Il y a 50 ans, la Bataille d’Alger
Dimanche 7 Janvier 2007 - - Alger valait bien une bataille ! Capitale de l’Algérie française depuis 127 longues années, la métropole a toujours été considérée comme un lieu épargné par la vague héroïque des combattants pour l’indépendance. Terreau des colons bourgeois, Alger se voulait être l’exemple du colonialisme réussi qui profite aussi aux colonisés. Mais c’était sans compter sur une poignée d’hommes et de femmes, plus courageux que déterminés à faire de l’ancienne El Djazaïr le fer de lance d’une révolution déjà mémorable.
La percée du FLN (Front de libération nationale) dans toutes les villes du pays et l’attachement populaire à la cause nationale allaient faciliter la tâche de ceux qui voulaient déjà investir les villes.
Plus de deux années après le début de la révolution, la France va mal, et l’opinion publique à Paris réclame déjà la tête de ceux qui n’ont toujours pas réussi à maîtriser une situation dite sous contrôle.
«La seule négociation est la guerre», disait fièrement François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, le 7 novembre 1954. Courant 1956, la guerre est consommée et la redoutable puissance militaire française est plus que jamais ébranlée. Pour y remédier, le président du Conseil Guy Mollet décide alors de passer à la vitesse supérieure.
Abane : «le Diên Biên Phu algérien aura lieu rue Michelet»
Au printemps de la même année, il déclare contre toute attente sa disposition à négocier avec le FLN et son bras armé l’ALN (Armée de libération nationale), mais à condition que ces derniers cessent leurs opérations militaires. Devant le refus logique des moudjahidine, il décide de convoquer plus de cent vingt mille soldats supplémentaires et prolonge la durée du service militaire à deux ans et trois mois. Six mois avant le déclenchement de la bataille d’Alger, c’est une véritable armada qui se trouve en Algérie. Plus de deux cent mille hommes rapatriés d’urgence pour étouffer le mouvement armé.
N’étant toujours pas dans l’œil du cyclone de ses futurs assassins, Abane Ramdane faisait partie de ceux qui avaient dès le début planifié une délocalisation de la révolution dans la capitale. «Le Diên Biên Phu algérien aura lieu rue Michelet», avait-il déclaré comme pour préparer ses ennemis à une confrontation dans Alger. Yacef Saadi et Ali la Pointe constituaient déjà le noyau d’un réseau de commandos dans la Casbah. Déjà au firmament, la détermination algérienne à augmenter la pression allait être renforcée par la barbarie française.
L’attentat de la rue de Thèbes le 10 août 1956 et les nouvelles méthodes des militaires seront le leitmotiv pour en finir avec cette cruauté institutionnalisée.
Le général Ely est alors chargé de mettre en application les nouvelles règles d’interrogatoire dans le cadre des DOP (dispositifs opérationnels de protection). Ses méthodes en disent long sur la stratégie adoptée : passages à tabac, téléphone de campagne EE8, «touque d’eau», génératrice (gégène à pédales) qui débite un courant supérieur à celui de l’EE8.
Le détournement de l’avion d’Air Atlas le 22 octobre 1956, qui transportait de Rabat à Tunis Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella, Mustapha Lacheraf, Mohamed Khider et Mohamed Boudiaf, allait accélérer la cadence. Huit jours plus tard, ce sont les femmes du FLN qui entreront dans l’histoire. Samia Lakhdi et Zohra Drif font voler en éclats le Milk Bar et la Cafétéria. Face à une recrudescence des activités nationalistes, la France fait appel à un faucon de l’armée.
La barbarie version Massu
Le général Jacques Massu, militaire de 49 ans, est alors nommé commandant de la 10e division parachutiste et est chargé de rétablir l’ordre dans Alger ; c’est un 7 janvier 1957, ce sera le début d’une bataille acharnée. Pour assouvir sa soif de l’ordre, il demandera les pleins pouvoirs, le ministre résident Robert Lacoste les lui attribuera sans difficulté aucune. Commencera dès lors une guérilla armée parachtistes-FLN. En maître absolu des opérations militaires, le général Massu divise Alger en quatre secteurs. Cela tombe bien, sa 10e division est composée de quatre régiments. Chacun d’entre eux sera chargé de quadriller un secteur de la ville. Les CTT (centres de triage et de transit) verront ainsi le jour, et les arrestations, perquisitions et interrogatoires deviendront légion. Première victime de cette stratégie de terreur, Larbi Ben M’hidi. Son arrestation le 17 février 1956 et son assassinat déguisé en suicide le 15 mars suivant allaient dévoiler la face cachée des nouvelles méthodes françaises. La réponse du FLN, à travers attaques et attentats de tous genres, accentuera les représailles de l’armée coloniale. L’attentat organisé contre le dancing du casino de la Corniche allait exhorter les Français à redoubler de férocité. Le colonel Godard est chargé d’y veiller. Après des mois de confrontation sanglante, l’étau se resserre peu à peu autour des combattants du Front. Alors que Yacef Saadi et Zohra Drif sont arrêtés le 24 septembre 1957, Ali la Pointe et Hassiba Ben Bouali meurent en héros le 8 octobre dans une maisonnette plastiquée par le colonel Mathieu.
Une bataille livrée par des combattants et vulgarisée par des intellectuels
Terminée à l’avantage de la France, la bataille d’Alger ne sera que le fer de lance de la révolution du 1er Novembre. Après le déclenchement de la guerre de libération en 1954 et les violentes offensives du 20 Août 1955, elle sera considérée à juste titre comme le troisième et décisif épisode d’une épopée algérienne. Une épopée couronnée cinq années plus tard par une indépendance arrachée. Cinquante ans jour pour jour après le déclenchement de cette bataille, c’est vers ses acteurs les plus vaillants que doivent aller toutes nos pensées. Ali la Pointe, Hassiba Ben Bouali, le si petit et si grand Omar, Danièle Minne, Djamila Bouazza, Larbi Ben M’Hidi, Abane Ramdane, Henry Alleg, Maurice Audin, Pierre-Henri Simon, et l’inoubliable Djamila Bouhired. Du bout de leurs fusils pour les uns, du bout de leur plume pour les autres, chacun d’entre eux a contribué à sa façon à faire de la si flamboyante bataille d’Alger l’antichambre d’une souveraineté retrouvée. Leurs sacrifices et leurs combats devront pour cela rester à jamais gravés dans nos mémoires.
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7th January 2007 06:21 #1
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Il y a 50 ans, la Bataille d’Alger
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8th January 2007 22:41 #2
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Coincé entre le procès Khalifa, (milliardaire déchu réfugié à Londres), prévu pour commencer lundi 8 janvier à Alger, et le coup d'envoi, le 12 janvier, de la manifestation "Alger, capitale de la culture arabe 2007", le 50e anniversaire du début de la "bataille d'Alger" passe inaperçu en Algérie. Aucune manifestation particulière, pas une ligne dans la presse. Il faut dire que le 7 janvier 1957, date d'entrée dans la ville de milliers de parachutistes français menés par le général Massu, n'est pas la date symbole de la "bataille d'Alger" pour les Algériens.
Ici, on estime que ce choix du 7 janvier est purement "français" et qu'il correspond seulement à une vision française de l'histoire. S'il fallait vraiment une date pour marquer la "bataille d'Alger", ce serait plutôt, souligne Abbas Brahim, directeur du patrimoine historique et culturel au ministère des Moudjahidins (anciens combattants), la grève des huit jours, lancée par le FLN le 28 janvier 1957, l'assassinat de Larbi Ben M'Hidi le 3 mars 1957, ou encore, le 8 octobre suivant, la mort au champ d'honneur d'Ali Ammar, dit "Ali la pointe", de la jeune Hassiba Ben Bouali, de Mahmoud Boumahdi et de Yacef Omar, dit "petit Omar" (12 ans).
Ces quatre héros emblématiques de la "bataille d'Alger" ont été immortalisés par le film éponyme de Gillo Pontecorvo. A la Casbah, rien ne mentionne la maison où ils sont tombés. Mais il suffit de prononcer le nom d'"Ali la pointe" pour qu'aussitôt on vous explique comment vous rendre au 5 rue des Abderrames.
Peinte à la chaux, la maison est plongée dans le silence. On y entre un peu comme on pénètre dans une mosquée. Plastiquée par les parachutistes français, la demeure s'est effondrée, le 8 octobre 1957, entraînant dans sa chute l'écroulement de la maison voisine. Bilan : 17 morts dont 8 enfants. Reconstruit à l'identique, l'édifice est devenu le lieu témoin par excellence de la "bataille d'Alger".
Lourdes pertes
Dans la maison mitoyenne vit encore la famille Smail, qui a perdu deux fillettes dans le drame. La mère s'est instituée gardienne de la mémoire. Elle n'a pas oublié l'impressionnant déploiement des parachutistes et raconte comment elle est sortie de sous les décombres. De la "bataille d'Alger", les Algérois de l'ancienne génération se souviennent comme d'une "épreuve terrible". Beaucoup d'entre eux récusent l'expression "bataille d'Alger", soulignant qu'il n'y avait pas deux camps adverses, mais une armée régulière d'occupation face à une population sans défense.
Aujourd'hui encore, on salue l'implication des femmes algériennes dans cet épisode marquant de la "guerre de libération". "Ce sont elles qui assuraient les caches, transmettaient les messages, convoyaient les armes... Certaines ont accompli des actes d'héroïsme incroyable", rappelle Djamila Boupacha, ancienne militante du FLN, rescapée de la torture.
Djamila Boupacha a été torturée à la caserne du génie à Hussein-Dey, un lieu parmi d'autres où l'on pratiquait la "question" à la chaîne, en cette année 1957 à Alger. Personne n'a oublié la villa Sésini, à présent fermée. Le centre d'El-Biar, où a péri sous la torture le jeune mathématicien Maurice Audin, n'existe plus. La caserne de Delly-Brahim est, elle, devenue un centre d'accueil pour personnes âgées. Quant au centre d'interrogatoire Sarrouy, il est redevenu ce qu'il était en temps "normal" : une école...
La "bataille d'Alger" a été une sérieuse épreuve pour le FLN. Le mouvement indépendantiste a subi de lourdes pertes. Fallait-il lancer la "grève des huit jours" qui a permis à Massu de généraliser et de systématiser la torture ? A Alger, on se pose la question, aujourd'hui encore. Mais on souligne que, si la "bataille d'Alger" s'est soldée par la destruction de l'appareil politico-militaire du FLN, elle a aussi permis de donner un retentissement international au combat des Algériens.
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14th March 2007 08:01 #3
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18th March 2007 10:35 #4
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Dimanche 18 Mars 2007 -- Cinquante années plus tard, quel bilan établit l’histoire de «la Bataille d’Alger» ? C’est, à tout le moins, l’un des objectifs que s’assigne la journée d’étude portant sur les «Retours sur la Bataille d’Alger» organisée demain sous l’égide du laboratoire SEDET de l’université Paris VII-Diderot. Initiateur de la rencontre, l’historien Benjamin Stora, - dont on attend ces jours-ci l’ouvrage sur la Guerre des mémoires - relève que «la préoccupation demeure d’assurer les transmissions de mémoire, notamment pour des jeunes Français souvent ignorants des faits». Une dizaine de communications sont inscrites au programme de la journée qui rassemblera quelques-uns des spécialistes de l’histoire du nationalisme algérien et de la guerre d’indépendance, croisera en particulier différentes générations de chercheurs et regards des deux côtés de la mer. L’année 1957, celle des grandes opérations de parachutistes de Massu contre les populations algériennes de la capitale, sera ainsi passée au crible et, si les questions de la torture ou du rôle de la justice française seront examinées respectivement par Raphaelle Branche et Sylvie Thénault, c’est sous l’angle inédit des résistances au cours de la guerre à l’intérieur même de l’armée française que Charles Jauffret et Tramor Quememeur reviendront sur les événements. La journée s’arrêtera aussi sur la manière dont cette séquence de la guerre algérienne d’indépendance est transmise par les différentes formes de représentation, notamment par le cinéma, la peinture ou les manuels scolaires. Les éclairages seront donnés par Anissa Bouayad, Lydia Aït Saadi et Benjamin Stora dont il convient de rappeler qu’il avait animé, début février, une «carte blanche» sur le même thème de «la Bataille d’Alger». Les deux dernières séances de la journée permettront de revenir sur la figure de Larbi Ben M’Hidi revisitée par Omar Carlier, alors que Malika Rahal reviendra sur l’assassinat de Me Ali Boumendjel. Pour sa part, Abdelmadjid Merdaci interrogera, en ouverture, «le FLN de/et dans la Bataille d’Alger». Manifestation dense qui abordera sous différents angles, ce que fut l’état du conflit en cette année 1957 et son impact sur les rapports de force sur le terrain.
Au-delà du rite du rappel à la mémoire de l’une des pages les plus sombres et les plus meurtrières pour les Algériens de la guerre d’indépendance, cette journée d’étude prendra place opportunément en contrechamp des thèses récurrentes de ce qu’il faut bien appeler un négationnisme français. Beaucoup se rappelleront, à l’occasion, le cynisme affiché des officiers tortionnaires comme Aussaresses, mais aussi les quelques témoignages rendus publics, comme celui de l’Algérienne Louisette Ighilahriz.
La torture fut bien l’un des terrains privilégiés de la guerre contre-révolutionnaire conduite par l’armée française en Algérie et on peut avoir à l’esprit les propos, rappelés en marge du tournage du film Un rêve algérien de Jean-Pierre Lledo, par Henri Alleg, auteur de l’incontournable la Question. En Algérie même, hors l’ouvrage de Mohamed Lebjaoui, rien n’est venu, depuis le précoce témoignage de Yacef Saadi qui servira de base au film éponyme de Pontecorvo, contribuer à un réel bilan algérien politique et humain de cette séquence.
Par touches, au fil de mémoires éparses se profilent pourtant des fragments d’un vrai débat politique interne à la direction du FLN qui mériterait enfin d’être libéré des peurs et des calculs politiciens.
En mars 1957, le CCE -Comité de coordination et d’exécution issu du Congrès de la Soummam- quittait dans des conditions difficiles Alger, tournant définitivement la page d’une direction de la lutte de l’intérieur du pays, reconfigurant du même coup les terrains et les enjeux de la résistance et subsidiairement des luttes de pouvoir au sein du FLN.
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24th March 2007 20:43 #5
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