver les morceaux choisis de ses théories intellectuelles. Amazight a été officialisée, mais le problème reste entier, l’islamisme a été vaincu mais il s’impose dans les textes et les décisions de loi, l’arabité est toujours une constante mais elle est déjà sous-titrée par le réel, la légitimité révolutionnaire a été close mais elle reste loin d’être une simple gerbe de fleurs dans la mécanique des alliances, l’alliance présidentielle est formée de trois partis mais elle reste un parti unique, l’opposition est légale mais reste interdite lorsqu’elle rassemble plus de huit personnes, l’UGTA n’est plus seule mais elle est toujours unique. L’Algérie n’a finalement pas réussi le consensus mais elle a gagné le pari de domestiquer les extrêmes en faisant croire à chacun que c’est le gagnant.
Question donc: quelle est l’idéologie la plus consommée actuellement en Algérie? C’est l’islamisme horizontal et le nationalisme élitiste. Pour le premier, il s’agit d’une sorte de religion du «bon peuple» qui a converti tout le monde dans la piété passive et lui fait supporter le réel comme une épreuve intime plutôt que comme un sous-développement collectif. L’Etat y trouve l’aubaine d’une majorité sans représentations politiques agressives mais tout à fait disponible à défendre le statu quo comme une valeur ancestrale. Toute le monde y gagne: le peuple y décroche l’au-delà et l’Etat l’ici-bas. Fort de son label de «bon musulman», l’Etat y trouve sa propre immunité: toute attaque contre lui est une attaque contre les fondations confessionnelles de ce pays et contre ses croyances et valeurs. Toutes les oppositions y deviennent passibles de procès d’hérésie, tous les débats sur l’identité sont qualifiés de «kabylisme» sournois et chaque question sur l’avenir est un manque de foi dans la promesse de Dieu. En fin de compte, après le match, ce n’est pas l’Etat qui a converti le peuple à sa république mais bien le contraire.
Le FIS est bien mort mais certains ont compris qu’il fallait laisser au peuple «sa religion» et se rapprocher de lui par l’usage des prières ininterrompues. Aujourd’hui, après dix ans de diabolisation, l’islamisme horizontal est le parti majoritaire de l’Algérie qui hésite. Il a l’avantage du nombre, le soutien de l’Etat conservateur, le poids d’une évidence, l’argument des nouvelles croisades occidentales, le bénéfice de la docilité inconsciente et le compagnonnage officiel de la RADP. Toutes les qualités, en somme, d’un bon allié de route et de contrepoids aux grandes remises en question. Et c’est cela que l’on a cru faire, un jour, tout juste après 88 en légalisant l’ex-parti...
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20th December 2006 21:24 #1
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