Sétif 1945: Histoire d’un massacre annoncé est le titre d’un ouvrage de Jean-Louis Planche que Chihab éditions vient de publier. Il a fallu plus d’un demi-siècle pour établir que l’événement du 8 mai 1945 est en fait une série de massacres.
Pour en établir la réalité, Jean-Louis Planche a eu recours aux archives des ministères de l’Intérieur, de la Guerre et de Matignon, aux témoins, acteurs et journalistes lors de l’événement. Cet ouvrage de plus de 400 pages, structuré en dix-sept chapitres, plonge le lecteur dans les troubles de la situation algérienne au lendemain de la guerre.
Il restitue le mécanisme de cette «grande peur» de l’insurrection générale, qui mêle présence américaine, ravages du marché noir, épuration politique manquée, instrumentalisation par les partis politiques de la «métropole». En somme, c’est un livre qui s’appuie sur de nombreuses références citées en notes, qui entend «lever enfin le voile».
En effet, le 8 mai 1945, deux faits mineurs ont survenu à Sétif et à Guelma, déclenchant le plus grand massacre de l’histoire de la France contemporaine, en temps de paix : au moins 20 000 et peut-être 30 000 Algériens, selon l’auteur, sont tués par les Européens.
L’auteur montre, à l’origine, l’imbrication entre les conséquences immédiates de la guerre mondiale (notamment la présence américaine), les ravages du marché noir qui a déstructuré la société coloniale et une épuration politique manquée.
Il explique comment on passe d’une psychose complotière à une peur de l’insurrection générale, puis à une répression aveugle. Il analyse le rôle des partis politiques prompts à instrumentaliser l’affaire, au moment où ils se déchirent pour le contrôle du pouvoir dans la France de l’après-guerre.
Résultat : deux mois tragiques pour le Constantinois et une chape de plomb qui, soixante ans après, continue de peser sur les relations franco-algériennes et de hanter la mémoire nationale. Professeur d’histoire, ayant enseigné en Algérie et en France, Jean-Louis Planche donne le ton dès l’introduction : entre le 8 mai et le 26 juin 1945, vingt à trente mille musulmans ont été massacrés dans le département français de Constantine : une boucherie dont l’importance n’est pas connue sur le coup, dans un paisible département rural.
Pour l’auteur, il s’agit d’un «massacre annoncé» tant, depuis plus d’un an, rumeurs d’insurrection et phantasmes de complots s’étaient répandus parmi les Européens d’Algérie. Dans un mélange de peur du nationalisme algérien et d’exaltation de la célébration de la victoire, la répression est le fait d’Européens et de policiers mêlés.
Pour l’opinion de la «métropole», il s’agit seulement d’une réaction des autorités contre une révolte de la faim. L’auteur introduit son livre par : «L’événement analysé est présenté sans en exclure la part souterraine. En mai-juin 1945, une brèche s’est ouverte au nord du Constantinois dans le tissu uniforme des jours.
Le sociologue Edgar Morin nous rappelle que «le soi-disant irrationnel, l’événement, la crise, ont leur logique et leur structure». Etudier les forces à l’œuvre, dans «la perspective clinique» qu’il propose, permet d’espérer mieux comprendre comment, selon les mots d’un témoin, «une psychose colonialiste, où la frousse se mêlait à la haine» a pu provoquer un tel drame».
Un nouveau livre sur le 8 Mai 1945
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7th January 2007 05:26 #1
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Sétif 1945: Histoire d’un massacre annoncé, de Jean-Louis Planche







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